Tour des haras : haras des embruns

Autres informations / 18.10.2015

Tour des haras : haras des embruns

44119 Grandchamp-des-Fontaines

Marie

Illegems

 

Jour de

Galop. – Comment avez-vous découvert l’élevage de chevaux de course ?

Marie

Illegems. – J’ai commencé par monter en concours

hippique jusqu’en junior, avec des chevaux élevés par ma mère pour son plaisir.

Petit à petit la passion des courses a pris le dessus. Depuis ma plus tendre

enfance, les courses m’attirent, même si je n’avais pas de lien avec ce milieu.

Lorsque j’étais enfant, je regardais la chaîne France Courses [l’ancêtre d’Equidia,

ndlr] et j’avais dessiné sur une grande feuille le parcours d’Auteuil pour

jouer avec mes petits chevaux !

 Par la suite, je suis

montée à l’entraînement avant de prendre ma licence de cavalière. Dans ce cadre

je suis d’ailleurs un peu montée en course. Mais j’ai dû mettre le cheval

temporairement de côté, car je suis entrée en faculté de pharmacie. Une fois

diplômée, les chevaux de course sont revenus au galop et j’ai décidé que cette

passion deviendrait mon activité principale. Pendant mon diplôme agricole, je

suis allée me former à l’élevage au haras de Bois Carrouges, en Normandie. Puis,

à Deauville, je suis montée durant une saison avant de travailler un an au côté

d’Alain de Royer Dupré. L’élevage m’intéressait énormément et en travaillant

chez un entraîneur, je voulais connaître la finalité du travail de l’éleveur.

En 2009, nous nous sommes installés au haras des Embruns, à

10 km au nord de Nantes. Il y avait beaucoup de gros travaux à réaliser pour

pouvoir y travailler correctement. Dans un premier temps, j’ai donc continué à

travailler à mi-temps en pharmacie, tout en gérant en parallèle la rénovation

et le développement du haras. Depuis deux ans, mon temps est totalement

consacré à l’élevage.

 

L’élevage est

une activité difficile : quelle est votre motivation personnelle pour relever

le défi jour après jour ?

En effet, l’élevage est une activité difficile mais c’est

avant tout un métier de passion. D’une certaine manière, l’éleveur est un

rêveur. Il espère toujours que le fruit de ses croisements de l’année fera naître

les futurs cracks des saisons à venir. C’est un métier merveilleux qui permet

de développer une relation unique avec les chevaux. On s’en occupe au

quotidien, si bien qu’on les connaît de A à Z. Quand on tire les jambes d’un

poulain lors du poulinage, on vit un moment unique qui n’appartient qu’à nous.

On a ensuite la chance de les voir évoluer. Tout au long de leur période

d’élevage, nous essayons de leur donner le meilleur.

 

Quand vous

repensez aux meilleurs chevaux conçus au haras, vous souvenez-vous des critères

qui vous avaient poussé à faire tel ou tel croisement ?

Nous  étudions avec

soin les souches maternelles de nos poulinières, en analysant les courants de

sang des étalons avec lesquels ces souches ont déjà bien croisé. Ensuite nous

cherchons des étalons qui sont issus de ces mêmes courants de sang. Les

premières années, nous nous sommes tournés vers des étalons confirmés afin de

lancer nos jeunes poulinières. Aujourd’hui nous utilisons aussi de jeunes

étalons en fonction du pedigree de nos juments

.

 

Qui est, pour vous, le plus grand éleveur de

l’histoire ? Et pourquoi ?

La science du croisement des

équipes de Son Altesse l'Aga Khan est une référence. La continuité de cet

élevage est remarquable. Ils arrivent à faire vivre avec succès les mêmes

souches pendant des générations, sans oublier de régénérer leur génétique,

comme par exemple avec la reprise de l’élevage Lagardère.

 

Et votre champion préféré dans toute l’histoire ?

Trêve ! Nous sommes

encore sous le charme de cette grande championne. Son histoire est magnifique

et nous avons tous pu la vivre comme si nous étions avec elle au quotidien

grâce à la générosité de son entraîneur, Criquette Head. C’est une jument

d’exception et elle est passée par les ventes d’octobre !

 

Racontez-nous votre plus belle histoire aux ventes de

Deauville.

C’était un soir de décembre,

aux ventes d’élevage. Nous venions acheter notre première jument après avoir

épluché le catalogue pendant de longues soirées. La jument que nous voulions

acquérir entre sur le ring. À l’époque, notre budget était modeste, aussi elle

a rapidement atteint notre limite. J’ai tourné les talons un peu déçue. Après

quelques pas, je me retourne pour parler à mon mari. Je le vois en train de

lever le doigt, quelques secondes après le marteau tombe, nous venions

d’acquérir notre première poulinière !

En tant que vendeurs, c’est

celle qui va débuter avec nos yearlings, du 20 au 23 octobre à Deauville…

 

Quel est selon vous le critère déterminant pour qu'un

yearling d'octobre fasse monter les enchères ? Quand vous inscrivez un yearling

en octobre, que privilégiez-vous ?

C’est une alchimie exigeante : il faut un beau poulain,

mâle de préférence, avec une souche maternelle vivante, un père à la mode, et

de bons updates ! L’orientation des poulains vers les sessions de

ventes est décidée de concert avec l’agence de ventes représentée par Guillaume

Cousin dans notre région, qui est de très bon conseil. La vente d’octobre a

plus que prouvé sa capacité à révéler de très bons chevaux de course, sur un

marché plus réaliste qu’août.

 

Selon vous,

que faut-il privilégier dans le mariage jument/étalon : vitesse/fond,

vitesse/vitesse, fond/fond ?

Nous privilégions des croisements type sur type, en ramenant de

l’accélération le cas échéant. Le croisement d’aptitudes opposées est un

exercice risqué, surtout si l’on confond vitesse et accélération.

 

Faire naître un poulain d’une jument inédite, est-ce

rédhibitoire, un simple risque ou sans problème ?

Nous préférons élever avec des juments qui ont couru avec succès car cela

garantit qu’elles ont accepté physiquement et psychologiquement les courses.

Cela maximise les chances qu’il en sera de même pour leurs poulains. C’est

primordial car nous cherchons certes à bien vendre nos yearlings, mais avant

tout à élever de futurs chevaux de course qui donneront satisfaction à leurs

acheteurs au poteau, et par conséquent valoriseront la poulinière.

Toutefois une jument bien née et inédite à cause d’un problème non lié à

sa génétique peut tout à fait être mise à la reproduction avec succès : la

mère de Zarkava est un exemple parmi tant d’autres.