Tour des haras : haras du mâ

Autres informations / 16.10.2015

Tour des haras : haras du mâ

TOUR DES HARAS

Suite de notre "Tour des Haras" qui vous propose de découvrir quelques acteurs qui seront sous les feux de la rampe dans quelques jours, lors de la vente d'octobre Arqana. Cette année, nous leur avons proposé de se confier de manière très personnelle, en mêlant souvenirs, techniques et références...

HARAS DU MÂ

PASCALE MÉNARD

 

 

Jour de Galop. Comment avez-vous découvert l'élevage de chevaux de courses ?

Pascale Ménard.Je l'ai découvert de manière "classique". J'étais passionnée par les chevaux de selle et de concours et, par le biais de mon BTS en production animale, j'ai été amenée à faire un stage au haras des Granges. Cela a été la révélation. À côté de mes activités au haras, j'allais monter au centre d'entraînement de Pau où je côtoyais certains de mes collègues. Après, j'ai travaillé dans plusieurs haras aux États-Unis, à la grande période de Nelson Bunker Hunt.

Je voulais savoir pourquoi les chevaux américains nous faisaient de l'ombre. Je suis allée notamment dans le Kentucky, grâce à Gilles Forien. Je suis allée dans de petites maisons, mais qui avaient de grandes qualités en termes de personnes et de chevaux. J'étais l'une des rares femmes à travailler dans les haras aux États-Unis et j'ai ainsi pu rencontrer Roland de Chambure, M. Alec Head... Mais, à l'époque, on n'acceptait pas les femmes en tant que responsables en France. Je me suis mise à mon compte et j'ai commencé par l'élevage de juments nourricières. J'ai travaillé en freelance. Pendant six mois, je m'occupais des juments et, les six autres mois, je partais aux ventes, aussi bien aux États-Unis, au Canada qu'en Irlande et en Angleterre. J'ai pu me faire une idée sur la clientèle internationale et de la génétique internationale. J'ai gardé mon premier haras pendant dix ans, puis j'ai fait un peu de courtage et j'ai lancé le haras du Mâ il y a onze ans.

L'élevage est une activité difficile : quelle est votre motivation pour relever le défi jour après jour ?

J'ai la chance de faire un métier passion. J'ai donc le plaisir de me lever et d'être à la campagne dans un cadre agréable. Chaque jour est différent et nous voyons les chevaux d'un autre œil. Il faut toujours essayer d'élever un crack, de tendre vers cela, que ce soit en plat ou en obstacle. Il faut mettre le cheval dans les meilleures conditions du début à la fin pour qu'il puisse développer son potentiel.

Quand vous repensez aux meilleurs chevaux conçus au haras, vous souvenez-vous des critères qui vous avaient poussée à choisir tel ou tel étalon ?

Le premier nerf de la guerre, c'est le budget. Car entre notre désir et la réalité, il faut faire la balance. Nous répartissons les choix de croisements en fonction des efforts que nous voulons faire pour les juments. Ce sont des choix qui sont faits après beaucoup de réflexion.

Selon vous, que faut-il privilégier dans le mariage jument/étalon : vitesse/fond, vitesse/vitesse, fond/fond ?

Notre métier d'éleveurs est en train de changer, car la clientèle a des objectifs différents. Elle essaye de copier ce qui se passe en Angleterre et en Irlande, avec une production très  commerciale.  Auparavant,  on  mettait  un  étalon confirmé sur une jeune jument pour se donner une idée de la valeur de celle-ci.

Désormais, on met de jeunes étalons sur de jeunes juments pour espérer pouvoir revendre plus cher la production. La politique d'élevage n'est plus ce qu'elle a été.

Quel est selon vous le critère déterminant pour qu'un yearling d'octobre fasse monter les enchères ? Les ventes d'août ont lieu très tôt, aux alentours du 15 août. Il y a beaucoup de yearlings qui ne sont pas encore faits physiquement à cette période. Il y a un risque pour le reste de leur vie si on les brusque pour qu'ils soient prêts à ce moment, s'ils ne sont pas matures. Dans le monde, il y a beaucoup de ventes de yearlings qui se déroulent en octobre et novembre. C'est un moment idéal, car les produits ont grandi et forci. Certains produits passés en vente en août auraient gagné à être attendus deux mois de plus. Mais nous savons tous qu'il est compliqué d'organiser le calendrier des ventes.

 

Qui est, pour vous, le plus grand éleveur de l'histoire ?

Je suis vraiment admirative du travail de Juddmonte, car ils arrivent à la fois à sortir des étalons et des juments de haut niveau. C'est un élevage qui est fondé sur des bases solides. Coolmore a également sorti un nombre de gagnants de Groupes 1 impressionnant. Il y a de la constance dans leurs résultats au plus haut niveau. L'élevage Lagardère est aussi extraordinaire. Et il faut avouer que, et je parle en termes d'achats et non d'élevage, les choix de la famille Al Thani ont été très judicieux.

Quel est votre champion préféré dans toute l'histoire ?

Urban Sea ! Je l'ai amené aux ventes, donc j'en garde un souvenir particulier à mes yeux. C'était ma jument de cœur, je l'ai même jouée dans l'"Arc" ! Quand on a la chance de travailler dans de grands haras, avec de bons chevaux, ces derniers vous rendent meilleur. Blushwithpride (championne des 3ans aux USA), dont je m'occupais au Kentucky, et pour qui je suis partie travailler chez Wayne Lucas pour la voir à l'entraînement, m'a aussi marquée. Après, j'adore aussi tous les grands cracks de l'obstacle.

Racontez-nous votre plus belle histoire aux ventes de Deauville.

C'est celle de demain ! Je suis plus dans le futur que dans le passé !

Mais chaque vente est une histoire qui se termine pour nous éleveurs et qui commence pour un propriétaire, alors on s'observe à longueur de temps et on rêve de vendre le crack.