Vente d’octobre arqana : comment les pinhookers font leur marché

Autres informations / 19.10.2015

Vente d’octobre arqana : comment les pinhookers font leur marché

COMMENT LES PINHOOKERS FONT LEUR MARCHÉ

La vente d’octobre, qui débute mardi à Deauville, est une

source d’approvisionnements privilégiée pour les pinhookers, qu’ils viennent de France ou d’Europe. Lors de la

dernière breeze up d'Arqana, 34 poulains avaient été achetés yearling à

Deauville sept mois plus tôt, ce qui en fait la vente la plus représentée sur

la table des pinhookings de mai. Mais

au niveau qualitatif, les yearlings d’octobre ont représenté des

investissements plus que rentables pour les pinhookers :

achetés pour un total de 1.185.000 euros, ils avaient été revendus pour

2.525.000 euros, soit une plus value d’un coefficient de 2,1 ! Le tableau

ci-dessous récapitule les dix meilleurs pinhookings, selon le profit

réalisé…

 

Nom                            Vendeur        Père                     Prix               Acheteur                                 Prix €                                    Vendeur        Acheteur              Différence

Siyounor                    Colleville      Siyouni                48.000 €       The Channel Consignment     300.000

                                    Channel

Consignment              Al Shaqab Racing                                        252.000

Erhaiyah                    Omméel        Siyouni                42.000 €       Mc Bloodstock                       260.000

                                    Gaybrook

Lodge Stud             Al Shaqab Racing                                        218.000

Promettre                  Mézeray        Canford

Cliffs     110.000 €     Mullins George                       320.000 €                                    Mocklershill  Horse France       210.000

Walking Primrose     Etreham        Raven's Pass        42.000 €       Mayfield

Stables                    185.000 €                                    Mayfield

Stables                      Stephen

Hillen Bloodstock                         143.000

Lbretha                      Etreham        Exceed and Excel                     52 000 €                                 Mayfield

Stables                        190.000 €     Mayfield Stables Al Shaqab Racing                                        138.000

Men United               Saint Pair      Acclamation        30.000 €       Artemis

Bloodstock               125.000 €                                    Saint-Arnoult                            Anthony Stroud

Bloodstock Limited         95.000 €

Sunader                     Hoguenet      Creachadoir         8.000 €         Sherbourne

Lodge                  55.000 €                                    Sherbourne

Lodge Stables       O'Ryan Bobby                                             47.000

Weekend Offender   Granges        Lope De Vega     65.000 €       Grove

Stud                             110.000 €                                    Grove Stud   Stephen Hillen Bloodstock      45.000 €

Methag                       Hotellerie      Pour Moi             45.000

       Saubouas (Haras du)              90.000 €                                    Saubouas      Al Shaqab Racing                     45.000

Urban Art                 Ellon             Siyouni                48.000 €       Saubouas (Haras du)              90.000

                                    Saubouas      Bba Ireland         42.000 €

 

Nous avons demandé à trois spécialistes installés en France

de nous livrer leurs critères de choix pour ces yearlings destinés à la revente.

Trois pinhookers, trois façons de

faire… Larissa Kneip (haras de Saint-Arnoult) cherche avant tout la précocité.

Alban Chevalier du Fau (The Channel Consignment) et Philip Prévost-Baratte

n’ont pas peur des profils plus tardifs, qui correspondent à leur façon de

travailler.

 

 

LARISSA KNEIP :

« LA PRÉCOCITÉ AVANT TOUT »

 

Jour de Galop. –

Quels sont vos critères de choix d’un yearling destiné au pinhooking ?

Larissa Kneip. –

Il y en a plusieurs. Le premier, c’est que le yearling laisse deviner de la

précocité, aussi bien dans son modèle que dans son pedigree. Dans l’idéal, il

faut que sa mère ait couru à 2ans ou ait produit des chevaux ayant des

performances à 2ans. Si le poulain est issu d’un étalon un peu commercial,

c’est un plus, mais il nous est arrivé d’acheter des poulains qui n’étaient pas

dans ce cas. Ensuite, il faut que le yearling soit très sain, pour supporter

les efforts physiques que nous allons lui demander. À Saint-Arnoult, nous

présentons aux breeze up un peu comme le font les Anglais ou les Irlandais, et

nous voulons que les poulains soient en jambe assez tôt, et qu’ils soient prêts

à courir rapidement après la vente. Pour cela, nous sommes intransigeants sur

le dossier vétérinaire. Les radios ne sont pas toujours disponibles, mais nous voulons

un examen clinique parfait et un très bon scope. Le dernier critère, c’est un

poulain bien dans sa tête. Il m’est arrivé de scratcher des poulains qui

cochaient pourtant toutes les cases, parce qu’ils se mettaient à trottiner dans

le rond, à se mettre en sueur… Au final, s’il nous reste 10 à 20 % de

notre préliste, c’est déjà très bien ! C’est un gros travail, que je

réalise avec mon assistante, Lucille Balzano, et nos vétérinaires. Reste le

problème du budget. Nous concernant, nous essayons de rester dans une gamme de

prix allant de 20.000 à 30.000 euros. J’ajouterais qu’outre ces différents

critères, il existe quelque chose de moins facile à expliquer, de l’ordre du

feeling. Dans le cas où le poulain ne serait pas vendu aux breeze up, aurais-je

plaisir à l’entraîner ? Est-ce que je le garderai avec plaisir ? Il

faut que je puisse répondre par l’affirmative.

 

Quelles sont vos

sources d’approvisionnement ?

Elles sont variées, comme le sont les breeze up où nous

présentons des 2ans ! En France, nous sommes les plus

internationaux : nous vendons chez Arqana, chez Osarus, en Allemagne et à

Tattersalls, en Angleterre… Nous achetons nos yearlings chez Arqana, en août, à

la v.2 et en octobre, chez Osarus, à Baden-Baden, et à Tattersalls Irlande.

Mais j’ai aussi les poulains de mon élevage. Quand ils répondent aux critères

d’un poulain de breeze up, et que je ne suis pas obligée de les passer en vente

yearlings, je préfère les conserver pour les présenter directement aux breeze

up.

 

Présentez-vous des

poulains que vous n’avez pas choisi yearlings ?

Il est très rare que je travaille pour des clients

"extérieurs", ou alors je m’associe avec eux. Je préfère prendre les

risques moi-même. Depuis un an, j’ai créé ma société, Artemis Bloodstock, pour

acheter des yearlings destinés à être "pinhookés". J’ai des

actionnaires, mais qui sont non intervenants. En revanche, je leur garantis un

taux d’intérêt… Alors mieux vaut ne pas se tromper !

 

Quelle est votre plus

belle histoire de pinhooking ?

Elle est récente, puisqu’il s’agit d’un poulain que nous

avons acheté à la vente d’octobre Arqana, l’an dernier. Il était issu d’Acclamation et de Moore’s Melody. Acheté 30.000 euros, il a été vendu 125.000 euros à

la breeze up Arqana, à Anthony Stroud. Il répondait à tous les critères que je

vous ai énoncés. Côté pedigree, Acclamation était un étalon confirmé, et sa

mère avait produit un gagnant de Groupe à 2ans. Le poulain était fait en sprinter,

il avait un très bon dossier véto, et j’étais assez confiante… Après, pour

faire une telle somme, il faut au moins deux acheteurs ! Une quinzaine de

personnes étaient très intéressées par le poulain, mais seuls deux pouvaient

aller au-delà de 60 ou 70.000 euros… Exporté en Grande-Bretagne, Men United –

ainsi qu’il a été baptisé – s’est placé dans des maidens très fournis en

partants, dans un pays où la concurrence est rude !

 

 

ALBAN CHEVALIER DU

FAU : « JE N’HÉSITE PAS À CHOISIR DES PROFILS UN PEU TARDIFS »

 

Jour de Galop. –

Quels sont vos critères de choix d’un yearling destiné au pinhooking ?

Alban Chevalier du

Fau. – Si l’on se borne à la vente d’octobre Arqana, il faut d’abord

souligner qu’on peut y trouver beaucoup de bons chevaux, à des prix plus

accessibles qu’en août, mais avec beaucoup de concurrence sur les mêmes

chevaux. Là où l’on se différencie des autres pinhookers, c’est que l’on

ne recherche pas forcément des chevaux très précoces. Je n’hésite pas à acheter

des poulains qui semblent un peu tardifs, et qui feront plus tard des chevaux

de distance intermédiaire. Nous cherchons avant tout des chevaux de qualité,

chez qui on décèle une marge de progression. 

Et au fil des années, l’offre d’octobre a progressé en qualité. Les

vendeurs n’hésitent plus à y inscrire des chevaux de premier plan. Je pense que

c’est dans cette vente que ma short-list est la plus importante.

Concernant les pedigrees, on cherche souvent des jeunes pères ou des jeunes

mères, avec qui le rêve est permis. Les étalons de première production sont de

façon générale très populaires auprès des pinhookers.

 

Quelle est votre plus

belle histoire de pinhooking ?

Je citerai deux chevaux. D’abord Qizween XX (Muhtathir), que nous

avions vendu lors de notre première année de pinhooking. Le cheval avait

été acheté par Nicolas de Watrigant lors du breeze up d’Arqana, et il s’est

ensuite placé de Listed sous l’entraînement de son frère, Damien, avant d’être

exporté en Grande-Bretagne par Hamdan Al Maktoum. La plus-value réalisée sur ce

cheval n’était pas importante, mais c’est un poulain que j’ai toujours adoré,

depuis son achat yearling. Durant sa préparation, il n’avait cessé de

progresser Je l’avais conseillé à Nicolas et ses résultats en piste ont été à

la hauteur de ce que j’avais décelé chez lui. Cela a contribué à créer un

climat de confiance entre nous, et cette année, nous lui avons vendu Siyounor (Siyouni) pour un prix

beaucoup plus important (300.000 euros). C’est toujours excitant de vendre un

poulain à ce prix, mais cela met aussi beaucoup de pression. Heureusement, le

poulain vient de bien gagner à Lyon et Francis-Henri Graffard l’estime

beaucoup. La plus-value ne fait pas tout : ce qui m’importe, c’est que les

chevaux "performent" ensuite. Cela montre notre capacité à choisir

les yearlings, puis à les préparer correctement en vue de leur carrière future.

 

PHILIP PRÉVOST-BARATTE :

« LA LOCOMOTION EST PRIMORDIALE À MES YEUX »

 

Jour de Galop. –

Quels sont vos critères de choix d’un yearling destiné au pinhooking ?

Philip

Prévost-Baratte. – Concernant le pedigree, je mise souvent sur des étalons

de première production, dont les produits sont plus accessibles que ceux des

étalons confirmés. Pour la mère, c’est un peu le même raisonnement : les

produits d’une mère ayant déjà donné plusieurs bons chevaux vont partir à des

prix très élevés, et avec une mère âgée mais qui n’a rien produit de

particulier, il y a peu d’espoir… On se dirige donc plutôt vers des mères

jeunes, en espérant de bons updates à venir. On essaie donc de se

renseigner sur les frères et sœurs du yearling s’ils existent, ou sur ceux de

la mère s’il s’agit d’un premier produit. Pour le physique, il y a un critère

sur lequel je suis intransigeant : la locomotion. Je veux des chevaux qui

se déplacent très bien. Je fais aussi très attention aux aplombs, car il ne

faut pas oublier que le yearling est destiné à la revente, et que ses acheteurs

potentiels seront exigeants sur ce point. C’est aussi très important car le

yearling va devoir encaisser un travail conséquent sur un laps de temps assez

court. Ensuite, il faut que le cheval me plaise, mais là, on parle de critères

plus subjectifs, de feeling…

 

Quelle est votre plus

belle histoire de pinhooking ?

Je citerai un fils de Montmartre

que j’avais acheté en octobre l’an dernier, pour 32.000 euros. C’était un

poulain qui marchait divinement bien. Son père était déjà connu, mais c’était

en revanche le premier produit de sa mère, issue d’une superbe famille du

Quesnay. Société (Panis) était en

effet une sœur de Silver Pond et Silver Point… Le poulain n’était pas

spécialement précoce, mais cela ne me dérange pas. Cela correspond même à mon

mode de préparation. Je préfère laisser le cheval venir de lui-même, et le

présenter à 2ans toujours "sur la montante", de la façon la plus

naturelle possible. Le poulain a été vendu 125.000 euros aux breeze up. J’étais

très étonné ! Mais la finalité reste les performances en course. C’est sur

l’hippodrome que l’on pourra juger si nous avons bien fait notre travail, qui

débute au choix du yearling, continue par sa préparation aux ventes, et se

termine par la vente aux breeze up.