élections galop/trot : deux systèmes, deux logiques

Autres informations / 19.11.2015

élections galop/trot : deux systèmes, deux logiques

ÉDITORIAL

ÉLECTIONS GALOP/TROT : DEUX SYSTÈMES, DEUX LOGIQUES

Par Willy Flambard, éditorialiste à Jour de Galop

Le 20 novembre marquera la clôture des élections socioprofessionnelles du galop français. Le résultat, lui, ne sera connu que lundi 23 au terme du processus de dépouillement.

Le scrutin organisé au trot a déjà livré ses résultats, le 29 octobre dernier. Les différences entre les deux processus nous en disent beaucoup sur les deux disciplines des courses.

D’un côté, au galop, on recense 334 candidatures (120 dans les scrutins nationaux et 214 dans les régionaux) – ce qui se concrétise par un nombre légèrement inférieur de candidats compte tenu de la multicandidature de certains. De l’autre, au trot, on a dénombré 35 candidatures aux suffrages nationaux et 204 aux régionaux. Derrière ce contraste chiffré se cachent deux systèmes différents. Au galop, nous sommes sur un scrutin de listes à la proportionnelle (avec quatre collèges), sur un territoire découpé en cinq régions. Au trot, le scrutin est uninominal (avec cinq collèges) et se déploie sur neuf régions. Et si ces deux systèmes reflétaient finalement les modes de fonctionnement différents des deux disciplines ?

Commençons par le trot. Le mode uninominal est simple, direct et s’appuie sur des individualités. Une logique de mobilisations personnelles dans un système régulateur (LeTrot) qui intègre les différents élus et les encadre. Mais derrière cette simplicité d’apparence se cache un concept fondateur : une sorte de rêve partagé par la très grande majorité des acteurs du trot. Le rêve partagé du trot ? C’est celui de devenir le professionnel protéiforme et complet. De cumuler toutes les fonctions, de disposer de tous les leviers de la réussite : de l’élevage à l’entraînement, du commerce à l’étalonnage. Et de gagner à Vincennes. C’est ce qu’ont réussi Jean-Pierre Dubois et, dans sa suite, toute sa famille, Christian Bigeon, Jean-Michel Bazire, Thierry Duvaldestin, Sébastien Guarato, Matthieu Abrivard, etc. Voilà ce qui fait vibrer tous les jeunes professionnels. Peu sortiront de cette pensée unique. Franck Nivard, un temps, s’est consacré à son seul statut de catch-driver et jockey. Mais le professionnel rentre petit à petit dans les rangs : il a acheté un haras en Normandie, développe son activité entraînement et élevage. Quant aux "extérieurs" (éleveurs, propriétaires, les rares courtiers, etc.), ils s’y raccrochent, s’y reconnaissent, y adhèrent. Cela explique du même coup que le système du trot intègre en son sein toutes les sensibilités et les représentations, à partir des seuls individus. Et cela justifie aussi le poids relativement faible des organisations syndicales. Les éleveurs (G.A.E.T.) et propriétaires (S.N.P.T.) sont des acteurs d’accompagnement et non des forces d’opposition, notamment en raison de leur faible audience. Voilà bien un système intégré et vertical qui assimile en son sein tous les acteurs avec leurs différentes casquettes.

A contrario, le galop s’apparente à une galaxie de groupes d’acteurs, aux intérêts différents. Le poids des associations représentatives (éleveurs – avec ou sans sol –, propriétaires – intervenants ou non –, entraîneurs, jockeys, agents de jockeys, courtiers, racing managers, etc.) est beaucoup plus important. Ceux-ci peuvent mobiliser, proposer et aussi – évidemment – bloquer. C’est un système horizontal avec une juxtaposition d’acteurs. Dès lors, nous sommes ici dans une confrontation d’attentes de blocs distincts. Le scrutin de listes trouve ici tout son sens, avec des programmes propres et des revendications différentes. De facto, ce processus électoral contraint à une mobilisation supérieure : il faut construire des listes – une entreprise difficile pour certains mouvements minoritaires –, élaborer un programme commun et le faire connaître. L’élaboration des listes peut aussi s’avérer un exercice délicat. Son ordonnancement doit marier savamment les différents mouvements, valoriser les éventuelles alliances qui s’agrègent sur une même liste.

La communication, voilà un autre point clivant entre les deux élections. Au trot, la notoriété est essentielle. On vote pour des individus, pour leur discours, leur image et éventuellement leurs idées. L’absence de programme n’est pas rédhibitoire mais il faut que le candidat séduise. Le résultat obtenu par Pierre-Joseph Goetz, incontournable journaliste d’Equidia et premier élu dans le collège national des propriétaires avec presque 66 % des voix, illustre assez bien ce fait. En terme de communication, nul besoin non plus pour les candidats du trot de déployer une campagne terrain ou médias. Leur nom est leur meilleur slogan.

En contrepoint, le système de liste du galop exige de se faire connaître et de pouvoir diffuser ses propositions. Les campagnes de communication sont indispensables. L’explication et le faire-savoir précèdent souvent dans cette configuration la seule notoriété des colistiers. On l’a constaté ces dernières semaines avec le déploiement d’actions de communication dans les médias spécialisés (visuels, slogan, achat d’espaces) que nul ne peut ignorer. Il faut mettre en lumière son programme. Cette année, les thèmes clés de la T.V.A., de la relance des enjeux, du rôle du PMU, de la synergie entre les disciplines galop/trot, du redéploiement du programme de courses, notamment, y sont abordés par tous. Incontestablement, le coût de participation aux élections du galop est supérieur à celui du trot.

Reste à pointer une autre différence entre les deux processus électoraux. Les tout récents résultats du trot donnent à voir des sièges non pourvus dans certaines régions. Par faute d’un nombre de candidats suffisants. Dans la région 7 (Sud-Est et Corse), il n’y a par exemple qu’un élu (seul candidat) dans le collège des propriétaires-entraîneurs alors qu’il y avait quatre sièges à pourvoir. Idem, dans la même région, dans le collège des éleveurs. Les trois candidats ont été élus mais quatre sièges n’ont pas été pourvus sur un total de sept. Ces cas de figure ne peuvent se produire au galop grâce au scrutin de liste dès lors qu’au moins une liste est présente dans chaque collège – national et régional. C’est bel et bien la configuration de l’élection 2015.

REPÈRES CHIFFRÉS

Comment se décomposent les 334 candidatures du galop ? Sur le plan national, au sein des quatre collèges (propriétaires, éleveurs, entraîneurs, jockeys), on recense 120 candidatures. Il reste donc 214 candidatures pour les élections organisées à l’échelon régional suivant le découpage de cinq régions (Ouest/Anjou-Maine, Sud-Ouest, Nord/Île-de-France/Haute-Normandie/Basse-Normandie, Centre-Est/Est, Sud-Est/Corse). Là encore, le système électoral se déploie à partir des quatre collèges types (propriétaires, éleveurs, entraîneurs, jockeys).

Nombre de candidats par région, tous collèges confondus

Ouest/Anjou-Maine                                                                 59

Sud-Ouest                                                                                44

Nord/Île-de-France/Haute-Normandie/Basse-Normandie      59

Centre-Est/Est                                                                         29

Sud-Est/Corse                                                                          23

Total                                                                                         214

 

Chiffres des élections du trot

§ Niveau national : 35 candidats pour 16 places

§ Niveaux régionaux : 203 candidats pour 187 places (seulement 170 ont été pourvues)