Focus sur les techniques d’imagerie qui ont revolutionné la pathologie locomotrice du cheval de course

Autres informations / 11.11.2015

Focus sur les techniques d’imagerie qui ont revolutionné la pathologie locomotrice du cheval de course

FONDATION HIPPOLIA

 

FOCUS SUR LES TECHNIQUES D’IMAGERIE QUI ONT REVOLUTIONNÉ

LA PATHOLOGIE LOCOMOTRICE DU CHEVAL DE COURSE

Par Amélie Tallaj

& Fabrice Audigié

CIRALE - ENVA, 14430

Goustranville, France

 

À la fréquence d’une

fois par mois, Jour de Galop vous propose un article mettant en lumière

l’un des sujets de recherche menés par la Fondation Hippolia, qui regroupe deux

cents chercheurs répartis dans une trentaine d’équipes différentes, partout en

France. Le thème du mois de novembre concerne les techniques d’imagerie

vétérinaire.

 

Les affections locomotrices équines sont responsables de

boiteries et de baisse de performances chez les chevaux de course, en

particulier les galopeurs. En effet, le galop à grande vitesse impose de très

fortes contraintes mécaniques sur les os et les articulations. Le plus souvent,

aucun signe physique extérieur n’est identifiable. Les différentes techniques

d’imagerie disponibles sont donc indispensables afin de poser le bon diagnostic

et d’envisager le traitement adéquat.

Bénéficiant des avancées technologiques de la médecine

humaine, l’imagerie vétérinaire a beaucoup évolué ces dernières années et

progresse encore de jour en jour. Cinq modalités d’imagerie sont aujourd’hui

disponibles en pratique vétérinaire équine, en France et dans le monde. Les

deux premières sont utilisées en routine : la radiographie et

l’échographie. Dans des cas plus complexes, il est nécessaire de mettre en

œuvre des techniques d’imagerie avancée : la scintigraphie osseuse, le scanner

et/ou l'imagerie par résonance magnétique (IRM).

Ces deux dernières modalités ont été développées plus

récemment pour le cheval, et reposent sur une imagerie tridimensionnelle (3D),

aussi appelée “imagerie en coupes” ou imagerie sectionnelle. Plus coûteuses et

souvent moins accessibles, les techniques d’imagerie avancée permettent

principalement d’établir un diagnostic de certitude lorsqu’il n’a pas été

possible de le faire avec la radiographie et l’échographie, mais elles peuvent

également être utilisées pour préciser le pronostic de lésions ou suivre leur

évolution dans le temps par exemple pour limiter les risques de récidive lors

de la remise au travail du cheval.

 

Historiquement, le diagnostic par imagerie a été initié

grâce à l’emploi de la radiographie

(Fig. 1). Cette technique, basée sur

l’émission de rayons X, permet d’évaluer presque exclusivement les os dans

leurs formes et architectures. Les membres du cheval sont faciles à

radiographier, à la différence des régions axiales (encolure et dos) qui

nécessitent un matériel plus puissant (disponible uniquement en clinique) en

raison de l’épaisseur de ces régions. Depuis les années 2000, le développement

de la radiographie numérique a permis de rendre cette technique plus

accessible, plus rapide et d’améliorer sa capacité diagnostique sur le terrain.

L’offre technologique a fortement évolué au cours de ces cinq dernières années

avec l’arrivée de systèmes “capteur plan” permettant d’obtenir les clichés

radiographiques instantanément sur un ordinateur. Aujourd’hui, ces systèmes

existent également sans fil avec une connexion Wifi, offrant ainsi un confort

et une sécurité supplémentaires.

 

Fig. 1 :

Radiographie de la région lombaire montrant principalement une arthropathie

intervertébrale entre la 18ème vertèbre thoracique et la 1ère

vertèbre lombaire (flèches) et des conflits de processus épineux (têtes de

flèches). Il est important d’évaluer radiographiquement non seulement les

processus épineux, mais aussi les articulations synoviales profondes car les

lésions d’arthrose de ces dernières sont très souvent associées à des signes

cliniques de dorsalgie chez le cheval de course.

 

La fin des années 1980 a vu naître l’échographie (Fig. 2).

Cette technique utilisant les ultrasons a été initialement employée pour

l’appareil locomoteur afin d’examiner les tendons du cheval. Aujourd’hui,

l’échographie est utilisée en routine, au même titre que la radiographie

qu’elle vient compléter par l’évaluation des tissus mous (tendons, ligaments,

muscles et tissu sous-cutané) et des articulations (surface osseuse, cartilage

articulaire, liquide synovial, capsule articulaire et ligaments). Le Pr

Jean-Marie Denoix a été le premier à développer cette technique pour l’examen

des articulations en médecine vétérinaire équine. Largement disponible, facile

à mettre en œuvre et peu onéreuse, cette technique a l'avantage de permettre le

suivi des lésions pendant la phase de rééducation. L’échographie est également

utilisée couramment comme une aide au traitement, grâce aux injections

échoguidées, développées en France dans les années 2000 au Cirale (centre d’imagerie

et de recherche sur les affections locomotrices équines).

 

Fig. 2 : Coupes

échographiques transversale (à gauche) et longitudinale (à droite) de la

région métacarpienne révélant une tendinopathie du fléchisseur superficiel du

doigt, visible en coupe transversale (flèches) et en coupe longitudinale

(têtes de flèche). La lésion apparaît plus noire que le tendon sain en raison

de la rupture des fibres tendineuses et de la présence d’un hématome

intra-tendineux. L’échographie permet une évaluation fine de l’architecture

fibrillaire du tendon et un suivi de sa cicatrisation afin de limiter le

risque de récidive en adaptant le niveau d’activité du cheval.

 

La scintigraphie osseuse (Fig. 3a à 3c) permet d’établir un diagnostic topographique, sur un

cheval boiteux ou contre-performant, c’est-à-dire d’identifier les zones

anormales du squelette. Un produit radioactif, le Technétium, fixé sur des

molécules de diphosphonate, traceur à forte affinité osseuse, est injecté au

cheval par voie intraveineuse. Ces molécules radioactives vont se fixer, dans

les heures qui suivent l’injection, sur les zones potentiellement lésées du

squelette. Pratiquée à l’origine dans les années 80 sous anesthésie générale, elle

est aujourd’hui réalisée sur cheval debout tranquillisé, grâce au développement

récent de logiciels de correction de mouvements. L’examen scintigraphique

permet d’obtenir une évaluation de l’ensemble du squelette du cheval, notamment

de régions difficiles à radiographier comme le bassin. Il présente également un

intérêt particulier chez les chevaux de course sujets aux contusions osseuses

et aux fractures de fatigue associées à de l’inflammation et de la douleur

osseuse. Cette technique apporte toutefois peu d’informations sur les tissus

mous. Cet examen, relativement onéreux en raison notamment du coût du produit

radioactif, requiert enfin le respect de protocoles stricts de radioprotection

incluant une hospitalisation du cheval de 2 à 3 jours.

 

Fig. 3a : Examen scintigraphique en

cours : acquisition d’une vue oblique droite de la région lombaire. Le

cheval est sédaté et la caméra est placée au dessus du dos.

Fig. 3b :

Images scintigraphiques (en haut) et radiographiques (en bas) du dos d’un

galopeur. La scintigraphie révèle un métabolisme osseux anormalement augmenté

sur les processus épineux entre T13 et T17. La radiographie confirme la

présence de conflits de processus épineux dans cette région.

 

Fig.

3c : Images scintigraphiques des épaules gauche et droite d’un

galopeur révélant une lésion osseuse (fêlure de fatigue) de l’humérus sur

l’antérieur gauche (flèche).

 

 

Le scanner est

dérivé de la radiographie et utilise également l’émission de rayons X. Il

s’agit de réaliser une série de coupes de 1 à 2 mm d’épaisseur de la région à

examiner afin de reconstituer cette région en 3D. Le scanner est donc, comme la

radiographie, principalement dédié pour l’appareil locomoteur à l’évaluation

des formations osseuses, mais de manière plus précise. Réalisé uniquement sur

cheval couché sous anesthésie générale pour les membres, cet examen est depuis

peu possible sur cheval debout sédaté, pour l’examen de la tête uniquement.

L’avantage de cette technique est notamment de permettre l’examen de régions

volumineuses du corps du cheval, comme le grasset, le bassin ou encore

l’encolure.

 

L’IRM (Fig. 4a à 4d), basée sur l’application

d’un champ magnétique intense, est la technique d’imagerie la plus récente.

Comme le scanner, elle permet la réalisation de coupes fines de la région

à examiner. Le premier examen d’un patient équin a été réalisé au Cirale en

2001. Initialement pratiqué sous anesthésie générale, l’IRM est possible depuis

plusieurs années sur cheval debout sédaté. L’IRM “cheval debout” donne accès

aux régions distales des membres (du pied jusqu’au carpe sur le membre

antérieur et jusqu’à la partie basse du jarret sur le membre postérieur). Elle

permet de réaliser des images de haute qualité afin d’établir un diagnostic de

certitude précis, notamment pour les contusions osseuses du cheval de course.

L’absence d’anesthésie générale rend possible la réalisation d’examens de

contrôle pour assurer un suivi des lésions identifiées afin par exemple de

préciser le moment de reprise d’activité du cheval. En comparaison avec le

scanner, l’IRM permet une meilleure évaluation des tissus mous, mais également

le diagnostic des signes d’inflammation osseuse pouvant être invisible ou

non-évaluable en radiographie et en scanner.

 

Fig. 4a :

Examen IRM en cours du boulet antérieur gauche sur un cheval debout sédaté.

Fig. 4b :

Radiographie de face du boulet antérieur d’un pur-sang présentant une

boiterie de ce membre, plus marquée sur sol dur. L’examen radiographique ne

révèle pas d’anomalie significative. La densité osseuse du condyle

métacarpien (flèche) et de la première phalange (tête de flèche) est normale.

 

Fig. 4c : Coupe

IRM transversale en pondération T1 du boulet du même cheval que la Fig. 4b.

L’os spongieux normal apparaît gris (étoile) et l’os spongieux affecté de

sclérose apparaît noir (têtes de flèche), c’est-à-dire que sa trame osseuse

est anormalement dense.

Fig. 4d : Coupe

IRM transversale en STIR du boulet du même cheval que la Fig. 4b. L’os normal

apparaît noir (étoile) et le liquide apparaît blanc (flèche montrant la

synovie du boulet). Le condyle métacarpien présente une zone étendue

anormalement claire (têtes de flèche) : il présente un œdème osseux

marqué, c'est-à-dire que sa trame osseuse contient trop de liquide.  La sclérose et l’œdème osseux sont ici

associés et correspondent au phénomène de contusion osseuse, lésion

inflammatoire non visible radiographiquement mais douloureuse.

 

En conclusion, les progrès technologiques constants

permettent le développement et l’amélioration des techniques d’imagerie

disponibles en médecine vétérinaire équine. Aucune technique n’est parfaite,

elles sont toutes complémentaires les unes des autres c'est-à-dire que les

forces de l’une compensent les limites des autres. Toutes ces techniques

offrent au vétérinaire et au propriétaire la possibilité d’aller de plus en

loin dans la finesse et la qualité du diagnostic et ainsi de mettre en œuvre un

traitement adapté aux lésions du cheval pour améliorer son pronostic sportif et

son bien-être.