Fourrage et réhydratation du cheval

Autres informations / 16.11.2015

Fourrage et réhydratation du cheval

FOURRAGE ET

RÉHYDRATATION DU CHEVAL

Nous vous proposons aujourd’hui un nouveau volet de notre

rubrique axée sur l’alimentation, en partenariat avec la société de recherche

et de conseil en nutrition équine Lab to Field. Samy Julliand, nutritionniste

équin et directeur de Lab to Field, explique l’importance de la distribution de

fourrages dans le processus de réhydratation du cheval.

 

Que se soit lors de

l'entraînement ou pendant les courses, le galopeur perd de grandes quantités

d'eau lors de l’effort. Si cette perte n'est pas compensée par une réabsorption

d'eau, elle peut mener à la déshydratation. Différentes techniques ont été

observées pour inciter le cheval à ingérer plus d’eau, comme la distribution

d’une ration très salée pour augmenter la soif, l’ajout de sirop dans l'eau

pour en augmenter l’appétence, la distribution de mash pour sa teneur en eau

plus élevée que les céréales sèches, etc. Pour optimiser la réhydratation, il

est avant tout primordial de comprendre le mécanisme d’absorption de l’eau dans

le gros intestin du cheval…

 

Les pertes en eau du galopeur

Un galopeur perd de

l’eau par ses urines, ses fèces (composées à 80 % d’eau), sa respiration

et sa sueur. Lorsqu’il travaille, ce sont surtout les pertes par la sueur qui

augmentent.

La quantité de

sueur produite lors de l’exercice dépend principalement de l'intensité de

l'effort, du niveau d'entraînement du cheval, des conditions extérieures

(température, humidité, etc.) et de son acclimatation à ces conditions. Les

pertes par la sueur, estimées à une dizaine de litres pour une heure de travail

“modéré” en conditions tempérées, peuvent augmenter drastiquement lorsque la

température ambiante augmente. Au total, plusieurs dizaines de litres d’eau (en

conditions extrêmes, certains auteurs estiment jusqu’à 80 litres) peuvent être

perdus chaque jour.

Pour compenser ces

pertes quotidiennes, le cheval doit ingérer de l’eau, puis l’eau doit être

absorbée par l’organisme.

 

L’ingestion d’eau

L’eau ingérée peut

provenir soit directement de l’eau bue, soit de l’eau contenue dans les

aliments. Lorsque le cheval a un accès important à l’herbe, une grande

proportion de l’eau ingérée provient de l’eau contenue dans l’herbe (environ

800 mL par kilo d’herbe). Par contre, avec une ration composée de foin et de

concentrés (céréales ou granulés), l’ingestion d’eau par les aliments est

minime (environ 100 mL par kilo). La majorité de l’eau ingérée provient alors

de l'eau bue.

 

L'absorption de l'eau par l'organisme

Une fois ingérée,

l'eau contenue dans le tractus digestif doit être absorbée pour permettre la

réhydratation.

Chez le cheval,

l'absorption de l'eau a lieu principalement au niveau du gros intestin. Le

mécanisme de l’absorption de l’eau est lié à celui de l’absorption de composés

énergétiques, les acides gras volatils (AGV).

Les AGV traversent

la membrane du gros intestin grâce à une protéine qui les “attire”. Cette

absorption entraîne l’activation de deux “pompes” (Na+/H+

et Cl-/HCO3-) pour rétablir l’équilibre

osmotique dans la cellule. Il y a donc entrée conjointe d’AGV, de sodium (Na+)

et de chlore (Cl-). Le sodium et le chlore sont les constituants du

sel de table, qui a pour propriété d’être hydrophile. L’eau est attirée avec

eux lorsque leur concentration augmente dans les cellules de la membrane du

gros intestin.

En résumé,

l’absorption d’AGV entraîne l’absorption de sodium et de chlore, qui entraîne

l’absorption d’eau.

Schéma de l’absorption de l’eau dans le gros intestin

 

Quelles recommandations ?

Pour permettre la

réhydratation d’un cheval, il est donc nécessaire qu’il ingère de l’eau, du sel

et des aliments qui lui permettront de produire de grandes quantités d’AGV.

Or, dans le gros

intestin, les AGV proviennent majoritairement de la digestion des fibres

(celluloses, hémicelluloses, pectines) par l’écosystème microbien. Ainsi, pour

réhydrater un cheval, il faut également lui apporter… des fourrages. Sans cela,

l’eau ingérée ne sera pas utilisable !

Enfin, pour que les

fibres puissent être correctement “découpées ” en AGV, il faut également

veiller à ce que les bactéries qui les dégradent soient dans un environnement

favorable. Il est pour cela recommandé de contrôler l’apport de céréales dont

la fermentation de l’amidon dans le gros intestin peut entraîner une

acidification du contenu (cf. article JDG du 9 juillet 2014).