Georges rimaud : « arrêtons de prétexter que tout est compliqué pour éviter de traiter les problèmes »

Autres informations / 08.11.2015

Georges rimaud : « arrêtons de prétexter que tout est compliqué pour éviter de traiter les problèmes »

GEORGES RIMAUD :

« ARRÊTONS DE PRÉTEXTER QUE TOUT EST COMPLIQUÉ POUR ÉVITER DE TRAITER LES

PROBLÈMES »

La tête de liste de

Génération Galop chez les éleveurs répond aux questions de Jour de Galop.

 

Jour de Galop. – Au cours d’une campagne électorale, on aborde de

nombreux sujets. Mais parmi ceux-ci, quel est celui sur lequel France Galop

devrait travailler en urgence, selon vous ?

Georges Rimaud. – Incontestablement,

l’image et la communication des courses et de la filière. Aujourd’hui, l’image

des courses est essentiellement liée au PMU. Même si elle s’est un peu

améliorée récemment, elle a souvent été dramatique : personne n’a oublié

les jockeys ridiculisés dans une publicité pour le Quinté+… Nous devons

rétablir une image qui corresponde à la réalité du sport et de l’élevage. De là

découleront beaucoup d’améliorations ; y compris au niveau du chiffre

d’affaires du PMU, donc des recettes de la filière.

 

Pensez-vous qu’il

existe, aujourd’hui, un problème d’articulation entre le PMU et les sociétés mères ?

Pour nous, le PMU doit se remettre au service de la filière.

Aujourd’hui, on a l’impression que c’est la filière qui est au service du PMU

et on voit bien que cela ne fonctionne pas. Il faut revenir à l’ordre logique

des choses, tout en respectant le travail du PMU qui, bien qu’étant souvent de

qualité, n’est pas toujours bien compris par les acteurs des courses. Les deux

sociétés mères doivent parler d’une seule voix au PMU, à la poursuite des mêmes

objectifs.

 

Génération Galop

ayant été créée en 2012, vous vivez votre première campagne. Quel jugement

portez-vous sur le processus électoral ?

Il est globalement réglementé par un protocole archaïque,

qui empêche de mener une vraie campagne de terrain en faisant participer tous

les électeurs. Je vais vous en donner un exemple : quand j’ai eu l’audace

d’envoyer un courrier aux clients du haras que je dirige [les Aga Khan Studs,

NDLR], on m’a rappelé à l’ordre pour me dire que je n’avais pas le droit de le

faire. Au nom de quoi ? je ne sais pas. Je n’ai pas le droit de parler à

mes clients. Et je crains que cela soit à l’image de France Galop.

L’autre chose que je regrette, c’est qu’il n’y ait pas de vision

politique. Les listes historiques partent du principe qu’elles existent et que cela

suffit : elles ne parlent que de bilan, alors qu’il faut parler d’avenir.

Ce n’est pas notre approche. À

Génération Galop, nous avons envie d’avancer au sein de France Galop.

 

Comment vous

êtes-vous senti accueilli dans le jeu politique, vous qui êtes plutôt

apolitique ?

Nous avons ressenti un peu d’opposition et, dans certains

cas, une certaine hostilité. C’était : « Qui êtes-vous ? De quoi

vous mêlez-vous ? » Ces réactions sont d’autant plus difficiles à

comprendre qu’au moment où nous avons quitté le Syndicat des éleveurs, les mêmes

personnes nous disaient, pour nous inciter à rester, qu’on ne pouvait pas faire

avancer ses idées sans être à l’intérieur. Et maintenant, ils voudraient que

nous n’entrions pas dans les instances !

 

Puisque vous parlez

de votre départ du Syndicat, est-ce à ce moment que vous avez créé Génération

Galop ?

Effectivement, à l’automne 2012, nous avons créé un

groupe de réflexion au sein duquel nous avons beaucoup travaillé. Et quand

l’élection s’est approchée, nous avons décidé de participer. Nous nous sommes

rapprochés de tous nos contacts en France et à l’étranger qui votent à France

Galop. Beaucoup d’entre eux n’avaient jamais voté ou ne pensaient pas voter.

Nous avons essayé de les motiver, en leur demandant de nous juger sur le fond.

Car nous voulons vraiment être jugés sur nos idées.

 

Et si vous deviez

résumer ces idées en une phrase ou deux ?

Si les électeurs veulent que notre filière renoue avec la

croissance, s’ils veulent retrouver du plaisir à aller aux courses et même s’ils

veulent à nouveau être heureux de regarder Equidia, qui est malheureusement de

plus en plus difficile à suivre, je les invite à voter pour Génération Galop.

Si nous sommes élus, nous ferons avancer les choses différemment. À condition bien sûr que le président

ait lui aussi envie d’avancer et ne soit pas dans l’immobilisme que l’on a

connu.

 

Comme vous êtes la

seule liste à ne jamais avoir participé au pouvoir, on vous prête beaucoup

d’intentions, vraies ou fausses… Êtes-vous d’accord pour nous dire ce

qui, dans les questions suivantes, est exact ou erroné ?

D’accord.

 

Quel est votre

objectif ? Comité ? Conseil d’administration ? Présidence ?

Notre objectif est d’entrer au Comité et, si nous

réussissons à réunir beaucoup de personnes autour de nos idées, nous voudrions

participer au Conseil d’administration. Mais cela dépendra d’une part du

résultat des élections et, d’autre part, du profil du futur président. Aujourd’hui,

Génération Galop ne participe pas à l’élection avec l’ambition de fournir un

président à France Galop.

 

Hervé Morin est-il

candidat à la présidence de France Galop ?

Hervé Morin est en bonne place sur une de nos deux listes. Il

a des activités politiques par ailleurs qui font qu’il manque un peu de temps

pour être président de France Galop aujourd’hui. Mais j’en reviens à la

question du président : ce qui va être important, ce sont les programmes

des différents candidats. Nous les étudierons sans a priori. Si un candidat

défend des idées de croissance et de modernité, nous pourrons tout à fait

adhérer à ses idées et le soutenir. Mais pour l’instant, nous ne l’avons pas

identifié. En tout cas, nous espérons que le prochain président ne sera pas élu

par défaut et sans programme précis. Et si vraiment personne ne nous satisfait,

nous saurons sans doute trouver une solution.

 

Êtes-vous pro-plat et

anti-obstacle ?

D’abord,

Génération Galop est pour le maintien du 2/3-1/3. Et ensuite, si cela est nécessaire

et possible, nous sommes ouverts à une discussion sans tabou autour de

l’évolution de cet équilibre en faveur de l’obstacle. Pour un anti-obstacle,

envisager de donner plus d’argent en obstacle est tout de même paradoxal,

non ?

D’autre

part, toujours sur le sujet de l’obstacle, nous voulons développer le programme

black type pour les femelles en fin d’année

de 3ans, à 4ans et à 5ans. Selon nous, c’est une mesure de nature à améliorer

considérablement le sort des éleveurs d’obstacle et nous ne comprenons pas

pourquoi les instances actuelles n’ont pas déjà avancé sur le sujet. C’est pourtant

plus facile qu’en plat où vous êtes dépendant d’un comité des Pattern races qui

peut vous empêcher de promouvoir telle ou telle course.

Enfin,

de manière plus générale, nous voulons travailler avec toutes les races de

chevaux, pour améliorer et faciliter l’élevage et la valorisation de tous les

produits. Et ce travail, nous voulons le faire tous ensemble et dans l’intérêt

général.

 

Autre question

vrai/faux : êtes-vous le parti des gros ?

« Vous êtes le parti des gros », c’est ce que

disent nos adversaires pour éviter d’avoir à parler des sujets de fond. Mais ce

n’est pas vrai. Génération Galop est capable de fédérer des gens très divers. Nos

candidats présentent une grande variété, tout en partageant les mêmes idées de progrès

et de croissance.

 

Et le parti de

l’élevage commercial ?

En France, je sais que le terme "commercial" ressemble

à un gros mot. Alors, je veux bien que certains cherchent à opposer la passion

au commerce ; mais ils se trompent ! Dans tout élevage, il faut une

forme de bonne gestion et d’équilibre à un moment ou à un autre. Évidemment que

l’on agit d’abord par passion ! Mais la passion dure d’autant plus que

l’on a su avoir une exploitation réaliste.

Sincèrement, je suis choqué quand certains dénoncent le

commerce alors qu’eux-mêmes vendent leurs chevaux à l’étranger depuis des

années. Soyons honnêtes et reconnaissons que la globalisation de l’économie

peut profiter à tout le monde et qu’il ne faut pas en avoir honte. Il faut

s’adapter. Prenez l’exemple d’Osarus : après s’être lancés sur un discours

franco-français, ils recherchent maintenant une clientèle étrangère et ils ont

raison de s’adapter.

Le fait que plusieurs membres de Génération Galop aient une

vision commerciale est une bonne chose : nous pourrons partager, au sein

de France Galop, notre expérience de la globalisation.

 

Vous avez un discours

assez économique et entrepreneurial. Est-ce ainsi que vous voulez faire évoluer

France Galop ?

Il est très important que France Galop prenne vraiment

conscience des problématiques d’élevage, qui sont la racine des courses. Le

bien-être des éleveurs est essentiel. Ils attendent que l’on valorise mieux

leurs chevaux et leur élevage.

Pour relancer le système, je l’ai déjà dit, redonner une

bonne image à toute la filière est prioritaire. Mais nous avons aussi des

propositions multiples, sur des points précis. Un exemple : l’agrément

comme propriétaire. Il faut dix minutes pour obtenir un visa pour les États-Unis…

et trois mois pour obtenir ses couleurs ! On marche sur la tête. Ce n’est

pas raisonnable. Les dirigeants sortants ont beau dire qu’ils sont allés voir

les tutelles, ce qui compte, c’est le résultat. L’équipe qui gagne, ce pas

celle qui a tiré sur la barre transversale ; c’est celle qui a marqué.

 

Que voulez-vous

dire ?

Qu’il faut en finir avec les phrases du genre :

« Nous avons essayé, mais c’est compliqué… » Arrêtons de dire que

tout est compliqué ; finissons-en avec les sentiments négatifs. Dans les

courses, tout est négatif, tout est interdit. Lisez les conditions de courses :

il n’y a que du négatif ! Vraiment, c’est une question d’état d’esprit que

l’on retrouve à tous les niveaux. Par exemple, sur l’hippodrome, pour

accueillir les turfistes : au lieu de leur indiquer les zones qui leur

sont réservées, on préfère leur dire que telle zone est interdite ! C’est

très symbolique.

 

Pour en revenir à

notre question précédente, France Galop doit-il devenir une société

privée ?

Nous voulons respecter l’administrateur des courses qu’est France

Galop. Il ne faut pas toucher à la réglementation et à l’organisation des

courses. Mais France Galop doit développer un bras plus entrepreneurial, qui

prenne en considération l’aspect économique de la filière, l’aspect image, communication,

marketing… D’ailleurs, l’administratif et les autres fonctions devraient être

séparés et sans doute, plus tard, il faudrait rassembler ces fonctions supports,

comme l’informatique, avec le trot. Aujourd’hui, on ne voit pas de changements

suite aux travaux du Marketing commun des courses.

 

Le trot et le galop

ont tout de même travaillé ensemble récemment sur plusieurs dossiers…

Parlons du plus important d’entre eux : la TVA. Qui

s’est chargé du lobbying ? France Galop ? Le Trot ? Les

deux ? On ne peut pas dire que cela ait été une réussite. Personnellement,

je pense que nous aurions dû mener cette bataille avec l’ensemble des

institutions concernées par le cheval en France – courses, sport, clubs, loisir,

etc. C’est comme quand on nous dit que le Syndicat des éleveurs se lance seul

dans le lobbying à Bruxelles. Mais quelles sont ses chances ? Allons-y

avec tout le monde du cheval, ce sera plus efficace, ça aura plus de poids. Aujourd’hui,

pour gagner, il faut s’unir, travailler ensemble. À Génération Galop, nous y sommes

prêts.

 

Et avec l’État ?

Nous devons nous mettre autour de la table et faire des propositions

aux tutelles. Elles marcheront avec nous si nous faisons des propositions

tournées vers la croissance. À ce sujet, la lettre ouverte des ministres était

édifiante : ils nous ont ni plus ni moins proposé des mesures d’austérité

au moment où notre entreprise veut créer son élément phare de croissance qui

est Longchamp… Mais c’est scandaleux ! Pourquoi l’État ne propose-t-il pas

au contraire de rogner un peu sur ses marges fiscales pour aider au financement

de notre croissance ? Nous aurions bien besoin de cette bouffée d’air pour

pouvoir mener notre projet dans de vraies bonnes conditions et, à la fin, l’État

sera gagnant si la croissance revient dans les courses.

 

Une dernière question

sur le Nouveau Longchamp, qui est un sujet très clivant entre les différentes

listes et même à l’intérieur de certaines listes…

Je ne suis pas contre, mais je suis inquiet de la manière

dont le projet a été mené jusqu’à maintenant. Un exemple : nulle part dans

le dossier il n’est fait référence au spectacle télévisuel. Est-ce qu’un homme

de télévision a été contacté, consulté, pour définir le programme proposé aux

architectes ? Je pense que la réponse est non. Alors que la télévision est

essentielle aujourd’hui et que ce Nouveau Longchamp, les spectateurs vont

d’abord le découvrir à la télévision. Sur ce sujet, comme sur beaucoup

d’autres, les choses ont été faites à l’emporte-pièce. Il faut changer la

méthode.