Haras du thenney

Autres informations / 16.11.2015

Haras du thenney

HARAS DU THENNEY

14950 Saint-Pierre-Azif

Niccolò Riva

 

Jour de Galop. – Comment avez-vous

découvert l’élevage de chevaux de course ?

Niccolò Riva. – J’ai découvert les galopeurs grâce à mon

père. Il a élevé pendant de très nombreuses années et avait même un permis

d’entraîner. Son activité hippique a débuté en Italie, à partir de son premier

haras qui était basé du côté de Milan, à

Cantalupo. Mon père avait deux écuries de course, la

Scuderia Diamante et la Scuderia Elvi. Mon frère et moi-même avons eu la chance

de l’accompagner depuis notre plus jeune âge lorsqu’il allait aux courses ou

aux ventes. Il avait la volonté de nous transmettre ses connaissances.

Déjà, lorsque nous étions enfants, nous venions à

Deauville et avions passé plusieurs vacances ici. Mon père a également eu une

activité politique dans la filière hippique italienne. Il a notamment été

vice-président du Jockey Club italien et président du Fia (FEE italien).

D’ailleurs, c’est lui qui a fait entrer l’Italie dans le Fonds Européen de

l’Élevage.

 

L’élevage est une activité difficile :

quelle est votre motivation personnelle pour relever le défi jour après jour ?

Pendant

mes jeunes années, j’étais au haras puis j’ai travaillé auprès de différents

entraîneurs, en France et en Italie, pour plus tard entreprendre tout autre

chose. Après avoir beaucoup voyagé, j’ai décidé de revenir aux sources pour

aider mon frère, en 2013, ici au haras du Thenney. L’élevage est une passion

qui renaît chaque matin. C’est mon moteur et la

source de mon enthousiasme. Il est certain que reprendre une telle structure

est un véritable challenge. Mais le travail paye et depuis un an et demi,

ma compagne, Vita, et moi, nous observons une nette

amélioration. C’est encore une autre source de motivation. Mais l’élevage,

c’est aussi le quotidien et j’aime cela. J’aime travailler avec mon équipe,

pour les poulinages et toutes les activités qui font la vie d’un haras. C’est

un plaisir d’apprendre à connaître nos pensionnaires, de passer du temps à les

observer tous les matins pour essayer de détecter ce qui va et ce qui ne va

pas. D’une manière générale, le cheval n’est pas un animal comme les autres. Il

y a quelque chose de plus profond chez le cheval et c’est sans doute aussi pour

cela que la passion pour cet animal peut être aussi forte.

Voir un projet évoluer, sentir l’amélioration de notre activité, c’est très

stimulant. Nous ne manquons pas d’idées et de projets. À présent, nous

souhaitons renouveler notre jumenterie et avoir de plus en plus de chevaux en

course. Mon père avait lui-même remporté un nombre important de courses de

sélection. Cette année, nous avons eu la joie de voir Pupa Di Saronno, une fille de notre étalon Orpen, remporter quatre victoires sous les couleurs de ma mère. Je

souhaiterais d’ailleurs remercier son entraîneur, Henri-Alex Pantall. Il a une

grande capacité à comprendre le cheval et à épauler le propriétaire au cours de

la carrière de ce dernier. Je voudrais également remercier

tous nos clients français ou étrangers et les éleveurs sans sol en particulier.

C’est aussi grâce à eux que l’aventure et la passion continuent.

 

Quand vous repensez aux meilleurs chevaux

conçus au haras, vous souvenez-vous des critères qui vous avaient poussé à pratiquer

tel ou tel croisement ?

Les croisements imaginés par mon père et par mon frère ont engendré des

sujets de grande qualité comme Vorda

(gagnante de Gr1), Mendez (vainqueur

de Gr1 et père de Linamix) et Ombrage

(lauréate de Gr3). En Italie, mon père a connu beaucoup de succès, avec en

particulier Red Arrow (Derby italien),

Miss Carina (championne des 2ans) ou

Red Girl (Oaks italiennes). Cette saison, nous avons eu le bonheur de voir notre

élève Maimara (Makfi) gagner les

Prix de Lieurey (Gr3) et de Bagatelle (L). Pour

mes propres croisements, il faudra attendre encore quelques années, les

premiers foals qui en sont issus sont nés en 2015.

 

Selon vous, que faut-il privilégier dans

le mariage jument/étalon : vitesse/fond, vitesse/vitesse, fond/fond ?

Je n’ai pas la science infuse et j’apprends tous les jours à ce sujet. Un

croisement, c’est une logique globale. Tout doit correspondre, aussi bien le

modèle que le pedigree ou le type de carrière en course des reproducteurs. Pour

ma part je privilégie le croisement du fond avec la vitesse.

 

Faire naître un poulain d’une jument inédite,

est-ce rédhibitoire, un simple risque ou sans problème ?

Ce n’est pas un

problème. Songez que Zarkava et Danedream, deux gagnantes d’"Arc"

qui sont restées dans les mémoires, sont issues de mères inédites !

 

Qui est, pour vous, le plus grand éleveur

de l’histoire ? Et pourquoi ?

Sans aucune hésitation, je dirais Federico Tesio, et ce pour plusieurs

raisons. Ce qu’il a bâti en tant qu’éleveur, mais également en tant

qu’entraîneur, est hors norme, surtout si l’on prend en compte que ses moyens

n’étaient pas illimités. Qu’un seul éleveur puisse avoir une telle influence

sur l’histoire des courses et de l’élevage, c’est exceptionnel. Songez que Nearco, le grand-père de Northern Dancer, est un élève de

Federico Tesio. Il y a aussi un aspect plus personnel dans ce choix, car Tesio,

c’est tout un symbole pour les courses italiennes et il est issu de la même

région que ma famille.

 

Et votre champion préféré dans toute

l’histoire ?

Il est difficile de ne citer qu’un seul cheval, car comme tout passionné de

course, je ne cesse de vibrer depuis mes premiers pas sur un hippodrome. Je

citerai en premier lieu un élève de Federico Tesio, Ribot. Ce cheval a été un des meilleurs chevaux de l’histoire, son

palmarès et sa manière de s’imposer au plus haut niveau sont uniques. Ribot a gagné seize courses sur toutes les

distances, dont deux victoires consécutives dans l’"Arc". Au fond de moi, il y a une

âme d’éleveur et je pense aussi à Dubawi.

Un champion en piste qui est devenu un champion au haras. Il produit de manière

polyvalente et c’est un véritable père de père. D’ailleurs nous avons au

haras un de ses fils, Waldpark. Enfin, plus récemment, l’exploit d’American Pharoah m’a

fait vibrer !

 

Racontez-nous votre plus belle histoire

aux ventes de Deauville.

C’était en août 1984. Mon père a vendu Miss

Shirley aux ventes de l’Agence Française à Deauville, pour 7,6 millions de

francs. Cette demi-sœur de notre champion Mendez issu

de Miss Carina [déjà mentionnée

ci-dessus, ndlr], décrochait le top price de la vente. C’est un aboutissement

pour un éleveur. Nous étions très fiers de notre père, et ce d’autant plus

qu’il avait été très sollicité pour la présenter ailleurs. Il était très attaché à la France et l’Agence Française, et

a donc décidé de la

présenter à Deauville. Il en fut récompensé. J’avais 17ans et un tel événement

vous marque à vie. Surtout ce que jour-là, mon père m’a offert mon premier

cigare !

Mon père a bâti le haras du Thenney de A à Z. Il y avait peu de choses

lorsqu’il a acheté ce bien en 1970, et en travaillant, il en a fait un haras

internationalement reconnu.