Hubert tassin : « nos priorités, ce sont l’union des socioprofessionnels et une nouvelle gouvernance pour france galop »

Autres informations / 13.11.2015

Hubert tassin : « nos priorités, ce sont l’union des socioprofessionnels et une nouvelle gouvernance pour france galop »

HUBERT TASSIN : « NOS PRIORITÉS, CE SONT

L’UNION DES SOCIOPROFESSIONNELS ET UNE NOUVELLE GOUVERNANCE POUR FRANCE

GALOP »

La tête de liste de l’Union

pour le Galop répond aux questions de JDG.

 

Jour de Galop. – Quelle sera

votre priorité, si vous êtes élu au Comité de France Galop ?

Hubert Tassin. – Ma position, c’est qu’il

faut absolument construire une unité des socioprofessionnels. Selon moi, c’est

ce qui a le plus manqué au cours des années récentes, où nous avons vécu une

désunion un peu généralisée. Nous proposons des options différentes de celles

des autres listes. C’est une bonne chose car c’est ce qui pourra permettre, au

sein de la grande union que nous préconisons, que chacun apporte quelque chose

qui lui est propre. Toutes les visions doivent servir finalement l’intérêt

général.

 

Travaillez-vous déjà sur

cette union ?

Non,

au contraire : comme je vous l’ai dit, pendant la phase électorale, chacun

doit marquer ses différences. Ensuite, c’est-à-dire entre le résultat de

l’élection le 23 novembre et l’élection du Conseil d'administration et de son

président le 15 décembre, nous devrons travailler tous ensemble sur une

plateforme de front uni. Ce front uni est particulièrement nécessaire pour

réussir l’action la plus décisive, à savoir construire un accord gagnant-gagnant

avec l’État. Si les socioprofessionnels ne sont pas unis, ça sera difficile d’y

parvenir. Nous devons être unis pour aller, avec LeTrot,  dire à l’État : les courses, c’est un

vrai secteur économique, ce sont des ressources fiscales, de l’animation des

territoires, de la ruralité : vous ne pouvez pas nous laisser tomber quand

nous investissons à travers le PMU pour retrouver de la croissance, vous ne

pouvez pas nous laisser tomber quand la concurrence avec la Française des Jeux

n’est pas équilibrée, vous ne pouvez pas nous laisser tomber quand le monde

socioprofessionnel souffre de problèmes fiscaux comme la hausse de la T.V.A…

 

Mais qui sera capable d’être

entendu de l’État ?

Tous

les membres des listes pour l’Union du Galop pensent qu’il faut parler des

idées avant de parler des hommes. Tant que nous ne connaîtrons pas le résultat

des urnes, nous ne connaîtrons pas le poids de nos idées. L’élection servira à

dire sur quelles spécificités nous devrons appuyer le plus. Et c’est seulement

après le 23 novembre que nos pourrons dégager des idées communes et, ensuite,

choisir les hommes qui pourront les porter. Nous aurons un peu plus de trois

semaines avant l’échéance du 15 décembre. Cela peut sembler court, mais comme

nous nous connaissons tous assez bien, je suis certain que c’est faisable. De

toute façon, nous sommes déjà d’accord pour dire que nous devons nous battre

pour que le gâteau croisse à nouveau. Nos différences portent plutôt sur la

manière d’y parvenir.

 

Comment expliquez-vous que

France Galop était à l’équilibre en 2009, alors que le PMU ne versait que 731 M€

aux sociétés-mères… et qu’il est en déficit maintenant que le PMU donne plus de

800 M€ ?

La

crise de croissance du PMU a créé un effet de ciseaux qui est assez classique.

Toutes les entreprises connaissent ce phénomène, quand elles ne baissent pas

leurs coûts assez vite par rapport à la rentrée des recettes. Il y a donc un

énorme effort de gestion à faire, un choc de productivité à trouver. Ce choc

doit être mené en parallèle, simultanément, avec notre négociation avec l’État.

 

Et l’effort sur les

charges ?

Il

doit porter à la fois sur les sociétés-mères et sur le PMU. En premier lieu, il

faut avancer sur la fusion des métiers communs, qui est absolument

indispensable si l’on veut réussir le choc de productivité. En 2015, est-il

normal que nous ayons encore trois directions financières, trois directions

informatiques, trois directions des ressources humaines, trois directions

marketing ...? Mais évidemment, il faut que les métiers spécifiques des

deux spécialités et, donc des deux sociétés et du PMU, restent gérés par chaque

structure. Peut-être va-t-il falloir créer une structure pour gérer certains

services ensemble, par exemple un nouveau Groupement d’intérêt économique ou

les confier à un existant.

 

Faut-il aussi baisser les

allocations ?

Non.

Parce qu’en ce qui nous concerne, nous ne considérons pas que distribuer des

allocations signifie dilapider les ressources de l’Institution.

 

L’Institution des courses

est-elle réformable ?

Nécessité

fera loi ! Mais il est vrai que les sociétés-mères sont d’autant plus

compliquées à réformer qu’elles ont – fort heureusement – ce statut associatif,

coopératif et mutuel qui fait leur force. Dans une association, la récession

est plus dure à gérer que dans une entreprise. Les économies doivent être

progressives, pas brutales. Cela va prendre du temps et c’est justement pour

cela que nous avons besoin de l’aide de l’État : il faut qu’il nous aide à

passer ces moments difficiles, en nous laissant du temps et des ressources pour

évoluer. Par exemple, si nous voulons optimiser la gestion sur un site, cela

signifie réduire le personnel ; mais réduire le personnel, c’est aussi et

surtout changer l’organisation . Or, changer l’organisation ça prend du temps.

De plus, au sein d’une structure très ancienne comme la nôtre, le poids de la

tradition rend la réforme encore plus délicate.

 

Autre sujet, l’obstacle,

dont vous passez pour être un des grands défenseurs… A-t-il vraiment besoin

d’être défendu ? Est-il attaqué ? Est-ce une réalité au sein de

France Galop, ou bien un simple ressenti ?

Bien

sûr, il y a une dimension psychologique, mais il y a aussi une réalité.

Aujourd’hui, l’obstacle donne l’impression d’aller bien, parce que c’est un

modèle exportateur et que les coûts sont tenus. Il convient assez bien à

beaucoup de ses acteurs. Il est par plusieurs aspects plus élitiste que celui

de plat, en dépit des apparences liées au haut de la pyramide en plat. Donc,

comme on a l’impression que tout va bien, certains pensent que l’on pourrait

moins le soutenir… Alors ils emploient tous les arguments possibles, notamment

que l’obstacle ne participe pas à la recette du PMU à la hauteur de ce qu’il

reçoit en allocations. C’est là que nous disons qu’il ne faut pas taper sur ce

qui marche le mieux, et que ce serait une grave erreur de prendre la

contribution aux ressources via le jeu comme la clé principale pour les

enveloppes d'allocations. En effet, cela installerait à terme une guerre grave

avec le Trot. Pour nous, la répartition 2/3-1/3 entre le plat et l’obstacle est

aussi sacrée que le 50/50 avec le Trot. De plus, quand on regarde ce qui se

fait à l’étranger, on voit que le 2/3-1/3 correspond plus ou moins à une norme

dans les pays où les deux disciplines cohabitent.

 

Sur le Nouveau Longchamp,

vous avez été la seule association à voter contre au Conseil d’administration.

Voteriez-vous toujours contre, aujourd’hui ?

Nous

ne regrettons pas notre attitude. Mais maintenant que le projet est voté, il va

falloir en faire une réussite. Notre réticence venait de la trajectoire

financière de France Galop, qui est très difficile jusqu’en 2019. Se priver de

"cash" avant ces années difficiles, cela nous a paru plonger dans

l'aventure. Et puis, sur Longchamp lui-même, notre sentiment est que l’on ne

peut pas avoir un projet de cette importance pour un hippodrome sans envisager

une double utilisation jours de courses/hors jours de courses. C’est pourquoi

nous pensons qu’à présent, la priorité est de trouver un partenaire qui utilisera

l’hippodrome en dehors des jours de courses. Un partenaire spécialisé dans le

tourisme, les loisirs, les conférences… afin que des gens fréquentent le site

toute l’année. Prenons l’exemple d'Ascot. Pour moi, ce n’est pas forcément une

réussite sur le plan des journées courses en comparaison avec ce qu'il y avait

auparavant. Mais c’est en revanche un vrai projet commercial qui fait passer

des gens quasiment tous les jours sur le site et c’est ce qui fait son succès.

Dans le cadre actuel, nous pourrions peut-être trouver des partenaires dans le

domaine sportif, en profitant notamment de la candidature de Paris aux Jeux

Olympiques 2024. Longchamp, paradis des cyclistes autant que des chevaux, c'est

peut-être une voie.

 

C’est un périmètre différent

de celui du projet actuel ?

Oui

car nous devons être plus ambitieux ! Le projet de nouveau Longchamp

représente tout de même beaucoup d’argent, d’autant que nous n’aurons pas

beaucoup d’aides publiques, contrairement à Roland Garros par exemple.

Aujourd’hui, nous nous sommes cantonnés à refaire les tribunes d’un hippodrome.

L’ambition du projet est donc encore devant nous.

 

Depuis plus d’une décennie,

vous êtes associé au pouvoir, avec une vice-présidence, plusieurs sièges au

Conseil d’administration et une forte représentation au Comité. À l’heure où

tout le monde réclame le changement, est-ce un handicap ?

Électoralement,

ce n’est sans doute pas un atout. Mais tout le monde reconnaît que l’expérience

est quelque chose de positif. Oui, c’est une qualité qu’on nous reconnaît…

D’ailleurs, dans le monde de l’entreprise, on apprécie les gens qui ont occupé

des fonctions de direction depuis plusieurs années et c'est le gage d'une

réussite durable.

 

Ces derniers mois, pourtant,

on vous a plus sentis en opposition qu’en adhésion par rapport au pouvoir en

place. Si l’on devait résumer votre évolution, on pourrait dire que vous avez

commencé le mandat en impulsant la réforme des primes… et que vous l’avez

terminé en vous opposant à Longchamp. Pourquoi ce revirement ?

Je

ne pense pas que le timing de la gouvernance soit en cause, mais plutôt celui de

l'arrivée des dossiers sur la table. Cela a peut-être conduit les uns et les

autres à prendre des positions un peu tendues. Longchamp a en effet été

l’épicentre de cette tension puisqu’il a mené à un vrai affrontement au Conseil

d’administration. Je vous l’ai déjà dit, à mon sens, la sagesse aurait été de

reconsidérer le calendrier et le périmètre du projet. Beaucoup d’oppositions se

sont cristallisées sur Longchamp, mais ce n'est pas la seule question non

consensuelle à être apparue en fin de mandature. Pour certaines, nous avons pu

craindre que le modèle hippique français puisse être affaibli, sinon remis en

cause. Je pense par exemple à la réduction du nombre de courses P.M.H. Le

dossier des courses premium creuses à regarnir n’a pas été monté de manière

parfaitement cohérente à nos yeux.

 

Vous nous parlez de défense

du modèle tout en ayant préalablement appelé à la réforme. N’est-ce pas

paradoxal ?

Non.

Vous connaissez la formule : il faut que tout change (dans la gestion en

l'espèce) pour que rien de change (de l'excellence des courses de Galop et de

leurs équilibres). La préservation du modèle passe par la réforme. C’est ainsi

que, pour préserver le modèle, France Galop a par exemple mené grâce au patron

du PMU deux réformes très importantes : celle des A.R.S., les retraites

spéciales de l’Institution, et celle du P.M.H., le Pari Mutuel sur Hippodrome.

 

Quelles sont aujourd’hui vos

ambitions à l’issue du scrutin ? Visez-vous une présidence, pour un membre

de votre famille politique, par exemple Jean d’Indy ?

Il

ne faut rien s’interdire mais, réellement, il y a une nouvelle gouvernance à

construire, à l’intérieur même de France Galop, avec une concentration de ses

forces et de ses moyens sur les courses et sur l’élevage. Effectivement, nous

pensons qu’avec ce que nous représentons, avec nos idées, nous sommes bien

placés pour être des acteurs du changement. Mais la présidence n’est pas le

sujet central. Nous allons d’abord nous compter avec le scrutin électoral, pour

voir comment construire, parce que nous ne construirons rien seuls. Depuis

plusieurs années, nous travaillons bénévolement au sein des instances ;

alors si nous devons ne pas être associés au pouvoir pendant quatre ans, ce ne

sera pas un drame !