L-aga-rdère !

Autres informations / 13.11.2015

L-aga-rdère !

 

RAIMONDISSIMO !

L-AGA-RDÈRE !

Italien et citoyen du monde, Franco Raimondi est l’un des

plus célèbres journalistes hippiques en activité. Grand voyageur et curieux de

tout, il offre à plusieurs gazettes de renom international ses connaissances

encyclopédiques et ses analyses décalées. Il vous donne rendez-vous chaque

semaine dans Jour de Galop.

 

 

Légende photo : Siyouni est l’un des symboles de l’assimilation réussie de l’effectif

Lagardère au sein des Aga Khan Studs

 

Quand le facteur sonne à votre porte, n’ayez crainte, il

ne s’agit pas forcément d’une amende ou d’une facture que vous avez oublié de

payer à EDF. Parfois il peut aussi vous livrer des choses bien plus

sympathiques. Le début du mois de novembre est chaque année une période bénie

pour les passionnés d’élevage. Les plus chanceux ont la joie de recevoir un

petit paquet par la poste. Ils y trouvent un grand livre (de petite taille), le

fameux Green Book des Aga Khan Studs.

Cet ouvrage consigne méthodiquement toutes les informations relatives aux

étalons, aux poulinières et à leur production. Mais il contient également tout

ce qu’il faut savoir sur les chevaux à l’entraînement, les yearlings et les

foals de l’élevage princier. Rapidement, il devient addictif de feuilleter ce

"petit livre vert". « Le succès engendre le succès » et la

curiosité pousse donc à tenter de comprendre l’origine de cette réussite. A

priori, il ne s’agit pas du fruit du hasard !

 

Dupré -

Boussac - Lagardère

La première victoire de la casaque princière remonte à

1922. Mais la construction de cette opération d’élevage, géniale dans son

équilibre, a commencé en 1960 et elle est bel et bien signée du sceau de Son

Altesse. À l’école de l’élevage, un étudiant devrait noter trois grandes dates

sur son cahier : 1977 stock Dupré - 1978 stock Boussac -  2005 stock Lagardère.

Les Aga Khan Studs sont passés de 75 à 164 poulinières en

seulement trois ans, entre 1977 et 1980. Une telle croissance n’était pas un

pari gagné d’avance, surtout que l’on souhaitait maintenir le niveau de

performance des deux jumenteries incorporées et de l’originale. À présent, on

peut dire que le challenge a été relevé avec succès. À tel point que les

familles "Boussac" ou "Dupré" sont devenues des souches Aga

Khan dans l’inconscient collectif.

La dernière grande acquisition est celle de l’élevage

Lagardère. Un jour de mars 2005, la nouvelle tombe : l’Aga Khan a acheté tout

les chevaux de l’effectif Lagardère, deux ans après la disparition du président

qui avait bâti France Galop. Dix ans se sont écoulés depuis ce fait marquant de

l’histoire des Aga Khan Studs.

Nous avons à présent le recul pour analyser l’importance d’une telle opération,

qui comptait 222 chevaux, dont 74 à l’entraînement, 62 poulinières, 42

yearlings et 43 foals. Comment le prince a-t-il pu gérer l’intégration d’un

élevage aussi "spécial" et l’assimiler au sein d’une entreprise dotée

d’une culture et d’une image de marque tout aussi solide ?

 

Légende photo : La victoire de Zarkava dans le Prix de l’Arc de Triomphe

 

Une œuvre à la Leonardo da Vinci

Trois ans et demi plus tard,

Zarkava se présentait invaincue dans le Prix de l’Arc de Triomphe. À la

veille du triomphe de ce phénomène, issu de la plus ancienne souche Aga Khan,

celle qui remonte à Mumtaz Mahal, le prince avait bien expliqué le sens de

"l’opération Lagardère". Il en avait alors bien souligné les risques

et les avantages. Un des objectifs a toujours été de ne pas laisser les

effectifs gonfler pour pouvoir conserver le "contrôle du guidon", et

dans la foulée ne pas condamner une poulinière et sa production sans les

connaître parfaitement.

Ce fut en quelque sorte un travail d’Hercule et une œuvre

de Leonardo da Vinci. La tâche

était d’autant plus difficile qu’elle représentait la fusion d’opérations aux

philosophies très différentes. L’élevage Lagardère était bâti autour d’un

étalon – Linamix – avec des

poulinières achetées en fonction de leur compatibilité avec le mâle. Au

contraire, dans l’élevage Aga Khan, c’est la poulinière qui a toujours été le

centre du projet.

 

La

réussite…tout de suite !

Depuis l’achat du stock Lagardère en 2005, la casaque

princière a gagné 144 courses de Groupe, dont 39 Grs1. Comptablement parlant,

la meilleure saison fut 2005, avec 21 victoires de Groupe dont 8 Grs1. Dans ce

succès, la contribution de l’héritage Lagardère fut énorme. Les signes les plus

visibles de la réussite de cette intégration furent les lauréats de Gr1 Carlotamix, Vadawina et Valixir. Il

faut ajouter à ces derniers le succès de Diamond

Tango, Fracassant et Oiseau Rare. Les anciens

"Lagardère" ont engrangé dix victoires au niveau Groupe.

Le meilleur élément de la nouvelle équipe issue de la

fusion fut Azamour. Ce lauréat des "Queen Anne" et des "King

George" était issu d’une souche Van Zuylen développée "à la

maison" après l’intégration de la pouliniere Arcana dans les années 1970.

 

Le début des

Lagardère sous les couleurs de l’Aga Khan

En 2006, les poulains acquis yearlings avec le

"stock Lagardère" ont commencé à courir au milieu des produits

traditionnels de l’élevage princier. Les résultats furent au rendez-vous avec

douze victoires au niveau Groupe – et trois Grs1 –, dont le Prix Jockey Club de Darsi.

Dans cette réussite, l’apport des Lagardère fut limité à trois Groupes, enlevés

par trois chevaux différents. Visindar,

produit Lagardère, mais fils de l’étalon du prince Sinndar, fit rêver beaucoup

de monde en allant à Epsom. Présenté invaincu en terre anglaise, il était le

favori de l’épreuve. Le poulain n’a pas démérité en décrochant la cinquième

place au passage du pezzo di legno,

mais il n’était pas assez bon gagner cette édition du Derby, qui n’est pas

franchement restée dans les mémoires.

 

Légende photo : Darsi s’est imposé dans le Prix du Jockey Club en 2006

 

Les années

Zarkava

Zarkava fut le seul

rayon de soleil de l’année 2007, la plus mauvaise saison depuis l’arrivée des

Lagardère dans l’effectif. Elle a réchauffé le cœur des afficionados de la casaque rouge et verte en survolant le

"Marcel Boussac"… mais pas le mien car j’avais parié sur la victoire

de Conference Call tout en misant

sur le jumelé Conference Call - Mad

about You. Ces deux pouliches se sont finalement classées deuxième et

troisième.

Au final, la saison 2007 fut conclue avec un seul Gr1 au

compteur mais sept Groupes au total, dont deux à porter au crédit de la

"Lagardère" Vadapolina et deux autres avec un cas rare dans la

galaxie Aga Khan. En effet Four Sins,

une fille de Sinndar élevée par l’Allemand Philipp von Stauffenberg, fut

achetée aux enchères avant de porter la casaque princière. Elle fut ensuite

vendue à la fin de sa carrière, pleine de Dansili. La jument est actuellement à

la reproduction chez Northern Farm au Japon.

Le cru 2008, avec ses douze Groupes et sept Grs1, fut

celui du sacre de la reine Zarkava, bien épaulée par deux Lagardère, Montmartre – né deux jours après la

signature du contrat – et Sageburg.

 

Siyouni et

Rosanara, les premiers L-AGA-rdère !

Les premiers descendants du mariage Aga Khan &

Lagardère furent les 2ans de la saison 2009. Cette génération est entièrement

le fruit du travail du prince et de son équipe. Forts de cette nouvelle

dynamique, le meeting du Prix de l’Arc de Triomphe fut un véritable feu

d’artifice pour la casaque. Tout le monde se souvient du retentissement que provoquèrent

les cinq victoires de Gr1 du meeting, avec en prime l’inoubliable victoire de Sea the Stars dans la grande épreuve.

Cet étalon

officie à Gilltown Stud, une base irlandaise de l’Aga

Khan. On se souviendra aussi du doublé Prix Marcel Boussac-Prix Jean Luc

Lagardère, deux épreuves prestigieuses qui évoquent deux pans entiers du

patrimoine que constituent les Aga Khan Studs. 

Le "Boussac" fut remporté par Rosanara, une fille de l’"Aga Khan" Sinndar et de la "Lagardère" Rosawa. Le Prix Jean-Luc Lagardère a

été gagné par Siyouni (Pivotal),

issu de Sichilla (Danehill), une

demi-sœur de Slickly et gagnante de

Listed pour la casaque grise, toque rose.

En fin de saison on fait les comptes et ceux des

représentants de Son Altesse l’Aga Khan furent très bons avec quinze Groupes,

dont six au top-niveau avec six chevaux différents. La majorité fut acquise par

les onze descendants des lignées Lagardère. On note la présence de deux

100 % Lagardère, Ashalanda (Linamix

& Ashaninka) et Manighar

(Linamix & Mintly Fresh), et de deux 50 %, Varenar (Rock of Gibraltar & Visor) et Alnadana (Danehill Dancer & Alnamara).

 

Légende photo : Rosanara est issue d’une mère Lagardère et d’un père estampillé Aga

Khan

 

À

l’impossible nul n’est tenu

La saison suivante fut logiquement un peu moins brillante

car il n’est jamais facile de faire aussi bien lorsque l’on vient de vivre une

grande année. Ainsi, en 2010, les onze Groupes de la casaque (dont trois Grs1)

ont été gagnés en majorité par des 100 % Aga Khan, mais un seul produit

L’AGArdère. Ce dernier, Rajsaman

(Linamix & Rose Quartz), fut vendu 440.000 euros à Saeed Nasser Al Romaithi

lors de la vente de l’Arc, alors qu’il était déjà gagnant de Gr3.

L’année 2011 ne va pas rester dans les annales, avec neuf

Groupes et un seul succès au top-niveau, le Grand Prix de Saint-Cloud de Sarafina. Mais il ne faut pas oublier

les victoires au niveau Groupe de deux 3ans issus du croisement Dalakhani sur

des poulinières Lagardère. Vadamar

et Baraan n’étaient pas des cracks

mais ils étaient la pour prouver que le croisement pouvait fonctionner.

Le millésime 2012 fut beaucoup plus glorieux en dépit du

drame de l’infortunée Valyra. La

gagnante du Prix de Diane ajoutait au palmarès de l’écurie un des six Grs1 - et

17 Groupes – de la saison. Elle était par l’"Aga Khan" Azamour et la "Lagardère" Valima. Cette Valima fut la première

pensionnaire d’André Fabre à gagner pour la casaque princière, à l’occasion du

Prix Imprudence. La deuxième lauréate de Groupes d’ascendance Lagardère fut Sagawara (Shamardal & Sagalina),

qui a atteint son meilleur niveau lors de sa victoire dans le Prix Saint-Alary.

L’année 2013 ne fut pas un grand cru, avec neuf Groupes

et un seul lauréat de Gr1, Dalkala. Deux de ces gagnants de Groupe – Kiram et Valirann – étaient issus de poulinières Lagardère (Valima et King

Luna).

Le seul Gr1 de l’écurie en 2014 est à mettre au crédit

d’une pouliche d’origine Lagardère, Vazira

(Sea the Stars et Vadaza), qui s’est imposée dans le

"Saint-Alary". Le bilan de l’année fut de neuf victoires de Groupe.

 

Ervedya, une

25 % Lagardère dans une année 100 % réussie

Les résultats du 2015 sont d’un tout autre niveau : cinq

Grs1, dont trois avec Ervedya (25 %

Lagardère par l’intermédiaire de Siyouni). Cette pouliche est une fille d’Elva, dont l’origine remonte à une

vieille souche Boussac. Il ne faut cependant pas confondre cette famille avec

l’autre souche des E qui a donné Ebadiyla,

Edabiyla, Enzeli et Estimate.

Cette dernière, une élève des Aga Khan Studs, a gagné le Gold Cup avec la

casaque de la reine d’Angleterre ! Vazirabad,

lauréat du Royal Oak, est un L’AGArdère, tout comme Candarliya et Loresho.

Avec dix-neuf victoires de Groupe, l’année 2015 est la meilleure de la casaque

princière depuis 2005.

 

Légende photo : La réussite d’Ervedya témoigne de la bonne utilisation des souches

Boussac et Lagardère

 

Casaque

verte, épaulettes rouges… et nuances grises

Nous avons passé en revue les résultats de ces dernières

saisons mais c’est en se plongeant encore un peu plus dans les chiffres que

l’on mesure la réussite de la formule l’AGArdère. Taniya, lauréate du Prix Fille de l’Air, mercredi à Toulouse, est

le quatre-vingt-neuvième gagnant de Groupe pour la casaque "verte -

épaulettes rouge - toque verte" depuis 200 ? Presque un tiers (29) est signé

Lagardère. Douze portent directement la griffe Lagardère Élevage et dix-neuf

autres sont issus des souches développées au haras d’Ouilly. Il est important

de noter que treize sont nés à partir de 2007 et sont donc le fruit de la

méthode de croisement mise en place par les équipes de l’Aga Khan. Six sont

issus d’un étalon élevé par l’Aga Khan. Si vous préférez les noms aux chiffres,

vous pouvez tout simplement penser à la réussite de Siyouni, de Rosanara, de

la malchanceuse Valyra et à d’autres

gagnants de Gr1 comme Vazira ou Sagawara.

 

Un équilibre

subtil

Le Green Book

est vraiment une référence en matière d’élevage. Il est le livre de chevet de

bien des éleveurs et passionnés. Cet ouvrage nous offre bien plus que la simple

possibilité de repérer des pépites éparpillées dans un torrent de noms. Ce

livre n’engendre par une simple forme d’admiration, comme peuvent le faire

d’autres publications du même genre. Non, c’est bien plus que cela. Ces pages

poussent à l’étude et à la découverte de cette mécanique finement agencée, qui

a réussi à garder son identité depuis plus d’un demi-siècle, tout en cultivant

un vivier de souches. Le plus fort est sans doute le fait que ces objectifs

furent atteints sans déroger à des objectifs de sagesse sur le plan de

l’économie et de la gestion des effectifs.

 

Légende photo : Quelques exemplaires du célèbre Green Book des Aga Khan

Studs

 

Miser sur la

jeunesse

Le point de départ de ce papier était tout autre et il a

dérivé au fil de l’écriture ! L’intention première était de mettre en

lumière la grande jeunesse des poulinières des Aga Khan Studs. Parmi les 198

juments cataloguéees dans le Green Book,

pas moins de 80 (soit 40 %) ont été saillies pour la première fois à

partir de 2013. Ces juments ont donc pour premier produit un futur 2ans. Vingt-sept

de ces jeunes poulinières ont décroché du caractère gras en piste. C’est

énorme. Mais un autre élément doit absolument être pris en compte. Les

poulinières nées avant l’incorporation de Lagardère Élevage, donc âgées de plus

de 10ans, ne représentent actuellement que 20 % de l’ensemble. C’est là

toute la force de l’élevage Aga Khan, entre tradition et renouvellement. Son

histoire récente a été marquée par l’arrivée de Redoute’s Choice en France. Goffs et Arqana vont respectivement

accueillir dix-neuf et quarante-deux pouliches et poulinières issues de

l’élevage princier. On ne peut pas tout garder… Il faut parfois savoir partager

le plaisir et la culture de l’élevage. Cela permet de voir si les élèves ont

bien appris leur leçon en étudiant le Green

Book ! Merci Monseigneur.