Le courage… c’est maintenant ?

Autres informations / 16.11.2015

Le courage… c’est maintenant ?

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Lead sous forme d’introduction]

 

 

LE COURAGE… C’EST MAINTENANT ?

 

Par David Powell

 

Toutes les listes

sont d’accord sur l’objectif : donner envie au public de revenir aux courses et

à de nouveaux propriétaires d'avoir des chevaux. Même unanimité sur les

moyens : mettre en avant le côté sport et spectacle des courses. Comment ?

La réponse est simple : le pari hippique doit redevenir un "jeu

intelligent", et le produit (nos courses), intéressant.

La multiplication

des courses étrangères et/ou sans intérêt œuvre dans le sens contraire. Les

chevaux ne sont plus que les objets d’une loterie mondiale et virtuelle. Nous

payons le prix d'une longue dérive initiée avec le Tiercé qui nous a placés

dans l'engrenage des jeux de hasard ; la dérive se poursuit avec le parti

pris maintes fois répété de concurrencer la Française des Jeux.

Sportivement,

tout le programme des courses au galop a été gangréné par la drogue mortelle

des handicaps, qui ont phagocyté la logique de sélection. Voilà pourquoi

il est désormais hypocrite de parler d’une mise en valeur de notre sport, alors

que nous ne proposons au quotidien qu’un mauvais produit. Le joueur chevronné

n'est pas dupe. Occasionnellement, il s’amuse à déchiffrer ce genre d'énigme…

Mais quid du nouveau venu ? S’est-on seulement demandé si, en tentant sa

chance au PMU, il n’espérait pas parier intelligemment comme il fait au

football, où la logique sportive prévaut ? Eh oui ! Puisque l’on parle de

la Française des Jeux, au moins, concurrençons-la sur ce qu’elle a de meilleur :

non pas les loteries, mais les paris sportifs. Quels sont les matchs de

football qui recueillent le plus d’enjeux ? Les meilleurs matchs ! Et

qu’est-ce que les parieurs préfèrent ? Que le meilleur gagne !

Faisons-en de même avec nos courses, en offrant aux parieurs à la fois la plus

belle compétition et un résultat logique sportivement.

L’autre client,

c’est le nouveau propriétaire. Il ne peut lui aussi être que sidéré par ce

qu'on lui propose avec les handicaps, où on lui propose de souscrire à la grande

tricherie dès son arrivée, s’il veut équilibrer ses comptes.

À l’heure où le

galop va se choisir un nouveau président, je reste persuadé que notre avenir

passe par une réforme complète du programme. Et que personne ne sera capable de

promouvoir quoi que ce soit – ni sport, ni spectacle, ni arène (le nouveau

Longchamp) – si nous n’avons rien de propre à promouvoir. Il est encore temps

de modifier la règle du jeu. À condition de faire preuve de courage.

Cet

article est déjà paru deux fois dans JDG, depuis décembre 2012. ....

Chaque parution m'a valu une vague d'approbation des socioprofessionnels de

tous bords .... Et il ne s'est rien passé après ....

  

 

REVENONS AUX

FONDAMENTAUX

Concernant le

programme, il faut cesser les lapalissades concernant les chevaux "qui

font la recette" : le programme, c'est la règle du jeu, et si les mauvais

chevaux font la recette, c'est qu'on a édifié un programme pour eux. Si la

règle était différente, les bons chevaux feraient la recette. Écrire, à l'époque,

« le fait qu'un gagnant du "Jockey Club 2100" en produise un

autre, prouve que c'est une bonne idée » relève de la même fumisterie. Qui

aurait l'idée de dire que parce que les chats font des chats, cela prouve

qu'ils sont bons ? Il ne faut pas non plus se focaliser sur le cycle court, sur

l'âge des chevaux : le fait de durer, ce n'est pas un défaut. Ce n'est pas pour

cela qu'il n'est que peu intéressant d'acheter un yearling, mais plutôt parce

que l'espérance de gains n'est pas proportionnelle à la qualité des chevaux.

C'est le système des handicaps qui gangrène le marché des jeunes chevaux, et

non la durée de leur carrière. Au contraire, un propriétaire s'attache bien

plus à un cheval qui lui gagne plusieurs courses, et cela par son mérite, qu'à

un cheval qui gagne une fois par an, lorsque c'est son tour parce qu'il a

"retrouvé son poids". Nous voulons attirer une nouvelle classe de

propriétaires français : ce sont en général des gens qui ont réussi dans leur

métier, et ceci par leur mérite, et on peut concevoir que le système de triche

inhérent aux handicaps leur répugne.

ÉEliminer les

chevaux par leur valeur handicap est un système subjectif, contraire à celui,

objectif, de la sélection qui est le sens même des courses et de l'élevage. De

toute façon, si le programme ne permet plus de rentabiliser ces non-valeurs,

ils seront réformés naturellement, par la loi du marché. Si l'on veut sortir du

cercle vicieux engendré par la "dépendance" sur la prolifération des

handicaps, il faut tout reprendre à zéro : tant qu'il y aura autant de

handicaps, ils continueront à fausser la donne pour toutes les autres courses.

Lorsque j'étais au bureau du Syndicat des éleveurs, nous avons élaboré une

proposition allant dans ce sens, qui est restée lettre morte. Une bonne partie

demeure d'actualité, sauf à remettre aussi en place ce qui a été démoli pendant

la décennie qui vient de s'écouler.

 

Cette

proposition tient en trois chapitres, pour refaire un programme qui corresponde

aux besoins de l'élevage .

 

1. UN

PROGRAMME CLASSIQUE POUR SÉLECTIONNER

Redonner au

programme dit "classique" sa vocation de sélection… et dans le sens voulu. Sa

"réforme" en raccourcissant les distances, contrairement à ce qui a

été avancé à l'époque, n'a pas "suivi" l'évolution de la race, mais

au contraire a anticipé et cherché à influencer celle-ci en modifiant la règle

du jeu en faveur d'origines où notre élevage est justement le moins bien armé.

Il est

parfaitement vain d'argumenter que le programme devait évoluer pour suivre les

temps : le programme, c'est la règle du jeu de la survie dans notre

mini-univers évolutionnaire, c'est le programme qui forge la race, et non la

race qui détermine le programme... Le programme a été détourné de sa vocation

première, subordonné aux programmes anglais et irlandais – c'est quand même un

comble, nous avons les meilleures allocations et nous avons réussi à faire du

programme français un circuit "bis" voire préparatoire aux classiques

anglais et irlandais !

 

2. ENCOURAGER LA QUALITÉ PLUS QUE LA

QUANTITÉ

Au quotidien,

dans les courses "gagne-pain", il faut arriver à un minimum de

corrélation entre le niveau des chevaux et leur espérance de gains, afin de donner

intérêt à produire de la qualité et non de la quantité : voilà ce qui peut

inciter à acheter un yearling…

 

3. AMÉLIORER LE TOUT-VENANT

Voici quelques

suggestions pour améliorer "l'intendance", à savoir éviter à la fois

les lots squelettiques et les éliminations.

 

Pour

le programme classique :

• Essayer de

retrouver l'harmonie et le bon sens du programme d'avant 1986, où les préparatoires

servaient vraiment, avec un point culminant dans les classiques, et notamment

réavancer les Poules d'Essai mi-avril pour permettre une transition progressive

avec le "Lupin" et le "Jockey Club".

• Recréer le Prix Lupin, sans toutefois lui donner une allocation qui

en fasse un objectif, mais plutôt une étape entre la Poule d'Essai et le

"Jockey Club", comme cela fut le cas pendant de longues années.

• Remettre le "Jockey Club" sur 2.400m, car comme prévu, il

est devenu un "euro-Lupin", c'est-à-dire une préparatoire aux autres

Derby européens... Dans la mesure ou ni le "Jockey Club" au rabais,

ni le Grand Prix du 14 juillet n'ont pu s'imposer, il n'y a plus de Derby

winner français, ce qui est préjudiciable.

• Remettre le Grand Prix de Paris sur 2.000m fin juin, avec des

allocations suffisantes – ou alors sur 2.800m, pour retrouver sa vocation

initiale...

• Redonner au Prix Eugène Adam son rôle de consolation, trois semaines

après le Grand Prix, ne pas essayer à coups d'argent de lui donner un statut

contre nature.

• Remettre le Prix Jean Prat sur 1.800m pour qu'il redevienne une étape

pour milers que l'on souhaite rallonger, le jour du "Jockey Club"

il peut servir de tremplin au Grand Prix de Paris...

• Recréer le Prix de la Salamandre, comme préparatoire au Grand

Critérium.

• D'une manière

générale, redonner à notre programme de 2ans une raison d'être propre, ne plus

le subordonner au programme anglais : le Prix Jean-Luc Lagardère est devenu un

"Dewhurst" bis, le Critérium International un "Racing Post

Trophy" bis, etc.

• À l'automne,

ne plus concentrer toutes les bonnes courses le week-end de l'“Arc”, qui

devient indigeste, et ce qui désertifie les autres dimanches de Longchamp en

suivant : les Grs1, et non les moindres, sont plutôt dévalorisés pris dans

cette masse d'événements simultanés, et leurs vainqueurs bien moins médiatisés

dans l'ombre de l'"Arc"... De dire que l'"Arc" entouré de

quelques Groupes ne suffira pas pour faire venir la foule, c'est sous-estimer

son impact.

 

Pour

le quotidien :

• Une grande

règle : simplifier les conditions. Plus il y a de lignes dans les conditions,

moins on a de partants !

• Quelle que

soit la catégorie des chevaux, leur donner des chances de courir, mais il faut

tout de même qu'il y ait un minimum de corrélation entre le niveau des chevaux

et leur espérance de gains...

Si l'on veut

inciter les éleveurs à produire des chevaux de qualité, et les clients à

acheter des yearlings plutôt que des "réclamer", il faut un minimum

de "justice" dans la récompense offerte – personne ne fait un

croisement ou n'achète un poulain "parce qu'il a une tête à être bien pris

handicap"... Il faut mettre fin à ce décalage qui s'est développé entre le

programme des courses et les objectifs d'élevage.

• Diminuer progressivement le rôle des handicaps pour en arriver à un

par jour, qui peut servir de Quinté ou Pick 5, et ajuster les allocations à la

qualité des participants – essayer progressivement de faire des gros handicaps

dignes de ce nom, avec des chevaux de Listed en haut de l'échelle (exemple :

avec une allocation de 40.000 ou 45.000 euros en obstacle, ce n'est pas pour y

donner une chance à des "réclamer" en privant les bons chevaux de

courir... Il n'est pas normal d'ailleurs de relever les poids aux partants

probables pour mettre hors concours les meilleurs...).

• Supprimer aussi les courses à alphabet dont les conditions sont trop

compliquées et dont la lettre ne correspond plus à la qualité du lot.

• Les remplacer progressivement par : courses à conditions

"n'ayant pas 10.000, 20.000, 30.000 euros, etc., en victoires et

places", qui constituent une protection de fait pour les chevaux ayant

droit à la prime, car ils ne seront obligés de monter de catégorie que "50 %

plus tard": dès lors, nul besoin de courses "nés et élevés"

ou dites "filière"...

Une vaste échelle de "réclamer" allant de 3.000 à

100.000 euros de taux de réclamation, le "réclamer" devient donc un

handicap où l'entourage du cheval est celui qui détermine son poids selon le

prix qu'il l'estime : s'il surclasse son cheval, ce n'est plus le handicapeur

qui l'a surestimé, mais lui-même – il n'a qu'à baisser le taux pour que le

cheval trouve son niveau de compétence ; que l'allocation soit en relation avec

le taux de réclamation, selon un barème à déterminer.

 

Pour

l'intendance :

• Pour les maidens

et les courses d'inédits, les coupler par sexe le même jour et se donner

l'option, s'il n'y a pas assez de partants, de les réunir en une seule épreuve,

et utiliser l'argent pour en dédoubler d'autres lorsqu'on est trop nombreux –

on devrait éviter ainsi les maidens à quatre ou vingt partants, et

surtout les éliminations avec leurs effets délétères sur l'entraînement et

pervers sur la politique d'engagements...

• Il faudrait

d'ailleurs garder une provision pour dédoubler en début et fin de saison –

éviter "l'effet domino" des éliminations où l'on déclare partant

uniquement pour devenir prioritaire la prochaine fois.

• Une allocation

aux sept premiers des Listed-Races et des Groupes. De toute manière, lorsqu'on

saura que pour un cheval un peu juste à ce niveau, il y a une vie en dehors de

la voie des handicaps, on verra bien plus de monde tâter les courses black

types sans crainte d'être massacré handicap sur une cinquième place un peu

trop près des premiers... C'est la crainte de cela qui phagocyte les épreuves de prestige !

 

En conclusion,

il faut donner une chance aux chevaux durs et réguliers de gagner plusieurs

fois – un propriétaire s'y attache bien plus. Je pense qu'un des freins au

propriétariat chez nous, c'est cette notion qu'il faut attendre "chacun

son tour" pour gagner sa course, et surtout qu'il faut tricher pour ne pas

l'attendre éternellement... Je le répète, pour un chef d'entreprise qui a

réussi et qui a donc le goût de la compétition et qui croit à la réussite par

le mérite, on est dans l'antithèse de ce qu'il attend d'un passe-temps.

La

généralisation des handicaps nuit aussi à la fluidité du marché des chevaux à

l'entraînement. Un cheval qui n'a pas encore gagné "son" handicap a

une valeur handicap, et donc vénale, basse, et lorsqu'il l'aura gagné, il vaut

encore moins dans la mesure ou l'allocation visée est encaissée, et il faudra

qu'il attende un an pour "baisser" pour pouvoir en gagner un autre.

Une grande gamme de "réclamer", par contre, rendra les transactions

plus faciles, et on hésitera moins à acheter un cheval, sachant qu'il y a

également profusion d'opportunités pour le revendre. Il ne faudra pas hésiter à

élargir la gamme – descendre jusqu'à des taux de réclamation de 3.000 euros par

exemple, pour donner une chance – et peut-être une porte de sortie – aux

chevaux de toute petite valeur – et à monter jusqu'à 100.000 euros pour

l'exploitation de chevaux de bonne valeur, à la limite de la Listed.

Pour finir, je

voudrais citer ce que j'ai écrit dans JDG en 2011, pour rebondir sur une

excellente intervention de Jean-Claude Rouget : « Jean-Claude Rouget s'interroge à juste titre sur le système même des

handicaps, que j'ai dénoncé, il y a longtemps, en écrivant que c'était un

cancer qui rongeait le programme français... Avec le recul, l'invention du

Tiercé a sans doute été néfaste pour nos courses, car il a permis une

dépendance sur un mode de jeu proche de la loterie. Maintenant, on nous répond

que les handicaps font la recette, mais c'est comme un toxicomane qui est

convaincu de ne pas pouvoir se passer de la drogue. Il y a bien d'autres

programmes (très proche de nous, celui des trotteurs français !) où l'on génère

du jeu sans handicap. Cette prolifération des handicaps sape et fausse tout le

reste du programme, et jette un discrédit quotidien sur la régularité de nos

courses, car personne n'est dupe. Il faut dénoncer le danger de la

multiplication de l'offre ; il y a longtemps aux États Unis, on avait constaté

la "loi du rendement décroissant" avec une augmentation intempestive

de l'offre, et qu'une fois atteint un point de saturation, il était difficile

de redonner l'appétit du jeu à un public repus. Car, c'est justement faute

d'avoir su vendre la qualité de notre spectacle en promouvant les handicaps,

que nous sommes réduits à compter sur la quantité. »

On peut aussi

s’inquiéter sur le mise en avant du pari "Spot", qui vante le fait

qu'il n'y a aucun effort à faire pour choisir son jeu, parce qu’il sera basé

sur les efforts des autres joueurs. C'est exactement le contraire du message

que l'on aurait dû faire passer depuis des années : que nous proposons un jeu

"intelligent" sur un sport très exigeant.

Le vide de

pouvoir à France Galop a laissé le champ libre au PMU, qui désormais mène la

danse : le PMU n'est plus le bras financier des courses, mais au contraire ce

sont les courses qui sont devenues la "gagneuse" du PMU. Il ne sera

pas facile de reprendre la main, et je souhaite à nos dirigeants bon courage.