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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Les briseurs de thermomètre

Autres informations / 25.11.2015

Les briseurs de thermomètre

LES BRISEURS DE THERMOMÈTRE

Par Mayeul Caire, directeur

de Jour de Galop

 

Pour

avoir vécu cette élection socioprofessionnelle, je peux comprendre pourquoi les

gens votent de moins en moins. Cette année, j’ai voté – dans le collège

Propriétaires –, mais souhaiterai-je encore participer au scrutin en 2019 ?

 

Deux jours avant la fin du vote, France Galop a

communiqué : « Au vu des

dernières indications en provenance de l’étude de Maître Plumel, huissier de

justice en charge des élections professionnelles à France Galop, il y a tout

lieu de penser que le taux de participation en 2015 sera analogue à celui

constaté en 2011 qui était de 41 %. Il atteint au décompte de ce matin

35,2 % et devrait croître de plusieurs points pour chacun des deux jours

avant la clôture du scrutin. »

Or, la participation 2015, comparée à celle de 2011, est en

baisse de 8,6 %, avec une perte de 3,5 points (de 41 à 37,5). Quel est l'intérêt

de contourner cette évidence, alors qu’à deux jours de la clôture, chacun se

doutait que la pièce allait retomber du mauvais côté ?

 

La communication de France Galop est parfois mystérieuse.

Comme est mystérieuse la raison pour laquelle on a refusé de me communiquer les

chiffres de la participation de 2011, lorsque je les ai demandés pour écrire un

article. Ils existent et n’avaient rien de secret. Ce n’est pas en cassant le thermomètre que l’on soigne la

fièvre.

Cela

me rappelle le pénétromètre. Pendant des années, on connaissait l’état

du terrain avec précision, grâce à une mesure chiffrée. Puis celle-ci, bien que

toujours existante, n’a plus été communiquée que sous la forme de "bon",

"souple", etc. On m’a dit que c’était la faute de la province, où les

préposés au pénétromètre maniaient mal l’engin… ou trichaient à la demande de

leur président, pour ne pas faire fuir les chevaux parisiens du fait d’un

terrain trop sec ou trop mouillé. J’ai aussi entendu que c’était pour éviter

que les entraîneurs n’exigent un indice trop précis pour courir (en l’absence

de chiffres, comment menacer France Galop d’un : « Je ne courrai que si le terrain est au moins

à 3,9 » ?).

Si j’ai fait le parallèle entre le pénétromètre et

l’information sur la participation, c’est volontaire car les deux décisions ont

été prises lors de mandatures différentes et par des équipes différentes. Cela

indique que le problème n’est pas lié aux hommes mais à la structure. On peut

changer les hommes mais il faut aussi changer l’état d’esprit.

 

Soyons précis ; sur le pénétromètre, c’est la moindre

des choses (humour). Soyons précis, je n’accuse pas France Galop d’un manque de

transparence. Briser le thermomètre ne signifie pas dissimuler. Briser le

thermomètre, c’est empêcher de produire l’information qui aurait pu être

diffusée. Si l’information n’est pas produite, personne ne saurait vous accuser

de la retenir.

J’en reviens aux élections. Lundi, la société-mère nous a

offert une variante du thermomètre cassé : le thermomètre en panne. Une

panne, cela arrive (et cela se prévient, aussi…). Mais ce n’est pas cela qui

m’a interpelé. Ce qui m’a choqué, c’est la communication qui s’en est suivie.

Mardi matin, à 8 h 45, les associations qui présentaient des listes

ont reçu cet email signé du responsable des élections à France Galop : « Bonjour à tous, Comme vous le savez la société EditPost a connu un

problème informatique au moment de la remontée des résultats hier soir, au

moment du dépouillement. Je vous enverrai l’ensemble des élus

« national » et toutes régions dans 1 heure. Encore une fois, même si France Galop n’est en rien

responsable de ce problème qui n’a pas autorisé la publication des résultats

assez tôt, je vous remercie d’accepter toutes nos excuses. »

France Galop, qui pourtant a choisi ce fournisseur, n'aurait-elle pas dû

assumer ?

Puis

j'ai reçu quelques heures plus tard cet email provenant de la Direction

générale d’Editpost, le fameux fournisseur informatique dont le système a

planté lundi : « La

société Editpost, prestataire de France Galop pour l’organisation des élections

du Comité National et des Comités Régionaux tient à présenter ses excuses sur

la proclamation tardive des résultats qui a eu lieu hier lundi 23 novembre

2015. La remontée des données dans le logiciel utilisé a été fortement

ralentie, sans qu’à aucun moment l’intégrité des données ait été altérée. La société Edtipost tient à confirmer qu’en

aucun cas les services informatiques de France Galop n’ont été impliqués dans

les opérations de dépouillement. Nous renouvelons nos excuses pour les

désagréments occasionnés à l’ensemble du personnel de France Galop, aux listes

associatives et à toutes les personnes ou organismes concernées de près ou de

loin par ces élections. » No comment.

 

Je suis sûr que, comme moi, vous vous demandez pourquoi on

ne fait pas comme dans n’importe quelle commune de 8.000 votants ?

Pourquoi, à France Galop, ne dépouille-t-on pas tous les bulletins à la main ?

C’est pourtant un système qui a fait ses preuves dans des scrutins un peu plus

cruciaux que ceux de la société-mère... Nous l’avons d’ailleurs en partie (il

ne s’agissait que de recompter) expérimenté lundi soir avec succès.

Autre question : si vous étiez électeur, vous avez reçu

une notice explicative d’une page complète. Franchement, une notice aussi

longue pour un geste aussi simple (voter), qu’est-ce cela signifie ? Cela

signifie que l’acte de voter est trop compliqué. Là encore, simplifions l’acte

pour l’électeur si l’on veut que la participation remonte : envoyons-lui

par exemple une enveloppe déjà siglée à son nom avec son code barre.

On peut aussi proposer à ceux qui le souhaitent de voter par

internet. Ceux qui préfèreront renvoyer leur enveloppe par La Poste pourront

continuer à le faire ; mais cela n’empêchera pas les autres de voter en une

minute et deux clics, depuis chez eux.

 

Encore un détail : pendant toute la durée du dépouillement,

la salle du Comité a été coupée en deux. D’un côté la Commission électorale, les

scrutateurs (des salariés de France Galop) et les informaticiens ; de

l’autre le public, principalement des candidats. Entre les deux, un magnifique

cordon de sécurité or et noir, gardé par le sympathique chef de la sécurité des

hippodromes. On m’a dit que c’était pour prévenir d’éventuels débordements.

Pourtant, quand vers 23 heures, nous nous sommes tous assis autour des tables –

y compris votre serviteur – pour recompter manuellement les bulletins, tout le

monde a pu constater que le mélange des deux univers se faisait dans la joie et

la bonne humeur.

Dans des communes où les élections sont autrement plus

chaudes qu’une élection à France Galop, les citoyens peuvent tourner toute la

soirée autour des tables de dépouillement si cela leur fait plaisir ; pas à

France Galop.

 

Ces faits sont éclairants sur la manière dont France Galop

vit sa relation à ses membres.

Résumons : les socioprofessionnels votent de moins en moins,

mais on m’a dit plusieurs fois que 37,5 % était déjà un excellent score (hélas,

la baisse est continue année après année) ; France Galop n’a pu publier les

résultats des élections dans un délai normal, mais ce n’est pas de sa faute,

c’est celle de son fournisseur ; pour un geste aussi simple que voter, France

Galop livre une page d’explications…

 

J’en termine avec ce par quoi j’avais commencé : pourquoi

me priverais-je de voter dans quatre ans ? Parce qu’en tant que citoyen du

galop français, j’attends de mon gouvernement :

1) Qu’il soit capable d’organiser des élections sur un mode simple

2) Qu’il soit capable de publier le résultat dans un délai

décent,

3) Que comme il l’a fait involontairement lundi soir, il

invite tous les citoyens à participer au dépouillement comme cela se fait dans

toutes les démocraties,

4) Qu’il ne prenne pas le citoyen lambda pour un sauvage

qu’il faut parquer derrière un cordon (si ces sauvages existent, qu’on leur

interdise l’accès à France Galop au rez-de-chaussée),

5) Qu’il accepte de reconnaître sa part de responsabilité

quand il se plante,

6) Et qu’il arrête de casser le thermomètre quand la

température affichée ne lui convient pas.

Rendez-vous dans quatre ans ?