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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Les prix sont sur le pré, le match peut commencer

Autres informations / 04.11.2015

Les prix sont sur le pré, le match peut commencer

LES PRIX SONT SUR LE

PRÉ, LE MATCH PEUT COMMENCER

 

Par Mayeul Caire, directeur

de Jour de Galop

 

Chaque année, le rituel est le même. Le week-end de la

Breeders’ Cup approche et le monde de l’étalonnage bouillonne, phosphore,

spécule. Qui osera dégainer le premier ? Qui aura l’honneur d’ouvrir le

bal des annonces du tarif des saillies ? La position de leader est

flatteuse, mais elle est aussi piégeuse, car il faut découvrir son jeu sans

connaître les intentions de ses adversaires. Il faut accepter de parier à

l’aveugle, à la table du grand poker planétaire.

 

Occupation du

terrain : à l’anglaise

Le calendrier est immuable. La première annonce a toujours

lieu après le Breeder’s Cup. Cette année, le "week-end de l’Arc yankee"

a eu lieu sur l’hippodrome de Bourbon-L'Archambault… (et encore, je suis taquin

avec Bourbon-L'Archambault, dont la piste n’a rien à envier à celle de

Keeneland). A-t-il tant d’importance qu’il faille attendre son verdict avant de

passer à l’offensive sur les prix de saillies ?

Certes, le Breeders’ Cup ne marque pas la fin de la saison

sportive dans l’hémisphère Nord. Mais, en fermant le bal des grandes courses

dans la zone États-Unis/Europe, il lance surtout la saison d’élevage dans la

moitié septentrionale du globe. La période dédiée à l’élevage va vraiment

s’animer avec les ventes spécialisées, puis adoptera son rythme de croisière

avec les premières naissances (à partir de janvier) et entrera dans le dur avec

la monte (à partir de février).

On nous objectera peut-être qu’il n’y a pas que l’Amérique

et l’Europe dans l’hémisphère Nord. En fait, si ! Du point de vue des

étalonniers d’ici, le Vieux et le Nouveau Continent concentrent la majorité des

efforts commerciaux, puisque le Japon vit dans une demi-bulle et puisque Hongkong

ne fait pas d’élevage.

 

Turn-over et

contre-attaque : à l’irlandaise

Ce qui est immuable, aussi, c’est qu’une fois de plus,

Darley a tranché le nœud gordien sans sourciller. Et quel coup d’épée ! Un

étalon à 225.000 livres (soit environ 315.000 euros), on n’avait jamais vu

cela en Europe depuis que les courses sont courses. Seul Galileo aurait été

plus cher, à une époque, mais comme son prix était secret, l’histoire retiendra

que l’étalon le plus cher de tous les temps sur notre continent appartient au cheikh

Mohammed Al Maktoum et s’appelle Dubawi.

Comme chaque année, pour en rester à nos bonnes habitudes,

quelques-uns des autres haras importants de la zone se sont immédiatement

engouffrés dans la brèche, comme s’ils n’attendaient que le mouvement de Darley

pour plonger à leur tour la tête dans le maul. Et ce fut l’avalanche :

Cheveley, Juddmonte, Shadwell… Si bien que l’on a maintenant une idée un peu

plus précise de la Carte de Tendre 2016 en Europe. Il nous manque simplement –

et ça aussi, c’est toujours pareil – les prix de Coolmore. L’Irlandais est

ingénieux (il peut même devenir facétieux lorsqu’il est en forme et que l’heure

avance). Il attend de connaître le jeu des autres avant de placer sa mise sur

le tapis. Désormais, sa grille ne devrait plus tarder. Dans un demi-silence,

tout juste a-t-il laissé fuiter que le héros du week-end, American Pharoah,

pourrait officier à 200.000 dollars, et qu’une fourchette de 60.000 à 70.000

euros serait envisagée pour Gleneagles. Et Galileo au fait ? Toujours private ? Dans la guerre des

étoiles entre le géant anglo-dubaïote et le géant irlandais, où chaque détail

compte et où tous les coups sont bons à jouer, la révélation d’un tarif

officiel pour le chef de race de Coolmore ne « ferait-il pas sens »,

comme dirait Roland Barthes ? L’idée mérite d’être considérée par les

experts en communication étalonnière.

 

Cadrage-débordement :

à la française

Et nos étalons français dans tout cela ? Eh bien

Mathieu Alex, qui officie désormais pour La Cauvinière après avoir longtemps

œuvré chez Coolmore, a fait ce que fait tout bon apprenti : garder le

meilleur du maître pour proposer de son art une libre interprétation. Sans doute

convaincu que les plus gros haras européens communiqueraient lundi soir, il a

devancé l’appel en annonçant le nouveau tarif de sa locomotive, Le Havre, dès

dimanche soir. Il a été malin comme un Irlandais… tout en faisant le contraire

de Coolmore. Funny, isn’t it?