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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Omar skalli : « les autorités ont conscience qu’en renforçant l’élevage local, on crée de l’emploi et de la richesse »

Autres informations / 26.11.2015

Omar skalli : « les autorités ont conscience qu’en renforçant l’élevage local, on crée de l’emploi et de la richesse »



 

MEETING

INTERNATIONAL DE CASABLANCA 2015

OMAR SKALLI : « LES AUTORITÉS ONT

CONSCIENCE QU’EN RENFORÇANT L’ÉLEVAGE LOCAL, ON CRÉE DE L’EMPLOI ET DE LA

RICHESSE »

Le vendredi 20

novembre et le samedi 21 novembre 2015, l’hippodrome de Casablanca accueillait

l’édition 2015 du Meeting international des courses de pur-sang. Omar Skalli

est le directeur général de la Sorec, l’organisme en charge de l’organisation

des courses et de l’élevage au Maroc. Pendant le meeting de Casablanca, il nous

a accordé une interview au cours de laquelle nous avons abordé la situation et

les perspectives de la filière locale.

 

Jour de Galop. – Cette année, quelles ont été

les principales évolutions du Meeting international de Casablanca ?

Omar Skalli. – Le changement le plus évident concerne la

place de l’événement dans le calendrier. Nous avions fusionné la journée du pur-sang

arabe et celle du pur-sang anglais pour créer un seul et même événement. Cela

doit nous permettre de concentrer nos efforts, en termes d’événementiel et de

communication, pour obtenir un impact plus important. À cette date, la saison

pour les pur-sang arabes est terminée en Europe. Le meeting de Casablanca

représente donc une opportunité pour certains chevaux entraînés de l’autre côté

de la Méditerranée. Pour les médias, étrangers comme marocains, mais aussi pour

l’ensemble des professionnels, il est plus simple d’organiser un déplacement

pour une seule date pendant l’année. Surtout quand on sait qu’on pourra prendre

part à deux journées de courses en un seul déplacement. Et cela semble

fonctionner, tant au niveau des médias que de la participation des chevaux

étrangers.

En ce qui concerne

l’aspect événementiel, le diable est dans les détails, et nous essayons de

toujours faire évoluer notre manifestation.

 

Dans le cadre de la sa mission de gestion de

l’élevage marocain, la Sorec s’occupe de trois races de galopeurs, le pur-sang

arabe, le pur-sang anglais et l’anglo-arabe. Quelles sont vos ambitions pour

chacune de ces trois races de chevaux de course ?

En ce qui concerne

le pur-sang anglais, notre objectif est très clairement d’obtenir des épreuves black types. Lorsque l’on regarde le

niveau des partants de la réunion du 21 novembre, on peut espérer qu’à terme,

le Pattern Races Committee fera

évoluer certaines de nos épreuves au niveau Listed-race. Les performances des

gagnants des trois dernières éditions du Grand Prix de Sa Majesté le Roi

Mohamed VI attestent de la qualité de la course. Arkaitz (Pyrus), le lauréat de l’édition 2015, s’est classé proche

troisième du Prix Exbury (Gr3).

Billabong (Gentlewave), un cheval élevé au Maroc par Jalobey, a gagné

l’édition 2013. Il a ensuite remporté le Prix Lord Seymour (L) à Longchamp, et

il s’est classé deuxième du Grand Premi di Milano (Gr1) ainsi que troisième du

Prix de Reux (Gr3). Garrogorille (Rock

of Gibraltar), le lauréat 2014, s’était précédemment classé proche deuxième de

la Coupe des Trois Ans (L) à Lyon.

Pour atteindre cet

objectif nous travaillons à l’amélioration de l’élevage local. Un jour, on

pourra peut-être vendre des chevaux marocains à l’étranger.

Pour les pur-sang

arabes, nous disposons déjà d’épreuves au niveau Gr3 PA. À plus ou moins longue

échéance, l’objectif serait que le Maroc, qui est l’un des pays majeurs pour

cette race en termes de courses et d’élevage, obtienne le label Gr1 PA pour

certaines de ses épreuves. La route est moins longue que chez les pur-sang

anglais car nous disposons d’un meilleur niveau génétique. L’insémination

artificielle nous permet d’accéder pour cette race aux meilleurs étalons du

monde. Mais la concurrence ne cesse de s’intensifier chez les pur-sang arabes,

et il n’est pas facile de tenir le rythme face à certains grands investisseurs

internationaux.

Enfin, l’anglo-arabe

constitue un vivier de jockeys, propriétaires et éleveurs au Maroc. Mais nous

souhaitons avant tout concentrer nos efforts sur les pur-sang arabes et les pur-sang

anglais.

 

Depuis plusieurs années, le Maroc s’est

affirmé comme le leader régional en ce qui concerne les activités hippiques.

Ambitionnez-vous d’exporter votre production vers les pays limitrophes ?

Ce n’est pas encore

d’actualité. Il est vrai que nous avons un peu d’avance sur les autres nations

d’Afrique du Nord, mais cette avance n’est pas encore suffisante pour que les

acheteurs des pays limitrophes viennent acheter au Maroc plutôt qu’en Europe.

Pour l’instant, il est plus facile d’acheter en France, où certaines catégories

de chevaux sont proposées à des tarifs très compétitifs. Encore une fois, nous

en revenons à la nécessaire amélioration de l’élevage local. Cette amélioration

est effective et va se poursuivre. Pour accompagner les acteurs dans leurs

efforts et investissements, les primes à l’éleveur correspondent actuellement à

l’équivalent de 50 % des allocations. En 2020, nous souhaiterions ramener

ce taux à 40 %. Cet effort particulier, dans une phase de développement, a

été consenti car les autorités marocaines ont conscience qu’en renforçant

l’élevage local, on crée de l’emploi et de la richesse.

 

Avez-vous des projets de construction

d’infrastructures et d’hippodromes ?

Le Maroc dispose

actuellement de six hippodromes et un septième doit voir le jour. Nous

souhaiterions dans le même temps remettre Rabat et El Jadida à niveau. La

réfection et la création d’hippodromes fait partie d’une réflexion générale

pour le développement de la filière hippique. Les professionnels marocains

courent en majorité à proximité. Quand un hippodrome s’implante, cela stimule

l’activité hippique locale. Nous souhaitons faire preuve de rigueur budgétaire

pour ces projets. Le besoin le plus urgent concerne les centres d’entraînement.

Le premier doit voir le jour en 2016. Les acteurs de la filière s’entraînent

chez eux, parfois sur la plage ou sur les hippodromes, ce qui impacte forcément

leur activité. Pour améliorer les performances des chevaux marocains il faut

que nous montions d’un cran la qualité des conditions d’entraînement. Nous

étudions donc les situations au cas par cas. Cela va de la construction de

boxes à proximités d’infrastructures adéquates jusqu’à la création de centre

d’entraînement. Il y a beaucoup à faire à ce sujet.

 

Qu’en est-il de la retransmission des courses

marocaines ?

Au delà des grands

événements [Equidia retransmet

certaines épreuves du meeting international, ndlr], nous travaillons actuellement

à la mise en place d’une formule accessible par satellite. La phase de test

doit se poursuivre au premier trimestre 2016. Ce système doit avant tout

permettre de diffuser dans le réseau de jeu et éventuellement chez des

particuliers.

 

La Sorec est l’organisme en charge de

l’élevage au Maroc. Comment évolue votre mission dans ce secteur

d’activité ?

Notre champ

d’activité est très large. Cela va de la transmission des savoirs et techniques

d’élevage aux campagnes de sensibilisation, en passant par la gestion des

importations et des exportations. Pour les questions sanitaires et les

stud-books au Maroc, la Sorec est l’entité de référence. Au niveau de la

reproduction, nous disposons de cinq haras et de cinquante stations de monte. Pour

les pur-sang arabes, nous avons fait le choix d’accorder une subvention pour

importer de la semence des meilleurs reproducteurs. Dans le cas des pur-sang

anglais, nous achetons des étalons pour les mettre à disposition des éleveurs

marocains. Et cela fonctionne car ces étalons collectifs saillissent beaucoup.

Compte tenu de la grande valeur des bons reproducteurs sur le marché

international du pur-sang, nous devons procéder de manière stratégique. Nous

recrutons donc des étalons confirmés mais âgés. Leur production a fait ses

preuves à l’étranger, mais avec le temps, certains deviennent moins

commerciaux. Dans certains cas nous intégrons des chevaux qui sortent de

l’entraînement. Ces dernières années nous avons recruté le gagnant de Gr1 Chinchon (Marju), mais également Hermival (Dubawi), un deuxième des St

James's Palace Stakes (Gr1), ou Russian

Cross (Cape Cross), un frère d’Ésotérique

XX (Danehill Dancer) qui gagné le Prix

Guillaume d'Ornano (Gr2). En améliorant la qualité de notre offre, nous aidons

les éleveurs à progresser. Actuellement, au Maroc, 80 % des juments sont

saillies par des étalons de la Sorec.

 

Des ventes publiques vont-elles faire leur

apparition dans le royaume ?

Nous souhaitons

mettre en place ce type de vente dès 2016. À terme, l’objectif serait d’avoir

de trois à cinq rendez-vous annuels, pour commercialiser les différents

segments de notre production. Il n’y a pour l’instant au Maroc que des ventes

organisées par de grands élevages pour leurs propres besoins. Les petits

éleveurs ne peuvent donc pas, comme en France, vendre leurs chevaux par ce

biais.

 

Le Maroc connaît également une grande

évolution dans le cadre des sports équestres. Quelles sont les conséquences

pour la filière cheval dans son ensemble ?

Abdelkébir Ouaddar et sa monture, Quickly de Kreisker, un

étalon français propriété de Son Altesse le roi du Maroc, font partie des

meilleurs couples mondiaux en concours hippique. Mais ils sont aussi l’un des

tandems les plus populaires en Europe. Leurs performances font parler du Maroc

et de sa filière cheval et c’est très positif. Abdelkébir Ouaddar est

naturellement doué pour communiquer. Les médias et le public l’aiment beaucoup.

Ses performances créent une émulation au sein des passionnés marocains. Nous

avons besoin de personnalités charismatiques qui font briller les couleurs du royaume

à l’international. De même, le Morocco Royal Tour est une véritable réussite et

ce circuit attire à présent certains des meilleurs cavaliers européens. Il y a

une émulation qui se crée, aussi bien du côté des courses hippiques que des

sports équestres. En nous ouvrant à l’étranger, nous gagnons en visibilité et

cela stimule l’amélioration de la filière locale.

 

Le Salon du cheval

d'El Jadida est un beau succès pour la filière locale. Quelle est l’implication

de la Sorec dans cet événement ?

La Sorec est partenaire et sponsor de ce salon. Une

trentaine de salariés de la Sorec sont membres de l’équipe d’organisation. Nous

sommes donc partie prenante de ce bel événement qui est très important pour la

filière marocaine. La Sorec a aussi pour vocation de préserver les races et

traditions du Maroc. Et ce salon permet de montrer le meilleur du cheval dans

notre pays. Il bénéficie d’une importante couverture médiatique. Plus de

260.000 visiteurs se sont déplacés cette année.