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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Oui, il y a toujours des champions à auteuil !

Autres informations / 21.11.2015

Oui, il y a toujours des champions à auteuil !


 

EDITO

 

                                                           Par

Christopher Galmiche, journaliste à Jour

de Galop

 

OUI, IL Y A TOUJOURS DES CHAMPIONS À

AUTEUIL !

« Il n’y a plus rien à

Auteuil… »

Cette affirmation, on l’entend très souvent dans les tribunes d’Auteuil ou d’Enghien.

Elle est aussi régulièrement reprise à leur compte par certaines personnes

avisées que l’on voit autant sur la Butte Mortemart que Zlatan Ibrahimovic sur

les parquets de danse… Pourtant, cette affirmation est fausse ! Il n’y a

que dans la catégorie des chevaux d’âge sur les haies que nous avons eu peu de

têtes d’affiche françaises ces dernières saisons. Car, dans les autres

catégories, nous avons de quoi nous régaler. Chez les 4ans, nous allons assister

à un duel des plus passionnants entre Blue

Dragon XX (Califet)

et Bonito du Berlais XX (Trempolino)

dans le Prix Renaud du Vivier (Gr1), ce dimanche à Auteuil. Un match qui nous

rappelle celui entre Maia Eria et Cyrlight, qui avait eu lieu dans la

même épreuve, en 2004. Chez les steeple-chasers

d’âge, nous avons un quatuor très solide avec Milord Thomas (Kapgarde), Vézelay

XX (Dom

Alco), Saint Palois (Saint des

Saints) et Shannon Rock (Turgeon).

Auparavant, des chevaux tels que Mid

Dancer, Rubi Ball, Bel la Vie, Storm of Saintly (Saint des Saints) et Remember Rose ont rythmé nos grandes après-midi d’Auteuil. Chez les

steeple-chasers de 4ans, en l’espace

de quelques années, nous avons eu Milord Thomas, Storm of Saintly, Kotkikova XX (Martaline) et So

French (Poliglote), lequel est certainement bien meilleur que ce qu’en

pensent les observateurs. Chez les 3ans, le couple Device (Poliglote) et Chimère

du Berlais (Martaline) est d’un excellent niveau. Dire que nous n’avons

rien est donc une réflexion erronée. Une réflexion qui est vexante pour les

propriétaires qui font un sérieux effort financier pour garder leurs bons

chevaux et vivre leur rêve. Car après tout, la finalité d’un propriétaire est

d’avoir ce cheval d’exception qui permet de rêver. Un cheval qui va être au

centre d’une grande aventure humaine, vécue en famille, entre amis, avec les

éleveurs et toute l’équipe de l’entraîneur. Un cheval qui est l’élément central

d’un grand partage, comme les courses savent en générer. La famille Papot, le

couple "Paul Couderc-Patrick Joubert", Magalen Bryant et Bernard Le

Gentil (qui a changé sa politique pour garder ses sauteurs) illustrent bien

cette grande aventure humaine autour des bons chevaux. Même s’il peut aussi

arriver à certains de ces propriétaires de vendre dans des cas bien précis.

 

Et pour les chevaux vendus ?

« Tous nos bons chevaux sont en

Angleterre et en Irlande… » C’est le deuxième poncif que l’on

entend régulièrement dans les travées d’Auteuil et d’Enghien. Mais de qui

parle-t-on lorsque l’on évoque ces bons sauteurs ? D’Un de Sceaux (Denham Red), de Sprinter

Sacré (Network), de Sire de Grugy

(My Risk) ou encore de Binocular

(Enrique) ? Mais tous ces champions ont fait leur carrière sur le créneau

des two miles (3.200m) et il n’y a

aucun programme sur cette distance en France. S’ils étaient restés dans l’Hexagone,

ils seraient devenus des chevaux de Groupe, mais ils n’auraient jamais pu

remporter un Gr1. Pourquoi ? Parce que les distances sur lesquelles se

disputent nos Grs1 sont trop longues pour eux. L’Angleterre et l’Irlande

offrent un programme extrêmement varié en termes de distances. Elles proposent

donc une porte de sortie pour certains bons sauteurs qui peuvent complètement

s’épanouir outre-Manche. Chose qu’ils n’auraient pas pu faire chez nous.

Parfois, des chevaux qui ne vont pas sur le terrain lourd ou même très souple

d’Auteuil sont vendus à des professionnels anglo-irlandais. En Angleterre ou en

Irlande, ils peuvent trouver des pistes rapides où ils ont les moyens

d’exprimer tout leur potentiel. Si l’on prend le nombre d’exportations d’AQPS,

connus sous le nom de French Chaser, outre-Manche, il est en constante

augmentation entre 2009 et 2013. Paradoxalement, il devient de plus en plus

compliqué d’acheter nos chevaux d’obstacle, car il y a un nombre important de

courtiers qui agissent sur ce créneau. La demande est importante avec des

entraîneurs comme Willie Mullins, Paul Nicholls, Nicky Henderson, David Pipe ou

encore Nick Williams, qui piochent dans nos "FR" pour alimenter leurs

propriétaires en bons sauteurs. Mais si la demande est importante, cela

témoigne du succès de nos éleveurs, qui choisissent les bons croisements, et de

nos entraîneurs qui dressent bien leurs chevaux. Si bien que les professionnels

étrangers n’ont plus qu’à faire les finitions sur des diamants déjà bien

profilés dans l’Hexagone pour avoir des champions.