édouard de rothschild : « pour renouer avec la croissance… »

Autres informations / 09.12.2015

édouard de rothschild : « pour renouer avec la croissance… »

ÉDOUARD DE ROTHSCHILD : « POUR RENOUER AVEC LA CROISSANCE… »

Loïc Malivet a été le premier à annoncer sa candidature à la présidence de France Galop le 10 novembre. Il est rejoint aujourd’hui par Édouard de Rothschild, qui explique son projet à Jour de Galop.

 

Pourquoi êtes-vous candidat à la présidence de France Galop ?

Je suis d’abord candidat pour défendre les fondamentaux du galop, parce qu’ils ont été impactés ces dernières années. Je pense notamment aux allocations, aux primes à l’éleveur, au partenariat avec l’État, au taux de T.V.A., aux courses P.M.H. et au maillage territorial. Mais je souhaite aussi faire évoluer le système patiemment, partout où l’action de France Galop peut être améliorée : dans la relation aux propriétaires et aux socioprofessionnels, dans l’accueil du public, dans les services numériques, et dans la recherche de nouvelles recettes comme le sponsoring.

 

La situation actuelle est-elle particulièrement difficile ?

Arrêtons de résumer la présidence de France Galop à une gestion angoissée du déclin : les courses françaises ont besoin de se ressourcer, mais elles ne sont pas en déclin. Il n’existe aucune fatalité, sauf chez ceux qui en font un commerce. À titre personnel, je suis convaincu que notre avenir ne se résume pas à accompagner la décroissance. Si je pensais que la seule solution était de diviser tous les budgets par deux, en laissant mourir à petit feu le sport que nous aimons, je ne serais pas candidat.

 

France Galop doit-il, dans les années à venir, se serrer la ceinture et demander de nouveaux efforts aux socioprofessionnels ?

Dans tout secteur économique, il est important de gérer, mais il y a gérer et gérer. Certains veulent gérer pour réduire, je veux gérer pour développer. Là où une certaine forme de pensée unique nous impose un modèle d’économies, je proposerai un modèle d’investissement. On ne nous parle que de charges ; il faut parler de recettes. Le temps est venu de proposer une nouvelle approche, respectueuse des équilibres et des traditions, mais également ambitieuse et tournée vers l’avenir. Ne soyons pas esclaves des dossiers. Un dossier, ça se travaille, ça s’oriente. C’est une très bonne chose de trouver des marges de manœuvre budgétaires partout où c’est possible. Mais toutes les économies ne sont pas bonnes.

 

Pouvez-vous nous donner un exemple de bonne ou de mauvaise économie ?

Prenons l’exemple d’Equidia, dont le budget est plus de deux fois supérieur à celui de BFM TV. Cette inflation nous oblige à nous plonger dans les chiffres, tout en gardant à l’esprit les objectifs de la chaîne. Je suis très déçu que l’on décide aujourd’hui de réduire les budgets alloués aux directs des courses, en n’envoyant plus de journalistes couvrir certaines réunions et en diminuant le nombre de caméras. Equidia Live est là pour stimuler le pari hippique. Si nous dégradons la qualité de ses images, si nous ne permettons pas aux journalistes de remonter de l’information aux parieurs depuis l’hippodrome, les paris baisseront mécaniquement.

 

Et un exemple d’investissement ?

Les enjeux ne sont pas aussi complexes que certains veulent nous le faire croire. Je pense à tous ceux qui disent : ce n’est pas possible. Pourquoi ne serait-ce pas possible ? Moi j’y crois et j’ai des idées. Je vous donne un exemple. Aujourd’hui, le Département Propriétaires de France Galop a quatre salariés ; en passant à dix, vous serez beaucoup mieux accueillis sur les hippodromes ainsi que dans toutes vos démarches au quotidien, et France Galop pourra mener des opérations de recrutement plus fréquentes et plus efficaces. Quelle est la différence, financièrement, entre quatre et dix personnes dans une maison qui en emploie plusieurs centaines ? Elle est minime. Mais pour vous, qui aimez aller aux courses et voudriez pouvoir y inviter vos amis dans de bonnes conditions, la différence sera énorme. Voilà un bon investissement : je suis certain que ces salariés supplémentaires seront rentables grâce à leur action de recrutement et de fidélisation. De nouveaux propriétaires, ce sont des ressources nouvelles pour toute la filière, depuis l’éleveur jusqu’à l’entraîneur ; des propriétaires actuels qui retrouvent le chemin des hippodromes et n’hésitent plus à venir accompagnés, ce sont également des ressources nouvelles pour toute la filière. Avec un service commercial mieux armé – parce que le Département Propriétaires est notre service commercial – nous faciliterons aussi les agréments de propriétaires, en simplifiant encore la démarche et en accélérant le traitement des dossiers. Et le même raisonnement peut être appliqué au F.R.B.C., qui mérite d’être redéveloppé avec nos partenaires.

 

Comment arbitrerez-vous entre ce qui doit être conservé et ce qui doit être repensé ?

Vous savez comme moi tout ce qui ne fonctionne pas dans les courses. Et vous savez aussi ce qui fonctionne. J’ai étudié chaque sujet, un par un. Ma politique sera simple : on ouvre les dossiers et on les règle. En pratique, je souhaite donner plus de pouvoir au Comité car il est la seule vraie expression de la filière hippique. On ne peut pas se contenter, pour caricaturer, de lui faire élire le président et voter le budget. Il doit être beaucoup plus proactif dans les grandes orientations. Je veux créer des groupes de réflexions thématiques réunissant à chaque fois un nombre réduit de membres du Comité : entre quatre et six seulement. Ce seront de petits groupes dynamiques, qui se réuniront pendant une durée courte, deux heures. La première demi-heure sera consacrée à l’exposé du problème, par un membre du Conseil d’administration ou par un salarié de France Galop ; l’heure centrale sera pour les questions-réponses et le débat ; la dernière demi-heure pour arbitrer une décision. C’est une méthode qui fonctionne parfaitement dans l’entreprise : elle fonctionnera aussi à France Galop.

 

Et sur les sujets courses ?

Il faut pousser notre avantage dans les domaines où nous sommes forts. Le bon exemple, ce sont les AQPS et l’obstacle. Je fais un constat : notre élevage d’obstacle est le meilleur d’Europe. Alors je prends un engagement : lui donner encore plus d’occasions d’exprimer son potentiel, en augmentant le nombre de courses black types à Paris et en régions, notamment pour les femelles. Techniquement, cela se fera par la promotion de bonnes courses à conditions qui existent déjà. Ainsi, nous resterons dans une enveloppe existante. C’est un dossier simple mais essentiel, que nous ouvrirons très rapidement avec les associations professionnelles et avec les sociétés régionales concernées pour obtenir un résultat rapide. Les bénéfices ne tarderont pas, pour les éleveurs et pour les propriétaires, dans la valorisation sportive et financière de leur travail, de leurs chevaux et de leurs souches. Ce sera aussi très positif pour les sociétés de courses locales, qui auront l’opportunité d’accueillir pour la première fois un Groupe 3 en obstacle sur leur hippodrome.

 

Vous parlez des atouts de la France par rapport à d’autres pays. Où en est, selon vous, notre pays dans le contexte de compétition mondiale ?

Il faut en finir avec les complexes. Même quand le PMU baisse de 5 %, nous restons le système le mieux financé en Europe. Prenons le meilleur de ce qui se fait à l’étranger et additionnons-le à nos propres forces : je pense à l’accueil des propriétaires à Hongkong, à l’ambiance sur les hippodromes anglais, au pari hippique au Japon, à la vitalité de l’élevage irlandais sur la durée malgré un climat et des terres moins bonnes que les nôtres… Nos bases sont solides et uniques. Elles forment un formidable socle pour construire l’avenir. Le fait que Louis Romanet soit président de la Fédération internationale ne doit rien au hasard, pas plus que les victoires de Vautour pour l’élevage français en obstacle ou de Solow en plat.

 

Une des difficultés pour faire évoluer France Galop est que chaque réforme est critiquée par ceux à qui elle ne profite pas…

Je regrette beaucoup que l’on monte systématiquement les uns contre les autres par clientélisme : Paris contre la province, les Groupes 1 contre les "réclamer", les entraîneurs contre les commissaires, les éleveurs contre les propriétaires. C’est stérile. Nous sommes tous assis autour du même cercle : s’il est vertueux, tout le monde gagne ; s’il devient vicieux, tout le monde perd. La richesse créée profitera à tous. Je vais prendre deux exemples, pour montrer à quel point il est mensonger d’opposer entre elles les différentes composantes de notre filière. J’ai un contact précis pour faire sponsoriser le Prix du Jockey Club ; si cet argent est intégralement reversé dans l’enveloppe globale des encouragements, un gagnant de "réclamer" en profitera lui aussi. Autre exemple : êtes-vous capable de dire, quand vous élevez ou quand vous achetez un cheval, dans quelle catégorie il courra, où il courra, dans quelle région, dans quelle discipline ? C’est impossible, même si nous avons tous une idée en tête au départ. Donc à chaque fois que l’on brime une catégorie de courses au profit d’une autre, une région au profit d’une autre, une discipline au profit d’une autre, c’est contre toute la filière que l’on tire ! J’aime profondément les courses. Ce que les éleveurs et les propriétaires français vivent, je le vis ; je parle avec les entraîneurs ; j’ai des chevaux dans différentes régions. Je suis pleinement concerné par tout ce qui se passe dans la filière, et mon implication personnelle me donne un regard d’éleveur et de propriétaire sur le galop français ; pas un regard de politique, pas un regard dogmatique.

 

Le projet de Nouveau Longchamp a été particulièrement clivant. Fallait-il aller au bout ?

Le Nouveau Longchamp ne fera pas tout. Mais il peut devenir une vraie locomotive et un formidable laboratoire pour établir de nouvelles pratiques, pour améliorer l’accueil du public et l’expérience immersive qu’il est capable d’offrir, pour mieux mettre en valeur le spectacle par tous les moyens numériques comme le tracking system, pour redonner sa place à la dimension sportive des courses, pour faire travailler différemment les équipes de France Galop. Si nous faisons de ce projet une réussite, c’est toute la France hippique qui en profitera, jusqu’au plus petit hippodrome en régions. Quand on a rénové le Louvre, tous les musées français ont vu leur fréquentation augmenter.

 

Le futur grand stade de la Fédération française de rugby a lui aussi fait débat…

Puisque vous me parlez de sport, souvenez-vous de ce qu’étaient le football et le rugby dans les années 1980 et 1990. Et regardez ce qu’ils sont devenus. S’ils avaient baissé les bras, où en seraient-ils aujourd’hui ? Eux aussi ont connu ou connaissent encore des crises internes, comme actuellement avec leur gouvernance au niveau national et international, mais ce qui m’intéresse, c’est que ces deux sports ont su inventer de nouveaux centres de profit : dans leurs stades, avec les droits télévisés, par leur ambition de faire venir les meilleurs joueurs du monde en L1 ou en Top14. Les courses ont été et restent un grand sport : les leviers sont entre nos mains.

 

Une conclusion ?

Je crois que le président de France Galop a trois devoirs : d’abord, permettre à tout le monde de vivre, du "réclamer" au Groupe 1 ; ensuite, donner les moyens aux équipes de la société-mère et aux bénévoles des sociétés régionales d’accomplir leurs missions dans de bonnes conditions : l’organisation, la sécurité, la régulation, les allocations ; enfin, ouvrir de nouveaux centres de profit, en recrutant de nouveaux propriétaires et en fidélisant les propriétaires actuels, en offrant un meilleur produit aux parieurs, en développant le sponsoring et tout ce que l’on peut vendre autour des courses. Nous sommes tous intéressés à la réussite du galop français.