Initiative "au-delà des pistes" : donner aux chevaux une nouvelle vie… donner aux courses un nouveau souffle

Autres informations / 21.12.2015

Initiative "au-delà des pistes" : donner aux chevaux une nouvelle vie… donner aux courses un nouveau souffle

Initiative "Au-delà des pistes"

DONNER AUX CHEVAUX UNE NOUVELLE VIE…

… DONNER AUX COURSES UN NOUVEAU SOUFFLE

Le vendredi 4 décembre, à la veille de la vente d’élevage Arqana, Lisa-Jane Graffard (Godolphin) et Nemone Routh (Aga Khan Studs) ont organisé à la villa Pégase de Deauville une présentation sur le projet intitulé "Au-delà des pistes – élargir le champ d’action et améliorer l’image du monde hippique". Il s’agit de réfléchir à la seconde vie des chevaux de course, hors des hippodromes. "Au-delà des pistes" pose la question de la retraite de nos athlètes, mais pas uniquement. L’initiative se veut plus systémique et englobe notamment plus largement le concept du bien-être animal. Cette problématique sera centrale en 2016 et dans les années à venir. La question du bien-être animal passera par ailleurs dans les prochaines années dans le registre réglementaire – des stratégies européennes et nationales sur le sujet se mettent actuellement en mouvement. Avec le risque de voir apparaître des dérives et des absurdités dès lors que les acteurs directs concernés ne sont pas suffisamment impliqués. "Au-delà des pistes" s’intègre dans ce mouvement, de manière proactive, avec les acteurs des courses comme maîtres et responsables de l’avenir de leur passion, le cheval de course. Ce projet peut se voir comme une opportunité, celle de montrer que les chevaux de course sont bien traités et respectés, ce qui ne pourra qu’avoir des effets bénéfiques sur l’image des courses. Et cela peut commencer ici, en France, en s’attaquant à un préjugé très courant dans la société civile : « tous les chevaux de course finissent à l’abattoir. »

Par Anne-Louise Échevin et Willy Flambard, journalistes à Jour de Galop

 

Photo : L’AQPS Auleto fut l’un des piliers de l’équipe de France de CSO à la fin des années 1990 et au début des années 2000

 

Une initiative nouvelle et personnelle

Cela fait plus d’un an que Lisa-Jane Graffard et Nemone Routh réfléchissent au concept d’"Au-delà des pistes". Elles ont parlé ensemble, voyagé, écouté, appris, sont allées à la rencontre de différents acteurs internationaux qui leur ont expliqué comment se passait la reconversion des chevaux de course dans différents pays du monde. Lisa-Jane Graffard et Nemone Routh travaillent pour deux des plus grands propriétaires européens : Godolphin et les Aga Khan Studs. Mais elles se sont avant tout penchées sur le sujet par leur volonté personnelle.

Lisa-Jane Graffard nous a expliqué : « C’est un sujet qui nous passionne, avec Nemone. Nous en avons beaucoup parlé, nous avons regardé ce qu’il se passait en France et à l’étranger. Nous nous sommes lancées sur le sujet, à la base sans y être forcément poussées par nos patrons, mais je représente aussi les intérêts de Godolphin. J’ai le support et le soutien de Diana Cooper, qui a longtemps travaillé en France dans le rôle que je tiens actuellement. Elle s’occupe désormais des projets caritatifs du cheikh Mohammed et elle me guide beaucoup dans ce projet. »

 

Créer une locomotive sur le sujet de la reconversion

"Au-delà des pistes" n’est pas la première initiative en France à s’intéresser au sujet de la réforme des chevaux de course : citons Network Galop, l’écurie Seconde Chance, la Ligue Française de Protection du cheval… Mais "Au-delà des pistes" propose encore une nouvelle idée, sans vouloir remplacer toutes les autres initiatives déjà existantes. Comme l’ont expliqué Lisa-Jane Graffard et Nemone Routh à la fin de leur présentation, à Deauville : « Nous pensons que maintenant est le bon moment pour mettre en place un organisme dirigé et financé par le secteur économique des courses en France, pour assurer la promotion du pur-sang en tant qu’athlète viable pour des marchés secondaires. Un organisme transparent et non-politique, qui œuvre dans les meilleurs intérêts du secteur des courses. Créer une structure qui pourrait mettre en place un modèle de financement durable pour la promotion à la fois du pur-sang et du travail déjà accompli par des organisations de reconversion en France. »

Lisa-Jane Graffard et Nemone Routh ont rencontré différents acteurs de la reconversion des chevaux de course, comme Elizabeth Doumen et Jennifer Twomey (Network Galop), Sylvain et Amélie Martin (écurie Seconde Chance), Anne Riboulet et Myriam Bollack-Badel pour la Ligue Française de la Protection du Cheval, et plusieurs autres… La plupart d’entre eux étaient d’ailleurs présents à Deauville et ont eu l’occasion de s’exprimer sur leurs actions, comme nous l’explique Lisa-Jane Graffard : « Le but, à Deauville, était que tout le monde se retrouve dans la même pièce et travaille ensemble. Édouard de Rothschild, élu depuis président de France Galop, était également présent. C’est quelqu’un qui connait très bien le monde des sports équestres et qui peut nous aider à créer des liens avec les autres disciplines. »

Les initiatives et les bonnes volontés sont présentes. Mais "Au-delà des pistes" propose de les mettre en avant, de les allier autour d’un vaste projet impliquant les différents acteurs de la filière hippique française. L’union fait la force. Elle sera un élément clé pour l’avenir des courses. Nemone Routh nous explique : « Ce qui n’est pas encore fait, c’est l’approche très structurée de ce sujet par le secteur des courses. À mon sens, il faut par exemple une structure de promotion de la reconversion et faire savoir ce que deviennent les chevaux de course. »

 

Photo : Séculaire a couru en plat et en obstacle, avant de porter les couleurs de l’équipe de France lors des plus grandes échéances mondiales en concours complet

 

Créer un comité de pilotage en 2016 pour définir la meilleure forme à adopter

"Au-delà des pistes" a pour idée de faire évoluer les mentalités autour de la question de la reconversion des chevaux de course, étape qu’il ne faut plus voir comme un problème mais comme une opportunité. Au-delà de la question de la reconversion, on retrouve celle de l’existence du cheval de course dans son ensemble, de sa naissance à sa mort.

"Au-delà des pistes" est une jeune initiative, naissante, qui va grandir et évoluer. Tous ceux qui sont intéressés par ce sujet sont invités à participer, à donner leur avis, leurs idées. En 2016, un comité de pilotage va être formé afin de définir quelle sera la bonne structure à adopter, comme nous l’explique Nemone Routh : « Maintenant que nous avons défriché avec Lisa-Jane Graffard, nous avons décidé de créer un groupe de pilotage d’experts et représentatif du galop français. Ce sera à lui d’émettre des propositions. Notre première réunion doit avoir lieu en janvier, dans le cadre de la Route des Étalons. Autour de Lisa-Jane et moi-même, il y aura Olivier Delloye d’Arqana, Henri Bozo du haras des Monceaux, le courtier Bertrand Le Métayer, l’entraîneur Nicolas Clément, Elizabeth Doumen ou Jennifer Twomey pour Network Galop, un représentant de l’Écurie Seconde Chance. Ensuite, il faudra consulter et faire entrer France Galop dans ce projet. »

Les mots clés d’"Au-delà des piste" sont : transparence et irréprochabilité. Il ne faut pas laisser de brèches ouvertes aux critiques et attaques pouvant venir des associations de protection des animaux les plus revendicatives ou des parlementaires européens pouvant imposer des réglementations dangereuses pour l’activité hippique, par exemple. En prenant en main la reconversion des chevaux de course, le secteur hippique se donnera les moyens de garder un contrôle sur son avenir. Nemone Routh insiste : « Il faudra que ce que nous proposions soit irréprochable dans son fonctionnement et sa transparence. Dès lors qu’il y a appel à des fonds, il faut que cela soit très professionnel et sérieux. Et je le répète, il faudra que cela soit transparent et exemplaire. Les modèles qui ont été développés dans les autres pays doivent nous inspirer. »

 

Regarder ce qu'il se passe ailleurs sur le sujet

Les acteurs de la filière hippique française ne doivent pas non plus voir la question de la reconversion des chevaux de course comme une idée pénalisante sur le plan financier. Les petites rivières font les grands fleuves et, si chacun donne un petit peu de son côté, il est possible de créer une belle et grande initiative, sans imposer des dépenses trop élevées à tous. Au final, ce sera du "donnant-gagnant". Pour l’instant, "Au-delà des pistes" n’a pas encore défini de système de financement. Ce sera l’une des missions du comité de pilotage en 2016, qui a à sa disposition des exemples ayant fonctionné dans le monde entier et dont nous pouvons nous inspirer. Nemone Routh ajoute : « Ce sera à notre projet de réfléchir, de faire des propositions et bien sûr d’aborder le volet du financement. Ce qui me paraît essentiel aujourd’hui, dans un monde traversé par une crise internationale, c’est de rendre ce financement le plus léger et indolore possible. Ce qui est intéressant, c’est qu’on peut s’inspirer en France des pratiques déjà existantes à l’étranger. Il y a déjà beaucoup de travail qui a été fait. Il nous faut travailler sur les meilleures solutions identifiées dans les autres pays. En Grande-Bretagne, il existe ainsi un réseau qui permet à des propriétaires d’anciens chevaux de course de se retrouver, de participer à des animations ensemble et de répondre à toutes les questions qu’ils se posent sur leur cheval. C’est financé par des petits prélèvements, notamment lors des engagements aux courses, où l’on ponctionne pour ce réseau une Livre sterling par engagement. »

 

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ELIZABETH DOUMEN : « ON EST ENCORE DEVANT LA VAGUE »

Cofondatrice de Network Galop, il y a quatre ans, avec Jennifer Twomey, Elizabeth Doumen connaît bien la problématique de reconversion du cheval de course. Comme éleveur, propriétaire, femme d’entraîneur, elle est confrontée quasiment au quotidien à ce sujet. Grâce au réseau Network Galop, c’est aussi l’une des observatrices les plus avisées du système français et de ses actuelles carences. Voilà pourquoi nous lui donnons la parole.

 

Jour de Galop. – Pourquoi, depuis plusieurs années, avez-vous lancé l’initiative Network Galop pour permettre aux acteurs des courses de se mobiliser sur la reconversion des chevaux ?

Elizabeth Doumen. – D’abord, je voudrais dire que c’est un vrai sujet. Un sujet qui compte et qui n’est surtout pas un sujet réservé aux gens qui aiment les "dadas", avec le côté mièvre que cela peut comporter. C’est un vrai sujet qu’il faut prendre à bras le corps avant qu’on le prenne pour nous. Surtout en France car ailleurs, on a compris l’importance de cette problématique. Si des personnes se positionnent contre notre secteur économique, cela peut nous faire très, très mal. Nous ne devons pas nous retrouver devant le fait accompli.

 

Qu’est-ce-qui caractérise le paysage français par rapport à ce qui se fait ailleurs ?

En Grande-Bretagne, il y a le ROR (Retraining of Racehorses) depuis 2000 [lire par ailleurs sa présentation]. En Australie, il y a des réseaux très avancés. Aux États-Unis, idem.

En France, grâce à Network Galop, on a identifié énormément de gens qui, de leur propre gré, travaillent avec des chevaux de course et les reconvertissent. Il y a beaucoup de pur-sang par exemple dans le circuit de l’obstacle et des différentes disciplines des sports équestres. On a établi beaucoup de statistiques et trouvé bien des acteurs. Pour aller maintenant plus loin que Network Galop, il va falloir structurer et mettre plus de moyens sur la table. Par exemple pour vérifier, voire contrôler, ce que font réellement certains acteurs de la reconversion des pur-sang.

 

Comment voyez-vous le rôle de France Galop dans une telle démarche ?

En tant que force d’organisation, France Galop ne doit pas intervenir tout de suite. Regardez en Grande-Bretagne, Weatherby est intervenu après la mise en place du système par les acteurs directs des courses. Il faut une organisation qui chapeaute le système, différente de France Galop mais avec l’aval de la société mère. Le protocole signé en 2007 par France Galop avec la Ligue Française pour la Protection du Cheval (L.F.P.C.), par exemple, n’est pas bien suivi. Les propriétaires qui donnent l’argent ne savent pas exactement où vont leurs contributions. Il y a trop d’aléatoire pour l’instant dans ce système. Il faut une plus grande structuration des actions.

 

L’initiative "Au-delà des pistes" vous séduit-elle ?

Complètement. En 2016, on devrait voir beaucoup de changement. Avec le pouvoir de Godolphin et le soutien de Son Altesse l’Aga Khan, avec le relais de la Fédération internationale des autorités hippiques (Fiah) présidée par Louis Romanet, tout plaide pour un développement rapide de ce projet. Je suis confiante car avec Network Galop, nous étions devant la vague, et maintenant, il y a une forme de prise de conscience générale dans la filière du cheval de l’importance de travailler sur les thèmes du bien-être et de la reconversion. On va pouvoir prendre cette vague comme au surf, sans se faire renverser et tomber. Je suis ravie que des grands acteurs du galop prennent ce sujet à bras le corps. C’est un vaste sujet qui exigera de balayer très large et réfléchir à toutes les dimensions. La filière viande chevaline par exemple doit être intégrée à nos travaux. Elle existe et est même nécessaire. Mais ce qui est autant nécessaire est le suivi des chevaux jusqu’à l’abattage. Comment ils sont traités, comment ils sont transportés, etc. Il faut que toutes les conditions soient contrôlées et intègrent de vraies exigences de respect et de morale.

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PARTIE 2

AGIR ET NON PAS RÉAGIR

La question de la reconversion des chevaux de course est l’un des angles majeurs autour de la question du bien-être de l’équidé, qui prend chaque année de plus en plus d’importance dans notre société. Une initiative comme "Au-delà des pistes" est donc essentielle à la reconquête du public.

 

Photo : Le pur-sang Cadeau du Roi faisait partie de l’équipe de France de concours complet lors des Jeux Équestres Mondiaux en 2014

 

Une initiative qui permettra de redonner un nouveau souffle aux courses

Nous avons déjà abordé le sujet de l’image des courses auprès du grand public dans des éditions précédentes. Il y a, en simplifiant, trois catégories : ceux qui aiment les courses et les chevaux, ceux qui ne s’intéressent pas aux courses et qui sont indifférents à nos chevaux, et une troisième catégorie. Cette dernière est celle des personnes s’intéressant au cheval, particulièrement via les sports équestres – ou aimant juste l’animal cheval sans l’avoir jamais côtoyé – et qui détestent les courses sans avoir jamais mis un pied sur un hippodrome ou une écurie de course. Présents sur les réseaux sociaux en masse, ces personnes partagent leurs réserves (pour ne pas écrire haine) sur notre sport, dans lequel les chevaux seraient exploités juste pour l’argent et dont la grande majorité d’entre eux finiraient à l’abattoir dès lors qu’ils ne rapportent pas assez. On peut se contenter de lire avec indifférence ces avis, de hausser les épaules en se disant que ces personnes ne connaissent rien, et passer à autre chose.

Pourtant la réalité est plutôt celle-ci : dans un monde moderne, ultra-connecté, ou l’information et la désinformation circulent à grande vitesse, il n’est plus possible de rester passif face à de tels accusations, auquel cas les courses signeraient sa perte à moyen ou long terme. Le grand public a, de plus tendance à retenir le négatif, souvent plus médiatique. Appelez cela "l’effet SNCF" : on parle toujours des trains qui arrivent en retard, pas de ceux qui arrivent à l’heure. Alors imaginez le résultat si l’Institution des courses continue à rester relativement silencieuse, ou ne bénéficie pas d’une initiative importante, coordonnée, pour parler de toutes les choses positives mises en place ou déjà existantes pour le bien-être du cheval ?

Lisa-Jane Graffard nous explique : « La promotion du bien-être du cheval est une première étape et il faut créer des liens avec les autres disciplines. Il y a tellement de monde qui aime les chevaux, et souvent des jeunes filles. Pourquoi ne les voyons-nous pas aux courses ? Pourquoi ont-elles souvent une idée négative de notre sport et de la vie de nos chevaux ? Mais si elles venaient à Chantilly, elles verraient les conditions de vie des chevaux, qui sont traités comme des rois ! Il nous faut essayer de faire le maximum pour montrer la vérité. » Nemone Routh insiste aussi sur ce point : « Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un déficit d’image des courses. Les gens qui sont acteurs de la filière hippique adorent leurs chevaux. C’est à nous de prendre l’initiative avant que quelqu’un d’autre la prenne pour nous. Il faut qu’on mette quelque chose en place sur la reconversion des chevaux et qu’on le montre à l’extérieur. Cela fera progresser l’image des courses au sein de la société. Cela apportera du lien entre les courses et notre environnement, en particulier les sports équestres. Prouver que les chevaux de course peuvent réaliser de belles choses après leur carrière et vivre une deuxième vie, ou plus, dans d’autres domaines sportifs créeront de nouveaux liens positifs avec les autres filières du cheval et, bien sûr, avec le grand public. »

 

<< photo affichage Is the party really worth it ?

 

Ne pas se retrouver dans la situation des États-Unis, de l’Angleterre ou de l’Australie

À l’étranger, plusieurs initiatives ont été mises en place sur le sujet de la réforme des chevaux de course : États-Unis, Australie, Grande-Bretagne… Dans ces pays, des associations de défense des animaux se sont en effet emparées de ce sujet et des questions autour du bien-être des chevaux de course, créant différents scandales plus ou moins retentissants ayant forcé les autorités hippiques à agir. Il ne s’agit pas de mettre toutes les associations dans le même panier : un certain nombre d’entre elles sont ouvertes au dialogue et peuvent être des alliées. D’autres sont bien plus intransigeantes et, souvent, très présentes sur le terrain médiatique.

L’exemple le plus récent aux États-Unis est celui de la "Peta/Asmussen", mais on peut citer, en 2002, le scandale autour de Ferdinand, gagnant du Kentucky Derby (Gr1) en 1986, exporté étalon au Japon et ayant fini sa vie à l’abattoir après n’avoir pas brillé comme étalon. Citons aussi Eight Belles, euthanasiée en 2008 après sa deuxième place dans le Kentucky Derby (Gr1), se fracturant les antérieurs devant des tribunes bondées… Un drame arrivant un an après la disparition de Barbaro.

En Angleterre, il y a eu un véritable scandale en 1998 lorsque, sur la télévision publique, est diffusé un documentaire They shoot racehorses, don’t they ? [Ils achèvent les chevaux de course, n’est-ce pas ?]. Ce documentaire s’intéressait aux chevaux de course envoyés à l’abattoir, dont un ancien représentant de Sa Majesté la reine d’Angleterre. Ce qui a forcé l’Institution britannique à passer à l’action. Les associations de défense des animaux de type Peta sont aussi particulièrement véhémentes lorsque arrive le Grand National de Liverpool (Gr3), à grand renfort d’articles choc du style Cinq raisons de boycotter le Grand National ou Le Grand National : huit choses qu’on ne vous dit pas à propos des courses hippiques. Dans ce dernier article, on lit notamment un paragraphe intitulé : Les anciens chevaux de course partent "à la retraite" à l’abattoir, affirmant que 1.000 chevaux de course sont abattus chaque année en Angleterre mais aussi que beaucoup d’autres sont exportés en Europe vers une tragique fin de vie. On passera aussi sur les clichés du propriétaire confondant amour des chevaux et amour de l’argent, les chevaux cravachés et battus jusqu’au poteau…

En Australie, le Melbourne Cup (Gr1) a beau être une course arrêtant une nation, elle est aussi une épreuve particulièrement détestée par les associations de défense des animaux. Les autorités hippiques australiennes ont dû investir le terrain médiatique pour les contrer. Il est vrai que quatre chevaux y ont trouvé la mort durant ces dernières années, parmi lesquelles Verema ou la superstar Red Cadeaux. En 2014, une association de protection des animaux a affiché dans Melbourne des affiches avec un cheval mort et, comme slogan : La fête en vaut-elle vraiment le coup ? En 2015, des militants se sont aussi "enchaînés" à la lice, un peu à la manière des suffragettes, pour protester contre la course.

 

Photo : Le défilé du Qatar Prix de l'Arc de Triomphe devant des tribunes bondées

 

Être dans l’action, pas dans la réaction

En France, nous avons la "chance" d’avoir des associations de défense des animaux dans l’ensemble beaucoup moins virulentes que dans les pays précités. Elles ont cependant une vraie influence médiatique et désormais juridique : la preuve avec l’adoption par l’Assemblée Nationale du statut "d’être vivant doué de sensibilité" pour l’animal. Mais qui d’entre nous en doutait ? Concernant le cheval, certaines ont la volonté de le définir désormais comme animal de compagnie ce qui, à n’en pas douter, aurait des répercussions sur les courses. Il ne faut pas non plus sous-estimer le développement international du courant dit vegan – contre l’exploitation et l’utilisation des animaux – représenté notamment en France par la très militante association L214, aux méthodes d’action proches de la Peta américaine : caméra cachée, images chocs, généralisation à outrance, tout blanc ou tout noir.

Pour l’instant, la France hippique est relativement épargnée par les scandales. L’an dernier, le documentaire de Canal+ "Scandale à l’hippodrome" a traité les courses à charge, de manière caricaturale et sans aucun esprit d’investigation sérieux. Son seul objectif était de décrire le monde hippique comme un milieu interlope et combinard. Il n’empêche qu’il véhicule des idées reçues sur les courses qui confortent la mauvaise image des courses auprès du grand public. Il reste que la France n’a pas connu des scandales médiatiques comparables aux cas cités à l’étranger. C’est une opportunité fantastique qui s’offre à nous. Parce que cela nous permet, contrairement à l’Angleterre, aux États-Unis ou à l’Australie, d’être non pas dans la réaction mais dans l’action. Il ne faut pas attendre un scandale détériorant l’image des courses pour "redresser la barre", alors que nous pouvons nous-mêmes choisir de nous diriger dans la bonne direction, sans partir avec un handicap presque insurmontable… Et cela n’en sera que plus apprécié. En agissant avec une démarche forte sur une question comme la reconversion de nos athlètes, nous éviterons les sujets à charge et assurerons ainsi la pérennité des courses hippiques. Lisa-Jane Graffard et Nemone Routh sont bien conscientes de cela, comme nous l’explique cette dernière : « Il faut que la filière des courses ou le secteur hippique s’empare très sérieusement de ce sujet. C’est d’autant plus important que les orientations que prend actuellement la société, et ce, à l’échelle planétaire, vont contraindre les courses à devenir responsables de leurs chevaux, y compris après leur carrière. Prendre cette problématique en main ne peut être que positif pour tous les acteurs des courses. Et cela se traduira de manière directe et très positive en termes d’image auprès du grand public. »

 

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PAUL-MARIE GADOT : « FRANCE GALOP AGIT DEPUIS LONGTEMPS SUR LE THÈME DU BIEN-ÊTRE EQUIN »

Paul-Marie Gadot est chef du département livrets et contrôles de France Galop

 

Jour de Galop. – La reconversion des galopeurs est-elle un sujet qui a déjà mobilisé des énergies au sein de France Galop ?

Paul-Marie Gadot. – Oui. Cela fait déjà un certain temps que nous travaillons sur ce sujet. Cela s’est concrétisé par la signature en 2007 d’un partenariat avec la Ligue Française pour la Protection du Cheval (L.F.P.C.) puis ensuite plus récemment avec l’Écurie Seconde Chance. C’est un sujet complexe. Une partie des chevaux qui quitte les courses le fait de façon satisfaisante. Soit en entrant au haras pour certaines pouliches et juments, soit en entamant une deuxième vie de sports équestres ou cheval de loisir. Les chevaux ne sortent pas forcément par le bas. Il y a un espoir après les courses.

 

France Galop est-il en mesure de savoir aujourd’hui ce que deviennent ou font les galopeurs après leur carrière de course ?

C’est très compliqué d’avoir des données dans ce domaine. Entre la déclaration faite à la sortie d’entraînement et la variété des situations qui existent ensuite, nous sommes incapables de dresser une infographie de la reconversion des chevaux de course. La L.F.P.C., par exemple, n’est pas une structure de reconversion du cheval mais agit dans le domaine de la protection. Elle s’occupe souvent des cas les plus compliqués et il lui faut ensuite trouver des solutions pour les cas dont elle s’occupe. Certains propriétaires acceptent de verser une prime à France Galop dans le cadre de notre partenariat avec la L.F.C.P. (les "1 ‰") mais il faut savoir que France Galop abonde aussi sur ses fonds propres le coût de cette reconversion. Et je le répète, c’est une démarche qui existe depuis 2007.

 

France Galop a-t-il dans ses cartons des projets en matière de reconversion ou plus globalement de bien-être du cheval ?

Nous participons avec d’autres acteurs de la filière du cheval dans sa globalité, dont LeTrot, à un comité sur le bien-être équin. C’est un travail complètement transversal qui se développe à partir d’une assise scientifique très forte, notamment apportée par l’Inra et l’Ifce et des experts, comme ceux de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), qui ont déjà entrepris ce genre de travail sur les bovins et les porcs. L’idée est que la filière du cheval prenne les devants par rapports à d’éventuels risques réglementaires à venir, nationaux ou européens. Ce travail, qui débouche sur des référentiels, peut aussi permettre aux acteurs de la filière de progresser.

 

Connaissez-vous et, si oui, que pensez-vous de l’initiative "Au-delà des Pistes" ?

Je trouve que c’est une très bonne démarche qui s’inscrit de mon point de vue dans un faisceau de démarches. Plus on sera nombreux à agir et mieux cela sera. Mais il ne faut pas que l’on croie que France Galop attend de type de démarche pour être actif. Sachez que les commissaires de France Galop, par exemple, agissent depuis longtemps sur le thème du bien-être. Quand ils relèvent lors des contrôles, à l’entraînement ou sur les hippodromes, des cas de chevaux dont les états sont critiquables, des enquêtes sont diligentées. Sachez que plusieurs entraîneurs ont ainsi perdu leur licence pour ces raisons. Évidemment, on n’en fait pas la publicité…

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PARTIE 3

S’INSPIRER DE L’ÉTRANGER… EN L’ADAPTANT À LA FRANCE

Il y a à l’étranger plusieurs associations et initiatives s’intéressant à la reconversion des chevaux de course. Des cas que Lisa-Jane Graffard et Nemone Routh ont analysés et étudiés. Il n’est pas pour autant question de faire un copier-coller de différents modèles existant dans le monde entier. Il s’agit plutôt de s’en inspirer pour trouver la ou les solutions correspondant le mieux à la France. Le comité de pilotage d’"Au-delà des courses" aura cette première mission.

 

Photo : Denman fait désormais de la chasse à courre

 

Le Retraining of Racehorses en Angleterre

Suite au scandale de They shoot racehorses, don’t they ?, la British Horseracing Authority (BHA) a lancé une grande étude sur l’avenir des chevaux de course partant à la retraite et a réagi en créant le Retraining of Racehorses (RoR). Attention, cette œuvre de charité est à part de la BHA, qui l’endosse et l’approuve, mais ne le gère pas. Le Royaume-Uni est intéressant du point de vue français, car le nombre de naissances là-bas est assez similaire au nôtre. Il y a plus de chevaux qui courent mais pour des allocations bien moindres. Le RoR a été lancé via un fonds donné par Paul Mellon et le cheikh Mohammed Al Maktoum suite à la vente du quotidien hippique Racing Post. Le capital ne peut être touché par le RoR, qui peut cependant utiliser le fonds. Le RoR est donc financé par le secteur hippique britannique, via le reversement de petits montants. En additionnant ces sommes, on arrive à un total de 700.000 livres par an. Y contribuent : les hippodromes, les jockeys, les entraîneurs, le Levy Board…

Le RoR a des centres de reconversion mais le but est de créer un programme de reconversion et des opportunités. Il y a par exemple des compétitions réservées aux pur-sang réformés, allant d’un petit à un haut niveau, mais organisées au sein de concours équestres, ce qui permet de mettre en avant l’adaptabilité du pur-sang. Il y a aussi des parades, organisées sur les hippodromes les jours de course, où les chevaux réformés sont présentés au public. Cela va des champions (Kauto Star, Denman, Big Buck’s, Neptune Collonges…) aux chevaux de petit niveau. Et le public apprécie toujours de revoir les chevaux qu’il a  pu soutenir en piste.

 

Photo : Nutello dans sa nouvelle vie

 

Les États-Unis, un modèle dynamique sur la reconversion des chevaux de course

« Il y a beaucoup de choses qui se passent aux États-Unis, explique Lisa-Jane Graffard. Cela nous a sauté aux yeux. Là-bas, il y a une forte culture du don. Et les courses américaines ont un problème : elles ont une très mauvaise image, avec la médication et en dernier lieu l’affaire Peta/Asmussen. » Aux États-Unis, les lobbies et les associations ont un vrai pouvoir – compensation d’un État fédéral qui n’est pas tout puissant – ce qui n’est pas le cas en France. Il serait donc difficile de mettre en place dans l’Hexagone les mêmes actions mais cela n’empêche pas de s’en inspirer. Parmi les différentes associations, citons New Vocations, Makers Mark, Old Friends, Thoroughbred Alliance Care, Thoroughbred Charities of America, Retired Racehorses Project…

Le Thoroughbred Alliance Care a été créé en 2012. « C’est la première association que nous avons regardée, explique Lisa-Jane Graffard. Elle a été créée via des fonds provenant du Breeders’ Cup, de Keeneland, du Jockey Club. Les principales agences de vente récupèrent 50 cents pour chaque millier de dollars de vente de la part du vendeur et de l’acheteur et elles donnent aussi 50 cents : cela fait donc 1,50 dollars par mille dollars de vente. Les étalonniers peuvent aussi donner 25 % d’une saillie par étalon. Lors des enregistrements des naissances, les éleveurs donnent 25 dollars pour chaque foal récupéré par le Jockey Club américain… Il y a des accords avec certains entraîneurs, hippodromes… En tout, le Thoroughbred Aftercare Alliance a reversé 3,4 millions de dollars à ses centres accrédités depuis 2012. » En effet, l’argent est reversé à des centres de reconversion des chevaux minutieusement choisis et accrédités. La transparence est essentielle, avec une liste des chevaux stationnant dans les centres. Le Thoroughbred Alliance Care ne vend jamais de cheval à l’abattoir mais, dans le cas où la reconversion du cheval n’est pas possible, il promet une fin de vie la plus digne possible.

Retired Racehorse Project est une initiative intéressante, avec le Thoroughbred Makeover. Un véritable marché s’est développé pour cet événement, qui s’est tenu à Kentucky Horse Park à la fin du mois d’octobre dernier, avec en marge un symposium national. Le Thoroughbred Makeover permet de voir en piste des pur-sang réformés des courses dans des épreuves de CSO, concours complet. « Le niveau n’est pas très élevé, avec des chevaux plutôt débutants : ils devaient encore être à l’entraînement au début du mois de janvier 2015 et cela permet de montrer leur adaptabilité. Il y a plein d’initiatives qui se développent autour de ce sujet. Cela s’adresse à des chevaux encore jeunes et sains, qui peuvent pratiquer ce type d’activité. Cela peut donc encourager les propriétaires à arrêter leurs chevaux plus tôt afin de profiter d’un marché qui se développe. » Parmi les chevaux en lice lors de ce Thoroughbred Makeover 2015, il y avait une vieille connaissance : Nutello, troisième du Prix du Jockey Club 2013 (Gr1) ! Il a terminé deuxième de l’épreuve du concours complet du Thoroughbred Makeover.

 

Photo : Épreuve de concours complet organisée par Off the Track

 

L’Australie, la guerre de la communication avec les associations

En Australie, le défi est de taille avec un nombre très important de naissances, un secteur hippique grand et puissant… Et des associations de protection des animaux qui le sont aussi, souvent intransigeantes, si ce n’est contre les courses. Racing Australia, l’entité fédérale des courses hippiques australiennes, a réagi face aux différents scandales en obligeant la mise en place d’un responsable du bien-être du cheval et la création d’un programme de reconversion dans chaque région du pays. Depuis 2014, les propriétaires sont aussi tenus d’informer les autorités sur l’avenir d’un cheval sortant définitivement de l’entraînement. Racing Victoria a ainsi pu publier des chiffres : il ressort que sept chevaux sur dix sortant de l’entraînement sont reconvertis en chevaux de loisir et que deux sur dix intègrent l’élevage. Parmi les 10 % restants, moins d’un pour cent finit à l’abattoir. Et il est important de le faire savoir pour en terminer avec cette "légende urbaine" voulant que la grande majorité des chevaux de course ayant terminé leur carrière sont abattus !

Racing Victoria a, par exemple, lancé Off the Track. Elle donne 200.000 dollars pour la promotion de campagnes publicitaires, la présence sur les réseaux sociaux et l’agrément d’une trentaine d’écuries pour la reconversion des chevaux… Off the Track concerne en tout 12.000 chevaux réformés, mis en avant dans différents concours de dressage, même de petit niveau. « Je crois d’ailleurs qu’un cheval passé par Off the Track est en route pour les Jeux Olympiques de Rio », nous a précisé Lisa-Jane Graffard. Une belle publicité.

 

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AIDER LES CHEVAUX… ET LE FAIRE SAVOIR

Aider les chevaux à trouver une nouvelle vie, c’est très bien. Mais il est essentiel de le faire savoir. La présence sur internet est particulièrement essentielle et les différentes associations et initiatives mises en place ont créé des sites internet performants où l’on peut voir les chevaux réformés en action ainsi que des vidéos promotionnelles. Voici quelques sites :

Retraining of Racehorse (RoR) – Grande-Bretagne : www.ror.org.uk

Off the Track – Australie : https://rv.racing.com/the-horse/off-the-track

The Thoroughbred Alliance Aftercare – États-Unis : http://www.thoroughbredaftercare.org/

The Retired Racehorse Project & Thoroughbred Makeover – États-Unis : http://www.retiredracehorseproject.org/

Godolphin Rehoming : http://www.godolphinrehoming.co.uk/

New Vocations – États-Unis : http://www.horseadoption.com/

Old Friends Kentucky – États-Unis : http://www.oldfriendsequine.org/

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APLAT (avec capture d’écran)

J’AIME MON CHEVAL DE COURSE

Lors du Thoroughbred Makeover 2013, organisé par Pimlico, ce film promotionnel a été diffusé, permettant de voir les pur-sang réformés en action dans beaucoup d’activités variées et montrant leur adaptabilité. La vidéo se conclut sur leur cavalier, affirmant tous : « J’aime mon cheval de course ! »

Pour voir la vidéo, cliquez ici : https://youtu.be/VE8AmHvl8UU

Fin APLAT

 

 

 

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LOUIS ROMANET : « LE SUJET DU BIEN-ÊTRE ANIMAL EST EXTRÊMEMENT IMPORTANT POUR L’IMAGE DES COURSES ET DES SPORTS ÉQUESTRES. »

Louis Romanet est le président de la Fédération internationale des autorités hippiques (Fiah).

 

Jour de Galop. – La question de la reconversion des chevaux de course et du bien-être animal va-t-il être un sujet très important au sein de la Fiah lors des prochaines années ?

Louis Romanet. – La question du bien-être des chevaux revient dans beaucoup de conférences internationales, via la question de la reconversion, du contrôle anti-dopage, des transports… La Fiah a décidé de lancer un inventaire de toutes les actions engagées par nos pays membres sur cette question de la reconversion du cheval de course. Certains font beaucoup. C’est le cas des États-Unis, qui ont une vraie culture du don et des lobbyings puissants. D’autres ne font presque rien, notamment par manque de moyens. Lorsque nous aurons le résultat de cet inventaire, nous allons en discuter et voir quelles mesures nous pouvons prendre.

 

La Fiah est-elle en discussion avec le monde équestre sur ce sujet du bien-être animal ?

Nous allons en effet avoir une réflexion sur ce sujet au niveau de la confédération grâce à notre alliance avec la Fédération équestre internationale (FEI) : la Confédération internationale des sports équins. J’avais signé la création de cette confédération en 2013 avec la princesse Haya de Jordanie, qui était à l’époque la présidente de la FEI. La FEI est désormais présidée par Ingmar de Vos, et la question du bien-être animal est un sujet qui lui tient à cœur. Il est important de travailler en harmonie sur la question du bien-être, avec également des sujets comme le transport, les problèmes sanitaires… Il faut être en coordination et avoir le plus de poids possible. Tous les travaux que nous sommes en train de mener aujourd’hui nous amèneront à évoquer le sujet du bien-être du cheval, qui est extrêmement important pour l’image des courses et des sports équestres. Il faut mettre en avant une politique mondiale sur la question de la vie du cheval de l’élevage à la fin de sa carrière, mais aussi sur un sujet comme la cravache, ses règles, ses modifications pour ne pas faire souffrir le cheval… C’est un vaste sujet et nous devons savoir ce qui préoccupe les différents pays, faire une synthèse et agir. Il faut aussi travailler et dialoguer avec les associations de protection des animaux : un certain nombre d’entre elles sont prêtes à discuter, à être proactives.

 

Que pensez-vous de l’initiative "Au-delà des pistes" ?

J’ai rencontré Lisa-Jane Graffard et Nemone Routh, nous en avons longuement discuté. Je suis ravi de voir cette initiative, portée par deux représentantes de deux des plus grands propriétaires européens. Maria Niarchos s’intéresse aussi au sujet et c’est très bien d’assister à cette prise de conscience des grands propriétaires sur la question de la réforme. La Fiah sera à leurs côtés et les soutiendra mais, d’abord, nous avons besoin d’un état des lieux au niveau international et de connaître les moyens de chacun sur cette question.

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Photo : Le pur-sang Cool Response a gagné en plat avant se distinguer au niveau Pro 1 en CCE et 1,30 m en CSO

 

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MARIE CAZENAVE-PÉRÉ : « C’EST TOUTE LA FILIÈRE CHEVAL QUI S’ENGAGE SUR LE BIEN-ÊTRE ÉQUIN »

Un grand projet sur le bien-être équin a été lancé au début de l’année 2015 par la Fédération nationale du cheval (F.N.C.), lors de son Assemblée générale. Selon Marie Cazenave-Péré, chargée de mission en charge de l’animation de ce projet, « vu la transversalité du sujet, il a été proposé de créer un comité de pilotage assez élargi. Il s’agit vraiment d’un projet collectif qui doit permettre à toute la filière cheval de s’engager pour le bien-être équin. Pour l’instant, on a surtout mis en place l’organisation qui va nous permettre de conduire les travaux de la manière la plus efficace possible. » La F.N.C. se trouve donc dans la position du coordinateur, avec sa présidente, Marianne Dutoit, en position de rapporteur du projet. Le comité de pilotage réunit la F.N.C., France Galop, Le Trot, la F.F.E. (Fédération française d’équitation), le G.H.N. (Groupement hippique national) et l’AVEF (Association vétérinaire équine française). Un comité technique élargi permettra de remonter l’état des recherches et pratiques dans le domaine du bien-être du cheval et au-delà de ce qui se fait aujourd’hui dans le champ du bien-être animal. Ce comité technique réunit les mêmes membres que le comité de pilotage augmenté de l’Ifce (Institut français du cheval et de l’équitation), de l’Apca (Assemblée permanente des chambres d’agriculture), l’Institut de l’élevage (qui possède une expertise en matière des guides de bonnes pratiques dans les autres espèces animales). Des experts scientifiques de l’Inra (Institut nationale de la recherche agronomique) ou du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) seront par ailleurs auditionnés par ce comité technique.

Ce projet se finalisera notamment par l’élaboration d’une charte qui doit permettre de définir et de communiquer les meilleurs savoir-faire (ou les bonnes pratiques) sur le sujet en France. Il intègre également des objectifs de sécurité (tant animale qu’humaine), de performance (des entreprises) et de communication. Ce travail intègre bien sûr en soi la finalité d’améliorer le bien-être des chevaux. « Ceci dans une logique qu’on appelle cheval centré, ajoute Marie Cazenave-Péré. Ce qui importe, c’est le résultat. On va chercher à ce que le cheval exprime un bien-être maximum par rapport à son environnement. Mais cela ne passe pas par l’élaboration et le rajout de normes par exemple. On s’appuie beaucoup sur des travaux internationaux reconnus et par exemple sur le concept des cinq libertés qui permet de définir la notion de bien-être. Ce concept est par exemple décliné dans le projet Welfare Quality, un programme de recherche financé par l’Union Européenne qui énumère douze critères qui vont permettre d’aborder la notion de bien-être. »

« La charte aura en fait pour finalité de partager la notion de bien-être et, dès lors, de communiquer autour du même concept », selon Marie Cazenave-Péré.

 

2016 : une année charnière sur le sujet

L’idée associée est de répondre aux attentes de la société en matière de bien-être animal au sens large. Et de prendre les devants par rapport à d’éventuelles réglementations à venir. Le timing est important car « en ce moment se dessine au ministère [de l’Agriculture, ndlr] la stratégie nationale pour le bien-être animal, au sens large du terme. Il faut savoir qu’il y a aussi un contexte européen avec une nouvelle stratégie de l’Union sur cette question. Il y avait une première programmation qui s’est terminée en 2014/2015. Un nouveau programme va s’ouvrir rapidement. »

Incontestablement, 2016 sera donc une année charnière sur le sujet du bien-être animal et, en particulier, du bien-être du cheval.

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