La vaccination contre la rhinopneumonie

Autres informations / 14.12.2015

La vaccination contre la rhinopneumonie

FONDATION HIPPOLIA

 LA VACCINATION CONTRE LA RHINOPNEUMONIE

Les herpèsvirus équins 1 et 4 sont des agents pathogènes respiratoires représentant une menace réelle du point de vue de la santé et du bien-être du cheval. Les conséquences économiques sont importantes. La vaccination et des mesures d’hygiène adaptées sont les outils essentiels pour prévenir ou limiter la propagation de cette maladie infectieuse virale. Nous vous proposons un tour d’horizon de la maladie avec deux chercheurs de la fondation Hippolia, Stéphane Pronost (LABÉO Frank Duncombe) et Romain Paillot (Animal Health Trust – Chaire d’excellence en immunologie équine Université de Caen & LABÉO Frank Duncombe).

 Description de la maladie

La rhinopneumonie est une maladie respiratoire induite par les herpèsvirus équins 1 et 4 (HVE-1 et HVE-4). Chez le jeune cheval, elle se caractérise le plus souvent par une hyperthermie (élévation de la température), une toux, un écoulement nasal et parfois oculaire. La persistance des signes cliniques au-delà d’une semaine peut indiquer le développement d’une infection respiratoire secondaire de type bactérien.

La dissémination du virus HVE-1 dans l’organisme est parfois associée à des complications telles que l’avortement chez la jument pleine, la mort du nouveau-né après une infection au cours de la gestation, ou des atteintes neurologiques de gravité variable. Des avortements ont été décrits dans de très rares cas avec le HVE-4.

Il est important de noter que l’infection par les virus HVE aboutit également à l’établissement du virus de façon latente, c’est-à-dire que le virus n’est que peu ou pas détectable et qu’aucun symptôme ne témoigne de sa présence dans le corps de l’animal. En cas de stress de l’animal - ou d’autres facteurs encore mal identifiés - le virus HVE latent peut être réactivé, ce qui conduit à son excrétion par la voie respiratoire, à sa transmission à des congénères, entraînant la propagation de la maladie, ou à l’apparition de signes cliniques, qui incluent les formes secondaires, comme la perte du fœtus chez la jument pleine.

La rhinopneumonie est une affection hautement contagieuse sous sa présentation respiratoire. Le cheval infecté peut transmettre la maladie à distance par l’excrétion d’aérosols infectieux (contenant le virus). Le virus est détectable dans les sécrétions nasopharyngées pendant plusieurs semaines après la survenue des signes cliniques.

Le fœtus et/ou le placenta peuvent également être à l’origine de contaminations dans le cas des avortements liés aux virus HVE. La décontamination des personnels et du matériel en contact avec les animaux infectés, ou à proximité, est primordiale pour limiter le risque de transmission du virus.

 

La vaccination : un outil de prévention essentiel

La vaccination contre la rhinopneumonie est actuellement un outil essentiel pour combattre l’infection respiratoire induite par le HVE. L’immunité obtenue a pour objectifs de réduire significativement :

- le risque d’infection ;

- la sévérité des signes cliniques ;

- l’excrétion virale en cas d’infection.

 

Différents vaccins contre la rhinopneumonie

Les vaccins contre la rhinopneumonie disponibles sur le marché européen sont majoritairement à base de virus entier inactivé. Ils sont administrés par voie intramusculaire et stimulent principalement des anticorps circulants. Un vaccin contre la rhinopneumonie contenant du virus HVE-1 vivant atténué est commercialisé en Allemagne. Lors de l’Assemblée Générale des AQPS, le Docteur Paul-Marie Gadot (France Galop) est revenu sur la pénurie de vaccins contre la rhinopenumonie qui touchait actuellement la France [voir article publié dans l’édition du 30 novembre 2015 de Jour de Galop, NDLR]. Les juments n’ayant pu avoir leur injection de rappel seront tout de même autorisées à être saillies, mais devront être vaccinées quand les laboratoires auront réapprovisionné les vétérinaires, ce qui est prévu en mars ou en avril.

 

LES VACCINS DISPONIBLES CONTRE LA RHINOPNEUMONIE

Nom commercial                             Indications                         Composition                                                         Planning de vaccination

Equip® EHV-1,4 (Zoetis)              Rhinopneumonie & avortement infectieux (HVE-1)                          vaccin virus inactivé & souche HVE 1 et 4                                           V1-V2 : 4 à 6 semaines d’intervalle, rappel : tous les 6 mois à 1 an

 

Pneumequine® EHV-1 (Mérial)                 Rhinopneumonie        vaccin virus inactivé & souche HVE 1          V1-V2 : 1 mois plus tard, V3 : 6 mois plus tard

 

Equilis Resequin® (MSD Animal Health) Rhinopneumonie & grippe équine     vaccin virus inactivé, souche HVE 1 et 4 & grippe équine  V1-V2 : 6 semaines d’intervalle, V3 : 2 à 6 mois plus tard, rappel : tous les 6 mois

 

Prevaccinol® (MSD Allemagne)      Rhinopneumonie                  vaccin virus vivant atténué & souche HVE-1          V1-V2 : 3 à 4 mois d’intervalle, rappel : tous les 6 mois

 

Conditions de vaccination

Seuls les animaux en bonne santé doivent être vaccinés afin d’optimiser la réponse immunitaire induite par la vaccination, et ainsi, le niveau de protection. Les traitements immunosuppresseurs (par exemple, les corticostéroïdes) sont à éviter dans les deux semaines qui précèdent ou qui suivent l’immunisation. Il convient de prévenir les écarts de température trop importants (par exemple, les conditions de conservation du vaccin). Les composantes vaccinales sont généralement thermosensibles et certains vaccins contiennent des organismes vivants, bien qu’atténués. La dose vaccinale est bien homogénéisée avant utilisation et administrée dans son intégralité. L’injection d’une dose incomplète peut avoir des conséquences négatives, quantitatives et/ou qualitatives, sur la réponse immunitaire induite et entraîner une protection vaccinale incomplète. Les conseils d’administration propres à chaque vaccin (injection intramusculaire) doivent être respectés, ce qui revient à éviter une injection intraveineuse ou sous-cutanée dans la majorité des cas.

 

Planning de vaccination

 

Poulain et cheval adulte

Il est généralement recommandé de vacciner les poulains âgés de 5 à 6mois (V1), avec une seconde immunisation dans les quatre à six semaines suivantes (V2). Le système immunitaire doit être restimulé par une immunisation simple deux à six mois plus tard (V3). Des immunisations de rappel sont effectuées par la suite tous les six mois à un an, en fonction des recommandations du vaccin utilisé et des risques. Si le poulain est vacciné entre 4 et 6 mois d’âge, il est recommandé de vérifier l’absence d’anticorps maternels avant l’immunisation. L’immunisation des animaux avant l’âge de 4mois est déconseillée.

 

Jument gravide

Afin de limiter l’incidence des avortements infectieux induits par le HVE, il convient de vacciner les juments pleines aux cinquièmes, septièmes et neuvièmes mois de gestation. Une immunisation plus précoce (au troisième mois de gestation) est parfois pratiquée.

 

En cas d’épidémie

Aucune règle n’est actuellement établie concernant l’utilisation de la vaccination contre la rhinopneumonie en cas d’épidémie. Réaliser une injection de rappel chez des équidés récemment exposés à l’agent pathogène est généralement déconseillé. Toutefois, il est parfois préconisé d’immuniser les animaux non exposés, les nouveaux arrivants, afin d’induire une réponse dans les sept à dix jours (pour les chevaux qui ont été précédemment immunisés). Certains vaccins peuvent être employés chez les poulains de 3 à 4mois d’âge, s’il existe un risque d’exposition à HVE-1 et -4.

 

Effets secondaires

L’acte de vaccination correspond à l’introduction d’une substance étrangère immunogène dans l’organisme afin d’induire une immunité protectrice. La stimulation du système immunitaire, essentielle pour atteindre cet objectif, requiert l’activation de nombreux processus physiologiques, comme une hyperthermie transitoire et/ou une inflammation au site d’immunisation qui peut entraîner un œdème local et/ou une raideur musculaire. Dans ce contexte, l’apparition de signes secondaires dans les heures ou les jours qui suivent la vaccination n’est pas anormale. Quand elles sont observées, ces réactions, qui surviennent dans un second temps, ne doivent pas, en principe, durer plus de quelques jours. Très rarement, des cas d’hypersensibilité ou un abcès au site d’injection sont décrits. Il convient de signaler tout effet indésirable associé à l’utilisation d’un vaccin. Bien que l’immunogénicité et l’efficacité des vaccins aient été rigoureusement testées, certains chevaux n’y répondent pas ou de manière suboptimale. La proportion d’équidés non répondeurs à la vaccination contre la rhinopneumonie n’a pas encore été déterminée, mais est probablement faible. Les raisons d’une réponse suboptimale à la procédure vaccinale n’ont pas encore été identifiées.

 

Conclusion

La plupart des vaccins HVE commercialisés en Europe sont des vaccins à base de virus inactivés. La protection qu’ils confèrent est fondée principalement sur la stimulation de taux élevés d’anticorps protecteurs après immunisation. Les vaccins HVE sont principalement efficaces contre la forme respiratoire de la maladie, et se traduisent par une réduction de la sévérité de la maladie et de la transmission du virus HVE. Bien que peu ou pas d’effets directs aient été démontrés pour prévenir la forme neurologique de l’affection (ou myélo-encéphalopathie à HVE-1), les vaccins contre la rhinopneumonie disponibles actuellement pourraient toutefois jouer un rôle en diminuant la fréquence de l’infection respiratoire par les virus HVE, étape incontournable pour le développement des complications secondaires de la maladie. La vaccination contre la rhinopneumonie reste, de nos jours, un outil essentiel de prévention. La mise en œuvre des programmes vaccinaux a également prévenu ou limité les vagues d’avortements multiples (abortion storms) induites par le virus HVE.