le plan "authorised betting partner" :  le nouveau bras de fer entre l’institution britannique et les bookmakers

Autres informations / 13.12.2015

le plan "authorised betting partner" : le nouveau bras de fer entre l’institution britannique et les bookmakers

INTERNATIONAL

 LE PLAN "AUTHORISED BETTING PARTNER"

LE NOUVEAU BRAS DE FER ENTRE L’INSTITUTION BRITANNIQUE ET LES BOOKMAKERS

Les relations entre l’institution des courses britanniques et les bookmakers sont, depuis longtemps, celles d’un vieux couple avec ses hauts et ses bas. Les courses ont besoin des bookmakers pour vivre et ces derniers ont besoin des courses pour exister. Les deux forment un ménage sujet à de nombreuses disputes d’argent. Et cette fin 2015 a presque des airs de divorce…

 

Le Levy Board : un outil rendu obsolète par Internet

Le financement des courses anglaises passe toujours à travers le Levy Board, mais cet outil est devenu obsolète. En effet, le Levy Board permet de prélever les taxes chez les bookmakers sur le réseau hors hippodrome, c’est-à-dire les betting shops… alors que le gros de l’activité a aujourd’hui lieu en ligne et offshore. Principalement installés à Gibraltar, les bookmakers ne payent pas de taxes auprès du Levy sur les paris Internet. Le British Horseracing Authority (BHA) évalue le manque à gagner à 30 millions de livres par an. Et alors que le Levy Board récoltait encore 100 millions de livres en 2004/2005, il pourrait tomber autour de 53 millions en 2017/2018 si rien n’est fait.

 

Faire payer les bookmakers

On peut comprendre la colère de l’Institution des courses britanniques face à des bookmakers qui se plaignent de payer trop de taxes, alors qu’ils empochent des bénéfices en ligne grâce aux courses britanniques sans reverser un penny. So shocking ! British Racing - qui réunit le BHA, la Racecourse Association et le Horsemen’s Group - a fait des propositions dans le cadre du Levy Board 2016/2017, mais elles ont été rejetées par les books. British Racing a donc pris le taureau par les cornes et a créé, le 20 octobre 2015, le plan Authorised Betting Partner.

En voici la définition : « Les opérateurs de paris ayant une relation juste et mutuellement profitable avec le sport recevront la désignation de "Authorised Betting Partner" et seront autorisés à utiliser pleinement British Racing pour promouvoir et étendre leur activité. En consultation avec les opérateurs de paris, un ensemble d’avantages au bénéfice des Autorised Betting Partners sera défini. Arena Racing Company (ARC) et les hippodromes du Jockey Club, soit la moitié des hippodromes et 60 % des réunions du pays, ont choisi d’apporter leur soutien à ce processus, de manière indépendante. Ces deux groupes ne mettront pas en place de nouveaux accords commerciaux, y compris sur le sponsoring des courses, avec les opérateurs de paris qui ne payent aucune contribution en rapport avec leurs profits sur le numérique.»

Une majorité d’hippodromes britanniques ont adopté cette idée de l’Authorised Betting Partner… même si York a annoncé mercredi qu’il ne souscrirait pas à ce système et que les bookmakers restaient les bienvenus en tant que sponsors. Ascot et Newbury ne se sont pas encore prononcés.

 

Une bonne idée dans un environnement concurrentiel

British Racing veut faire "payer" les bookmakers aux deux sens du terme : prendre leur argent et les punir s’ils ne jouent pas le jeu. Gardons en tête que nous parlons du Royaume-Uni, un pays hautement concurrentiel sur le marché du bookmaking. Les bookmakers ont besoin de beaucoup de promotion événementielle et de publicité pour exister. Sponsoriser des courses est très important dans leur modèle et British Racing compte jouer là-dessus. Pas de sponsoring de course rime avec moins de visibilité, moins de communication et donc potentiellement moins de clients.

On ignore encore quels avantages commerciaux seront accordés aux bookmakers agréés en tant que Authorised Betting Partners. Les accords déjà signés seront valables jusqu’au 31 décembre 2015 et ne seront pas renouvelés si les bookmakers ne s’engagent pas à reverser un montant raisonnable de leurs bénéfices online.

Betfred n’a pas voulu se plier à ce deal et a perdu son association avec le Gold Cup de Cheltenham (Gr1), la plus grande course d’obstacles de Grande-Bretagne. Le Gold Cup a déjà trouvé un nouveau sponsor avec le groupe Timico Technology, ce qui est une "double" bonne nouvelle. Le Gr1 proposera une allocation record et cela démontre qu’il est possible de trouver des sponsors en dehors de ceux qui sont déjà connus et/ou directement impliqués dans les courses britanniques.

Nick Rust, directeur du BHA, a déclaré qu’il avait d’ores et déjà été approché par plusieurs « petits opérateurs durant les quinze derniers jours pour demander comment faire pour devenir des Authorised Betting Partners. Ils y voient une opportunité. » Et cette opportunité est d’autant plus belle si les grands bookmakers ne signent pas l’accord. Leurs noms disparaîtront des programmes, et il y a certainement un certain nombre d’acteurs minoritaires du marché des paris qui saisiront cette occasion pour tenter de se développer. Faire parler la concurrence semble être une très bonne idée sur le papier… mais elle n’est pas sans risques.

 

Une tentative qui n’est pas sans risques, surtout pour l’obstacle

D’autres observateurs sont totalement contre l’idée d’interdire aux bookmakers "rebelles" de ne plus sponsoriser les courses hippiques. Les bookies reversent de l’argent à l’institution britannique via le Levy Board. Mais il n’y a qu’à regarder l’allocation moyenne d’une course britannique "normale" pour constater les déficiences du système. Comme nous l’avons évoqué plus haut, les bookmakers contribuent au financement des courses par le biais du sponsoring. L’idée des Authorised Betting Partners peut donc revenir, en pratique, à un serpent qui se mord la queue : « Nous vous empêchons de financer nos courses parce que vous ne voulez pas financer nos courses ! » Il faut avouer que ce genre de menace ne doit pas perturber le sommeil d’un acteur de la taille de Ladbrokes, ayant des betting shops à tous les coins de rue londoniens…

Les courses de plat ne devraient pas être vraiment impactées par ce système, car elles peuvent compter sur des sponsors comme Qipco, le Qatar, Investec, Darley, Juddmonte, ... Il y a bien les Eclipse Stakes qui vont se retrouver sans sponsor, mais nul doute que ce Gr1 très convoité ne devrait pas rester "célibataire" bien longtemps. La symbolique est cependant forte ! Aujourd’hui, on parle aussi bien d’Eclipse Stakes que des Coral Eclipse, Coral sponsorisant la course depuis 1976. L’entreprise Coral, de son côté, a manifesté son mécontentement en annonçant qu’elle réfléchissait à sponsoriser une journée de course à Leopardstown, dont deux handicaps à 100.000 euros. Voilà de quoi relancer les tensions anglo-irlandaises !

Par contre, cette mesure pourrait s’avérer véritablement périlleuse pour les courses d’obstacles qui, en grande majorité, sont sponsorisées par les bookmakers. Le cas du Gold Cup de Cheltenham a vite été résolu et cela peut donner de l’espoir pour les autres courses. En attendant, il n’y aura plus de Ladbrokes World Hurdle, de Betway Queen Mother Champion Chase, de Stan James Champion Hurdle, de William Hill King George VI Chase (Grs1)… L’obstacle britannique fait déjà face à de nombreuses difficultés, que ce soit au niveau du nombre de partants ou de l’élevage… Il n’a pas besoin de subir en plus cette crise du sponsoring des bookmakers.

 

La solution est entre les mains du gouvernement

Punir les bookmakers en les interdisant de sponsoring et en déclenchant une guerre des nerfs n’est viable que sur le court terme. La solution est ailleurs, et elle est entre les mains du gouvernement : c’est le Horse Racing Right, destiné à remplacer le Levy Board. Les bookmakers ayant délocalisé une partie de leurs activités hors du Royaume-Uni se verront ainsi obligés de payer des taxes sur les profits réalisés sur les courses britanniques. Comment ? En évaluant le montant des enjeux à la source, sur le compte des clients, qui sont eux en Angleterre. Pas bête. Le Horse Racing Right est en cours de développement du côté du gouvernement et ne sera probablement pas lancé avant quelques années. D’ici là, les courses britanniques devront composer avec un outil de financement suranné qui continuera de créer des tensions.

La morale de l’histoire est cependant celle-ci : nous sommes à la fin de l’année 2015 et Internet existe depuis au moins vingt ans en Europe. Était-il si compliqué d’essayer d’anticiper ce saut technologique et ses conséquences ? A priori oui… À leur décharge, les institutions des courses ne sont pas les seules à avoir du mal à appréhender leur avenir.