L’élection présidentielle comme si vous y étiez

Autres informations / 15.12.2015

L’élection présidentielle comme si vous y étiez

L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE COMME SI VOUS Y ÉTIEZ

Mardi, le Comité de France Galop va élire son nouveau président. Un instant mystérieux, peu connu, fermé au public. Philippe Bouchara, qui a participé à trois élections présidentielles, nous raconte avec précision cette journée si particulière.

 

Ascenseur pour l’élection

« Lorsque nous arrivons, il nous faut retirer des badges dans le hall de France Galop. Il y a toujours un peu de monde car nous avons tendance à arriver en même temps. Une fois le badge pris, nous prenons l’ascenseur pour aller au septième étage. Les discussions commencent souvent à ce moment-là : qui, à notre avis, va être élu, comment va se passer l’élection ? Une fois arrivés au septième étage, nous allons sur notre droite où il y a ce que nous pouvons appeler une "présalle", une sorte d’antichambre avec des livres anciens, beaucoup de tableaux. Un petit déjeuner est prévu : café, croissant. Dans cette salle, des petits groupes se forment déjà, de cinq ou six personnes, qui discutent : "Tu penses à quoi ? À qui ? ..." Les nouveaux élus vont voir les anciens, pour savoir comment cela va se passer par exemple. »

 

Autour de la table ovale

« Après ce petit déjeuner, les membres du Comité (au nombre de 58) entrent dans une seconde salle, dans laquelle se trouve une immense table ovale avec, au milieu, un grand bronze. Il y a des micros à cette table, comme pour une conférence de grands rendez-vous internationaux. Tous les débats sont enregistrés afin de pouvoir ensuite rédiger le compte-rendu de l’élection du président, du Conseil d’administration. On enregistrera aussi le tout premier Conseil d’administration, qui se réunira à la fin. Un côté de cette table ovale fait face à la porte. Il faut faire le tour pour accéder à ce côté-là. Face à l’entrée, siègent le président, les vice-présidents et les cooptés. Les socioprofessionnels sont de l’autre côté. Les gens s’asseyent en fonction de leur sensibilité : les propriétaires, les éleveurs, le jockey…. Cela discute un peu : ils n’écoutent pas toujours le maître de classe ! »

 

Le doyen préside la séance, sauf si…

« Nous retrouvons dans cette salle le directeur général de France Galop qui ouvre la séance et, très rapidement, propose au doyen de l’assemblée de présider les débats. Ce mardi, le doyen est Daniel Augereau, sauf s’il se présente comme candidat à la présidence de France Galop, auquel cas il sera remplacé par Jean-Pierre Colombu. Lors de l’élection de Bertrand Bélinguier, c’était François Doumen et, lors de l’élection précédente, Gérard Samama. Seul absent de marque : le président sortant Bertrand Bélinguier qui ne sera pas dans la salle, n’étant plus membre du Comité. »

 

Qu’un nouveau candidat se manifeste ou se taise à jamais

« Le président de séance va ensuite appeler les candidats à la présidence de France Galop. Nous en connaissons trois : Loïc Malivet, Édouard de Rothschild et Philippe Augier. À ce moment-là, tout autre membre du Comité peut se déclarer. Une fois les candidats connus, un tirage au sort va avoir lieu afin de savoir leur ordre de parole. Les candidats ont une dizaine de minutes ou plus pour présenter leur projet. Certains vont le prononcer à l’aide d’un papier, d’autres vont faire un discours sans texte écrit. Ils peuvent rester assis, mais la plupart se lèvent et font face au Comité, à un bout de la table. Un candidat à la présidence de France Galop peut aussi annoncer le nom de ses deux vice-présidents et attendre d’être élu pour compléter la liste de leur Conseil d’administration. Il faut savoir qu’il est impossible pour les membres du Comité de se présenter en candidat libre à la vice-présidence de France Galop. L’élection du président de France Galop peut durer un peu de temps, jusqu’à ce qu’un homme obtienne la majorité absolue. Cela peut être d’autant plus long qu’il y a de candidats.

Il y a une feuille par candidat. Nous sommes appelés par ordre alphabétique pour aller dans l’isoloir. Ensuite, nous mettons le bulletin dans l’urne et nous signons la feuille de présence. Cela prend un peu de temps. Une fois que tout le monde a voté, le dépouillement a lieu. Autour de la table, les scrutateurs et, en retrait, les membres du Comité qui suivent. Comme dans toutes les élections, il y a des discussions pour déterminer si le bulletin est rayé, déchiré ou non… Il y a ceux qui se décomposent, ceux qui affichent un sourire, ceux qui essayent – la majorité – de rester poker face pour ne pas montrer pour qui ils ont voté… J’aime beaucoup ce moment-là. »

 

Habemus président !

« Pour être élu, il faut obtenir la majorité absolue des suffrages : elle peut être atteinte dès le premier tour, mais tous les autres scénarios sont possibles. Les bulletins blancs ou rayés ne comptent pas. Par exemple : il y a 56 personnes qui votent, et nous avons quatre bulletins blancs et deux rayés. Cinquante bulletins seulement sont pris en compte pour la majorité absolue, qui devient donc de vingt-six (vingt-cinq plus un). Il peut donc se passer un tour, deux tours, dix tours, vingt tours… C’est un peu comme l’élection du Pape, on attend la fumée blanche ! Il peut y avoir des suspensions de séance, on peut sortir de la salle, essayer de récupérer des voix. Les tractations vont aussi commencer autour de la table, comme tout le monde est assis en fonction de sa sensibilité. Le but pour le président élu sera d’avoir une vraie majorité réunie autour de son programme ! »

 

Après le vote… encore un vote

« Une fois que le nouveau président de France Galop est connu, c’est reparti pour un deuxième vote, afin d’élire le Conseil d’administration. Il se compose de douze membres : six socioprofessionnels dont obligatoirement deux propriétaires, deux éleveurs, un entraîneur et un représentant des Comités régionaux, et six cooptés dont un représentant des Conseils régionaux. Le président propose ses deux vice-présidents et les huit autres membres de l’équipe qu’il désire, en plus de lui-même. Mais, deuxième difficulté : un membre du Comité n’ayant pas été retenu dans l’équipe peut se présenter comme candidat libre s’il n’a toutefois pas omis de présenter sa candidature au plus tard deux jours avant l’élection. Et c’est reparti pour un vote ! Une liste est fournie et les votants peuvent barrer les noms qu’ils ne souhaitent pas voir élus pour remettre une liste composée de douze noms. Les membres élus du Conseil seront ceux qui auront récolté le plus de voix : nous sommes cette fois dans un cas de majorité relative. Le dépouillement terminé, le Conseil d’administration est alors annoncé. Nous avons alors le président, les vice-présidents et le Conseil d’administration. Il y a les heureux et les autres… Le nouveau président doit faire preuve de diplomatie. Dans une petite assemblée, il faut contenter tout le monde. Il est important d’avoir des élus du Conseil d’administration qui vous suivent dans votre politique. Le président est celui de France Galop, mais avant tout, comme dans toute association, celui du Conseil d’administration. »

 

Après les votes… encore des votes

« Il y a ensuite encore d’autres votes, afin d’élire le conseil juridictionnel ainsi que les commissaires, qui seront élus pour quatre ans. Pour le conseil juridictionnel, une liste est proposée. On peut barrer les noms et ceux qui obtiennent la majorité sont élus. Pour les commissaires, il s’agit d’une liste qui n’est pas modifiable et ils sont souvent élus à main levée. À la suite de cela, le nouveau président de France Galop va nommer le président du conseil juridictionnel, Alain de Kermadec étant le président sortant, puis il peut nommer dans la foulée le représentant de France Galop qui l’accompagnera au Conseil d’administration du PMU. Le représentant sortant est Noël Forgeard. »

 

Le premier Conseil d’administration clôt la journée

« Une fois que la réunion se termine, le nouveau président va dire quelques mots et clôturer la séance en remerciant les membres du Comité. Il réunit dans la foulée son premier Conseil d’administration. À cette occasion, il va prendre connaissance du budget 2016 que le Conseil d’administration devra approuver ou non. Dans ce dernier cas, le budget sera mis en discussion lors du prochain Conseil d’administration de France Galop, qui devrait avoir lieu en janvier. Attention, certains points ne peuvent pas être remis en question, comme les allocations 2016. D’autres données économiques pourront varier selon la politique voulue par nouveau président. En général, ce Conseil d’administration dure assez peu de temps. Il a toujours lieu le même jour que l’élection, même si celle-ci se finit tard. Tout cela peut donc prendre un peu de temps et tout le monde se retrouve ensuite autour d’un verre, soit pour aller déjeuner… soit pour aller dîner ! »