L’obstacle britannique mise sur les femelles

Autres informations / 16.12.2015

L’obstacle britannique mise sur les femelles

LE MAGAZINE

 L’OBSTACLE BRITANNIQUE MISE SUR LES FEMELLES

Après plusieurs mois de négociations, la TBA (Thoroughbred Breeding Association) a annoncé dimanche avoir obtenu l’accord du Levy Board pour le financement d’une nouvelle initiative : le NH MOPS (National Hunt Mare’s Owner Prize Scheme), qui sera lancé dès le 1er janvier prochain. Le but est d’encourager les propriétaires et éleveurs anglais à faire courir des pouliches et juments en obstacle au Royaume-Uni. Il s’agit d’un système de primes s’adressant aux femelles portant le suffixe GB et/ou issues d’un étalon faisant la monte au Royaume-Uni au moment de la conception.

Cette initiative se veut une solution à un problème bien plus général : l’obstacle britannique souffre d’une vraie crise des partants. Il y a trop de courses et pas assez de chevaux à l’entraînement. Car derrière, l’élevage ne suit pas. Plutôt que d’encourager les propriétaires britanniques à acheter des hongres en France ou en Irlande pour combler le manque de partants, le TBA, avec la BHA (British Horseracing Association), a choisi de s’attaquer au problème sous un autre angle qui aura, à terme, des conséquences sur l’élevage.

 

Le NH MOPS, des primes pour les femelles

Concrètement, le NH MOPS permettra au propriétaire et à l'entourage d’une pouliche remportant un Mares’ Novice Hurdle/Chase de Class 1 à 4 de décrocher une prime supplémentaire de 10.000 livres. Une prime de 10.000 livres sera aussi offerte aux entourages des pouliches et juments remportant une course de haies ou de steeple-chase de Class 1 ou 2. Les femelles remportant un bumper (National Hunt Flat Race) réservé aux juments remporteront quant à elles une prime de 5.000 livres. Pour que leurs pouliches soient éligibles, les propriétaires membres du TBA devront reverser 50 livres et les non-membres, 150 livres.

Ce n’est pas la première initiative prise au Royaume-Uni pour encourager les propriétaires à faire courir des pouliches. Ainsi, plus tôt dans l’année, un nouveau Groupe pour femelles a été créé à Cheltenham. Durant l’été 2014, l’OLBG Mares’ Hurdle, course de Cheltenham liée à la championne Quevega (Robin des Champs), avait été promue de Groupe 2 à Groupe 1.

 

Objectif : sauver l’élevage britannique

C’est sous la présidence de Richard Lancaster que le TBA avait lancé une grande étude sur l’état de l’élevage britannique. Les conclusions n’étaient pas très encourageantes : la très grande majorité des éleveurs au Royaume-Uni n’a qu’une ou deux poulinières et fait ce métier par passion. L’élevage axé obstacle est particulièrement en difficulté. Voici un exemple simple : alors que les naissances de foals au Royaume-Uni sont reparties à la hausse, les naissances de foals à visée obstacle ont baissé de 50 % durant les dernières années. Le TBA a pris conscience que la passion ne pouvait pas perdurer face aux difficultés, ce qui représente aussi un véritable danger pour l’ensemble des courses anglaises.

 

Où sont les pouliches ?

En observant les champs de partants à haut niveau en Grande-Bretagne, on se demande en effet où sont passées les pouliches. Voici quelques noms de très bonnes juments évoluant outre-Manche ces dernières années : Quevega ? Entraînée en Irlande par Willie Mullins. Vroum Vroum Mag ? Idem. Annie Power ? Idem. Une jument comme Ma Filleule XX (Turgeon), entraînée par Nicky Henderson et capable de rivaliser face aux mâles au niveau Groupe, fait figure d’exception. Les pensionnaires de Willie Mullins sont susceptibles de venir courir au Royaume-Uni pour les grands rendez-vous, mais la solution n’est pas là, comme nous l’a expliqué Richard Lancaster, ancien président du TBA, lorsque nous l’avions rencontré en août dernier : « Nous dépendons, pendant une période donnée, du chiffre d’affaires dégagé par les courses d’obstacle. Mais il est prouvé que les champs de partants sont devenus de plus en plus petits. Si vous avez un programme de course et que vous avez besoin de partants, vous ne pouvez pas compter sur ceux se trouvant hors de votre pays, même si c’est très bien d’attirer des concurrents venant de l’étranger. Mais il ne faut pas s’appuyer que sur cela. Les éleveurs britanniques pourraient être affectés dans le futur et il faut protéger le programme. »

 

Rentrer dans un cercle vertueux

Les pouliches pouvant courir en obstacle existent bel et bien. Mais elles se trouveraient plus dans des prés que sur les champs de course. Bryan Mayoh, membre du TBA et président du Comité de l’obstacle, a expliqué : « Si nous voulons avoir plus de chevaux au départ des courses d’obstacle, l’un des moyens pour y parvenir est évident : il faut persuader les propriétaires et entraîneurs de faire courir un certain nombre de chevaux existant déjà et il s’agit des femelles. En Grande-Bretagne, moins d’un cheval sur cinq au départ d’une course d’obstacle est une pouliche, contre un sur trois en France. Nous pensons que les NH MOPS vont permettre de réduire cet écart. Les courses d’obstacle seront donc plus compétitives, avec des champs de partants plus importants qui vont générer plus de chiffre d’affaires sur les paris et donc plus d’argent pour le Levy. »

Le TBA espère créer un cercle vertueux autour de cette initiative car la question des partants est une source de tension – parmi bien d’autres – entre l’institution des courses britanniques et les bookmakers. Moins les courses ont de partants, moins elles ont de chance de proposer les meilleurs rapports, et moins les joueurs s’y intéressent. Donc moins les bookmakers feront de bénéfices, moins ils seront enclins à reverser au Levy Board, qui sert à financer les allocations. Les partants, le nerf de la guerre.

 

Faire coup double

Non seulement faire courir les pouliches pourrait donner un nouveau souffle aux courses d’obstacle britanniques du point de vue des paris, mais cela aura aussi un impact sur l’élevage. Bryan Mayoh a ajouté : « L’élevage d’obstacle britannique a désespérément besoin d’aide. La plus grande raison pour laquelle les éleveurs perdent de l’argent, c'est leur vente de la moitié de leur cheptel – les femelles –, à perte, à une autre partie qui ne récupère, en général, pas d’argent. Offrir des récompenses aux pouliches élevées au Royaume-Uni ou issues d’étalons locaux devrait persuader plus de gens à les acheter pour courir ainsi qu’encourager les éleveurs à faire courir leurs pouliches, ce qui aura des effets sur le long terme pour l’élevage. »

 

Une initiative osée dans un cadre difficile

Ces NH MOPS sont révélés alors qu’il existe actuellement une vraie crise entre l’institution britannique et les bookmakers, par rapport aux taxes des paris internet. Pour l’instant, la situation est quelque peu bloquée. Rappelons qu'à partir de 2016, les bookmakers ne reversant pas d’argent sur les bénéfices des paris internet ne pourront plus sponsoriser des courses en Grande-Bretagne, ce qui aura un impact sur les courses d’obstacle, en très grande majorité associées à des firmes de bookmaking. De plus, les NH MOPS seront prélevés sur le Levy Board, outil obsolète qui ne devrait rapporter que 53 millions de livres d’ici 2017/2018… Soit pas grand-chose. Il y a donc une certaine prise de risque à proposer ce système de primes dans un cadre financier très peu favorable. Mais il faut parfois savoir investir pour se sortir de la crise.