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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Loïc malivet : « rendre le propriétaire heureux »

Autres informations / 12.12.2015

Loïc malivet : « rendre le propriétaire heureux »

LOÏC MALIVET

« RENDRE LE PROPRIÉTAIRE HEUREUX »

Loïc Malivet a été le premier à annoncer sa candidature à la présidence de France Galop. L’actuel vice-président de France Galop, pour quelques jours seulement, dévoile ses priorités pour les courses et l’élevage français.

 

Jour de Galop. - Quelle idée avez-vous de la mission de France Galop ?

Loïc Malivet. - L’obsession doit être de rendre le propriétaire heureux, car de son bonheur dépend la bonne santé des autres acteurs, les éleveurs, qui sont d’ailleurs souvent eux-mêmes propriétaires, les entraîneurs et les jockeys.

Or, qu’est-ce qui rend un propriétaire heureux ? De bonnes allocations, un programme bien conçu qui valorise les meilleurs tout en récompensant les honnêtes serviteurs, une compétition débarrassée de tout soupçon d’irrégularité, et enfin des tribunes remplies pour l’applaudir et des égards “tapis rouge”.

Ces objectifs sous-tendent toute la politique de France Galop : comment accroître la recette, comment la préserver des appétits de l’État et par des économies de gestion, comment la répartir justement, comment ramener du monde aux courses et quels contrôles mettre en œuvre ? Nous avons tous des réponses à ces “comment”, j’ai les miennes que j’exposerai au Comité de France Galop le 15 décembre, mais je voulais ici vous faire partager ma vision des défis qui se posent à nous.

 

Se préoccuper du bonheur des propriétaires, c’est très bien, mais quid des parieurs ?

Ils doivent être tout autant choyés ! J’applaudis aux nouveaux concepts mis en place par le PMU pour mieux les accueillir et les connecter en permanence à l’information. Il est nécessaire de les consulter davantage sur les types de jeu, sur les horaires, bref il faut les écouter et répondre à leurs souhaits autant que possible, car sans eux, l’édifice s’effondre !

 

France Galop est une association. Y voyez-vous un frein à l’action ?

La forme associative a ceci de bon qu’elle permet à tous les points de vue de se faire jour et qu’elle oblige les dirigeants à les écouter, sinon les prendre en compte. Mais vient un moment où il faut trancher et choisir un cap. La forme associative est-elle alors un problème ? Oui, si les hommes qui sont en responsabilité n’ont pas la conviction chevillée au corps et ne savent pas la transmettre. Mais dans une société, un PDG mou posera les mêmes problèmes ! Mon sentiment est que les hommes priment sur la forme et non le contraire.

En revanche, il faut utiliser les compétences de nos instances, et elles en regorgent ! Prenons par exemple le Comité de France Galop. Nous venons de passer des mois pour en élire la moitié des membres ; de leur côté, les cooptés prennent grand soin de se renouveler, alors les réunir seulement quatre fois par an pour entériner quelques décisions, c’est du gâchis. Définissons des missions et confions-les aux membres du Comité qui expriment leur intérêt.

 

Vous êtes un élu socioprofessionnel tandis que vos challengers sont des cooptés. Or jamais un élu n’a été à la tête de France Galop…

Il est donc temps que ça change ! Plus sérieusement, je n’attache pas beaucoup d’importance à ce que certains considèrent comme un clivage. Si les élus tirent leur légitimité d’avoir été choisis pas l’ensemble des acteurs, les cooptés sont censés ne pas avoir d’intérêts partisans, et apportent de la stabilité. Nous sommes dans une période difficile où l’intérêt général et le rassemblement doivent s’imposer, et je fais confiance à chacun des cinquante-six membres du Comité pour avoir cette attitude constructive.

 

Serez-vous un Président révolutionnaire ?

Il y a des fondamentaux auxquels il ne faut pas toucher. Je pense à l’équilibre trot-galop et aux “deux tiers un tiers” de la répartition plat-obstacle. Je pense aussi à l’attribution des réunions entre Paris et les régions, entre les grands et les petits hippodromes. Mais j’attache aussi de l’importance à l’existence des opérateurs autres que le PMU ; l’Europe nous a imposé d’ouvrir les jeux aux courses à la concurrence, des opérateurs sont apparus qui nous versent une redevance. C’est bien ainsi, car leur disparition, si elle devait survenir, pourrait amener l’Europe à rouvrir ce dossier délicat.

Par contre, la distorsion de concurrence entre la FDJ et le PMU est inacceptable et il nous faudra être très combatifs et persuasifs pour rétablir une parité de traitement. Pourquoi la FDJ peut-elle offrir des paris sportifs alors que nous en sommes exclus, et pourquoi peut-elle rémunérer ses points de vente à hauteur de 5 % quand nous sommes limités à 2 % ?

 

Vous avez été vice-président de France Galop pendant quatre ans, ne craignez-vous pas qu’on vous rende responsable d’une situation dégradée ?

Alors quelle question allez-vous poser à mon concurrent qui a été Président pendant 8 ans ? La mandature qui s’achève a été largement positive et je suis fier d’y avoir contribué. Savez-vous que le problème des retraites du personnel attendait un règlement depuis plus de vingt ans et risquait fort de coûter 800 millions à l’institution ? Avoir conclu ce dossier est une assurance pour l’avenir, comme d’en avoir fini avec le PMH qui engendrait un déficit annuel de 13 millions. Si l’on ajoute la digitalisation des services offerts par France Galop et la communication en plein développement, oui, ce fut une mandature fructueuse.

Mais il reste beaucoup à faire. J’ai appris à connaître la maison pendant ces quatre années, je sais où l’on peut faire des économies, mais je sais aussi où il faut donner des coups d’accélérateur en remotivant le personnel ou en l’étoffant et je suis déterminé. J’aime le travail bien fait et les arguments fondés. Par exemple, je n’irais pas dire, comme vient de le faire un concurrent, que le budget d’Equidia est le double de celui de BFM TV, alors qu’Equidia coûte 35 millions pour deux chaînes (budget baissé de 11 % au cours des quatre dernières années) et BFM TV, 50 millions pour une chaîne. La crédibilité est un atout majeur de la négociation.

 

On dit que vous n’auriez pas les entrées politiques de vos concurrents…

Mes fonctions à France Galop et au Syndicat des Éleveurs m’ont amené à rencontrer les ministres et les plus hauts responsables de l’Agriculture et du Budget, et je pense les décideurs plus sensibles à des arguments réfléchis et étayés qu’à des positions politiques qui ne sont pas forcément les leurs. Les bienveillances supposées ne sont souvent que de façade. Quant à l’Europe, je suis l’actuel Président de la Fédération Européenne des Éleveurs et il y a longtemps qu’avec notre lobbyiste, nous fréquentons assidûment les responsables de Bruxelles et Luxembourg. Et puis si mes concurrents ont ces soi-disant “entrées”, j’espère que même battus à la présidence, ils les utiliseront au bénéfice de tous puisqu’ils disent aimer les courses et resteront membres du Comité !

 

Constant défenseur du nouveau Longchamp, vous n’avez toujours pas d’état d’âme à cet égard ?

Au contraire, j’ai beaucoup d’enthousiasme ! Longchamp ne pouvait rester en l’état, il fallait soit le rénover, soit le reconstruire. La première solution n’aurait apporté aucun choc et se serait révélée très coûteuse. Alors que repartir de zéro, et nous en avons les moyens, nous oblige à repenser ce que nous ferons de cette nouvelle perle et déjà, apparaissent des ambitions exaltantes : doubler le nombre de réunions, créer une P.S.F., ouvrir l’hippodrome à des événements extérieurs aux courses. Et surtout, ayons conscience du choc médiatique que créera l’ouverture de ce monument et en conséquence l’envie des Parisiens et des autres de venir le visiter. Souvenez-vous de l’attraction provoquée par le Stade de France. Nous aurons beaucoup de nouveaux venus et c’est à nous de proposer un spectacle et des conditions de confort telles qu’ils aient envie de venir une deuxième fois. C’est un formidable challenge.