Festival du qatar international derby : domination des chevaux venus de l’étranger

Autres informations / 04.01.2016

Festival du qatar international derby : domination des chevaux venus de l’étranger

DOHA (QA), MARDI 29 ET MERCREDI 30 DÉCEMBRE

FESTIVAL DU QATAR INTERNATIONAL DERBY : DOMINATION DES CHEVAUX VENUS DE L’ÉTRANGER

L’hippodrome d’Al Rayyan, au Qatar, accueillait mardi 29 et mercredi 30 décembre deux journées de courses marquées par le Qatar Derby, une course ouverte aux chevaux étrangers, et qui a vu la domination de ces derniers. Chez les pur-sang arabes, Thomas Fourcy a enlevé comme l’an dernier le Qatar Derby réservé aux chevaux de 3ans, avec Aba’ath (Amer). Retour sur ce festival du Qatar International Derby.

 

QATAR DERBY (Class 1) (PUR-SANG ANGLAIS)

DEAD HEAT ENTRE TANNAAF ET ROGUE RUNNER

Le Qatar Derby (pour les pur-sang anglais) a été marqué par la domination des chevaux venus de l’étranger puisqu’ils ont pris les trois premières places de cette course disputée sur 2.000m. Après quelques minutes de flottement, Rogue Runner (King’s Best), défendant l’entraînement de Mario Hofer, et Tannaaf (High Chaparral), pour le compte de Mike de Kock, ont été déclarés dead-heat. Shutterbug (Soldier of Fortune), qui est allé devant sous la monte d’Anthony Crastus, a conservé la troisième place.

Avec dix-sept partants, certains chevaux n’ont pas eu un parcours très fluide, et ce fut le cas de Tannaaf, qui a pris des coups et s’est retrouvé dernier à l’entrée de la ligne droite. À l’inverse, Rogue Runner a pu galoper à la corde, tout près du groupe de tête. Mais Tannaaf a refait énormément de terrain dans la phase finale et il est parvenu à rejoindre Rogue Runner sur le fil. Mike de Kock nous a expliqué : « Le cheval volait littéralement à la fin ! Je n’aime pas gagner ainsi [Mike de Kock a demandé à voir la photo finish sur laquelle il était impossible de départager les deux chevaux, ndlr], mais Mario Hofer a été un vrai gentleman. Tannaaf est un bon cheval, un cheval de Carnaval, et il est possible qu’il revienne ici fin février pour le meeting de l’Emir’s Sword. J’étais déjà venu courir à Doha il y a longtemps, et ils ont progressé. Accueillir des chevaux venus de l’étranger va les aider à encore s’élever. » Concernant Rogue Runner, qui venait de courir sans résultat le Prix Lyphard (L) à Deauville, Mario Hofer nous a expliqué : « C’est un cheval que j’ai acheté 80.000 euros seulement à la dernière vente de l’Arc Arqana. Je l’ai ensuite castré, et à Deauville, il avait vraiment besoin de courir. Son propriétaire voulait venir ici et il a eu raison. C’est un cheval toujours inquiet avant la course. Mais il avait bien voyagé, et quand je l’ai retrouvé ici, j’ai vu qu’il avait vraiment progressé. » 

 

AL RAYYAN STAKES (Class 1)

PERKUNAS LES TRANSPERCE

Réservés aux pur-sang anglais de 2ans, les Al Rayyan Stakes ont également vu la domination d’un concurrent étranger, Perkunas (Baltic King), entraîné par Brian Meehan. Monté en position d’attente par Jamie Spencer, le poulain est venu faire la différence complètement à l’extérieur, s’imposant finalement de deux longueurs devant Astley Hall (Dutch Art) et un autre britannique, Above N Beyond (Exceed and Excel). Perkunas avait été jugé de digne de courir les Horris Hill Stakes (Gr3), dont il s’est classé quatrième, après avoir gagné son maiden à sa troisième sortie. Brian Meehan sellait pour l’occasion son premier partant à Doha, et il nous a expliqué : « J’ai pensé que cette course lui conviendrait bien, surtout que nous avions dans l’idée de l’emmener à Dubaï par la suite. Je suis très content pour son propriétaire, Bernard Gover. C’est un poulain plutôt tardif, qui ne cesse d’évoluer. Je pense qu’il peut faire un 3ans très intéressant. Il est possible qu’il revienne ici fin février. Nous avons été reçus de façon magnifique et je reviendrai avec plaisir ! »

Le lendemain, c’est un autre concurrent britannique qui a remporté la consolante de la course, Rasikh (Thewayyouare), entraîné par Marco Botti et monté par Frankie Dettori. 

 

QATAR DERBY (PUR-SANG ARABES DE 3ANS)

THOMAS FOURCY GARDE SON TITRE

Contrairement à la course réservée aux pur-sang anglais, il n’y a pas eu de suspense dans le Derby réservé aux pur-sang arabes de 3ans. Aba’ath (Amer), entraîné par Thomas Fourcy et monté par Julien Augé, a dominé d’une classe cette compétition, imitant ainsi Mister Ginoux (Amer), lauréat de cette épreuve en 2014. Après avoir patienté à l’arrière-garde, Aba’ath est venu très facilement sur la ligne des premiers dans le dernier tournant, et s’impose finalement avec sept longueurs d’avance sur Almuheet (AF Albahaar), dans une course amputée par les forfaits de Rasheed (Amer) et Spaghetti (Snoopi), les seuls sur le papier à pouvoir faire galoper le représentant d’Al Shaqab Racing.

Aba’ath avait déçu dans le Qatar Total Arabian Trophy des Poulains (Gr1 PA), début octobre à Saint-Cloud. Mais il avait remis les pendules à l’heure en s’imposant ensuite dans le French Arabian Breeders’ Challenge (Gr2 PA) à Toulouse. Thomas Fourcy nous a expliqué : « Il n’est peut-être pas aussi bon que Mister Ginoux mais il progresse vraiment, et j’ai beaucoup aimé son comportement aujourd’hui. Il a dominé toute la course. À Saint-Cloud, on n’avait pas vu le vrai cheval. Il était allé devant et n’était pas encore assez dur pour supporter le poids de la course. C’est un poulain qui aime venir de l’arrière, dans des courses rythmées. Rien n’est encore décidé pour la suite de son programme, mais il gagne tellement facilement qu’on peut penser revenir ici fin février. »

 

 

QATAR DERBY (Gr2 PA)

GAZWAN EN ROUTE POUR L’EMIR’S SWORD

Dédié aux pur-sang arabes de 4ans, le Qatar Derby (Gr2 PA) est revenu facilement à son grand favori, Gazwan (Amer), qui avait pris la deuxième place du dernier Qatar Arabian World Cup (Gr1 PA) à Longchamp.    Le cheval défendant les couleurs de Son Altesse le cheikh Mohammed bin Khalifa Al Thani venait d’être battu pour sa rentrée dans la préparatoire. Dans le Qatar Derby, il s’est imposé au courage, sans faire une vraie démonstration. Il laisse toutefois le concurrent omanais Arkan (Sarab) à plus de deux longueurs. Julian Smart, l’entraîneur du gagnant, nous a dit : « Le cheval avait vraiment besoin de retrouver la compétition en dernier lieu, car nous lui avions accordé un temps de repos après sa campagne européenne. Son principal objectif de l’hiver est l’Emir’s Sword, et il pourrait courir une fois au préalable. Ensuite, il devrait aller en Europe efectuer une nouvelle tentative dans le Qatar Arabian World Cup. Sa meilleure distance se situe entre 2.000 et 2.400m. Aujourd’hui, je ne voulais pas une fausse course, ce qui arrive souvent aussi. C’est pour cette raison qu’il avait un leader, et c’est le meilleur cheval qui a gagné. » 

 

LES AUTRES FAITS MARQUANTS

LE JUMELÉ POUR UMM QARN DANS LES “OAKS”

Alban de Mieulle et la casaque d’Umm Qarn ont signé un beau jumelé dans les Qatar Oaks, réservés aux pouliches pur-sang arabes de 3ans. Tharwah (Munjiz), qui avait été devancée par sa compagne d’écurie Kareemah (Amer) dans la préparatoire, a pris sa revanche. Montée en tête par Gaëtan Faucon, elle est bien repartie dans la ligne droite, en pouliche dure, et s’impose d’une longueur et demie devant Kareemah, dont c’était seulement la deuxième sortie. Alban de Mieulle nous a confié : « Pour tout vous avouer, j’avais hésité à les courir, tellement elles avaient mal travaillé toutes les deux ! Kareemah ne montre pas grand-chose le matin, et il ne faut pas la condamner. Je pense qu’elle est aussi très bonne, et elle va avoir un petit temps de repos. Tharwah est une pouliche que nous avons toujours estimée, et qui avait bien débuté à Mont-de-Marsan, début octobre. Elle n’est pas facile, comme le sont souvent les produits de Munjiz, mais elle a de la qualité. »

Élevée au Grand Courgeon, Tharwah est une fille d’une multiple gagnante de Grs1, Al Anood (Amer), qui présente la particularité d’être une sœur de l’étalon Dan Music (Crowned Music), un "anglo" à 50 % qui a notamment produit Hasa, invaincu en cinq sorties et qui est lui aussi devenu étalon important.

 

UNE PREMIÈRE POUR PIERRE DEYMONAZ

Le Français Pierre Deymonaz a vécu un grand moment en sellant son premier gagnant, Barrelaman (Mared Al Sahra) dans le Derby réservé aux pur-sang arabes nés au Qatar. Pierre Deymonaz a été l’assistant de Julian Smart pendant quatre ans, et il est devenu entraîneur cette année. Il est également installé à Al Shahania et entraîne pour le fils de Son Altesse le cheikh Mohammed bin Khalifa Al Thani, le cheikh Khalifa bin Mohammed bin Khalifa Al Thani. Il nous a raconté : « J’ai actuellement huit chevaux à l’entraînement, tous des jeunes de 3ans, et je continue de m’occuper du débourrage des jeunes chevaux de l’écurie. J’ai choisi Barrelaman parce qu’il sortait vraiment de l’ordinaire dès le début. C’est un grand moment de gagner lors de ce Festival. J’ai toujours eu de la chance avec les Derby, puisque j’ai gagné en tant que propriétaire et éleveur le Shadwell Arabian Derby (Gr1 PA) à Newmarket, avec Mahess du Soleil. Ce dernier est actuellement au haras du Saubouas et il devrait revenir bientôt chez Thomas Fourcy. Nous espérons être invités à Dubaï pour le "Kahayla Classic". »

 

GAËTAN FAUCON ET JEAN-BAPTISTE HAMEL, LES DEUX JOCKEYS FRANÇAIS D’UMM QARN

Actuellement tête de liste des propriétaires au Qatar, l’écurie Umm Qarn, dont les chevaux sont entraînés par Alban de Mieulle, s’appuie cette année sur deux jockeys français, Gaëtan Faucon et Jean-Baptiste Hamel. Deux profils différents, mais complémentaires, qui se sont confiés lors du meeting du Qatar International Derby.

 

GAËTAN FAUCON : « EN FRANCE, ON VOUS OUBLIE VITE… »

 

Jour de Galop. – Comment êtes-vous arrivé au Qatar ?

Gaëtan Faucon. – Il y a bientôt deux ans, David Bouland, qui travaillait alors pour Umm Qarn, m’a appelé en me disant qu’une place de jockey était certainement disponible. À l’époque, je travaillais pour Yan Durepaire à La Teste-de-Buch. Je revenais de plusieurs années à l’étranger, à l’île Maurice, Macau et Dubaï. J’ai appelé Alban de Mieulle, qui ne m’a pas engagé tout de suite… Mais trois jours après ce premier contact, il m’a rappelé pour me proposer le poste. Le deal était de passer l’été à Chantilly, puis d’aller au Qatar, la base de l’écurie, d’octobre à mars. Nous avons donc commencé notre collaboration durant l’été 2014.

 

Comment se passe cette collaboration ?

C’est mon deuxième hiver à Doha. Nous avons enregistré de très bons résultats depuis le début de cette saison. Nous avons de bons chevaux, que nous avons bien préparés cet été, en France, et le travail porte ses fruits. Il y a une bonne ambiance à l’écurie. Nous nous partageons les chevaux avec Jean-Baptiste, sans rivalité.

 

Comment décririez-vous votre vie au Qatar ?

Pendant sept mois, c’est avant tout beaucoup de travail. Nous commençons très tôt le matin, et nous avons deux journées de course par semaine. La vie est surtout axée sur le travail et les journées passent vite. Je ne regrette pas mon choix. J’avais déjà une certaine expérience à l’étranger, ce qui m’a permis, je pense, de m’adapter rapidement.

 

En France, l’été, on ne vous voit pas trop en selle. N’est-ce pas difficile à vivre ?

Olivier Peslier est le premier jockey de la casaque, et c’est donc lui qui monte les chevaux en priorité. C’étaient les termes du contrat et je le savais quand j’ai signé. Moi, je me consacre plutôt au travail des jeunes chevaux le matin et cela me va parfaitement. J’ai une vie beaucoup plus agréable que si j’étais resté en France. Sans contrat pour une écurie importante, en France, c’est difficile. On vous oublie vite…

 

JEAN-BAPTISTE HAMEL : « UNE PREMIÈRE EXPÉRIENCE INTERNATIONALE ENRICHISSANTE »

 

Jour de Galop. – C’est le premier hiver que vous passez à l’étranger. Comment êtes-vous arrivé au Qatar ?

Jean-Baptiste Hamel. – J’avais envie de découvrir autre chose pendant l’hiver, une période propice à ce genre d’expérience. Je savais que je n’avais pas énormément de montes pour les meetings de Deauville ou de Cagnes, alors c’était le bon moment pour essayer. Alban de Mieulle m’a fait une proposition intéressante, c’est-à-dire passer quelques mois d’hiver à Doha, de novembre à février. C’est donc un essai pour cet hiver. Je dois ensuite retourner dans le Sud-Ouest où je retrouverai mes clients habituels. Même si j’avais déjà monté dans différents pays, c’était juste pour une course. Il s’agit donc de ma première vraie expérience internationale.

 

Comment se passe votre adaptation ?

Très bien, même s’il faudrait poser la question à Alban ! Les résultats sont là. Concernant l’hippodrome, il ne présente pas de pièges particuliers. C’est un petit Deauville, avec une piste de 1.600m de tour. Je me suis donc vite adapté, sachant que je connaissais bien les pur-sang arabes, ce qui, je pense, a été un élément décisif dans mon recrutement. À l’écurie, j’ai découvert une super équipe, et des moyens impressionnants pour travailler. En France, on ne bénéficie pas de telles conditions !

 

Passer plusieurs mois loin des siens, n’est-ce pas trop difficile ?

Je suis ici pour une période définie, et même si l’on est loin de chez soi, cela se passe bien. Je m’entends très bien avec Gaëtan, autant sur le plan professionnel que personnel. Nous habitons dans le même compound et nous nous retrouvons souvent une fois le travail terminé. Nous sommes plusieurs jockeys français, donc nous ne sommes pas isolés. La vie n’est pas la même qu’en France, ne serait-ce qu’en raison des horaires très décalés : nous commençons beaucoup plus tôt qu’en France, dès 4 h 30. Mais je ne regrette pas cette première expérience qui m’apporte beaucoup. C’est bien de voir autre chose !