France galop : des p.p. à g.g.

Autres informations / 13.01.2016

France galop : des p.p. à g.g.

FRANCE GALOP : DES P.P. À G.G.

On disait la société-mère sous l’influence des P.P. (Province-Paris pour le galop français) ; la nomination d’Olivier Delloye à la tête de France Galop place au premier plan une autre association à double consonne : G.G. (Génération Galop).

 

L’élection du président de France Galop est un scrutin à bulletins secrets. Cela signifie que, théoriquement, personne ne sait qui a voté pour qui. Toutefois, dans les mois, les semaines ou les jours qui précèdent l’élection, chaque candidat fait le tour des votants pour tenter de remporter l’élection. C’est une démarche le plus souvent individuelle – le candidat voit les électeurs un par un – mais parfois aussi collective – le candidat rencontre les têtes de liste d’un groupe ou d’un parti, pour essayer de gagner l’ensemble des votants de ce groupe ou de ce parti.

Avant le scrutin, les rumeurs vont bon train. Toutes ne sont pas fondées, puisque certains électeurs promettent leur voix à plusieurs candidats. Mais elles peuvent aussi coller à la réalité, surtout lorsqu’une formation politique annonce qu’elle a choisi de soutenir un candidat en particulier (à condition bien entendu que les membres de la formation suivent la consigne de vote imposée par sa tête).

Ainsi, à la veille du 15 décembre 2015, il était plus ou moins de notoriété publique qu’Édouard de Rothschild avait construit une plateforme regroupant notamment les P.P. (d’Indy/Tassin…), les Entraîneurs-Propriétaires (Boutin…), le Renouveau du Galop (Augereau/Chaouat…), un certain nombre de cooptés et d’autres encore. Réunir le plus large éventail est une condition nécessaire pour gagner, mais encore faut-il que les alliés de circonstance s’entendent, ce qui ne va pas toujours sans mal. Par définition, plus l’alliance est étendue, plus les visions sont différentes autour de la table.

 

Une alliance qui avait du mal à passer

En fin d’année dernière, il y avait trois candidats : Édouard de Rothschild, Loïc Malivet et Philippe Augier. Avant le jour J, il était clair que c’était le premier qui disposait du réservoir de voix le plus important. Ses deux concurrents ont donc attaqué sa logique de plateforme. Et dans la liste de leurs critiques, une revenait le plus souvent : accorder une place trop belle aux P.P. Pourquoi ce reproche ? Parce que les P.P. avaient, selon eux, un double défaut. D’une part celui d’avoir mal (ou trop ?) géré France Galop lors du second mandat d’Édouard de Rothschild… et d’autre part, celui d’avoir plusieurs fois tenté de bloquer les réformes sous la présidence de Bertrand Bélinguier. Selon eux, voter Rothschild, c’était voter P.P. ; et voter P.P., c’était condamner France Galop à l’immobilisme, en tuant dans l’œuf tout mouvement réformateur.

 

Génération Galop mène 3 à 2, mais…

Qu’en est-il finalement, quand on analyse les premiers jours de la présidence Rothschild ?

Le 15 décembre, il est vrai que le nouveau président a renvoyé l’ascenseur à ses alliés P.P., en faisant élire au Conseil d’administration Hubert Tassin et Jean d’Indy. Le troisième P.P. qui devait siéger – Philippe Jeanneret – n’a pas été élu par le Comité, qui lui a préféré Axelle Nègre de Watrigant.

Mais lundi, Édouard de Rothschild a envoyé un signal fort de son indépendance, en nommant Olivier Delloye à la tête de France Galop. Certes, Olivier Delloye a sa part de tradition. Il appartient à une famille bien connue dans les courses : son père, Gilles, a dirigé la Fédération nationale et son oncle Hugues a siégé comme coopté à France Galop. Pour le reste : c’est l’ancien directeur général d’Arqana, entreprise par excellence au service du marché – ce même marché que certains traditionnalistes honnissent ; c’est un homme qui veut moderniser l’approche de notre sport – ce qui, là encore, est susceptible de heurter les défenseurs de la tradition ; enfin, il a été un des cerveaux de Génération Galop.

C’est surtout ce dernier point qui interpelle car il confirme les deux autres : en effet, Génération Galop – qu’on le veuille ou non – a incarné l’élevage commercial normand et les ventes ; et par les idées qu’elle a défendues, Génération Galop a incarné un fort vent de réforme. Édouard de Rothschild ne peut pas l’avoir ignoré. Cette nomination est symbolique. Elle signe un succès pour Génération Galop, dont le travail de fond sur le plan des idées a fini par infuser une large partie du galop français, un peu comme le libéralisme a fini par gagner des partisans jusque dans les rangs de la gauche.

Pour autant, n’en concluons pas trop vite que le nouveau président a vendu son âme à Génération Galop. Ce n’est pas dans sa nature. Mais cela promet tout de même de beaux débats au sein du Conseil d’administration de France Galop qui, notons-le, accueille au moins trois sympathisants de Génération Galop, Georges Rimaud, Charles-Henri de Moussac et Guillaume de Saint-Seine. Soit un de plus que le clan P.P. Ça non plus, ce n’est sans doute pas un hasard… même si les P.P. ont chacun eu droit à une gratification d’importance : Jean d’Indy est vice-président de l’Obstacle et Hubert Tassin est administrateur du PMU.