Histoire, histoires… pau, le berceau des courses en france

Autres informations / 24.01.2016

Histoire, histoires… pau, le berceau des courses en france

HISTOIRE, HISTOIRES… PAU, LE BERCEAU DES COURSES EN FRANCE

 

Xavier Bougon a consacré toute sa vie aux courses, cultivant sa passion pour l’histoire de notre sport, en complément de ses activités professionnelles dans le cadre de l’Institution. À partir de ce mois de janvier 2016, il vous propose une rubrique régulière consacrée à l’histoire des courses.

 

Après un premier chapitre consacré à l’influence des Britanniques sur le rayonnement de Pau, Xavier Bougon raconte l’histoire et le développement des courses en Béarn. Troisième et dernier épisode dans notre prochaine édition !

 

Un hippodrome inauguré par S. A. R. Monseigneur le duc de Montpensier

Le Béarn peut-être considéré comme le berceau des courses en France. Au xe siècle déjà, les prémices d’une activité hippique débutent le jour de la Toussaint à Morlaàs, alors capitale du Béarn (en lieu et place de Lescar, détruit au ixe siècle) et résidence des vicomtes de Béarn. Les courses y avaient existé dès le xiie siècle, mais avaient disparu. Pau deviendra la capitale de la province historique du Béarn grâce à un certain Gaston Febus, comte de Foix, plus connu sous le nom de Gaston Phœbus. Le Prix qui lui rend hommage est programmé le 7 février et est considéré comme une consolante du Grand Prix de Pau.

Les premières courses officielles dans la région sont organisées en 1807 à Tarbes. Elles renaîtront à Pau en 1841, sous l’impulsion de la population anglaise grandissante, à quatre kilomètres de Pau, dans une lande immense, une plaine marécageuse des plus pittoresques, appelée Pont Long. Peu fertile, elle fournit de maigres pâturages aux Ossalois, les occupants de la vallée d’Ossau. Pour l’anecdote, l’hippodrome devait être construit sur les terrains qu’occupe actuellement le golf de Billère, mais la mairie s’y est opposée. C’est la raison pour laquelle le début des courses a été retardé. Elles finissent par s’installer donc sur la lande du Pont Long.

Les 23, 25 et 27 août 1843 ont lieu trois réunions, soit douze jours avant celles de l’année précédente. La présence de S. A. R. Monseigneur le duc de Montpensier, qui venait assister à l’inauguration de la statue d’Henri IV, les avait fait avancer pour l’inauguration officielle de l’hippodrome et son baptême devant 35 ou 36.000 spectateurs. L’hippodrome du Duc de Montpensier, ainsi qu’il s’est appelé à l’origine, sera rebaptisé cinq ans plus tard hippodrome de Pau.

 

Les 177 ans de la Société

La Société d’encouragement des Basses-Pyrénées pour l’élevage du cheval aurait été fondée en 1839, sous la présidence du comte Pierre de Saint-Cricq (ministre et président du Conseil général des Basses-Pyrénées) assisté de son vice-président, le vicomte Napoléon Duchatel, préfet des Basses-Pyrénées. Les commissaires de l’époque avaient pour noms le comte Amédée de Beaumont (officier de Saint-Cyr qui prendra le poste de président en 1850), Ch. de Bray, les barons d’Ariste, Bernadotte et Pierre de Laussat, le magistrat Adolphe d’Artigaux ou Dartigaux, l’époux de Caroline de Saint-Cricq qui avait eu Franz Liszt, le compositeur, pour amour de jeunesse.

La société consacre ses réunions aux courses plates (sur une piste de 2.000m) puis, en 1852, l’obstacle apparaît sur les programmes. Les premiers steeple-chases sont organisés à partir de 1856, sur un tracé créé sur un modèle anglais par Henri Manescau. La Poule d’Essai de Pau, l’un des plus anciens classiques de plat du Sud-Ouest, est créée en 1860 et le Grand Prix de Pau, un steeple-chase sous forme de handicap, officiellement en janvier 1879, deux jours après la Grande Course de Haies. Des tribunes en bois sont construites en 1863 sur le modèle de celles de Chantilly, reconstruites en pierre en 1876, trois ans avant le premier Grand Prix.

Le premier vainqueur du Grand Prix s’appelait Cupidon. Monté par un vieux cavalier anglais, Alfred Purrqui n’avait de courage pour se mettre en selle que l’eau de vie aidant –, ce hongre de 7ans appartenait à un Béarnais, voiturier de la ville, Pierre Ranguedat, qui l’entraînait d’une façon bien particulière. À la tête de la régie du service régional des diligences, il faisait effectuer à son brave coursier attelé, deux fois par semaine, le trajet Pau-Laruns afin d’y emmener et de ramener les curistes d’Eaux-Bonnes (soit 75 km). Il volait ensuite sur les obstacles du Pont Long. Il avait été élevé dans le Limousin par un certain Psalmet de Vanteaux.

Juste après la Première Guerre, des épreuves d’obstacles sont organisées sur l’hippodrome de Sers par le Trotting Club béarnais, fondé en 1891, et qui deviendra la Société béarnaise du demi-sang, dont les derniers présidents ont été le vicomte Henri de Vaufreland et le comte Hubert de Navailles. En 1921 est fondée la Société des courses de Nay, à cinq cents mètres de la localité. Le président d’honneur n’est autre que le père d’Hubert.

 

Aux commandes de la Société, quinze présidents se succèdent

Après les comtes de Saint-Cricq et de Beaumont, Ernest du Pont, ancien directeur du haras de Pau puis inspecteur général des haras, prendra les commandes de la société en 1867, suivi en 1871 du marquis Charles d’Angosse, époux de Marie-Louise La Caze, en 1873 du baron Nabos de Saint-Jammes et, en 1881, de Léon Daran, médecin et ancien conseiller général.

L’ancien député-sénateur et maire de Navailles, le comte Joseph de Gontaut-Biron, est élu en 1893 pour un mandat qu’il renouvellera jusqu’en 1923, soit trente ans de "règne". Il est décédé à Pau en 1924.

Viendront ensuite Camille Duboscq (1923-1948), le comte Auguste de Castelbajac (de 1949 à son décès en décembre 1962), le comte Guillaume de Pracomtal (de 1963 jusqu’à son décès en mars 1973), le marquis Renaud du Vivier (1974-1980, par ailleurs président de la Société des steeple-chases de 1969 à 1978), le colonel de cavalerie Jean Granel (de 1980 à son décès en 1982, par ailleurs membre et commissaire de la "Société des steeples" depuis 1954). C’est sous son mandat que le meeting de printemps de plat est purement et simplement supprimé. Alain du Breil prendra la suite en 1983 (il fut président des "Steeples" de 1978 à 1987), suivi du marquis Max de Ginestet-Puivert, en 1987, qui a occupé ce poste pendant une vingtaine d’années avant de passer la main, en mai 2000, à Jean-Louis Foursans-Bourdette.

L’actuel directeur de l’hippodrome, Jean Brouqueyre, vient de succéder à François Galibert, en poste depuis 1981, reconnaissable à son nœud papillon. Il avait pris les rênes en remplacement de Jean-Paul Hugonnet, décédé en janvier 2011 à 82 ans, qui avait été également juge à l’arrivée. Le 13 janvier, un steeple-chase lui était dédié.

L’origine du Domaine de Sers

À la fin du xixe siècle, il existait autour de l’hippodrome une piste d’entraînement d’environ 2.400m. Au fil des années et compte tenu de l’augmentation du nombre de chevaux, la piste devient insuffisante pour accueillir les utilisateurs et le besoin de création d’un véritable centre d’entraînement commence à se faire sentir. Dans le même temps, Louis-Alexandre Sers, un conseiller municipal, lègue son domaine La Véga à la ville de Pau. À charge pour elle de créer des installations durables et d’utilité publique. }

La consécration de l’élevage béarnais

L’élevage béarnais a été honoré le 6 janvier par le Prix Pierre Estrem-Rey, un éleveur installé au Haras de Lescar, aux portes de Pau, dans les années 1960. Il est entré dans les annales de la Grande Course de Haies d’Auteuil par la grande porte. En effet, il restera comme étant l’éleveur des trois premiers, Ketch, Pansa et son propre frère cadet, Sapin. De surcroît, ils avaient tous les trois le même père et le même grand-père maternel, Samaritain et Micipsa (un ancien Boussac), deux fonctionnaires en station au Haras national de Gelos-Pau au lendemain de la guerre. 

 

LES COURSES PHARES DU MEETING

 

Le Grand Prix de Pau - André Labarrère

Depuis la 120e édition, en 2007, du Grand Prix de Pau, la Société des courses honore l’ancien maire de la commune, André Labarrère, un natif de Pau. Il a occupé ce poste de 1971 jusqu’à son décès en mai 2006. L’année suivante, son premier adjoint, Yves Baradat, également honoré par une course le 17 janvier, nous quittait également. La société lui a rendu hommage le 17 janvier avec un prix à son nom. Conseiller municipal, premier adjoint, conseiller général, il a été nommé vice-président de la Société des courses. On lui doit en partie le jumelage de la ville avec Cheltenham, la piste tout temps, avec la complicité du président Max de Ginestet. Champion de France d’athlétisme et recordman du 110m haies, il avait été aussi élu à la présidence de la Section paloise.

Avant l’arrivée d’André Labarrère aux commandes de la ville, son prédécesseur, Louis Sallenave, a œuvré de 1947 à 1971, soit quatre mandats. La Société a tenu à l’honorer d’un nom de prix, le 15 décembre.

L’édition 1950 du Grand Prix de Pau a été enlevée par un élève de Willy Adèle, Garde Toi, appartenant au marquis Alfonso de Portago, monté par lui-même. Frère de la marquise de Moratalla, c’était un cavalier intrépide qui avait un peu touché à toutes les disciplines sportives telles que la course automobile. La fatalité a voulu qu’il soit victime d’un accident mortel au volant d’une Ferrari lors des Mille Miles (Mille Miglia) de Brescia en mai 1957. Gentleman-rider de 1947 à 1953, il avait enlevé le Prix des Lions, le Prix de France et avait monté à deux reprises le Grand National. Un prix à son nom s’est couru le 10 décembre.

 

Le Grand Steeple et la Grande Course de Haies des 4 ans

À Cagnes, le Grand Steeple et la Grande Course de Haies des 4ans ont pour nom Christian de l’Hermite et André Masséna. À Pau, elles se nomment Prix Antoine de Palaminy (21 février) et Prix Camille Duboscq (5 février).

Antoine de Palaminy, décédé en 1943, a été commissaire et vice-président de la Société d’encouragement des Basses-Pyrénées sous l’ère de Camille Duboscq, aux commandes de 1923 à 1948. Le Prix de Palaminy a pour préparatoire le Prix Jean Bernadotte (maréchal de France, roi de Suède).

De son nom patronymique, Antoine Eimar de Palaminy, marquis de Laloubère, a eu pour gendre Guillaume de Ginestet-Puivert, le père de Max de Ginestet-Puivert.

Camille Duboscq était le père de Paul, propriétaire de La Sorellina et de son frère Silnet, qui avaient formé le jumelé de l’"Arc de Triomphe" 1953.

 

La Grande Course de Haies

Cette Listed rend hommage depuis 2013 à Max de Ginestet, décédé en avril 2012. Charles de Ginestet-Puivert de Palaminy n’est autre que son frère, décédé en 1992 et qui a occupé les fonctions de commissaire. Au palmarès de cette épreuve figure un certain El Triunfo, vainqueur huit jours plus tard du Grand Prix de Pau et, l’année suivante, du Grand Steeple-Chase de Paris. Il est aussi honoré à Pau.

Le Prix Albert de Taillac, le 17 janvier, est une préparatoire. Son nom rend hommage à un commissaire exerçant sous l’ère de Camille Duboscq.

 

Les Quintés palois

Nous avons déjà évoqué le souvenir d’Annie Hutton, celui de Pierre Estrem-Rey, celui d’Auguste de Castelbajac, qui ont tous un Quinté à leur nom.

Le Prix René Cramail est également une course événement, le 29 janvier. En plus de détenir toutes les casquettes, celle de propriétaire (casaque cerise), celle d’éleveur et celle de gentleman-rider, René Cramail fut membre du Pau Hunt et du Cercle. Il avait élevé Rhyticère qui, après s’être sorti des "réclamers" à 5 ans, s’est imposé dans le Prix La Haye-Jousselin 1928, après avoir dû se contenter de la deuxième place, à une tête de Maguelonne, dans le Grand Steeple-Chase de Paris. Il sera, en 1931, le seul français à vouloir défier les anglais sur leurs terres, celles d’Aintree. Terminant au pied du podium du Grand National, il restera comme étant la meilleure performance d’un cheval français de l’entre deux-guerres.

Georges Pastré, que l’on a honoré le 15 décembre lors d’une course événement, n’avait pas 30 ans quand il déclara ses couleurs (bouton-d’or, puis jaune étoiles bleues) tout comme son frère aîné, Guy (bleue, pois jaunes), vainqueur, comme propriétaire-entraîneur, du Grand Prix de Pau 1960. Georges, Landais d’adoption, était membre du Syndicat des éleveurs et avait occupé les fonctions de commissaire à Pau.