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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Michel henochsberg  - 1946-2016

Autres informations / 16.01.2016

Michel henochsberg - 1946-2016

MICHEL HENOCHSBERG

1946-2016

 

Michel Henochsberg s’est éteint vendredi, suite à un combat de plusieurs années contre la maladie. Il avait 69 ans.

Comment résumer la vie de cet homme aux multiples passions, parmi lesquelles deux dominaient : sa famille et les courses… À sa famille, nous voulons dire notre peine profonde et notre fidèle amitié : à sa femme Géraldine, qu’il avait épousée en 1993, et à ses trois jeunes et brillants enfants : Rachel, Simon et Milena.

 

L’objectif bras droit de Jean-Luc Lagardère à France Galop

Pour parler des courses, on pourrait commencer par les mots de Jean-Luc Lagardère : « Michel Henochsberg est le plus talentueux des bénévoles de l’Institution. » Venant de la figure tutélaire de France Galop, on ne peut rêver plus beau compliment. Compliment mérité car, même parmi ses ennemis, tout le monde reconnaît que Michel Henochsberg a été l’intelligence la plus remarquable de l’Institution des courses françaises depuis des décennies. S’il n’avait eu les ennuis qu’on lui connut, il aurait d’ailleurs fait un très grand président de France Galop, dans la continuité de Jean-Luc Lagardère qui l’avait choisi comme vice-président en 1995, après s’être largement reposé sur le travail de réflexion effectué par Michel dans le cadre du GRECO (le premier think tank des courses françaises) et de l’UPG (l’ancêtre de France Galop).

Entre 1989 et 1996, Michel fut aussi président du Syndicat des éleveurs de chevaux de sang et président de l’Association des éleveurs européens de chevaux (1992-1996). C’est à travers ces deux fonctions qu’il avait affiné ses analyses sur les difficultés de la filière à l’époque.

Même s’il prit ses distances avec l’Institution à partir de 1996, il continua tout de même à prodiguer ses conseils à certains amis dirigeants (notamment Édouard de Rothschild sur la réforme du Jockey Club), éleveurs ou propriétaires.

Michel était un homme d’une grande culture, un théoricien sans égal et il adorait donner des conseils. Ce cocktail, ajouté au fait qu’il enseignait à Nanterre, lui avait valu un surnom dans les courses : « Le Professeur ». Surnom mérité.

 

Éleveur de multiples gagnants de Gr1

Dans une Institution qui est de plus en plus souvent habitée par des gens qui n’ont pas ou peu de chevaux, Michel Henochsberg aurait-il été heureux ? Lui avait d’abord été, avant de réussir la carrière institutionnelle dont nous venons de parler, un éleveur à succès. Son coup de génie, ce fut l’achat, avec ses amis Maurice Lagasse et Marc de Chambure, de la matrone Allegretta – une des plus grandes poulinières de toute l’histoire des courses européennes, d’où Urban Sea, Galileo, Sea the Stars, King’s Best, Melikah, Anabaa Blue… On n’oubliera pas non plus Caretta, achetée à réclamer avec son ami d’enfance René Romanet (il l’avait rencontré, ainsi que son frère Louis, au lycée Janson-de-Sailly), et qui allait produire Al Nasr – premier gagnant de Gr1 d’André Fabre – et Kingsalsa ! Et il y en a d’autres encore, comme le gagnant de Breeders Cup Nownownow, dont la mère était une élève de Michel, et bien sûr Marchand de Sable, issu d’une souche Rothschild.

Michel état un excellent juge, avec sa façon bien à lui de voir les courses, apprise notamment aux côtés du "maître" Maurice Zilber. On se souviendra enfin que Michel avait un jour confié tenir sa passion des courses de sa maman, qui possédait une pouliche et était très liée à la famille Aubert (Puissant Chef) et à Suzy Volterra. Cette passion l’aura guidé toute sa vie.

 

Des Inrocks à Jour de Galop

Une autre passion de Michel, c’était les médias. Peu de personnes le savent, mais il fut directeur général du site Internet lesinrockuptibles.com. Il fut aussi directeur de la rédaction de la revue électronique Azymut. Mais surtout, il joua un rôle décisif dans la création de Jour de Galop. Si notre journal existe aujourd’hui, c’est parce qu’un jour de mai 2007 il sut convaincre son ami américain Barry Weisbord – fondateur en 1993 du TDN – d’aider deux petits Français qui voulaient s’inspirer de lui : Emmanuel Roussel et Mayeul Caire. Même si Michel et Emmanuel ne partagèrent pas très longtemps leurs vues au sein du journal, leur manière de voir les courses continue aujourd’hui encore d'influencer JDG. C’est à la durée de cet héritage que l’on mesure l’influence intellectuelle d’une personne.

 

La peinture, le tennis et le football

Michel aimait aussi la peinture contemporaine. C’était en particulier un ami intime du peintre Jean-Michel Alberola, un des chefs de file de sa génération de plasticiens, avec lequel il avait cosigné Dérèglements de comptes. Auteur politique et économique prolixe, il rédigea deux autres livres (Nous nous sentions comme une sale espèce et La Place du marché) et signait souvent des éditoriaux dans Les Échos.

En politique, il appartenait à cette gauche moderne réconciliée avec l’économie. Docteur d’État en sciences économiques (et docteur de 3cycle en sociologie) et professeur à l’université Paris X-Nanterre, c’était assez naturel de sa part.

Il aimait le tennis, étant un membre très actif du club de Deauville. Deux de ses enfants ont pratiqué ce sport à haut niveau. Et il adorait le football, ne ratant jamais un match important et n’hésitant jamais à partager de longs commentaires tactiques ou techniques – y compris lorsqu’il lui arrivait, comme un jour dans le hall de l’hôtel Mercure situé derrière France Galop, de croiser un joueur du Paris Saint-Germain… qui écouta avec un réel intérêt, pendant vingt minutes, les conseils de Michel pour mieux tenir son poste sur le terrain !

 

 

 

LES RÉACTIONS

 

Edouard de Rothschild

« Michel était avant tout un ami. Il avait une connaissance encyclopédique du galop. Ce soir, en pensant à lui, je veux rappeler le souvenir des nombreux gagnants auxquels il a été associé : Al Nasr, Urban Sea, Marchand de Sable, King’s Best… »