à la découverte du point-to-point

Autres informations / 25.02.2016

à la découverte du point-to-point

LE MAGAZINE

À LA DÉCOUVERTE DU POINT-TO-POINT

Point-to-point. Vous avez sans doute déjà entendu ce terme. Mais qu’est-ce qui se cache derrière ces épreuves d’obstacle pour amateurs ? D’où viennent-elles ? Comment sont-elles organisées ? Quel est leur apport au monde des courses dites "officielles" ? Autant de questions auxquelles nous répondons dans cet article.

Photo : Les épreuves de point-to-point sont le creuset de la culture de l’obstacle anglo-irlandais

Qu’est-ce que les point-to-point ?

Les point-to-point sont des steeple-chases qui ont lieu hors du cadre officiel des hippodromes. Ils se déroulent généralement dans des espaces spécialement aménagés. Et ils sont régulés par le Point-to-Point Authority, lui-même sous la responsabilité de la British Horse Racing Authority (B.H.A.), ou du Turf Club s’il s’agit de l’Irlande. La première épreuve de l’histoire a eu lieu en Irlande en 1752. L’idée était de relier deux points, en faisant la course et en sautant tout ce qui se présentait. Mais c’est en 1874 que le terme de point-to-point a été utilisé pour la  première fois. Ces compétitions se disputent en moyenne sur des distances comprises entre 4.800m et 6.400m. Entre douze et vingt-deux fences sont à franchir. Ces obstacles font généralement 1,50 m de haut pour 1,80 m de large. Tous les chevaux âgés de 4ans et plus peuvent participer à ces courses, y compris les AQPS, sous certaines conditions toutefois. Il ne faut pas qu’ils aient pris part à des steeples pour amateurs ou des hunters chases entre des dates précises. Les récents vainqueurs de Groupe sont bien sûr exclus des point-to-point. Quant aux allocations allouées au vainqueur, elles dépassent rarement les 1.000 euros. En moyenne, il faut payer 50 euros pour inscrire son cheval dans un point-to-point. Du côté des jockeys, ils ne doivent pas avoir moins de 16 ans et doivent bénéficier d’un accord parental s’ils sont mineurs. Une licence spéciale leur est délivrée et il faut payer 200 livres pour monter en point-to-point toute une saison. Un code spécial régit ce type d’épreuve. Il ressemble à celui des courses officielles. Par exemple, si vous vous trompez de parcours, vous paierez 75 livres, soit le même tarif que si vous continuez la course alors que celle-ci est neutralisée. Si vous perdez la victoire à cause d’une faute quelconque, vous aurez une amende de 150 livres. Si vous "tirez" un cheval, vous écoperez d’une amende de 250 livres, plus une suspension des commissaires. Et cela vaut aussi si vous faites courir votre cheval dans un point-to-point comme s’il s’agissait d’un entraînement. Les montes dangereuses sont sanctionnées par des amendes pouvant aller jusqu’à 600 livres. Le nombre de coups de cravache est également comptabilisé. Au-delà de huit coups, vous pouvez recevoir des amendes allant de 100 à 250 livres.

Photo : Denman, passé par les point-to-point avant le Cheltenham Gold Cup

Plus de point-to-point courses que d’hippodromes

Dans tout le Royaume-Uni – Angleterre, Écosse, Irlande du Nord et Pays de Galles –, on dénombre au total cent dix point-to-point courses, soit bien plus que le nombre d’hippodromes. En Irlande, une cinquantaine de point-to-point courses sont le théâtre de ces épreuves amateurs sur les obstacles.

Photo : On se presse pour venir aux point-to-point

Des stars équines…

Les point-to-point sont une véritable pépinière de chevaux et de jockeys de haut niveau. Ils permettent d’apprendre sans avoir la pression des courses officielles, alors qu’ils ont lieu sur des pistes et des obstacles semblables à ceux des hippodromes. Chez les chevaux, les point-to-point ont un véritable impact sur le marché de l’obstacle. En vente publique ou à l’amiable, les bons vainqueurs de point-to-point peuvent atteindre 250.000 voire 300.000 livres, soit quasiment le même prix que pour des bons gagnants à Auteuil. À l’image des chevaux achetés en France, ceux qui sortent des point-to-point ont la base de leur métier déjà acquise. Mais à l’inverse, ils ont souvent été attendus, comme le suggère la méthode et le programme anglais, basés sur les chevaux d’âge. Ainsi, le champion Faugheen (Germany) n’a débuté victorieusement qu’au printemps de ses 4ans dans un point-to-point. Il a ensuite été vendu à Rich Ricci, puis est parti à l’entraînement chez Willie Mullins. En 2016, Faugheen compte douze succès en treize sorties, dont sept Grs1, parmi lesquels les Champion Hurdle (Grs1) de Cheltenham et celui de Punchestown. Ce cheval n’est pas la seule star équine sortie des point-to-point. C’est aussi le cas des champions Best Mate (Un Desperado), Denman (Presenting) et Imperial Commander (Flemensfirth), trois lauréats de Cheltenham Gold Cup (Gr1), ou de Bindaree (Roselier), vainqueur du Grand National de Liverpool (Gr3). Des ventes à Cheltenham, organisées par Tattersalls Ireland, rassemblent des chevaux à l’entraînement, qui, pour la plupart ont eu une expérience en point-to-point. Ainsi, lors de la récente Cheltenham January Sale, qui a eu lieu le 18 février, le top price est revenu à César Collonges (Fragrant Mix), un neveu du champion Neptune Collonges (Dom Alco), gagnant du Grand National de Liverpool et double lauréat du Punchestown Gold Cup (Gr1). Il a été acheté 200.000 livres par l’entraîneur Evan Williams. Mais son origine n’est pas la seule raison de son prix. En effet, en plus d’un beau modèle, il avait gagné un point-to-point irlandais de belle manière… Un vrai plus pour sa vente.

Photo : Faugheen

…et humaines passées par le point-to-point

De grands chevaux sont donc passés par les point-to-point, mais aussi des jockeys émérites. C’est le cas de Ruby Walsh (qui a également monté en courses de poneys en Irlande), Davy Russell ou Paul Carberry, devenus des pilotes de renom sur les obstacles. Mais aussi d’Enda Bolger, grand entraîneur de chevaux de cross et de point-to-point, qui a remporté quatre cent treize courses dans cette dernière catégorie, en tant que jockey. Tom Costello était, lui, connu pour être un spécialiste du marché des chevaux de point-to-point. Il repérait ainsi les chevaux sur lesquels les cavaliers étaient "embarqués" plusieurs courses de suite avant de faire une offre pour les acheter.

Photo : Ruby Walsh

Et les poneys dans tout cela ?

En Angleterre (comme en Irlande), la Pony Racing Authority est la société dédiée à l’organisation des courses de poneys et notamment aux point-to-point leur étant réservés. Elle a été créée en 2007. Mais c’est en 2004 que le circuit de courses pour poneys a vu le jour en Angleterre. Entre février et juin ont lieu 160 point-to-point sur 70 point-to-point courses différents. La taille des poneys est réglementée. Généralement, ils doivent faire entre 138 et 148 cm. Les obstacles sont des fences beaucoup moins hauts que ceux des hippodromes. Et les distances varient suivant la taille des poneys. Cela peut aller de 800 à 2.000m. Pour monter dans ces point-to-point, il faut avoir entre 9 et 15 ans et passer des "galops" adaptés à la monte en course. Ces examens sont supervisés par la British Racing School. Il faut aussi passer des tests pour être déclaré apte à monter en course. Lors de ces tests, les "jockeys en herbe" sont initiés aux tactiques de course, aux exercices de fitness et… aux régimes diététiques ! Ils ont ainsi un bon panorama du métier de jockey auquel prétendent de nombreux jeunes pilotes. L’objectif avoué de la Pony Racing Authority est d’ailleurs d’assurer la relève chez les jockeys, notamment d’obstacle, grâce à la promotion des point-to-point pour poneys. Un championnat à points a lieu chaque année et les vainqueurs sont récompensés. Des sponsors sont aussi présents pour soutenir les compétitions, devenues très populaires.

Cliquez ici pour découvrir les tests effectués par les aspirants jockeys : https://www.youtube.com/watch?v=Tw0tF3lvMSI.

Cliquez ici pour voir un point-to-point pour poneys : https://www.youtube.com/watch?v=gDByBW7s-Hc.

Photo : L'arrivée d'un point-to-point pour poneys

Les médias dans les point-to-point

Les point-to-point offrent de multiples intérêts. Le premier concerne les chevaux. Un vrai marché s’est développé autour de ces épreuves, avec la révélation d’éléments de grande classe, capables de briller à Cheltenham, Aintree ou Punchestown. Le deuxième intérêt réside chez les jockeys ou cavaliers, car les plus grands noms sont passés par les courses de poneys et les point-to-point. De ce fait, un hebdomadaire a vu le jour. Il s’agit de Go Pointing, qui sort tous les mercredis avec les comptes-rendus des principaux point-to-point du week-end passé, mais aussi des présentations des épreuves à venir et des interviews. Une chaîne de télévision suit également les point-to-point : Point2Point TV. Les sites internet des principales fédérations de point-to-point permettent de suivre chaque week-end les épreuves en cours. De même que le site internet Jumping for Fun (http://www.jumpingforfun.co.uk/) pour ce qui est de l’Angleterre et l'Irish Point-to-Point website pour l’Irlande (http://www.p2p.ie/). Sans compter qu’une chaine comme At The Races, plus habituée aux épreuves officielles, fait parfois des décrochages vers les point-to-point courses.

Photo Go Pointing

Pourquoi pas des circuits de point-to-point en France ?

Les point-to-point (pour chevaux comme pour poneys) font partie de la culture anglaise et irlandaise du monde du cheval. C’est un autre moyen de pratiquer l’équitation et aussi la preuve que les associations responsables des courses travaillent main dans la main avec celles qui gèrent les point-to-point. Ils permettent d’avoir un réservoir d’aspirants jockeys et de chevaux qui ont besoin de temps avant de voir un hippodrome officiel. Maintenant, serait-il possible d’avoir des point-to-point en France, sachant qu’un circuit de courses au trot pour poneys a vu le jour et que nous avons aussi des courses plates de poneys ? La question mérite d’être posée. Mais elle entraîne une autre interrogation : avons-nous un réservoir suffisamment important de chevaux et de cavaliers pour cela ? Ce n’est pas sûr. D’autant qu’il ne faudrait pas que ces point-to-point empiètent sur les partants des courses officielles… En ce qui concerne les cavaliers, ce n’est pas gagné non plus. Dans les centres équestres, les courses sont encore mal vues, alors faire des point-to-point pour poneys ou orienter des cavaliers vers des point-to-point pour futurs chevaux de course... Il y a des efforts à faire pour changer les mentalités avant tout.

L’AVIS DE GUILLAUME MACAIRE SUR LE POINT-TO-POINT

Photo Guillaume Macaire

Guillaume Macaire n’est pas seulement un des meilleurs entraîneurs d’obstacle au monde, c’est aussi un fin connaisseur de l’histoire des courses d’obstacle. Il nous a livré son point de vue sur le point-to-point : « Les point-to-point permettent d’avoir une passerelle entre les courses et les sports équestres. Ils représentent aussi le rêve d’avoir un très bon cheval. Un rêve qui est à la portée de tous. C’est la force de l’obstacle en Angleterre. C’est une symbolique qui est très bien illustrée par le film National Velvet avec Liz Taylor. Les point-to-point forment la base de l’obstacle anglais. N’importe qui peut avoir un cheval, l’entraîner dans un champ puis le faire courir dans ces épreuves. Des chevaux de Gold Cup sont déjà sortis des point-to-point. La notion mercantile est secondaire. Il arrive aussi qu’une fille, sa mère et sa grand-mère soient en selle dans la même épreuve. Cela crée le buzz. En France, c’est trop tard pour essayer d’adapter les point-to-point. En Angleterre, il y a des liens forts entre les sports équestres et les courses, avec des exemples comme la famille Skelton, la fille de Lester Piggott qui monte en concours complet… Chez nous, l’obstacle a beaucoup perdu avec la disparition des courses militaires. C’est la genèse de l’obstacle. Il y a des similitudes entre les courses militaires et les point-to-point. À l’époque, les courses d’obstacle étaient reconnues pour apporter « la hardiesse, le mépris du danger, le goût du risque et l’ardeur à la lutte. » Il était conseillé aux militaires d’y participer. Quant aux chevaux d’obstacle, ils étaient envoyés au front et ils étaient bien plus réactifs que les chevaux de hussards. »