Deep impact  à la conquête de l’europe

Autres informations / 07.02.2016

Deep impact à la conquête de l’europe

DEEP IMPACT

À LA CONQUÊTE DE L’EUROPE

Deep Impact (Sunday Silence) règne en maître au Japon. L’étalon de Shadai s’est de nouveau classé tête de liste des étalons japonais en 2015, devant King Kamehameha (Kingmambo). Mais, dès 2016, sa présence en Europe devrait s’intensifier. Pas uniquement via ses produits japonais venant courir les Groupes 1 sur le vieux continent, mais aussi avec des chevaux élevés par des Européens ou importés du Japon.

Ce n’est pas une nouveauté : Deep Impact est d’ores et déjà père de classique en France, avec Beauty Parlour XX, gagnante de la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1) en 2012, pour la casaque Wildenstein. Il a aussi donné Barocci ou Aquamarine, gagnants black type en France et issus du même élevage. Les familles Niarchos et Wildenstein ont été les premières à lui accorder leur confiance. D’autres éleveurs les ont rejoints et ont des 2ans par l’étalon dans leurs boxes : l’écurie Wertheimer & Frère et Coolmore, ainsi que Qatar Racing, mais dans un cas de figure différent. Voici un tour d’horizon de ce que nous réserve le "top étalon" japonais en Europe en 2016… et dans les années à venir.

DEEP IMPACT EN CHIFFRES

 

1er étalon au classement par les gains en 2015

Les produits de Deep Impact ont remporté environ 59.022.350 dollars en 2015 (données Jbis). En comparaison, ceux de Dubawi ont remporté 22.696.299 dollars et ceux Galileo 17.704.258 dollars (données TDN) la même année. Il faut évidemment souligner que les allocations au Japon sont très élevées et jouent dans ce chiffre, parmi d’autres éléments : le nombre de juments saillies par an ou encore les performances des nombreux chevaux d’âge au Japon.

 

Les cinq étalons les plus chers au monde en 2016

Dubawi : 292.000 € environ (225.000 £)

Tapit : 268.830 € environ (300.000 $)

Galileo : Private

Deep Impact : 230.000 € environ

American Pharoah : 180.000 € environ (200.000 $) 

 LA FAMILLE NIARCHOS, LES PRÉCURSEURS

Les tout premiers éleveurs européens à avoir envoyé des juments à Deep Impact sont la famille Niarchos et Dayton Investment Ltd, dès la première année de monte de l’étalon, en 2007. Mais l’histoire de la famille Niarchos avec le Japon est bien antérieure…

Forest Rain (Caerleon) a été présentée à Deep Impact en 2007, pour sa première saison de monte. Le croisement donnera Teepee. Elle n’a pas brillé en compétition, sa meilleure performance étant une troisième place à Durtal. Teepee est désormais au haras et son premier produit est Nomadic (Duke of Marmalade), troisième du Prix Miesque (Gr3). Forest Rain est retournée ensuite à Deep Impact, donnant Nacre, restée inédite, et Dowsing, un poulain de 3ans à l’entraînement chez John Hammond et engagé dans le Derby d’Epsom.

Citons aussi Tale of Life XX, gagnant impressionnant à 2ans, deuxième de New Bay (Dubawi) dans le Prix Machado (B) et qui n’a pas fourni sa vraie valeur dans la Poule d’Essai des Poulains (Gr1). Il est désormais aux soins de Graham Motion, aux États-Unis.

 

Hector Protector, Sunday Silence, Deep Impact

La famille Niarchos n’hésite pas à envoyer régulièrement des juments à l’étranger. Elle cultive une longue histoire avec le Japon, comme nous l’a expliqué Alan Cooper, leur manager : « Notre association avec le Japon remonte au temps d’Hector Protector [élève et représentant de la famille Niarchos acheté par Zenya Yoshida pour la carrière d’étalon, ndlr], qui nous a ensuite donné Shiva et Limnos. »

Avec des juments basées au Japon, la famille Niarchos a aussi fait le choix d’aller à Sunday Silence. Cela donnera Sun is Up (Sunday Silence), mère de Karakontie (Bernstein) et Celestial Lagoon (Sunday Silence), mère des black type Maria Gabriella (Rock of Gibraltar) et Night of Light XX (Sea the Stars)… « La famille Yoshida a eu une grande réussite avec des étalons comme Northern Taste et Sunday Silence. Il est important, en tant qu’éleveur et au niveau international, d’accéder à ces courants de sang. Nous avons vu la réussite des chevaux japonais en Europe, avec ceux prenant des places dans l’"Arc", mais aussi Taïki Shuttle, gagnant du Prix Jacques Le Marois, et Seeking the Pearl, gagnant du Prix Maurice de Gheest. Ils ont de très bons chevaux. »

 

Un étalon connu en Europe

Deep Impact a un atout supplémentaire par rapport à son père Sunday Silence, grand champion en Amérique sur le dirt : il a couru en France, même si l’histoire ne s’est pas bien terminée. Mais il avait tout de même séduit. « À l’époque, Deep Impact nous a impressionnés. Nous l’avons vu en France lorsqu’il a couru le Prix de l’Arc de Triomphe et il a aussi des origines qui nous convenaient parfaitement. Nous connaissions bien sa famille maternelle, descendant d’Highclere. Il convenait à des juments de la famille Niarchos qui stationnaient à Shadai. »

Même si Teepee, premier produit de Deep Impact à avoir porté la casaque Niarchos, n’a pas brillé en compétition, cela n’a pas découragé la famille Niarchos pour autant. « Il faut parfois prendre un peu de temps pour connaître les nouvelles lignées. Deep Impact était un champion sur la piste et c’est un champion au haras au Japon. De plus, il est toujours positif d’avoir d’autres courants de sang à amener dans un paysage européen marqué par Northern Dancer, Sadler’s Wells et Danehill. Teepee nous a donné Nomadic, une bonne pouliche placée de Groupe à 2ans. »

DAYTON INVESTMENTS LTD : LES RÉVÉLATEURS

Le 13 mai 2012, une pouliche s’impose en championne dans la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1). Son nom : Beauty Parlour XX. La représentante de l’écurie Wildenstein fait briller Deep Impact sur la scène internationale, déjà étalon classique au Japon avec Marcellina, gagnante des Oka Sho – 1.000 Guinées (Gr1) en 2011, et Gentildonna, gagnante aussi des 1.000 Guinées avant d’enlever les Oaks japonaises en mai 2009.

Dayton Investments Ltd a envoyé des juments à Deep Impact dès sa première saison de monte. Deux juments, plus précisément, qui donneront naissance à deux produits black type : Barocci, gagnant du Prix Omnium II (L), deuxième du Prix du Prince d’Orange (Gr3) et placé de Groupe aux États-Unis, et Aquamarine, gagnante du Prix Allez France (Gr3).

Alec Waugh nous a expliqué : « Les directeurs de Dayton Investment Ltd ont trouvé à l’époque que le cheval était proposé à un tarif exceptionnel, étant donné sa qualité en course. Il avait très bien couru dans le Prix de l’Arc de Triomphe, alors qu’il y faisait sa rentrée et qu’il n’avait pas eu un bon parcours. Ils l’ont trouvé remarquable et ont donc décidé d’y envoyer deux juments maidens : Angelita (Alzao) et Bastet (Giant’s Causeway). » Deep Impact a commencé sa première saison de monte à un tarif de 10 millions de yens, ce qui correspondait à l’époque à 81.000 dollars. Un tarif finalement peu élevé pour ce cheval gagnant de sept Groupes 1.

À ce tarif, il faut ajouter les différents frais qu’implique un tel voyage. « Ce n’est pas toujours facile d’envoyer des juments au Japon, avec les problèmes de TVA et le transport. C’était un pari qui les amusait et qui a marché : sur les quatre produits nés, trois sont black type, une [Abacoa, fille d’Angelita, ndlr] n’ayant pas pu courir suite à un grave accident au paddock. Et cela nous a donné Beauty Parlour, qui n’a pas eu la carrière qu’elle méritait en raison de problèmes de pied. » Dayton Investments Ltd a sans aucun doute permis à Deep Impact de se faire une place sur la scène européenne, encourageant les éleveurs à faire le déplacement au Japon.

WERTHEIMER & FRÈRE, LES YEUX TOURNÉS VERS L’AVENIR

En 2013, l’année suivant le coup d’éclat de Beauty Parlour dans la Poule d’Essai des Pouliches, l’écurie Wertheimer & Frère a envoyé une première jument à la rencontre de l’étalon. Il s’agit de Baahama (Anabaa), qui a donné naissance à Akihiro (Deep Impact), un 2ans à l’entraînement chez André Fabre. Bahaama est restée deux ans au Japon et elle a aussi une yearling de l’étalon. Depuis, l’écurie Wertheimer & Frère envoie entre deux et trois juments chaque année à Deep Impact. Pierre-Yves Bureau, manager de l’écurie Wertheimer & Frère, nous a expliqué : « Deep Impact était un champion en piste et il s’est révélé être un très bon étalon, très améliorateur. Il représente aussi un courant de sang assez rare, facile à croiser avec la jumenterie européenne, et cela permet de sortir des courants de sang déjà bien présents en Europe. Il est aussi moins compliqué d’aller au Japon maintenant. C’est un cheval que tout le monde connaît et, aujourd’hui, les chevaux voyagent plus. On communique aussi plus autour du Japon qu’à l’époque de Sunday Silence, par exemple, il est plus facile d’y suivre les résultats. »

Deep Impact avait les performances, mais l’écurie Wertheimer & Frère a choisi d’attendre les premiers résultats du cheval comme étalon avant de lui envoyer des juments. « C’est un principe auquel nous faisons quelques exceptions, notamment avec nos étalons comme Intello et Anodin. Nous attendons de voir les résultats avant d’utiliser un étalon, surtout dans le cas du Japon : c’est une grande expédition ! Par exemple, en 2016, nous n’allons pas à American Pharoah, mais à son père, Pioneerof the Nile. »

 Des critères de choix et de taille

Pierre-Yves Bureau nous a expliqué quels étaient les critères définis pour envoyer une jument à Deep Impact : « Il faut tout d’abord que la jument soit non gestante pour partir au Japon. Nous les envoyons vides là-bas et elles reviennent pleines ensuite en France. Il faut que la jument soit d’une qualité suffisante pour être présentée à cet étalon : qu’elle ait bien produit – comme Impressionnante (Danehill), qui nous a donné un champion avec Intello XX (Galileo) et produit très bien – ou qu’elle ait réussi en compétition, comme Royalmania XX (Elusive Quality), qui était une bonne pouliche et qui est maiden. Enfin, il faut choisir un certain type de modèle : une jument assez forte physiquement. »

En effet, Deep Impact est un cheval bien fait, mais il n’est pas très grand. Il n’est absolument pas typé "Sunday Silence" – très imposant et noir –, mais ressemble plutôt à son grand-père côté maternel : Alzao. Les produits de Deep Impact – nous avons pu les voir en Europe – ne sont pas très grands, loin d’être aussi imposants que les produits de Stay Gold par exemple (comme Orfèvre ou Gold Ship) ou d’autres produits de Sunday Silence et de ses fils.

Aller à Deep Impact représente aussi un choix pour l’avenir. « Deep Impact représente la lignée de Sunday Silence, donc de Halo. Si nous avons une jument par Deep Impact, elle permettra de ramener un nouveau courant de sang en Europe et elle sera facile à croiser. Si c’est un mâle et qu’il brille en compétition, il peut représenter un choix intéressant au haras, dans une jumenterie marquée par le sang de Danehill et de Sadler’s Wells. »

COOLMORE : DEEP IMPACT ET LE CROISEMENT MAGIQUE DANEHILL / SADLER’S WELLS

Le pedigree de Deep Impact est très bon. Sunday Silence est un chef de race au Japon et la famille maternelle a fait ses preuves en Europe. Wind in her Hair (Alzao), mère de Deep Impact, a pour grand-mère la championne de Sa Majesté la reine d’Angleterre, Highclere. La jument a aussi donné Height of Fashion (Bustino), la mère d’Unfuwain (Northern Dancer), de Nashwan (Blushing Groom) ou de Nayef (Gulch).

Le pedigree de Deep Impact n’est pas exempt du sang de Northern Dancer – que l’on retrouve à la quatrième génération –, mais l’étalon propose de grandes possibilités de croisement avec la jumenterie européenne, désormais très marquée par le sang de Sadler’s Wells (Northern Dancer) et de Danehill (Danzig)…

Et Coolmore l’a bien compris : les Irlandais ont envoyé pour la première fois deux juments à Deep Impact en 2013. Elles sont aussi restées au Japon en 2014. Il s’agit de Maybe (Galileo, donc Sadler’s Wells, et mère par Danehill) et de Peeping Fawn (Danehill avec une mère par Sadler’s Wells).

 

Le pedigree et les performances

Maybe est gagnante des Moyglare Stud Stakes (Gr1) et s’est classée troisième des 1.000 Guinées (Gr1). Peeping Fawn a quant à elle remporté quatre Groupes 1 : Pretty Polly Stakes, Irish Oaks, Nassau Stakes et Yorkshire Oaks (Grs1). Côté pedigree, rien à redire non plus : Maybe est une nièce de Dancing Rain (Danehill Dancer) et il s’agit de la famille de Dr Devious (Ahonoora). Peeping Fawn est, elle, une sœur de Thewayyouare (Kingmambo), descendante de la championne américaine Blush with Pride, championne en piste et au haras.

 

Un croisement nouveau

Ce croisement entre Deep Impact et une jument véhiculant les sangs de Danehill et de Sadler’s Wells et issue d’un des deux étalons est finalement tout nouveau. En se plongeant dans la base de données Jbis, on retrouve seulement le nom de Hela parmi les chevaux en âge de courir. Cette jument âgée de 7ans est entrée au haras en 2016. Elle est gagnante et placée de courses à conditions au Japon.

Cependant, parmi les "top étalons" têtes de liste en Europe et destinés à produire des "chevaux classiques", quels choix ont les éleveurs en Europe pour les juments proposant le sang et/ou le croisement Sadler’s Wells/Danehill ? Finalement peu, d’autant plus qu’il est de plus en plus compliqué d’obtenir des saillies de Dubawi (Dubai Millenium), par exemple. Il y a l’option des États-Unis, mais le Japon en est une autre. Il est d’ailleurs très symbolique que Star of Seville (Duke of Marmalade), gagnante du Prix de Diane Longines (Gr1), aille à Deep Impact en 2016… après avoir été recalée pour Dubawi !

 

QATAR RACING, LES ACHETEURS

Qatar Racing a été le premier éleveur basé en Europe à se déplacer au Japon pour y acheter des produits. En 2013, S. A. le cheikh Fahad Al Thani et David Redvers ont fait du "repérage" et n’ont pas investi sur Deep Impact, dont les produits se sont vendus à un prix moyen d’environ 695.000 euros… En 2014, ils ont investi et sont revenus avec des produits de Deep Impact dans leurs valises, et ont même présenté des poulains à la vente.

S. A. le cheikh Fahad Al Thani et David Redvers ne sont pas retournés au Japon en 2015. On peut supposer que le choix de la JRHA d’interdire aux propriétaires non basés au Japon de présenter des produits à la Select Sale a joué un rôle. Toujours est-il que, en 2014, David Redvers déclarait : « Cheikh Fahad cherche toujours à voir les choses sous un autre angle et Deep Impact est l’un des meilleurs étalons au monde. C’est très excitant. »

 

Des Deep Impact engagés… dans le Derby d’Epsom

Qatar Racing détient le record pour un yearling présenté à la Select Sale de la JRHA, étant allé jusqu’à 1,88 million d’euros pour un mâle par Deep Impact et Listen (Sadler’s Wells). Il s’agit du deuxième produit de Listen conçu au Japon, le premier étant Touching Speech (Deep Impact), désormais âgée de 4ans. Pouliche tardive, elle s’est placée de Gr1 à l’automne face aux seules femelles et aura de hautes ambitions en 2016. Le yearling acheté par Qatar Racing a désormais 3ans : engagé dans le Derby d’Epsom (Gr1), il n’a pas encore débuté et est entraîné par Roger Varian. Il s’appelle New World Power (Deep Impact).

En tout, Qatar Racing a dans ses boxes, en 2016, quatre 2ans par Deep Impact. Trois d’entre eux sont engagés dans le Derby d’Epsom 2017 (Gr1). Un est un fils de Musical Way (Gold Away), qui a donné en 2015 Mikki Queen (Deep Impact), gagnante des Oaks japonaises (Gr1). On trouve aussi un fils de Keia Gerbera (Smarty Jones), gagnante de Groupes au Japon, descendant d’une famille américaine, et un fils de Rumba Boogie (Rainbow Quest), descendante elle aussi d’une famille américaine qui s’est bien développée au Japon, celle des classiques Dance in the Dark et Dance in the Mood.

Côté pouliches, Qatar Racing a acheté une propre sœur de Deep Brillante (Deep Impact & Love and Bubbles), gagnant d’un Derby japonais, et une pouliche étant le premier produit de la championne australienne Shamrocker (O’Reilly).

 

Le Japon, futur rendez-vous des acheteurs européens ?

Il reste désormais à voir si tous ces chevaux seront capables de "performer" au plus haut niveau en Europe dans les années à venir. Et si cela ne créera pas des vocations en Europe pour aller acheter "à la source", au Japon, dans le futur. Il faut évidemment avoir des moyens importants, les ventes étant fortes et les prix élevés, auxquels il faut rajouter transport et taxe.

Mais l’élevage japonais est une belle illustration de la "vertu de la patience" soulignée par la princesse Zahra Aga Khan lors de son discours à l’Asian Racing Conference 2016. Deep Impact est très symbolique de ce que l’on attend des chevaux au Japon. Gagner un Groupe à 2ans n’est pas obligatoire. Le cheval et futur étalon parfait est celui qui, à 3ans et plus, sera capable de gagner 2.000m (2.000 Guinées), 2.100m (Takarazuka Kinen), 2.400m (Derby – Japan Cup), 2.500m (Arima Kinen) et 3.200m (Tenno Sho – printemps). Tenue, accélération et dureté sont les maîtres mots.