Elle quitte le corps des commissaires : micheline leurson, la pionnière

Autres informations / 12.02.2016

Elle quitte le corps des commissaires : micheline leurson, la pionnière

ELLE QUITTE LE CORPS DES COMMISSAIRES : MICHELINE LEURSON, LA PIONNIÈRE

Ce mercredi, France Galop a rendu hommage à Micheline Leurson, qui prend sa retraite du corps des commissaires. Cette vraie pionnière s’est racontée à Jour de Galop. Les courses de cavalières, la féminisation de l’Institution, la montée en puissance des femmes jockeys : c’est notamment à elle qu’on le doit…

 

Photo 1 : Micheline Leurson, Édouard de Rothschild et Jean-Pierre Colombu

 

Les débuts des courses de cavalières

« Cette attention de France Galop et les mots du président Rothschild étaient très émouvants. Cela m’a beaucoup touchée. C’est la limite légale de l’âge des commissaires qui me pousse à prendre ma retraite. Ma passion pour les courses est intacte et l’envie est toujours là.

Elle remonte à l’enfance. Mon père était jockey d’obstacle chez André Adèle, avant de le seconder. Je suis donc en quelque sorte une "enfant de la balle".

Très tôt, j’ai souhaité monter des galopeurs, mais à l’époque, les courses n’étaient pas ouvertes aux femmes. J’ai monté une première épreuve, qui n’était pas officielle, à Fontainebleau. Cette tentative s’étant bien déroulée, l’Institution a envisagé la mise en place de courses pour femmes. En 1961, une épreuve officielle a finalement vu le jour, à Cagnes-sur-Mer. Ces premières expériences en compétition ont été positives mais je n’ai pas gagné ! Les victoires sont venues plus tard, ce qui est une bonne leçon. Quand on a la passion, on pense que le succès va venir rapidement. Or il faut de la persévérance. Ma première victoire en province a été décrochée à La Roche-Posay, et en région parisienne, c’est à Maisons-Laffitte que j’ai gagné la première fois. »

 

Douze titres chez les cavalières

« Par la suite, j’ai été douze fois sacrée meilleure cavalière de France. Ce record n’a toujours pas été battu dans le registre de l’amateurisme, hommes et femmes confondus. J’ai eu la chance d’être associée à des pensionnaires de François Boutin, Alec Head et François Mathet. J’ai porté quatre fois la casaque de Son Altesse l’Aga Khan, avec quatre victoires à la clé. Alec Head m’a permis de monter des représentants de son épouse et de la famille Wertheimer. J’ai également eu l’opportunité de monter en province et à l’étranger. Je me souviens plus particulièrement d’une victoire en Allemagne. Il y avait là-bas le "Challenge du collier de perles" qui était réservé aux femmes. J’ai gagné la première course de ce challenge et la Marseillaise a retenti à mon retour aux balances. Ce fut une émotion très forte, dans un pays où mon père avait été prisonnier de guerre. Vous savez, je suis très "cocorico" ! Monter à l’étranger est un grand plaisir, mais aussi un honneur. J’ai décroché trois titres européens. »

 

Photo 2 : Micheline Leurson et Olivier Peslier

 

Un retournement de situation

« Les courses de cavalières ont ouvert la voie à l’arrivée des femmes dans le monde des courses. Par la suite, des filles ont monté de manière professionnelle ou sont devenues entraîneurs. Hier soir, j’ai appris qu’à présent, 80 % des élèves de l’Afasec étaient des filles. C’est un retournement de situation. Au départ, je n’étais pas complètement pour les courses mixtes. Il y a la question de la résistance physique. Les femmes peuvent se distinguer par une très bonne main. On voit régulièrement des cavalières qui montent aussi bien que des jockeys. Mais je ne sais pas si une femme aura la même facilité à enchaîner des réunions de sept courses, plusieurs jours par semaine, sur une longue période. Ce n’est pas une affirmation, c’est simplement une question que je me pose. »

 

La première femme commissaire et handicapeur

« Un jour de 1978, j’ai eu un grave accident qui m’a écartée des pistes pendant deux années. Je montais ce jour-là pour l’écurie Head. Je me suis battue pour remonter en course et pour arrêter ma carrière de cavalière sur une victoire. Lors de mon retour en piste, toujours pour l’écurie Head, j’ai gagné. C’est moi qui ai eu raison du gazon ! On m’a alors proposé de devenir handicapeur. J’ai immédiatement accepté. Aucune femme n’avait occupé cette fonction auparavant. Mais ce ne fut pas facile. Lorsqu’on pénalise un cheval, on s’expose vis-à-vis de son entourage. J’ai ensuite représenté la France au Pattern committee. Ce fut une expérience formidable, tout comme celle de commissaire. Dans cette fonction, j’ai toujours essayé de mettre à profit mon expérience de la compétition pour comprendre au mieux les situations à juger. Parmi les expériences hippiques qui ont jalonné mon parcours, il y a aussi le management de l’effectif de Maria-Felix Berger et de l’écurie Ribes. C’est un très bon souvenir, avec un travail très intéressant avec les entraîneurs. »

 

Photo 3 : La victoire d’Hello Sunday, sous les couleurs de Micheline Leurson, dans le Prix Quincey

 

L’éleveur et le propriétaire

« En tant que propriétaire, j’ai eu la chance d’avoir plusieurs très bons chevaux. L’histoire d’Hello Sunday est intéressante. Je l’ai vu au pré alors qu’il avait été refusé aux ventes. J’ai proposé à son éleveur, madame Van de Kerchove, que nous nous associons pour le faire courir. J’avais bien connu son père, Poliglote, lorsqu’il était entraîné par Christiane Head-Maarek. Je retrouvais dans le fils, lorsqu’il était en liberté, le même port de tête, la même action énergique que celle du père. Hello Sunday a gagné Prix Quincey (Gr3) et il s’est classé troisième du Prix Greffulhe (Gr2). Cet élève du haras du Camp Bénard a inauguré ma casaque dans le Prix du Jockey Club (Gr1). Un grand souvenir. Il s’est ensuite classé troisième de Gr1 aux États-Unis. »

Parmi les bons représentants de Micheline Leurson, on se souviendra de Hello my Lord (Anabaa Blue), lauréat du Prix Fasquel (A), Miss Number One (Numerous), troisième du Prix de la Renommière (B) et Rock Harmonie (Rock of Gibraltar), deuxième du Qatar Prix du Petit Couvert (Gr3). Cette dernière est pleine d’Anodin (Anabaa). 

 

Le "challenge des Douze" de Micheline Leurson

« L’amateurisme m’a beaucoup apporté. Je souhaite inciter et encourager les nouvelles générations. J’ai donc créé un challenge qui rassemble douze épreuves pour cavalières qui ont compté dans ma carrière. Ce challenge a été remporté par Barbara Guenet. J’ai beaucoup d’admiration pour elle. Sa monte en plat est excellente. Mais son équilibre en obstacle est exceptionnel. Je ne pourrais pas faire ce qu’elle fait sur les obstacles. C’est formidable. Il faudrait que l’on parle plus de l’amateurisme. À cheval, je n’étais pas nécessairement plus forte que les autres, mais ma passion l’était. Je souhaiterais transmettre cela. »

 

Encadré

Quand les courses de cavalières faisaient scandale

Lorsque, dans les années 1930, l’idée de mettre en place des courses réservées aux femmes fit son chemin, c’est la Préfecture de Police qui "monta sur ses grands chevaux" pour cause de « crainte d’incidents ». Lorsque le sujet est revenu à l’ordre du jour, au début des années 1960, les femmes ne furent acceptées qu’au titre d’amateur. Le port de la casaque leur fut refusé, cette dernière étant jugée « trop suggestive ». Lors de la première course pour cavalières, en 1961 à Cagnes-sur-Mer, on suggéra aux participantes de « ne pas adresser la parole aux joueurs », de produire « l’autorisation de leur mari, le cas échéant », de s’interdire « tout maquillage et rouge à lèvres » et de « ne pas laisser flotter leurs cheveux ». C’était il y a  – seulement – cinquante cinq ans !