Francis-henri graffard : « cette année, j’ai des chevaux pour toutes les catégories »

Autres informations / 13.02.2016

Francis-henri graffard : « cette année, j’ai des chevaux pour toutes les catégories »

La Grande Interview

FRANCIS-HENRI GRAFFARD : « CETTE ANNÉE, J’AI DES CHEVAUX POUR TOUTES LES CATÉGORIES »

En 2015, Francis Henri-Graffard a réalisé sa meilleure saison. Pour sa quatrième année pleine, il a terminé à la septième place des entraîneurs français par les gains et a remporté son premier Gr1 avec Erupt (Dubawi), dans le Juddmonte Grand Prix de Paris.

À quelques semaines de la reprise des courses parisiennes, nous sommes allés à sa rencontre. L’entraîneur décortique ses succès passés, sa méthode, ses relations avec ses clients… et donne les dernières nouvelles de ses meilleurs représentants.

Jour de Galop. - Quel regard portez-vous sur votre saison 2015 ?

Francis-Henri Graffard. - En 2015, toute l’écurie a obtenu de bons résultats. Erupt, Karar XX, Sumbal et Lady of Kyushu ont beaucoup fait parler de nous, mais c’est toute l’écurie qui a été performante dans son ensemble ; tous les chevaux à leur niveau. L’année 2015 a donc été solide statistiquement parlant.

Avez-vous vécu cette première victoire de Gr1 avec Erupt dans le Grand Prix de Paris comme un cap important ?

Je ne me mets pas de pression, quelles que soient les casaques. J’essaie de faire au maximum avec les chevaux que j’entraîne. Mais c’était important de gagner un Gr1. En début d’année, je m’attendais à gagner à ce niveau avec Karar ou Sumbal. Nous avons terminé quatrième de la Poule d’Essai des Poulains et cinquième du Prix du Jockey Club, avec de très bons chevaux, et je me suis dit : « Mais je ne vais jamais y arriver... » (rires)

Erupt n’a pas été une surprise en soi. C’est un cheval qui a été amené en progression et avec lequel nous avons monté les étages en espérant que cela ne s’arrête pas. Si Erupt, au top de sa forme, avait terminé troisième du Grand Prix de Paris, il n’y aurait rien eu à dire. C’est pour ça que nous étions très satisfaits de sa victoire. De plus, cela a été sa victoire la plus facile.

Au-delà d’Erupt, avez-vous d’autres motifs de satisfaction en ce qui concerne votre année 2015 ?

Les deux victoires de Baz dans les handicaps ont été importantes, car son propriétaire est très patient et je n’avais pas eu beaucoup de chance avec ses représentants jusqu’à maintenant. Il en est de même pour Atomos. Ce sont presque les premiers chevaux que j’ai reçus. Ils ont 6ans maintenant ; ce sont les mascottes de l’écurie. Ils ont eu une année exceptionnelle à leur niveau. Ils ont "hyper performé" et gagné leur Gr1 à leur manière. Ce sont des victoires qui font chaud au cœur pour les propriétaires et pour les chevaux. C’est aussi grâce à des chevaux comme Baz et Atomos que mon année est positive.

Vous êtes-vous fixé un objectif pour 2016 ?

Le but est d’essayer de refaire comme l’an dernier en terme de résultats, que les chevaux soient performants. J’ai beaucoup de 3ans qui sont encore inédits ; je pense être plutôt bien armé. J’entraîne également beaucoup plus de 2ans qu’en début d’année 2015. J’ai des chevaux pour courir dans toutes les catégories et c’est assez important.

J’ai aussi plus de vieux chevaux que l’an dernier, où ils n’étaient que trois (Beautiful Heroine, Baz et Atomos). Cela va me permettre d’avoir des partants dans des courses où je n’en avais pas auparavant. C’est ma cinquième année comme entraîneur et la première avec une écurie où j’entraîne vraiment des chevaux de toutes catégories.

LES ENSEIGNEMENTS DE 2015

Avec Karar, vous avez eu le comportement d’un entraîneur expérimenté. Vous n’avez pas hésité à aller directement vers les Groupes sitôt une victoire en débutant...

Ce n’est pas forcément ce que j’ai fait de mieux... Ce qui a pu m’induire en erreur, c’est que Territories XX n’a pas couru la Poule d’Essai, allant à Newmarket courir les "Guinées". Karar était très bon deuxième dans le "Fontainebleau" et Territories nous laissait le champ libre dans la "Poule".

Karar n’était pas engagé dans la "Poule", car je m’étais toujours dit que cette course arrive trop tôt pour un cheval qui n’a pas couru à 2ans. Karar a eu trois courses au printemps ; trois courses très dures. Mais le programme du poulain n’est pas vraiment un regret, car cela valait le coup d’être tenté. Il n’a pas été ridicule dans la "Poule". Avec le recul, la seule "B" qu’il pouvait courir à la place du "Fontainebleau", c’était le Prix Machado et il y avait New Bay et Tale of Life XX. Finalement, cela n’aurait pas été plus facile que le "Fontainebleau".

La leçon que je tire de Karar, c’est que quoi qu’il arrive, la Poule d’Essai est une course difficile à viser avec un cheval qui n’a débuté sa carrière qu’à 3ans. Karar a beaucoup de qualités, mais il était peut-être trop tendre.

Aujourd’hui, il va bien et nous allons essayer de lui redonner des combats plutôt faciles. Il est seulement gagnant de "F" et il est placé de Groupe de bonne heure. Il devrait faire sa rentrée dans une course à conditions.

Que retenez-vous de l’expérience japonaise avec Erupt ?

Qu’il est difficile de gagner des courses à l’étranger ! Pourtant, Erupt n’a pas démérité là-bas et nous l’avions très bien amené pour cette course.

Ce cheval peut être amené à voyager en 2016. Il possède un mental exceptionnel pour ça. Cela nous donne beaucoup plus d’options pour lui cette année.

Idéalement, il devrait faire sa rentrée dans le "Ganay". Je ne crains pas de le raccourcir. Il est en belle forme et a très bien pris son voyage au Japon. Nous avons encore le temps pour préparer sa rentrée.

Une anecdote : l’an dernier, vous avez couru une course à conditions avec Aomori, dans le but de le présenter ensuite dans un Quinté+. Vous étiez contrarié parce que la valeur d’Aomori avait été revue à la hausse à la suite de sa troisième place dans cette course à conditions…

Je présente mes chevaux dans une course avant tout pour bien y courir. Et ce n’est pas dans l’esprit de mes clients de s’amuser avec les valeurs handicap. Aomori a couru à Deauville, car il avait besoin de courir. J’ai utilisé cette course pour qu’il soit bien lors de sa sortie suivante. Cela fait partie de ma manière de faire et peut-être dois-je faire plus attention avec ces chevaux qui sont un peu justes en valeur.

J’avais moins de chevaux à l’entraînement en 2015 et je ne peux pas m’amuser à ne faire que des galops. Entre les courses, je suis plutôt sage avec mes pensionnaires, c’est pour cela qu’ils arrivent à se montrer performants toute la saison. L’an dernier, Aomori aurait pu avoir un gros galop avant d’aller sur le Quinté mais, avec mon effectif à cette époque, ce n’était pas possible.

RÉSEAU, MODE ET COMMUNICATION

Vous avez effectué une partie de votre formation au sein du Darley Flying Start. Cette école vous a-t-elle permis de créer un réseau important pour vous soutenir lors de votre installation ?

La première année, j’ai commencé avec six chevaux. J’avais un réseau important, c’est vrai, mais les gens qui vous envoient un cheval au début de votre installation sont rares. Paradoxalement, les six chevaux que j’ai eus au départ appartenaient à des propriétaires que je ne connaissais pas avant mon installation. Après, quand j’ai obtenu quelques résultats, je pense que mon réseau est rentré en compte. Les courtiers et les managers avaient moins de mal à me "vendre" pour m’envoyer des chevaux.

D’ailleurs, vous travaillez beaucoup avec les courtiers et les managers...

J’ai toujours travaillé avec les courtiers et les managers. Je respecte leur travail et je n’ai pas d’ordres directs pour acheter les chevaux. Généralement, je vais à toutes les ventes. Je fais des short lists ; on me demande mon avis ; puis on croise les listes.

Avez-vous la sensation d’être un entraîneur "à la mode" ?

J’ai été la mode lors de ma deuxième année. Ensuite, j’ai eu deux années plus "ternes" en termes de résultats, en 2013 et 2014. Je crois qu’en 2014 j’ai obtenu plus d’une trentaine de deuxièmes places…

Fin 2014, il fallait aller chercher des chevaux ; ce n’était pas si évident. Quoi qu’il arrive, quel que soit son niveau, un entraîneur doit en permanence rentrer de nouveaux clients. Mode ou pas mode. J’essaie de gagner des clients, qu’ils soient gros ou petits. C’est important et le bon cheval peut venir défendre une casaque ou une autre. Je propose un service : entraîner des chevaux de courses.

Lors de ma première année pleine, en 2012, j’avais des 2ans précoces et cela m’a permis de décoller. J’ai pu courir tout de suite et il y a eu Pearl Flute qui a gagné le "Yacowlef" et le Prix des Chênes. Ceci dit, comme je vous l’ai dit, j’ai eu ensuite deux années plus ternes et les gens peuvent vite tourner la page.

C’est important pour vous ce volet "communication", que ce soit sur les réseaux sociaux ou bien avec les propriétaires ?

Aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir des outils qui nous permettent de communiquer facilement, donc je les utilise. Cette année, une personne va m’aider pour tout ce qui est rapports, vidéos... C’est primordial aujourd’hui. Malgré tous ces outils, il reste indispensable et normal d’appeler les clients et d’être pédagogue avec eux. Il faut communiquer en direct avec eux et ne pas tout déléguer à un compte Twitter, à un site Internet ou une page Facebook.

PARIS - PROVINCE

Pourquoi avoir choisi Chantilly pour vous installer ?

Lorsque j’ai commencé, tout le monde me conseillait de m’installer en province. J’ai étudié le principe d’une installation en province. Je pense que j’aurais rentré plus de chevaux rapidement en régions. Mais, à long terme, je pensais que si je devais réussir comme entraîneur à haut niveau, je voulais le faire à Chantilly. Ici, c’est l’endroit où j’ai appris mon métier, je connais les pistes, j’ai mes repères.

En revanche, pour courir vos pensionnaires, vous ne vous cantonnez pas à la région parisienne...

J’essaie d’aller là où la course est le plus facile pour le cheval. J’aime bien que mes pensionnaires prennent des combats assez faciles et les endurcir dans des courses à leur portée. Je préfère aller aux courses que remettre des galops et des galops. Déclasser les chevaux leur évite des combats difficiles. C’est aussi ça qui leur permet de progresser.

Je passe beaucoup, beaucoup de temps à travailler le programme, à essayer de trouver des courses. C’est très intéressant. Je ne tourne jamais une page du livre de programme sans la regarder, parce que je ne m’interdis aucun hippodrome.

L’HIVER À CHANTILLY

Comment se passe l’hiver pour vous ?

L’hiver, c’est une période durant laquelle j’aime bien être avec mes pensionnaires à Chantilly. Même si on les ralentit, ils changent beaucoup. On les voit évoluer. On a moins de stress à cette période, car il y a moins de déplacements que le reste de l’année. On prend plus de temps avec les chevaux.

L’hiver, est-ce une période totalement off pour l’écurie Graffard ?

J’ai eu une partante à Cagnes-sur-Mer cet hiver pour l’instant et cela s’est mal passé. Je pense que c’est un meeting que je ferais si j’avais un effectif plus conséquent, à l’image de Jean-Claude Rouget ou d’Henri-Alex Pantall qui amènent un groupe de chevaux pour ce meeting. Je ne m’interdis pas de courir l’hiver ; j’ai pu le faire ces dernières semaines avec des chevaux tardifs qui trouvaient de bons engagements, à Pornichet par exemple.

NE PAS SE GRISER...

Attachez-vous beaucoup d’importance aux "lignes" des courses ?

Ça, c’est souvent quelque chose qui "parle" : les "lignes". On s’en rend parfois compte trop tard et c’est pour ça qu’il ne faut pas se griser. La seule fois où j’ai rêvé très vite, sitôt le poteau passé, c’est quand Karar a gagné en débutant à Saint-Cloud. Avec Sumbal, quand nous sommes arrivés sur le "Jockey Club", il n’avait finalement pas battu de très bons chevaux en étant gagnant de Gr2 dans le Prix Greffulhe. Il faut rester réaliste et humble.

Et prudent aussi ?

Pour juger dans l’absolu et être capable de passer d’un maiden au "Marcel Boussac", comme Alain de Royer Dupré, il faut de l’expérience et des lignes du matin. Mais, pour l’instant, je reste précautionneux dans ma façon d’aborder les courses, notamment vis-à-vis des propriétaires.

Regardez, c’est comme vous, à Jour de Galop, avec les JDG Rising Star. Sur le moment, vous n’avez pas de "ligne", alors vous vous exposez à prendre..."une pancarte" !

SAUTER LES ÉTAPES : OUI, MAIS PLUTÔT AVEC LES FEMELLES

Souvent, vous n’hésitez pas à passer d’un maiden G à une Listed. Aimez-vous sauter les étapes ?

Tout dépend des propriétaires, mais avec les pouliches, il est plus facile et tentant de passer d’un maiden à une Listed. Quoi qu’il arrive, une pouliche qui prend du black type, c’est positif, même si, parfois, cela peut lui fermer le programme. Avec une pouliche, cela n’a pas toujours beaucoup d’intérêt d’enchaîner les courses à conditions. Après, c’est aussi forcément une question de timing. On tente le coup, mais on y va sans se griser. Par exemple, avec Ighraa, lorsqu’elle a couru et gagné le Prix Finlande (L) après avoir gagné un maiden G à Lyon-la-Soie, il n’y avait rien à perdre à tenter le coup.

En revanche, je l’ai fait avec des mâles et cela m’a coûté. Comme avec Veslove, par exemple, qui a gagné une Listed après avoir gagné son maiden G. Sur le moment, on est ravi, mais sur le long terme, on a sans doute bloqué son programme. Même si, en ce qui le concerne, il a été sur la touche à la suite d’un souci survenu alors qu’il préparait le Prix La Force.

SUMBAL S’ÉTOFFE

« Sumbal manquait encore beaucoup de force à 3ans. J’ai toujours pensé qu’il allait s’endurcir et, effectivement, il a pris de la force cet hiver. Il a de la qualité. Il faut oublier sa performance d’Ascot ; c’était un challenge assez relevé. Dans le Grand Prix de Deauville (Gr2), sa selle était un peu bizarre et il s’est bloqué le garrot, c’est pour ça qu’il n’a pas accéléré. Il n’a pas fait sa course ce jour-là.

C’est un cheval qui, si tout va bien, devrait faire sa rentrée dans le Prix Exbury. C’est ça ou le Prix d’Harcourt. Sumbal est un cheval de 2.000m, qui reste compétitif sur 2.400m. »

DANS UN GR1, LE MEILLEUR DOIT GAGNER...

« Je n’étais pas entraîneur quand le "Jockey Club" était sur 2.400m. Je ne souhaite pas disserter sur des choses qu’on ne peut pas changer là, comme ça. Le "Jockey Club" ne me dérange pas tel qu’il est aujourd’hui.

En revanche, le parcours des Poules d’Essai à Longchamp, je pense qu’il faut le revoir. Le meilleur peut y être battu, que la génération soit bonne ou pas. C’est gênant quand, dans un Gr1, ce n’est pas le meilleur qui gagne, juste pour une question de parcours ou de numéro à la corde. »