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Jour de Galop

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Le temps est la seule vérité immuable

Autres informations / 02.02.2016

Le temps est la seule vérité immuable

LE SPORT PAR LE TEMPS

 

LE TEMPS EST LA SEULE VÉRITÉ IMMUABLE

Andrew Beyer et Howard Sartin ont apporté leur pierre à l’édifice du pur-sang américain, en analysant les temps brut et partiels des courses de leur pays. Leurs analyses permettent de définir la manière de courir d’un cheval (running style), son rythme (pace) et son accélération (speed). Ces éléments permettent d’établir une hiérarchie entre les partants d’une même épreuve, mais aussi d’imaginer un scénario de course. Les travaux d’Andrew Beyer et Howard Sartin sont complémentaires. Ils ont créé un outil complet d’analyse de la performance ayant pour but d’aller au-delà de la simple lecture du temps.

 

Photo : La victoire de Secretariat dans les Belmont Stakes en 1973

 

Par Bruno Barbereau, éditorialiste à Jour de Galop et animateur de Horse Racing Chrono

https://twitter.com/HorseRacingChro

 

Le temps est la meilleure solution pour mesurer les capacités d’un cheval

Chroniqueur de la rubrique hippique au Washington Post depuis 1978, Andrew Beyer est considéré comme un expert des courses. Il a inventé le Beyer speed figure, un système de rating pour un cheval et une course à partir du chronomètre. L’idée de départ est simple : pour handicaper correctement une course, un joueur doit savoir quel cheval détient les meilleures capacités. Le temps est la meilleure solution pour pouvoir mesurer ces dernières. Certains handicapeurs avaient déjà travaillé sur l’analyse du temps dans les courses mais Andrew Beyer est allé plus loin : il a traduit le temps en rating.

 

Photo : Andrew Beyer

 

La base de ce système de rating peut paraître assez simple au premier abord. On considère l’équation magique : 3,3 mètres = 1 longueur = 0’’20 sec = 2 points de rating. Prenons par exemple, un cheval qui boucle le mile en 1’37’’00 et obtient un rating de 100, cela donne un rating de 98 pour un temps de 1’37’’20 et un rating de 96 pour celui qui a couru en 1’37’’40… Cette analyse serait suffisante si la surface était toujours aussi rapide et si tous les hippodromes avaient le même tracé, avec le même relief. Andrew Beyer a donc inclus dans sa méthode des données qui permettent d’évaluer la vitesse de la piste. À l’issue d’une réunion complète, à partir des temps bruts de toutes les courses et en considérant le temps de référence par catégorie, on parvient à chiffrer la rapidité de la surface. Cela permet d’ajuster le plus précisément possible le rating d’un cheval donné.

 

Adapter l’analyse des temps à l’état de la piste

Considérons une réunion imaginaire où se déroulent quatre courses de catégories différentes sur 1.600m. Chaque catégorie requiert un temps brut qui correspond à un rating. Dans la course numéro 2, une course D, un cheval X qui parcourt le mile en 1’39’’00 obtient un rating de 80. Le vainqueur du jour de cette course gagne en 1’39’’60, un temps plus lent de 0,60 seconde que le par time c’est à dire inférieur de trois longueurs. Le gagnant obtient donc un rating de 74 avant la correction correspondant à la vitesse de la piste. À la fin de la journée, on s’aperçoit que toutes les courses se sont déroulées à des temps égaux ou inférieurs au par time. On peut donc déduire que la piste est lente ce jour-là. Il ne reste plus qu’à chiffrer la lenteur de la piste : (0,8+0,6+0+0,6) / 4 = 0,5 seconde soit 5 points, soit deux longueurs et demie. On corrige donc le rating de + 5 points dans notre exemple.

Bien sûr, il faut également considérer que chaque hippodrome a ses exigences, ce qui implique que sur un hippodrome X, un cheval de rating 100 gagnera en 1’37’’00, alors que sur un hippodrome Y, plus rapide, il devra gagner en 1’36’’40 pour obtenir le même rating.

La méthode d’Andrew Beyer nécessite donc d’accumuler un stock de données par hippodrome et par catégorie pour aboutir à un rating précis. C’est la base de toutes les méthodes basées sur la vitesse. Ne s’appuyant que sur le temps brut, elle ne peut être utilisée que pour les chevaux de dirt. Cependant elle permet d’apprécier la vitesse globale d’une course sur le turf.

  

Le temps dans les courses, une drogue

En 1973 Secretariat a survolé les Belmont Stakes. Cette performance a été créditée d’une Beyer speed figure (B.S.F.) de 139, soit la plus haute attribuée dans l’histoire de cet indice. Andrew Beyer avoue avoir ressenti une émotion profonde et jubilatoire suite à cette performance. Lorsque vous vous intéressez à la vitesse et que vous notez quelque chose d’exceptionnel, cela provoque une satisfaction particulière et comparable à celle d’un chercheur d’or qui trouve enfin une pépite. Le temps dans les courses, c’est une drogue. Andrew Beyer a écrit plusieurs livres sur le sujet, dont le très connu Picking Winners en 1975. Cet ouvrage est considéré comme la référence du genre. Depuis 1992, les Beyer speed figures sont publiées dans le Daily Racing Form pour tous les chevaux et toutes les courses. Elles ont aussi un impact important lorsqu’un cheval entre au haras.

 

Photo : Secretariat en 1973

 

Le Dr Howard Sartin, un anticonformiste génial comme seule l’Amérique sait en produire

C’est dans les années 1975 que Howard Sartin, docteur en psychologie, a fait son entrée dans les courses hippiques. Il était alors totalement étranger à ce domaine. Le docteur Sartin était chargé de faire suivre une thérapie à des routiers en prise avec une forte addiction au jeu. Howard Sartin eut une idée géniale : si un perdant chronique peut devenir un gagnant, il n’y a plus de problème.  La thérapie consista donc à développer une approche gagnante du jeu : « The cure for losing is winning ». Howard Sartin est connu comme le père du "pace handicap". Son approche fut de découper la course en plusieurs segments (race into the race). À partir de ces éléments, on construit une ligne de vitesse qui permet de prédire un scénario de course. Sa méthode eut beaucoup de succès dans les années 1980. Il fut même considéré comme un gourou.

 

Photo : Howard Sartin

 

Le fonctionnement de la méthode du Dr Howard Sartin

Prenons comme exemple une course de 1.200m sur le dirt gagnée par un cheval dont voici les fractions : 22’’ - 45’’ - 1’09’’00

 

Les pacelines de Sartin (ligne de vitesse) permettent de traduire le temps en vitesse par section et d’extraire les capacités de vitesse dans plusieurs zones.

Average Pace (A.P.) : early pace + substained pace / 2 – indicateur de vitesse moyenne. Mise en avant de la capacité à tenir sa vitesse.

Early Pace (E.P.) : vitesse moyenne après les deux premières fractions – vitesse d’entrée de course.

Substained pace (S.P.) : early pace + 3FR / 2 – un indicateur qui permet de chiffrer la capacité de réaccélérer.

Facteur X (FX) : 1FR + 3FR /2 – un outil très utile sur les courses de vitesse. Donne la capacité d’entrer dans une course et de la finir.

L’intérêt de la méthode de Sartin est donc de transformer le temps en vitesse. Elle est très utile pour détecter les points forts et faibles d’un cheval. Elle permet de comparer les performances de plusieurs chevaux, de juxtaposer leurs performances et d’imaginer un scénario de course en fonction de leurs forces et faiblesses.

 

Et l’humain dans tout ça ?

Que les temps soient bruts ou partiels, ils sont relevés à la manière d’un radar. Autrement dit, lorsque vous vous intéressez à la vitesse, vous n’êtes ni cheval, ni entraîneur. Le temps ne prend pas en compte le facteur humain : aurait-il pu aller plus vite ? Aurait-il fini plus près avec un meilleur parcours, le cheval a-t-il encore de la marge ? … Le chronomètre ne constate que des faits. C’est à l’humain d’ajouter l’appréciation finale à partir des faits.

 

Encadré

Pour voir la victoire de Secretariat dans les Belmont Stakes, cliquez ici. : https://youtu.be/V18ui3Rtjz4

 

kes, cliquer ici

: https://youtu.be/V18ui3Rtjz4