Les courses d’obstacle, pas assez internationales ?

Autres informations / 10.02.2016

Les courses d’obstacle, pas assez internationales ?

Séminaire de l’Irish Thoroughbred Breeders’ Association (ITBA)

LES COURSES D’OBSTACLE, PAS ASSEZ INTERNATIONALES ?

Lundi, l’Irish Thoroughbred Breeders’ Association (ITBA) a organisé un séminaire à Fairyhouse, dans le ring de Tattersalls Ireland. Deux principaux sujets ont été débattus : les tendances du marché en obstacle ainsi que celui – récurrent – des pouliches et juments dans cette discipline. Parmi les intervenants, il y avait l’entraîneur Willie Mullins, lequel a soulevé l’idée d’un circuit international de courses de haies.

 

Un circuit international, mais pour quel cheval ?

Willie Mullins est certainement le plus international des entraîneurs d’obstacle du moment. Il n’a actuellement aucune concurrence en Irlande et il pourrait bien enlever le titre de meilleur entraîneur en Angleterre où il délègue de plus en plus de partants plutôt que de viser uniquement Cheltenham. Il est bien connu en France, où ses chevaux brillent au plus haut niveau. Willie Mullins est aussi le seul entraîneur européen à avoir remporté le Nakayama Grand Jump (Gr1) au Japon.

Lors du séminaire de l’ITBA, lundi à Fairyhouse, Willie Mullins a soulevé une idée assez inédite : celle d’un circuit international de courses d’obstacle. Il a expliqué pour quel type de cheval il envisageait cette idée : « Ce que j’ai en tête, c’est un hurdler de 4.000m, qui va sur le bon terrain et voyage bien. (…) Je suis toujours impressionné par le nombre d’australiens qui viennent à Cheltenham chaque année et qui ont une grande passion pour les courses d’obstacle britanniques et irlandaises. » Ce circuit se déroulerait en France, Grande-Bretagne, Irlande, Australie, États-Unis et Japon.

 

Une idée intéressante mais avec des limites

L’idée est intéressante dans le sens où l’aspect international d’une course ou d’une discipline donne immédiatement un impact médiatique plus important, donc la possibilité d’engager plus de paris au niveau mondial et en contrepartie un vrai prestige. On le voit bien en plat, où les chevaux du monde entier s’affrontent dans différentes courses – comme le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe ou le Melbourne Cup (Grs1) – ou à l’occasion de différents grands meetings comme le Breeders’ Cup ou les Longines courses internationales de Hongkong. C’est aussi une source d’émulation pour les entraîneurs et les propriétaires. Développer un circuit international en obstacle est bien plus compliqué que pour les courses de plat, où il y a beaucoup plus de points communs dans les différents continents. Si l’on excepte les États-Unis et l’Amérique du Sud, où la sélection se fait sur le dirt, la plupart des pays élèvent et font courir des chevaux de plat de turf. Les tracés des hippodromes diffèrent d’un pays à l’autre, ce qui peut parfois poser des difficultés d’adaptation aux chevaux mais, dans l’ensemble, la mission n’est pas impossible : il y a des points communs entre chaque pays de course, différentes distances permettant de cibler au mieux et des élevages de haut niveau un peu partout dans le monde, permettant d’assister à de vraies confrontations et d’établir des "lignes".

Pouvoir construire un circuit international en obstacle serait donc extrêmement positif, mais comment faire avec une discipline pratiquée de manière aussi différente dans le monde ? Willie Mullins évoque un circuit pour les chevaux capables d’aller sur 4.000m sur les haies. Il y a déjà là un premier obstacle : quelles haies ? Les haies françaises n’ont rien à voir avec les claies anglo-saxonnes et, de l’avis de plusieurs professionnels, il est plus facile pour un cheval anglo-saxon de s’adapter pour une course aux haies françaises, que de demander à un cheval de haies en France de briller d’emblée sur un parcours avec de longues portions plates et quelques petits obstacles à sauter.

Au Japon, c’est encore une autre culture, comme on le voit avec le Nakayama Grand Jump, l’épreuve de référence sur le steeple : le parcours tourne beaucoup, avec des obstacles pas franchement impressionnants. Rien à voir avec le rail ditch ! On peut douter qu’un cheval de Grand Steeple-Chase de Paris ou de Gold Cup soit capable de briller au Japon sur ce type de piste ! Quant à l’Australie… Combien d’entre nous ont vu une course d’obstacle là-bas ? C’est d’ailleurs cette grande diversité de profils de pistes et d’obstacles qui entrave la création d’un pattern committee international pour les courses d’obstacle.

 

Un circuit international pour développer la culture obstacle ?

En Europe, il y a une vraie culture de l’obstacle, avec des élevages de haut niveau. En Australie ou au Japon, l’obstacle existe mais en périphérie des courses de plat. La discipline reste très secondaire. D’ailleurs, Willie Mullins a remporté le Nakayama Grand Jump avec Blackstairmoutain, un bon cheval mais qui n’avait pas le niveau Gr1.

Willie Mullins a ajouté lors du séminaire : « Nous essayons activement depuis deux ans de créer une course internationale très bien dotée. Par exemple de créer une course proposant un million de dollars en Australie, afin d’inciter les chevaux européens à y participer. Nous avons tellement de bons chevaux ici qui n’ont aucune course bien dotée à viser que cela nous permettrait d’élargir nos horizons. » L’idée est positive car une grande course d’obstacle en Australie pourrait avoir un effet gagnant-gagnant pour tout le monde : pour les chevaux européens qui pourraient toucher une belle allocation, et pour la médiatisation de l’obstacle australien dans le pays comme à l’international. Ajoutons que cela pourrait créer des vocations et peut-être aider à développer sur le long terme un élevage d'obstacle dans des pays où cette activité est secondaire… Et développer le marché international autour des chevaux d’obstacles.

 

Pas très fairplay sur les court et moyen termes

Un circuit international de courses d’obstacle manquerait d’un certain fairplay, du moins sur les court et moyen termes. Il n’y aura un intérêt pour cette course en Australie que si de très bons chevaux font le déplacement. Posons la question : l’Australie a-t-elle dans ses boxes des chevaux d’obstacle capables de rivaliser avec quelques-uns des très bons éléments de Willie Mullins ? Cela semble peu probable. L’intérêt naît de la confrontation et de l’exploit. Si les locaux ne sont là que pour faire de la figuration, l’intérêt risque de vite retomber. De même, il faudrait que les étrangers soient eux aussi capables de venir en Europe avec une première chance. Un cheval australien, japonais ou américain à Cheltenham serait une vraie attraction, à l’image de ce que nous voyons à Royal Ascot. Mais encore faudrait-il qu’il vienne avec une première chance…

Ce ne sera pas le cas tout de suite, mais si cela peut aider à développer une culture mondiale de l’obstacle – chose peu aisée avec les pressions de plus en plus fortes des associations de protection des animaux – alors l’impact sera positif. À titre d’exemple : lorsque le Japon a ouvert ses frontières et lancé des courses internationales, leurs chevaux ont eu beaucoup de mal à rivaliser avec les chevaux européens. Mais cela leur a permis de faire progresser de façon significative leur élevage et, vingt ans après, les chevaux japonais sont devenus très difficiles à battre dans les Grs1 à domicile et brillent régulièrement à l’étranger…

 

LES JUMENTS AU CENTRE DES DÉBAT

La question des juments dans les courses d’obstacle a aussi été abordée. La British Horseracing Authority (B.H.A.) agit déjà en ce sens, développant un circuit de courses réservées aux juments afin d’encourager les éleveurs à les faire courir et les propriétaires à acheter et à importer des juments, afin de créer un cercle vertueux autour de l’élevage.

Willie Mullins – encore lui ! – a proposé de s’inspirer de la France, soutenu par Jessica Harrington, en proposant de créer un circuit de courses pour les pouliches de 3ans et 4ans, afin de déterminer tôt leurs valeurs en course pour les envoyer ensuite au haras.

L’idée n’a pas séduit tout le monde, et notamment les représentants de la B.H.A. et de Horse Racing Ireland, qui ont souligné que cela mettait le sport de côté. Selon eux, le public aime suivre les juments en course durant plusieurs années, à l’image de la star Quevega (Robin des Champs) sur les haies, et l’intérêt serait encore plus important pour les juments capables de rivaliser face aux mâles sur le steeple-chase.