Les moyens de la relance ne se trouveront pas dans le repli sur soi

Autres informations / 22.02.2016

Les moyens de la relance ne se trouveront pas dans le repli sur soi

TRIBUNE LIBRE

LES MOYENS DE LA RELANCE NE SE TROUVERONT PAS DANS LE REPLI SUR SOI

Par Hubert Tassin

Président de l’Association PP

L’analyse de Philippe Jeanneret portant sur les moyens de financer l’indispensable relance du Galop parue dans Jour de Galop daté du vendredi 19 février a suscité de nombreuses réactions. L’évocation de l’abandon de l’hippodrome de Saint-Cloud a tout pour choquer, y compris dans les rangs des PP qui ont toujours assuré la construction de l’avenir en s’appuyant sur les outils de travail, tous les outils. Mais, face à l’équation posée par la situation financière du Galop, la volontaire provocation de Philippe Jeanneret a le mérite de mettre le doigt là où ça fait mal. Évidemment, la question de la relance va bien au-delà.

Il faut séparer les deux aspects de la problématique : le constat qui est pertinent et la stratégie de croissance qui reste à construire et à financer.

Le constat : la perspective de récession

Le constat s’impose chaque jour avec plus d’acuité et il n’est plus contesté. La trajectoire financière des deux sociétés mères (en l’occurrence de France Galop) conduit à une impasse en 2019. Les projections de recettes et de charges débouchent sur une entrée en récession avec une perspective hélas bien identifiée et que souligne Philippe Jeanneret : baisse des allocations et sacrifices sur la substance même des courses françaises, ses outils de travail, et en premier lieu, les hippodromes.

Face à cette menace, je pense qu’il est encore temps de réagir pour bousculer un "plan à moyen terme" destructeur tel qu’il est précisément défini. Les deux axes à suivre ne sont pas compliqués à nommer : il faut gérer d’abord, relancer ensuite.

Le premier axe : réformer en profondeur pour trouver de la productivité

Gérer, c’est engager un véritable choc de productivité en redéfinissant l’organisation du travail dans les sociétés mères, leurs sièges et leurs sites, dans les structures communes, et bien sûr au PMU en tête. C’est aussi regrouper les fonctions support, pour recentrer chaque entité sur ses métiers. Le chantier d’un système d’information conçu de façon unique est évidemment central dans le projet. Tout cela aura un coût élevé, consommera de la trésorerie, mais sera amorti sur trois à cinq ans par la baisse des charges globales.

La relance est au PMU, en France et à l’international

La relance, c’est au PMU qu’on la trouvera. Les autres recettes sont au mieux accessoires. On pense au plan d’affaires - optimiste pour le moins - des nouvelles tribunes de Longchamp : il ne propose aucun relais suffisant.

Pour le PMU, le chantier est double : marché français, et développement international. Retrouver la croissance dans le réseau et sur les supports numériques, refaire son retard face à la Française des Jeux, c’est la condition d’une progression durable de la marge. Puissant et en bonne santé sur son marché, le PMU pourra viser l’international, c’est-à-dire prendre avec des partenaires de vraies parts de marché dans la clientèle de parieurs, sur des activités "B to C", comme on dit.

Financer l’ensemble : la tentation de faire payer les acteurs, l’ambition des partenariats

Les deux axes vont demander des investissements lourds, y compris de communication, et en tout cas très supérieurs à ce qui est prévu dans les fameux plans à moyen terme. Le chantier Longchamp consommera la totalité des disponibilités du Galop, peut-être même un peu plus.  Comment trouver les financements ?

On peut les rechercher en pénalisant les acteurs du Galop : baisser les allocations, réduire la qualité de l’organisation, sacrifier des outils de travail. Et si on casse un outil, c’est celui qui permet une vente pour un prix élevé qui est dans le viseur. Parmi les 150 sites du Galop, Saint-Cloud ressort selon ces funestes critères. La démarche de sanctionner les propriétaires, les éleveurs, les entraîneurs, les professions et de sacrifier les actifs pour un avenir à définir serait cependant destructrice.

C’est pour l’éviter qu’il faut innover, en trouvant dans des partenariats les moyens des réformes de gestion et des investissements de croissance. Le premier des partenaires est l’État, le plus grand bénéficiaire du système. Avec lui, mais aussi avec d’autres, des stratégies gagnantes/gagnantes prévoyant évidemment un partage des retours sur investissements doivent être trouvées. Pour y arriver, il ne faudra sans doute ne rien s’interdire en matière de structure financière et juridique, en particulier pour le PMU et ses activités françaises et internationales.

L’optimisme a des raisons d’être

Le réalisme peut conduire au pessimisme, au repli sur soi. C’est loin d’être une fatalité : les fondamentaux sont très bons, les outils d’une qualité exemplaire, la mission de service public un atout si elle est bien comprise. Il s’agit de gérer les filières et d’être un des vecteurs de l’aménagement et de l’animation des territoires. Pour cela, il faut s’appuyer sur les équilibres entre les catégories d’acteurs et leur solidarité, sur l’exceptionnel maillage de nos hippodromes (y compris Saint-Cloud), sur le modèle du financement par le pari mutuel : l'optimisme a bien des raisons d'être.