les trotteurs iront-ils un jour plus vite que les galopeurs ?

Autres informations / 08.02.2016

les trotteurs iront-ils un jour plus vite que les galopeurs ?

LE SPORT PAR LE TEMPS

 LES TROTTEURS IRONT-ILS UN JOUR PLUS VITE QUE LES GALOPEURS ?

Dimanche 29 janvier 2016. Pour les passionnés de vitesse, Bold Eagle n’a pas seulement remporté brillamment la 95e édition du Prix d’Amérique sur les 2.700m de la piste de Vincennes. Il a aussi affiché un nouveau record en 3’12’’65. Une réduction kilométrique exceptionnelle de 1’11’’40 qui mérite que l’on s’attarde sur l’évolution de la vitesse dans le trot. L’occasion est bien sûr tentante de jongler avec les chronomètres entre les deux familles, trotteurs et galopeurs, à l’occasion de leurs deux courses mythiques : le Prix d’Amérique et le Prix de l’Arc de Triomphe.

(A lire en écoutant Moonage Dream de David Bowie / https://www.youtube.com/watch?v=ZHX1YiPAo2Y).

 

Par Bruno Barbereau, éditorialiste à Jour de Galop et animateur de Horse Racing Chrono -

https://twitter.com/HorseRacingChro

 

Près de 600m séparent Bold Eagle de Pro Patria !

Pro Patria a remporté le premier Prix d’Amérique en 1920 sur une réduction kilométrique de 1’31’’40. Cette réduction fait sourire près d’un siècle plus tard lorsqu’on la compare à celle réalisée dimanche dernier par Bold Eagle : 1’11’’40. Un temps qui s’est amélioré, depuis la création de l’épreuve, de 20 secondes par kilomètre ! Le premier gagnant du Prix d’Amérique aurait donc franchi la ligne d’arrivée près d’une minute après Bold Eagle, soit avec un écart qui laisse songeur, considérant une vitesse qui s’est améliorée de 3,11 mètres par seconde. Le plus frappant est de constater que cette réduction ne cesse de baisser de façon régulière et constante des années depuis 1920. Les grands champions ont vu leur record tour à tour partir aux oubliettes.

 

Du côté des stars du galop, seulement moins de 5 secondes séparent les gagnants du premier et dernier Arc de Triomphe. En 1920, Comrade remporte l’Arc de Triomphe en 2’39’’00. Sa réduction kilométrique s’établie à 66’’25. Quatre-vingt-quinze ans plus tard, Golden Horn s’impose dans l’"Arc de Triomphe" en affichant une réduction kilométrique de 61’’35, soit une réduction kilométrique inférieure de 4’’90 secondes. La variation est quatre fois plus faible que dans le trot. Hormis la brillante victoire en 2011 de Danedream, sur une base kilométrique de 60’’20, on peut considérer que celle-ci ne baisse plus, ou de façon extrêmement faible, depuis 1997, année du triomphe de Peintre Célèbre (60’’25).

 

 

Premier tableau

Évolution des réductions kilométriques trot/galop dans le Prix d’Amérique/Prix d’Arc de Triomphe depuis 1920.

 

Le trot a connu la plus grosse évolution ou plutôt une révolution de la vitesse. L’évolution de la génétique grâce à l’influence du sang américain, les changements de méthodes d’entraînement qui se prêtent parfaitement au trot, ainsi que l’utilisation des artifices, ont largement contribué à l’amélioration chronométrique des performances. Certes, il y avait matière pour améliorer car le trot était très loin de l’approche professionnelle qu’il a de nos jours. La vitesse ne cesse de progresser sans altérer la tenue. Du côté du galop, la hausse de la vitesse s’est souvent faite au détriment de la tenue. Sur les distances classiques, les temps bruts semblent avoir atteint leurs limites.

 

 

À l’aube de 2.100, les trotteurs battront les galopeurs sur les distances de tenue !

Avec des trotteurs qui trottent de plus en plus vite et des galopeurs qui semblent avoir atteint leurs limites, la science-fiction nous propose le scénario d’un trotteur qui gagnerait l’"Arc" à l’aube du XXIIe siècle, car c’est dans les années 2.080 que les réductions kilométriques des trotteurs auront rejoint celle des galopeurs.

La nature a ses limites et l’ingérence humaine aussi. La hausse de la vitesse des trotteurs atteindra elle aussi ses limites, mais à quel stade ? Peut-être le galop connaîtra-t-il de nouvelles évolutions techniques qui feront exploser les records. Mais les faits sont pour le moment bel et bien là : en remportant le Prix d’Amérique, Bold Eagle est allé aussi vite qu’un certain Forestier lorsqu’il avait gagné une course pour gentlemen, le 30 juillet 2005, sur les 2.700m de Deauville, en terrain souple.

 

2e tableau

* Évolution moyenne par décennie des réductions kilométriques trot/galop dans le Prix d’Amérique / Prix de l'Arc de Triomphe.

* À partir de 2016, projection linéaire basée sur les données depuis 1920.

 

Mais revenons en 2016, les galopeurs mènent toujours le bal de la vitesse. Golden Horn aurait nettement battu Bold Eagle dans le Prix d’Amérique, franchissant la ligne 27 secondes plus tôt avec une vitesse moyenne supérieure de 2,30 mètres par secondes. Un écart de 381 mètres sépare nos deux champions. Un écart qui s’est cependant réduit de 361 mètres depuis 1920…