Cirrus des aigles, le self-made horse

Autres informations / 30.03.2016

Cirrus des aigles, le self-made horse

Cirrus des Aigles

Le self-made horse

Self-made man est le terme utilisé pour désigner une personne ne devant sa réussite sociale qu’à elle-même, en étant partie de rien ou de si peu. Cirrus des Aigles est ce que l’on pourrait appeler un "self-made horse". Rien ne le prédestinait à avoir une telle carrière, à battre quelques-uns des meilleurs chevaux de sa génération ou à les approcher. "Fighting Cirrus", tel qu’il est à juste titre surnommé, ne sera plus revu en compétition. Retour sur sa carrière et son ascension.

Légende : Cirrus des Aigles à 3ans, lors de sa première victoire en région parisienne

Une révélation tardive

Cirrus des Aigles ne se révèle pas tout de suite. Le représentant de Jean-Claude Alain Dupouy, entraîné par Corine Barande Barbe, débute sa carrière au mois d’octobre de ses 2ans par une quatrième place à Chantilly, très nettement battu. Il est déjà hongre, non pas pour des raisons de caractère, mais suite à un problème physique.

Une première victoire sur la P.S.F. Après quatre autres places, il ouvre son palmarès pour sa sixième sortie, sur la P.S.F. de Cagnes, et se classera ensuite deuxième du Prix Policeman (L, à l’époque). C’est correct, mais pas assez pour voir en lui un futur crack.

De retour à Paris, "Cirrus" se comporte bien dans de bonnes courses à conditions. Il remporte le Prix Fasquel (A) devant un certain Marinous (Numerous) en mai 2009. Il retente sa chance au niveau Listed, s’emparant de quatre places en autant de tentatives à ce niveau de compétition, notamment une deuxième place derrière Cavalryman (Halling) dans le Prix Matchem (L). La cinquième tentative sera la bonne et Cirrus des Aigles décroche sa victoire black type par six longueurs dans le Grand Prix du Lion-d’Angers (L). Mais, encore, pas de quoi voir en lui le futur gagnant de sept Grs1…

Un mois après sa victoire de Listed, Cirrus des Aigles remporte son premier Gr3, à l’automne de ses 3ans : il décroche le Prix du Prince d’Orange (Gr3) à Longchamp, où il devance un certain Byword (Peintre Célèbre), quatrième. Un mois plus tard, Cirrus enlève son premier Gr2, toujours à Longchamp : le Prix du Conseil de Paris (Gr2). Cela pousse son entourage à tenter l’aventure à Hongkong pour son premier essai au niveau Gr1. Une aventure qui ne lui réussira jamais.

Une année de 4ans particulière. Le fait marquant de Cirrus des Aigles en 2010 est sa première victoire dans le Qatar Prix Dollar (Gr2), épreuve qu’il remportera en tout à trois reprises – ayant passé le poteau en tête quatre fois, mais rétrogradé en 2014. Après Hongkong, il se classe quatrième du "Policeman" et ne reviendra qu’au mois d’août, se classant troisième du Prix Gontaut-Biron (Gr3) de Vision d’État (Chichicastenango). Il remporte ensuite une Listed, le Prix Dollar, et est battu par Prince Bishop (Dubawi) dans le Prix du Conseil de Paris. Il repart ensuite en Asie, neuvième du Japan Cup, puis à Hongkong, où il échoue encore. Une année qui le confirme comme un bon cheval… Mais pas comme un crack.

Légende : La championne Goldikova a tenu tête à Cirrus des Aigles

Et "Fighting Cirrus" est né...

C’est en 2011 que Cirrus des Aigles effectuera ses premiers pas dans les Grs1 européens. Il sera plusieurs fois battu mais se révélera ainsi comme un champion en devenir, avant d'en devenir véritablement un. Car il n’est pas battu par n’importe qui.

Prix Ganay (Gr1), 30 avril 2011 : troisième. Après une rentrée dans le Prix Exbury (Gr3), Cirrus des Aigles se présente en position de challenger dans un Prix Ganay de haute volée. Il conclut troisième sur sept, derrière un Planteur XX (Danehill Dancer) des grands jours, piloté pour la première fois par un Christophe Soumillon s’étant quelque peu fait peur. Il est aussi battu par la championne Sarafina XX (Refuse to Bend), qui montre qu’il faudra compter sur elle à 4ans. Mais il devance un certain Cape Blanco (Galileo), gagnant de l’Irish Derby et des Irish Champion Stakes (Grs1).

Prix d’Ispahan (Gr1), 22 mai 2011 : deuxième. Ce Prix d’Ispahan révèle pleinement Cirrus des Aigles. Pourquoi ? Parce que terminer deuxième à une encolure de la championne Goldikova XX (Anabaa), ce n’est pas anodin…

Grand Prix de Saint-Cloud (Gr1), 26 juin 2011 : deuxième. Battu d’une encolure par Sarafina. Cirrus des Aigles se montre à nouveau irréprochable.

Le porte-parole des hongres

Cirrus des Aigles a contribué à relancer le débat autour des hongres en France. Un certain nombre d’épreuves leur sont fermées. Dans le cas de "Cirrus", son entourage a regretté de ne pas pouvoir courir le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Ce débat se poursuit désormais avec Solow (Singspiel), interdit de courir le Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard - Jacques Le Marois, et se poursuivra peut-être dans le futur avec Vazirabad (Manduro), qui ne rencontrera pas de problème chez les stayers mais pourrait, si son entourage le souhaite, revenir sur 2.400m.

Légende : Cirrus des Aigles remporte les Qipco Champion Stakes 2011

Un premier Groupe 1… et quel Groupe 1 !

Nous sommes le 15 octobre 2011. L’hippodrome d’Ascot accueille les Qipco Champion Stakes (Gr1), qui se disputaient avant cela à Newmarket, au mois de septembre. C’est la toute première édition du Qipco Champions Day. Cirrus des Aigles reste sur une deuxième place dans le Qatar Prix Dollar, après deux envolées à Deauville.

La course a fière allure, avec plusieurs champions au départ. Cirrus des Aigles, lui, cherchait encore sa victoire à ce niveau de compétition. Fighting Cirrus n’a peut-être jamais mieux porté son nom que ce jour-là. Jusqu’au bout, il a résisté au roc So you Think (High Chaparral), guerrier s’il en est. En troisième position, on retrouve la championne Snow Fairy (Intikhab). Au pied du podium, Midday (Oasis Dream), en cinquième position, Nathaniel (Galileo)… Et Cirrus des Aigles détient encore le record des "Ascot Champions Stakes", en 2’02’’52.

Auparavant associé à Franck Blondel, Cirrus des Aigles est piloté pour la première fois par Christophe Soumillon. Le jockey se souviendra de ce jour car, entre lui et "Cirrus", ce n’est que la toute première étape d’une grande histoire. Il se souviendra aussi de l’amende récoltée ce jour-là pour un coup de cravache en trop (huit coups au lieu de sept).

Quelques minutes auparavant, un certain Frankel (Galileo) s’envolait dans les Queen Anne Stakes (Gr1)… Un an après, il croisera Cirrus des Aigles en piste. C’est encore une autre histoire.

Le chiffre : 25

Lorsque Cirrus des Aigles a remporté les Qipco Champion Stakes 2011, il s’est offert le luxe de battre sept chevaux ayant, à ce moment, remporté au moins un Gr1. Ces sept chevaux cumulaient à cette date vingt-cinq victoires de Gr1.

Légende : Cirrus des Aigles s’envole dans le Prix Ganay 2012

Une année 2012 presque parfaite

Cirrus des Aigles conclut son année par un nouvel échec à Hongkong. En 2012, il revient sur la P.S.F. de Chantilly, dans le Prix Meydan Hôtel (A), en vue d’un voyage à Meydan. Il est nettement battu par Zazou (Shamardal). Mais l’entourage de Cirrus des Aigles a une confiance absolue envers le cheval. Bien lui en a fait.

Dubai Sheema Classic (Gr1), 31 mars 2012. Habitué à voyager, Cirrus des Aigles est présent pour la première fois à Meydan, au départ du Dubai Sheema Classic. Face à lui, il y a le regretté St Nicholas Abbey (Montjeu), revenu au top après avoir connu des ennuis de santé à 3ans. Le représentant Coolmore avait remporté en 2011 le premier de ces trois Coronation Cups (Gr1) et restait sur un succès dans le Breeders' Cup Turf (Gr1). Mais "St Nich", qui était un modèle de courage et de classe, va se heurter au roc Cirrus des Aigles. Le hongre ne lâche rien et s’impose d’un quart de longueur. Il s’agit de son deuxième Gr1.

Prix Ganay, 29 avril 2012. Cirrus des Aigles revient dans son jardin de Longchamp et est au départ du Prix Ganay, dont il avait conclu troisième en 2011. Il affronte une pouliche "sur la montante", Giofra XX (Dansili), et Reliable Man XX (Dalakhani), gagnant l’année auparavant du Prix du Jockey Club (Gr1). Cirrus des Aigles les balaye, s’impose par huit longueurs sur une piste alourdie comme il les aime.

Prix d’Ispahan, 27 mai 2012 : deuxième (disqualifié). Ce Prix d’Ispahan restera certainement l’un des plus mauvais souvenirs pour l’entourage de Cirrus des Aigles. Après sa démonstration du "Ganay", il fait face à un Prix d’Ispahan dantesque. Pas de Goldikova face à lui, mais des chevaux comme Planteur, qui l’a battu, et Golden Lilac XX (Galileo), qui effectue une grande rentrée. Au rond, Golden Lilac est magnifique d’état et s’annonce comme la jument à battre. Sur du bon terrain, Cirrus des Aigles a tout donné mais doit s’incliner devant la représentante du Gestüt Ammerland, tout en devançant Planteur.

Ce n’est pas la défaite en elle-même qui pose problème. Golden Lilac n’est pas n’importe qui. Quelques semaines après la course, "Cirrus" est disqualifié pour contrôle positif. Son entourage est stupéfait, Corine Barande Barbe est même inquiète, craignant un acte de malveillance sur son champion. Cirrus des Aigles rencontrera ensuite un problème de santé et sera absent des pistes pendant quelque temps.

« Difficile de dégager une seule course ! »

Lorsque nous avons demandé à Corine Barande Barbe quelle course de Cirrus des Aigles l’avait particulièrement marquée, elle nous a répondu : « Il y a trop de courses ! Je ne peux pas en détacher une. Il y a eu sa première victoire de Gr1, à Ascot, la nuit magique à Dubaï, un moment génial à Epsom, le Prix Ganay contre Trêve, ou encore le "Ganay" de 2015 où il s’est baladé alors que j’avais eu des petits problèmes avec lui auparavant. Mais aussi lorsqu’il a approché Goldikova et Frankel… »

Légende : Cirrus des Aigles a obligé Frankel à s’employer

Cirrus des Aigles vs Frankel : duel au sommet

Deuxième du Qatar Prix Dollar (Gr2) 2012 après plusieurs mois d’absence, Cirrus des Aigles se rend à Ascot pour défendre sa couronne dans les Qipco Champion Stakes. Jamais il n’a fait face à une tâche aussi difficile : face à lui, il y a le meilleur cheval du monde : Frankel.

Qipco Champion Stakes, 20 octobre 2012 : deuxième. Frankel est à l’opposé de ce qu’est Cirrus des Aigles. Il est issu du plus grand élevage du monde, Juddmonte Farms. Il est né dans la pourpre, fils du meilleur étalon du monde, Galileo, et de Kind (Danehill). Il a été créé pour être un crack et il l’est devenu. On ne donne pas cher des chances de Cirrus des Aigles dans ces Champion Stakes. Mais si Cirrus des Aigles n’a pas toujours été chanceux, il a aussi toujours eu le ciel de son côté. Et il pleut en Angleterre avant la course. Il pleut fort. La participation de Frankel dans ce qui devrait être sa dernière course devient incertaine. Les doutes planent et les chances de Cirrus des Aigles ne font que grandir. Finalement, l’entourage de Frankel décide de courir. Sur un terrain qui n’était certainement pas à sa convenance, Frankel vient à bout de Cirrus des Aigles et s’impose par une longueur trois quarts. "Fighting Cirrus" ne perd rien dans cette défaite. Il s’envole ensuite pour Hongkong, où il se blesse.

Le chiffre : 1. 3/4

C’est l’écart entre Frankel et Cirrus des Aigles à l’arrivée des Qipco Champion Stakes. Frankel avait pour habitude d’écraser ses rivaux. Cirrus des Aigles a été l’un des rares chevaux à l’approcher. Celui qui a fini le plus près de Frankel est Nathaniel (Galileo), lors de leurs débuts communs en compétition : il échouait à une demi-longueur. Zoffany (Dansili), lui, a fait peur au crack dans les St. James’s Palace Stakes (Gr1), finissant vite mais échouant à trois quarts de longueur. Vient ensuite Cirrus des Aigles, à une longueur trois quarts.

Légende : Cirrus des Aigles rassure dans les Champion Stakes

Une année 2013 sous le signe du doute

Colosse aux jambes d’argile, Cirrus des Aigles manque la première partie de la saison 2013, n'effectuant son retour en compétition que dans le Grand Prix de Saint-Cloud, où il est cinquième et assez nettement battu. Cela reste une rentrée et on peut lui trouver des excuses. Il est ensuite laissé sur place par Novellist (Monsun) dans les King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Gr1). Là encore, on peut lui trouver l’excuse du terrain, qui était très rapide.

Mais, lorsque Cirrus des Aigles est battu par Petit Chevalier (High Chaparral) dans le Prix Gontaut-Biron - Hong Kong Jockey Club (Gr3), il est difficile de trouver une raison valable. Le terrain était bon, mais le grand "Cirrus" n’aurait fait qu’une bouchée de ses adversaires. Les voix s’élèvent, demandent la retraite du cheval… Corine Barande Barbe garde confiance et continue. Cirrus des Aigles ne la laisse pas tomber, remportant la Coupe de Maisons-Laffitte (Gr3) et le Qatar Prix Dollar (Gr2). Et c’est à Ascot que l’entraîneur montrera avoir eu raison.

Qipco Champion Stakes, 19 avril 2013 : deuxième. Cirrus des Aigles revient à Ascot dans l’espoir de reconquérir son titre. Il tombera sur un Farhh (Pivotal) des grands jours, lequel lui opposera une grande résistance, s’imposant par une encolure. Mais Cirrus des Aigles montre qu’il est de retour, battant Ruler of the World (Galileo), le gagnant du Derby d’Epsom (Gr1). Après cela, il se classera troisième du Hong Kong Cup (Gr1), sa meilleure performance en Asie.

De Daryakana à Dariyan

« Il a battu plusieurs générations de champions », nous a déclaré Corine Barande Barbe. En effet, la longévité de Cirrus des Aigles est quelque chose de rare. Par exemple, en 2009, Cirrus des Aigles participe pour la première fois au meeting international de Hongkong. Il sera battu dans le Hong Kong Vase (Gr1), remporté par Daryakana (Selkirk) dans une arrivée très serrée. En 2015, Cirrus des Aigles retentait sa chance dans le Longines Hong Kong Vase. Il conclut dixième de l’épreuve remportée par Highland Reel (Galileo). Le troisième de l’épreuve s’appelle Dariyan (Shamardal), premier fils de… Daryakana.

Légende : Cirrus des Aigles vient à bout de Trêve dans le Prix Ganay

Cirrus des Aigles vs Trêve : le choc des titans

L’année 2014 a été marquée, au premier semestre, par un choc exceptionnel : le guerrier Cirrus des Aigles relève le défi face à Trêve (Motivator), gagnante du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, du Qatar Prix Vermeille et du Prix de Diane Longines (Grs1). Trêve fera sa rentrée mais Cirrus des Aigles se présente, lui, avec deux courses dans les jambes, dont une deuxième place dans le Dubai Sheema Classic, derrière la championne Gentildonna (Deep Impact).

Prix Ganay, 27 avril 2014 : gagnant. Cirrus des Aigles a pour lui, dans ce Prix Ganay, la forme ainsi que le ciel. De nouveau, la pluie se fait l’alliée du champion et la piste de Longchamp devient lourde. Trêve est la grande favorite, juste devant Cirrus des Aigles. Ils sont huit au départ mais, en réalité, il n’y avait qu’eux deux. Et le duel aura bien lieu. Le choc des titans tiendra toutes ses promesses, dans ce qui devrait rester comme l’une des lignes droites les plus haletantes de l’histoire des courses. Trêve et Cirrus des Aigles se rendent coup pour coup. La championne d’Al Shaqab Racing prend même l’avantage sur le hongre mais celui-ci ne s’en laisse pas compter. Il met son cœur sur la piste et revient chercher Trêve. Au passage du poteau, il y a une courte tête d’avance pour Cirrus des Aigles. Une courte tête pour ce qui restera un véritable exploit.

Prix d’Ispahan, 25 mai 2015 : gagnant. Avec cette victoire dans le Prix Ganay face à Trêve, Cirrus des Aigles est de retour au sommet. Il confirme en survolant le Prix d’Ispahan, où il bat Anodin (Anabaa), le propre frère de Goldikova… Goldikova qui l’avait battu dans ce même Prix d’Ispahan en 2011.

Les chiffres : 28 et 75

Cirrus des Aigles a gagné sept Grs1 dans sa carrière. Lors de ses sept victoires, il a devancé en tout vingt-huit gagnants individuels de Gr1, cumulant à eux tous 75 victoires de Gr1 !

Légende : Cirrus des Aigles s’impose à Epsom, non sans frayeur

Epsom : le tourbillon d’émotions

Après cette victoire dans le Prix d’Ispahan, Cirrus des Aigles part à la découverte d’Epsom. Il est au départ du Coronation Cup (Gr1), renommé Coronation Cup in Commemoration of St Nicholas Abbey. Cirrus des Aigles rend un bel hommage au champion disparu un peu plus tôt dans l’année.

Une démonstration. Cirrus des Aigles est une star en Angleterre et il va répondre présent en battant nettement Flintshire (Dansili), sur une piste plutôt rapide qui n’était pas totalement à son avantage. À Epsom, le public est en liesse au passage du poteau et attend le retour du champion dans le rond des vainqueurs. Mais les secondes passent et Cirrus n’est toujours pas là. Sur l’écran géant, on voit que Christophe Soumillon est descendu du cheval, touche une de ses jambes, demande à le voir marcher et trotter. Cirrus des Aigles boite. Il viendra tout de même profiter des applaudissements dans le rond, dessellé, avant de repartir. Les nouvelles sont finalement rassurantes. Ce n’est pas grave. Cirrus des Aigles reviendra. Mais il faudra attendre le Qatar Prix Dollar, en octobre. Il passe le poteau en tête à la lutte avant d’être rétrogradé pour avoir gêné Fractional. Cirrus des Aigles ne fait pas impression ce jour-là et sa cinquième place dans les Champion Stakes déçoit. Il est ensuite battu à Hongkong.

Le chiffre : 3

Avec trois victoires dans le Prix Ganay, Cirrus des Aigles est le recordman de l’épreuve et nul doute que ce record devrait tenir encore longtemps. Cirrus des Aigles a aussi remporté trois Qatar Prix Dollar (Gr2), ce qui est un record, en six participations.

 

Légende : Cirrus des Aigles en route pour son troisième Prix Ganay

Une année 2015 en demi-teinte

Cirrus des Aigles effectue sa rentrée dans le Prix Ganay. Il bat cette fois un autre guerrier, Al Kazeem (Dubawi), qui était encore à ce moment le meilleur cheval d’âge britannique. Son entraîneur, Roger Charlton, n’est presque pas déçu d’être battu par le crack de Corine Barande Barbe. « C’est un magnifique gagnant, un cheval incroyable », déclare tout de suite Roger Charlton.

La suite sera plus sombre. On attend le "choc des hongres" dans le Prix d’Ispahan : Cirrus des Aigles contre Solow (Singspiel), qui venait de survoler le Dubai Turf (Gr1). Le choc n’aura pas lieu : déferré, Cirrus des Aigles ne pourra donner le meilleur de lui-même. Il est ensuite sur la touche. Pour son retour, à 9ans, il découvre l’Irlande pour faire sa rentrée dans des Irish Champion Stakes (Gr1) de très haute volée. Il y a des petits soucis dans le rond, le terrain est trop bon, le rythme trop rapide. Cirrus des Aigles ne peut rien faire et conclut dernier. De nouveau, les doutes circulent sur le cheval, les voix appellent à arrêter avant qu’il ne soit trop tard.

"Fighting Cirrus" conclut cinquième dans le Qatar Prix Dollar, puis quatrième du Prix Royal Oak (Gr1) d’un hongre qui devrait devenir une super star : Vazirabad (Manduro). C’est à Hongkong qu’il va participer à sa dernière compétition, concluant dixième du Longines Hong Kong Vase (Gr1). Hongkong ne lui a jamais réussi et c’est quelque chose qu’il a été toujours difficile de comprendre dans l’entourage du cheval : cette volonté d’aller là-bas.

La carrière de Cirrus des Aigles est faite de hauts et de bas. Il a atteint les sommets, il a connu des difficultés. Mais sa volonté en course, son courage, sa capacité à revenir au sommet alors que plus personne ne l’attendait, ont fait de lui ce qu’il est aujourd’hui : un crack. À 10ans, il a mérité de prendre sa retraite. Corine Barande Barbe le connaît par cœur et est à son écoute. Nul doute qu’il nous manquera en piste : son courage, ses canters de poulain de 2ans, sa manière de prendre la pose dans le rond… Mais la page qu'il a écrite dans l’histoire des courses restera à tout jamais mémorable.

D’ou vient la famille de Cirrus des Aigles ?

On évoque souvent la modestie du pedigree de Cirrus des Aigles, mais l’origine de sa famille est plus rarement étudiée. Il faut remonter aux années 1960, avec l’importation en France de Runnello (Crepello), par Jean Ternynck, l’éleveur de Sea Bird (Dan Cupid) et Sanctus (Fine Top). Cette jument anglaise est la quatrième mère du champion français.

Une illustre ascendance anglaise. Runnello était une fille de Run Honey (Hypérion), jument précoce et lauréate de trois courses à 2ans de 1.000 à 1.200m. Cette dernière était une sœur utérine de Honeyway (Fairway), gagnant du July Cup et des Champions Stakes (Grs1) dans les années 1950. Dans sa proche famille, on trouvait également Flamingo (Flamboyant), lauréat des 2.000 Guinées (Gr1) entre deux guerres, et Omar Khayyam (Marco), gagnant du Kentucky Derby et des Travers Stakes (Grs1) il y a un siècle.

Au haras, outre Runnello, Run Honey a également produit Running Blue (Blue Peter), quadruple lauréate à 2ans et deuxième des Coronation Stakes (Gr1), ainsi qu'Endless Honey (Never Say Die), lauréat des July Stakes (Gr3 à l’époque). Running Blue a fait souche et elle est l’aïeule de nombreux gagnants, comme l’étalon Moss Vale (Shinko Forest).

C’est en 1965, après avoir gagné trois épreuves à 2ans, de 1.000 à 1.200m, que Runnello traversa la Manche.

Photo Run Honey

La mère de Banjer. En France, Runnello a donné six produits, dont un seul black type, Banjer (Baldric II). À 2ans, ce poulain difficile avait débuté victorieusement, en juin à Chantilly. Après une courte défaite à Deauville, qui est attribuée à une facétie de sa part, il s’est imposé dans le Prix La Rochette (Gr3). L’année suivante, à 3ans, l’élève de Jean Ternynck n’a pas réussi à retrouver ce niveau de performance. Accidenté, il fut rapidement envoyé au haras, dans un premier temps en Normandie, puis dans le Sud-Ouest. Son début de carrière de reproducteur fut marqué par une première place chez les pères de 2ans en 1976. Malgré ce fait d’armes, son carnet de bal a progressivement décliné et, en 1984, pour sa dernière année de monte, il n’a eu que cinq produits. 

Les sœurs de Banjer, Season (Sea Bird II), Ruma (Rheffic) et Pop Music (Val de Loir), n’ont pas reproduit à la hauteur de leur ascendance maternelle. Season a donné Diagnostic (Sanctus II), gagnant du Prix d'Iéna (L), et Opus Dei (Sanctus II), quatrième du Prix d’Ispahan (Gr1). Elle est également l’aïeule de My Kris (Shavian), le meilleur miler de la saison 1995 en Hongrie ! Pop Music est de son côté la grand-mère de quatre black types en obstacle.

Photo Banjer

La souche intègre Etreham. C’est Ruma, une sœur utérine de Banjer, qui fit entrer la famille au haras d’Etreham. Lauréate de deux courses en trente sorties et quatre saisons de compétition, elle y a produit deux black types en obstacle. Une seule fille fut conservée à l’élevage pour perpétuer la souche, Roots (Funambule). Lauréate du Prix Daniel Guestier, ses deux tentatives au niveau Listed et Groupe furent des échecs. Sa production fut décevante et elle fut vendue dans l’Ouest avant la fin de sa carrière. Taille de Guêpe (Septième Ciel), son deuxième produit, n’a jamais couru et elle fut rapidement cédée à Yvon Lelimouzin.

Et voilà Cirrus des Aigles. À l’élevage, Taille de Guêpe a donné un sujet utile dès son premier produit, pour le compte d’Yvon Lelimouzin et Benoît Deschamps. Mesnil des Aigles (Neverneyev) a en effet gagné sept courses et plus de 200.000 euros de gains sous l’entraînement de Corine Barande Barbe. Mort en août 2015, Mesnil des Aigles n’a que sept produits enregistrés, dont deux sont issus de la sœur de Garlingari (Linngari). Trois sœurs de Cirrus des Aigles sont à la reproduction en France, dont Vie des Aigles (Alamo Bay) la mère de Vision des Aigles (Vision d’État). Ce dernier a gagné avec la manière le Prix Juigné (F) devant Dariyan (Shamardal) en débutant, avant de se classer troisième du Prix des Vignes (B).

Direction le Japon. Depuis, Taille de Guêpe a été achetée en 2011 par la famille Yoshida et se trouve au Japon. Elle a une pouliche de 4ans, Cirrus de Paris (Siyouni), encore maiden en 11 sorties et placée dans des petites courses sur le dirt, ainsi qu’une pouliche de 2ans encore non nommée par Deep Impact. En 2014, elle a été présentée à Deep Impact et, en 2015, à Orfèvre, mais les produits de ces deux croisements ne sont pas référencés sur la base de données Jbis.