D’al ghusais à meydan : cinquante ans de courses aux émirats

Autres informations / 26.03.2016

D’al ghusais à meydan : cinquante ans de courses aux émirats

D’Al Ghusais à Meydan : cinquante ans de courses aux Émirats

Inauguré fin 2009, Meydan est l’hippodrome de la démesure. Sur plus de 700 ha, le champ de courses offre notamment une piste en sable et une piste en gazon, des tribunes pouvant accueillir 60.000 personnes, un hôtel cinq étoiles… En s’y rendant, difficile d’imaginer que cinquante ans plus tôt seulement, le cheikh Maktoum al Maktoum ordonnait la construction du premier hippodrome des Émirats, bien plus modeste que celui de Meydan…

Le cheval est intimement lié à la culture bédouine. On rapporte que le cheikh Rashid bin Saeed Al Maktoum, le père du cheikh Mohammed, montait quotidiennement son pur-sang arabe préféré, Al Sqalawi, dans ses jeunes années. Même après avoir acheté sa première voiture, une Ford T, en 1934, il préférait monter Al Sqalawi que la conduire. En toute logique, il a transmis sa passion à ses quatre fils.

La passion naît à Newmarket. Le cheikh Hamdan et le cheikh Mohammed ont développé leur passion pour les courses lors de leurs études en Angleterre. Basés à Cambridge, ils n’avaient pas beaucoup de kilomètres à faire pour découvrir Newmarket, son hippodrome, ses classiques, les 40.000 personnes qui acclamaient le succès de Royal Palace dans les 2.000 Guinées de 1967. Ils découvrent aussi Ascot et Sandown.

Dans les pays du Golfe, à cette époque, les courses n’en sont qu’à leurs balbutiements. Dans le Royaume de Bahreïn, la famille régnante commence à faire courir ses chevaux arabes sur une piste circulaire. À Abu Dhabi, quelques courses sur la plage ont lieu dans les années 1950 et 1960. En Arabie Saoudite aussi, plusieurs pistes accueillent des courses de pur-sang arabes élevés par la famille royale, mais le Koweït revendique la paternité des premières courses “à l’occidentale”, sur un hippodrome de sable situé en dehors de Koweit City, et opérationnel dès les années 1940. À ce stade, il n’y avait cependant pas dans le Golfe de programme de courses à proprement parler, et les standards des courses existantes n’étaient pas très élevés.

Al Ghusais, le coup d’envoi. C’est en 1969 que le cheikh Maktoum commande la construction de ce qui peut être considéré comme le premier véritable hippodrome des Émirats, à Al Ghusais, sur l’emplacement qu’occupe désormais l’aéroport international de Dubaï. Les écuries privées du cheikh Maktoum sont localisées au même endroit. Une clinique vétérinaire complète l’ensemble. Le cheikh Mohammed installe ses propres chevaux dans les écuries de Za’abeel, aujourd’hui occupées par Satish Seemar.

Dans les années 1970, les premières courses émiraties sont organisées à Al Ghusais. Les spectateurs sont peu nombreux et les partants viennent majoritairement des écuries d’Al Ghusais ou de Za’abeel.

L’influence de la famille Al Nahyan. Alors que les frères Maktoum développent leurs écuries en Grande-Bretagne, les courses prennent de l’essor à Dubaï également. Le 1er octobre 1981, le Dubai Camel Track accueille la première réunion, avec des règles inspirées de celles du Jockey Club anglais. Trois courses sont réservées aux pur-sang, un sprint, une épreuve sur le mile, et une autre sur 2.400m. Des entraîneurs étrangers sont déjà installés sur place. Deux écuries installées à Dubaï se distinguent à Bombay et dominent aussi les épreuves disputées sur l’hippodrome flambant neuf de Bahreïn, construit en 1979 sur le modèle de Wolverhampton.

L’ancien président des Émirats Arabes Unis, le cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan, souhaite lui aussi développer les courses et organise des meetings à Al Ain, où un hippodrome semi-permanent est installé. Il faudra attendre 2014 pour qu’un hippodrome moderne soit inauguré à Al Ain.

Dans les années 1980, le sport est mieux organisé, les courses plus nombreuses et, en 1982, l’émirat de Sharjah construit lui aussi son hippodrome. Dans le même temps, le développement du tourisme, donc de l’aéroport, contraint Al Ghusais à la fermeture. Le cheikh Maktoum cherche alors le lieu idéal pour implanter un nouveau complexe, et c’est un petit bout de désert appelé Nad Al Sheba qui est choisi.

Nad Al Sheba, là où tout a commencé. Situé juste en bout de périphérie de Dubaï, le quartier de Nad Al Sheba était une zone marécageuse où se situait le grand anneau du “camel track”.

Au début de 1984, le cheikh Maktoum appelle en renfort un entraîneur anglais, tout droit venu du Yorkshire. Bill Mather devient le premier entraîneur installé sur le site de Nad Al Sheba. Les écuries portent le nom du site (Nad Al Sheba stables) et se dressent non loin des tribunes et de l’hippodrome. Bill Mather dispose de la piste de l’hippodrome et aussi d’un cercle de huit cents mètres tracé à travers les herbes à chameaux.

Très vite, les effectifs gonflent, à grand renfort de chevaux appartenant principalement au cheikh Maktoum et du cheikh Mohamed. Ce sont souvent de vieux chevaux limités en Angleterre et en Irlande, arrivés durant les hivers 1988 et 1989 pour y courir des courses “locales”.

L’effet de mode attire aussi des propriétaires d’autres localités, comme Sharjah ou Fujairah.

De l’autre côté, très vite, les écuries de Zabeel grossissent avec la construction d’une piste flambant neuve de 1.600m où sont réunis principalement les chevaux du cheikh Mohammed. Un entraîneur nommé Satish Seemar est nommé responsable de l’entraînement.

L’explosion dans les années 1990. 1990 marque un tournant radical dans les courses émiraties. En très peu de temps, et grâce à l’opiniâtreté de la famille régnante d’Abu Dhabi, les Al Nahyan, et de la famille Maktoum, deux autres hippodromes sont inaugurés en l’espace de deux ans. Le premier à Abu Dhabi, un anneau de gazon plutôt orienté vers les courses d’arabes. Le second à Jebel Ali, propriété du cheikh Ahmed Al Maktoum,

Pour "manager" cet ensemble, l’Irlandais Pat Buckley est appelé par Son Altesse le cheikh Zayed Al Nahyan. Il est chargé d’élaborer un programme de courses, mais aussi une ébauche de programme pour les chevaux arabes. En 1992, l’Emirates Racing Association est créée. Les Émirats Arabes Unis deviennent membres de la fédération internationale des autorités hippiques.

Dans ses valises, Pat Buckley a emmené deux entraîneurs, Yancey Carter et Julian Smart. Plus tard, des noms comme Jeff Frazier ou Jean-François Seguin viennent élargir la scène hippique d’Abu Dhabi.

Pendant ce temps, Nad Al Sheba subit un lifting important, pour pouvoir rouvrir en grande pompe en 1991. Doté d’un programme de course de quatre mois, Dubaï s’offre ainsi de nouvelles tribunes et un golf au milieu de l’hippodrome. L’endroit devient un site de renom dans le Golfe persique.

Profitant des succès classiques en Europe, le cheikh Mohammed réfléchit avec ses collaborateurs, dont Michael Osborne qui deviendra un homme clé de l’essor des courses à Dubaï, à un développement durable de Nad Al Sheba. En moins de trois ans, plusieurs écuries sortent du désert. En 1995, la machine est lancée.

Les Européens arrivent en force. Nad Al Sheba devient les écuries privées de Maktoum Al Maktoum, Bill Mather reste l’entraîneur du prince. Deux autres écuries sortent de terre : Green Stables et Blue stables, reconnaissables à leur toit de couleur. Ces écuries sont construites pour favoriser les petits propriétaires dubaïotes.

Les entraîneurs sont Paddy Rudkin pour Blue Stable et un certain Erwan Charpy pour Green Stable.

Le cheikh Ahmed Al Maktoum, propriétaire de Mtoto, fait appel à l’entraîneur Drhuba Selvetratnan, ex-assistant de Vincent O’Brien, pour prendre en charge ses effectifs basés à Jebel Ali.

Pour faire de son hippodrome un endroit incontournable et à la mode, la famille Maktoum n’hésite pas à inviter des jockeys de renom, comme Lester Pigott, Steve Cauthen, Willie Carson… Ces jockeys étaient déjà sous contrat en Angleterre et en Irlande.

Il reste un dernier propriétaire qui doit installer son écurie. Le cheikh Hamdan Al Maktoum opte pour une écurie le long de la route unique de l’époque (sheick zayed road). Son écurie Red Stable comporte une centaine de boxes et devient, avec l’aide de son entraîneur Kiaran McLaughlin, une entité de renom et redoutable sur l’anneau en dirt de Nad Al Sheba.

Les jockeys exerçant à Dubaï sont pour la plupart anglais et irlandais, des seconds couteaux en mal d’exotisme, mais aussi des vedettes, comme les frères Hills, Walter Swinburn, John Reid, John Carroll, Peter Brette, Johnny Murtagh et un certain Frankie Dettori, encore tout jeune.

Ce dernier va vite devenir la coqueluche de tout un peuple d’amateurs de courses.

Surtout qu’en 1994, l’avènement global du cheikh Mohamed et de ses deux frères voit le jour… Godolphin est née, avec un entraîneur émirati, Saeed bin Suroor. Une écurie, une casaque toute bleue, l’armada Maktoum touche l’excellence, aidée par de nombreux professionnels comme Jeremy Noseda ou Tom Albertrani, et de jockeys comme Walter Swinburn, Olivier Peslier, John Reid et bien d’autres, liés par des contrats juteux, sont « invités » à passer des hivers studieux dans l’Émirat de Dubaï.

Plus tard, en 2001, David Loder et Eoin Harty, en charge des 2ans à Évry et en Californie, viennent eux aussi passer l’hiver à Dubaï.

Cigar et la pluie de dollars. Dubaï s’ouvre réellement au monde en 1996, lors de la première édition de la Dubai World Cup, dont l’organisation est confiée à Franck Gabriel… Attirés par une pluie de dollars, les chevaux du pays de l’oncle Sam débarquent en nombre sur ce bout de sable, comme aimait à le dire le jockey de Cigar, Jerry Bailey.

Le firmament est atteint en 2000, quand le cheikh Mohammed voit le « cheval de sa vie », Dubai Millenium, remporter une édition de la World Cup qui restera comme l’une des plus impressionnantes de l’histoire des courses de ce coin de désert… Le sous-sol de Nad Al Sheba s’en rappelle encore.