Focus sur les trois mousquetaires de françois doumen à cheltenham

Autres informations / 11.03.2016

Focus sur les trois mousquetaires de françois doumen à cheltenham

LE MAGAZINE

Focus sur les trois mousquetaires de François Doumen à Cheltenham

Le mardi 15 mars 2016 va débuter le Festival de Cheltenham en Angleterre, le plus grand meeting d’obstacle du monde. Quelques entraîneurs français devraient être représentés, mais pas dans les Grs1. François Doumen est le dernier entraîneur lauréat au plus haut niveau durant le Festival. Pour Jour de Galop, il a accepté de revenir sur trois de ses vainqueurs à Cheltenham que nous avons sélectionnés : The Fellow (Italic), Baracouda (Alesso) et Snow Drop (Double Bed). Comment ont-ils été préparés ? Quels étaient les tactiques à employer avec eux ? Et plus généralement, comment entraîne-t-on un cheval pour Cheltenham ? L’entraîneur cantilien n’a éludé aucune question.

The Fellow, l’unique lauréat du Gold Cup entraîné en France. Nous sommes le 17 mars 1994 à Cheltenham. Pour la quatrième année consécutive, le champion The Fellow se présente dans le Gold Cup (Gr1). Deuxième de cette compétition en 1991, 1992, et quatrième en 1993, il est suivi par toute l’Angleterre. En ce jour de Saint-Patrick, le cheval de la marquise de Moratalla a même l’appui des Irlandais qui, par-dessus tout, ne veulent pas d’une victoire anglaise. Après trois essais dans le Gold Cup et un succès dans le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1) en 1991, c’est l’année de The Fellow. Monté par Adam Kondrat, il va évoluer à flanc de peloton, à proximité des chevaux de tête. Impérial dans ses sauts, il s’impose aisément. « The Fellow a gagné très facilement son Gold Cup, se rappelle son entraîneur, François Doumen. Cheltenham est un hippodrome particulier et The Fellow avait été battu par deux fois, de peu, dans cette course. Il manquait d’expérience sur cette piste. Lors de sa première tentative, il avait fini complètement à droite et n’avait personne pour l’aider. En 1994, nous avions mis les œillères à The Fellow pour qu’il soit plus percutant. J’ai préféré qu’il reste avec les autres avant qu’il ne se détache. La tactique à employer avec lui était de rester avec le peloton, même si on allait mieux que nos adversaires. Au contraire de First Gold qui allait devant car il ne fallait pas toucher à sa bouche. Tout ce que j’ai demandé, aux ordres, pour The Fellow, était d’attendre derrière les chevaux car il n’était pas question qu’il arrive en tête trop tôt. Il faut un très bon cheval pour gagner le Gold Cup et courir le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1). Si vous arrivez à garder votre cheval sain et au top de sa forme, pourquoi cela ne serait-il pas possible de courir ces deux épreuves ? The Fellow avait l’avantage d’être un cheval disposant d'une santé extraordinaire. Il était toujours prêt à courir. »

Cliquez ici pour voir la vidéo de la course : https://youtu.be/NqwIk2cAohg.

Snow Drop au milieu de la foule. Snow Drop a remporté le Triumph Hurdle (Gr1) 1999, après avoir suivi la préparation que François Doumen privilégiait pour les 4ans qui devaient courir à Cheltenham. Elle était constituée du Prix Général de Saint-Didier (Gr3) à Enghien et de l’Adonis Juvenile Hurdle (Gr2) de Kempton qu’elle a remporté, en prélude à son grand succès à Cheltenham. Juste avant le Triumph Hurdle, John-David Martin, propriétaire de Jim and Tonic, avait acquis Snow Drop. « Le jour du succès de Snow Drop dans le Triumph Hurdle, le terrain était léger et cela nous a rendu service car, en digne fille de Double Bed, elle était bien meilleure en bon terrain. À l’image de Jim and Tonic. Elle avait suivi la filière que j’appréciais pour les 4ans en courant le Prix Général de Saint-Didier à Enghien et l’Adonis Juvenile Hurdle à Kempton. Enghien est la piste française dont le profil et le rythme se rapproche le plus des courses anglaises. Il y avait vingt-huit chevaux dans le Triumph Hurdle, et il fallait attendre. J’avais dit à Thierry [Doumen, ndlr] qu’il était hors de question de faire le tour de tout le monde. Après la course, il m’a dit qu’il était tellement caché dans le peloton qu’il n’a vu que les deux dernières claies. Thierry m’avait aussi dit qu’il entendait simplement lorsqu’il passait les claies, mais qu’il ne les voyait jamaisSur les claies, il fallait monter comme dans un Tiercé en plat. Snow Drop a gagné le Triumph Hurdle de brillante manière. »

Cliquez ici pour voir la vidéo du Triumph Hurdle (Gr1) 1999 : https://youtu.be/AU3pVZNvrOg.

Baracoua, le bien nommé. Avançons un peu dans le temps et nous arrivons au début des années 2000. Le règne du champion Baracouda peut commencer. Après un succès dans le Long Walk Hurdle (Gr1) à Ascot, puis à Fontwell, il est vendu à John-Patrick McManus et reste à l’entraînement chez François Doumen. Il va remporter deux World Hurdles (Gr1) à Cheltenham et aurait pu en gagner trois si le Festival 2001 n’avait pas été annulé. Baracouda a réalisé ses exploits sous la selle de Thierry Doumen. « Mon fils Thierry montait Baracouda tous les matins et il le connaissait très bien. Si on ne le montait pas derrière, il était allant. La tactique à employer avec lui était de le mettre dernier et de venir finir. Car le cheval s’arrêtait une fois devant. Thierry disait toujours que l’on ne savait jamais où on en était avec lui dans le parcours. Il fallait avoir des nerfs pour le monter. John-Patrick McManus m’avait demandé pourquoi on ne le courait pas en steeple. Mais Baracouda avait pris l’habitude de taper dans les claies lorsqu’il les sautait. C’était à l’envers de ce qu’il fallait faire sur les fences anglais. Baracouda était un cheval gentil, vivant. Il ne sautait pratiquement jamais entre ses courses. La série de victoires qu’il a connues était magnifique. Ses succès avec Thierry ont été des moments très émouvants, notamment ses deux World Hurdles. »

Cliquez ici pour voir le World Hurdle (Gr1) 2002 : https://youtu.be/_WJN28G3xq4.

La préparation pour Cheltenham made in François Doumen L’entraîneur nous a expliqué quelques clés de son entraînement pour préparer un cheval à courir en Angleterre, et plus précisément à Cheltenham : « Lorsque vous allez à Cheltenham, la clé est de ne pas sous-estimer les entraîneurs qui préparent le Festival longtemps en avance. Pour ce qui concerne l’entraînement, j’aimais beaucoup préparer mes pensionnaires sur la piste des Lions, à la pente régulière et qui fait 3.700m. On pouvait ainsi partir de loin. Cheltenham, c’est l’apothéose de l’obstacle dans le monde. Beaucoup de grands professionnels y participent. En règle générale, j’appréciais de courir à Cheltenham avant le Festival. Pour les fences, cela me paraissait très important ; pour les claies, un peu moins. Je n’ai jamais eu de complexe vis-à-vis des haies anglaises. À Enghien, le rythme des courses permet de bien préparer l’Angleterre. C’est plus facile de courir en Angleterre avec des chevaux de haies. Ma clientèle a toujours souhaité que ses chevaux courent outre-Manche. Elle voulait aller taquiner les Anglais avec plaisir. La marquise de Moratalla est par exemple une femme de challenges. C’est elle qui m’avait presque poussé à courir là-bas. Et gagner devant 80.000 personnes, c’est quelque chose d’extraordinaire. »

The Fellow, le meilleur souvenir de Cheltenham

Difficile de choisir le plus grand moment que François Doumen a pu vivre comme entraîneur au Festival de Cheltenham. Car il en a vécu de nombreux. Il nous a raconté : « Mon meilleur souvenir de Cheltenham reste le Gold Cup de The Fellow. Nous l’avions raté deux fois de très peu. Je me rappelle que le Racing Post avait titré le lendemain de la victoire de The Fellow : "At least". Enfin ! Le bouchon de champagne a pu sauter. Nous avions le soutien des Irlandais. En effet, lorsque nous avions gagné le Gold Cup, c’était le jour de la Saint-Patrick. Tout était beau pour cette victoire. C’est la victoire la plus puissante en termes d’émotion ! Je me rappelle aussi avec beaucoup d’émotion des succès de Baracouda et Snow Drop, ou encore du Punchestown Gold Cup de First Gold. D’autant qu’ils étaient montés par mon fils Thierry. C’était superbe. Punchestown, c’était tout aussi merveilleux. Nous avions fait un voyage de vingt-quatre heures de porte à porte. Avec Ucello II, en revanche, je ne pouvais pas aller à Cheltenham car il jouait trop avec les fences. »