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L’hémorragie pulmonaire induite par l’exercice

Autres informations / 04.03.2016

L’hémorragie pulmonaire induite par l’exercice

LE MAGAZINE

L’HÉMORRAGIE PULMONAIRE INDUITE PAR L’EXERCICE

L’hémorragie pulmonaire induite par l’exercice (HPIE) est un trouble des voies respiratoires profondes qui concerne principalement les chevaux exerçant à des vitesses élevées et/ou réalisant des efforts intenses. Alors qu’il est très peu observé chez l’athlète humain, ce syndrome peut concerner entre 15 et 75 % des chevaux de sport et de course, selon les méthodologies employées pour poser le diagnostic. Les chevaux de course (trotteurs, galopeurs) sont les plus touchés, ainsi que les chevaux de concours complet. Dans les cas les plus sévères (moins de 5 % des cas), une épistaxis (sang visible sur les naseaux) est présente, généralement bilatérale. Dans les autres cas, des examens complémentaires sont nécessaires pour diagnostiquer cette affection. Cette affection est ainsi très fréquemment subclinique (pas de symptômes visibles), et détectée de façon fortuite lors d’un examen pour contre-performance par exemple. Une fois n’est pas coutume, la terminologie employée pour nommer le syndrome permet également de bien le définir, à savoir des saignements, localisés dans les poumons, exclusivement associés à la réalisation d’un effort physique.

Entretien avec Éric Richard (Fondation Hippolia & Labéo Frank Duncombe) et Marianne Depecker (Clinique équine de Conques)

Quelle est l’origine de l’HPIE et quels sont les facteurs de risque ?

Au sein des poumons, la très fine membrane alvéolo-capillaire permet les échanges gazeux entre l’air et le sang. Le cheval étant un grand athlète (au sens propre et figuré), les larges différences de pression subies par cette membrane peuvent conduire à sa rupture, et ainsi le passage de sang complet dans les voies respiratoires (hémorragie pulmonaire). En effet, pendant l’effort, la pression intra-capillaire (issue de la circulation pulmonaire) augmente, tandis que la pression intra-alvéolaire (intra-pleurale) inspiratoire diminue. Lorsque la différence de pression est excessive, les capillaires alvéolaires se rompent, et entraînent une hémorragie pulmonaire. De nombreux facteurs peuvent aggraver cette différence de pression, comme une obstruction des voies respiratoires supérieures (hémiplégie laryngée…), une obstruction ou une inflammation des voies respiratoires profondes, une fibrillation atriale, ou encore une fibrose pulmonaire. Lorsque l’HPIE intervient au cours d’efforts peu intenses, il faut alors rechercher la présence de facteurs aggravants tels qu’une obstruction dynamique des voies respiratoires supérieures.

Le syndrome HPIE est-il pathologique ?

Ce syndrome peut ainsi avoir un impact négatif sur chacun des trois piliers d’investigation pour la Fondation Hippolia (santé, bien-être et performance). Bien que toute hémorragie ne soit, bien entendu, pas considérée comme physiologique (bien-être), il a été montré qu’un épisode léger à modéré n’a que peu d’impact sur les performances ou la santé à long-terme, pour autant qu’il s’agisse d’un événement isolé, et non répétitif. De nombreuses études ont étudié l’association entre l’HPIE et les performances chez les chevaux de course. Bien que de nombreuses disparités existent, toutes ces études s’accordent à dire que les grades les plus sévères sont associés à de l’intolérance à l’effort ou une diminution des performances. De plus, l’HPIE est une affection progressive : les hémorragies sévères répétées entraînent une inflammation alvéolaire et interstitielle, à l’origine d’anomalies structurelles (fibrose, désordres vasculaires) et d’obstruction des voies respiratoires, qui exacerbent à leur tour le phénomène. Le pronostic sportif à long terme est donc réservé. Dans de rares cas, l’hémorragie pulmonaire peut conduire à la mort de l’animal pendant (ou juste après) la course ; cette cause représente un peu moins de 20 % des causes de mort subite chez les chevaux galopeurs d’après une étude publiée en 2011.

Quels sont les moyens disponibles (prévention, diagnostic, traitement) ?

Le diagnostic de l’HPIE repose sur la mise en évidence directe de sang dans la trachée par endoscopie, à condition que celle-ci soit réalisée 30 à 120 minutes après l’effort. Le lavage broncho-alvéolaire permet quant à lui de diagnostiquer des hémorragies plusieurs semaines après l’effort, par la détection d’hémosidérophages (macrophages contenant les produits de dégradation des globules rouges). Ainsi, l’endoscopie permettra de déterminer la sévérité de l’épisode hémorragique en cours ; la cytologie permettra d’effectuer une datation subjective des saignements observés, et ainsi préciser l’éventuelle récurrence des épisodes. La recherche de facteurs aggravants est également importante, notamment si l’HPIE survient sur un cheval n’exerçant pas d’effort intense. Plusieurs études ont tenté de déterminer les facteurs de risque d’apparition de l’HPIE, mais à ce jour seule une température extérieure inférieure à 20°C est significativement associée à cette affection ; à l’inverse, ni la longueur de la course, la vitesse, le sol ou la qualité de l’air ne semblent influer sur l’apparition de l’HPIE. L’influence de facteurs génétiques a également été mise en évidence pour les chevaux présentant les grades les plus sévères d’HPIE avec épistaxis.

La prévalence et l’impact sur les performances de l’inflammation respiratoire et de l’HPIE, diagnostiqués par lavage bronchoalvéolaire (LBA) dans les poumons droit et gauche (sous contrôle endoscopique), ont récemment été investigués chez le trotteur français. Les premiers résultats ont permis de montrer l’importance du prélèvement dans les deux poumons afin d’être le plus représentatif possible du statut du cheval et afin d’obtenir un diagnostic précis des affections pulmonaires (inflammation et hémorragie). L’évaluation des performances n’a pas mis en évidence d’association avec la présence de l’HPIE, mais une association avec l’inflammation pulmonaire. Enfin, l’étude longitudinale a démontré une augmentation de la prévalence de l’HPIE sur l’ensemble de la population au cours de la saison de courses, indiquant que la majorité des trotteurs présentent un certain degré d’hémorragie à un moment donné sans répercussion évidente sur les performances.

Il n’existe pas, actuellement, de traitement spécifique de l’HPIE. Il est donc primordial de traiter tout facteur aggravant et de maintenir des mesures hygiéniques optimales pour limiter les inflammations pulmonaires, qui peuvent être un facteur favorisant mais aussi une conséquence de l’HPIE. Une période de repos suffisante (entre 15 jours et 2 mois) entre chaque effort intense est également recommandée, bien que cela n’empêche pas les récidives. Des études récentes ont pu mettre en évidence un effet bénéfique de certains traitements expérimentaux, comme l’immunothérapie ou les inhibiteurs des phosphodiestérases. Peu de traitements préventifs s’avèrent réellement efficaces contre l’HPIE. À ce jour, seule l’utilisation du furosémide (diurétique) permet de diminuer l’incidence de l’HPIE sur les chevaux de course dans les pays pour lesquels son utilisation est autorisée (Amérique du Nord et du Sud). Les bandes nasales (Flair® strip) permettent d’augmenter la pression inspiratoire alvéolaire, et constituent aussi un moyen préventif, notamment sur les chevaux de concours complet.