Olivier delloye : « avec bon sens et sans tabous »

Autres informations / 24.03.2016

Olivier delloye : « avec bon sens et sans tabous »

Olivier Delloye : « Avec bon sens et sans tabous »

Il a pris ses fonctions le 1er mars. Trois semaines après son arrivée, c’est dans JDG que le nouveau directeur général de France Galop – Olivier Delloye – a choisi de délivrer ses premiers messages.

Jour de Galop. – Quelle a été votre priorité à votre arrivée à France Galop ?

Olivier Delloye. – J’ai d’abord voulu prendre connaissance des comptes parce que je trouve que c’est une bonne manière de comprendre une situation, une activité et ses problématiques. Cela donne une vision globale de France Galop, en tant qu’association, société-mère organisant ses propres courses et évidemment une bonne vision de tous les enjeux pour la filière. Ensuite, ma priorité a été de rencontrer les équipes ainsi que les interlocuteurs extérieurs, au PMU notamment, c’est-à-dire tous ceux avec lesquels nous devons bâtir l’avenir de France Galop.

Parmi vos premières actions, il y a eu la préparation du Comité de lundi, au cours duquel vous avez présenté un document appelé Plan moyen terme 2016-2020. Est-ce votre plan stratégique pour les mois à venir ?

Non, ce n’est pas un plan stratégique. C’est une photo financière à un instant T, qui rend compte de la situation économique de France Galop à ce jour. Il s’agit d’un exercice qui n’est pas nouveau chez France Galop – et qui est d’ailleurs très sain – consistant à projeter une trajectoire financière sur cinq ans, en nous basant particulièrement sur les prévisions économiques du PMU.

Comment analysez-vous cette trajectoire, telle qu’elle existe aujourd’hui ?  

D’abord, depuis 2010, le marché des jeux a subi une profonde transformation puisqu’il a été ouvert à la concurrence online. Mais, presque plus que la compétition nouvelle sur internet, c’est celle qui sévit dans le réseau traditionnel des points de vente qui est la plus vivace et la plus néfaste à l’activité du PMU : je parle des paris sportifs proposés par la Française des Jeux. L’activité hippique souffre depuis deux ou trois ans, avec un phénomène de cannibalisation assez fort dans le réseau traditionnel, qui est le premier pourvoyeur de chiffre d’affaires pour le PMU et le plus rentable pour nous.

Ce qui a amené le PMU à corriger à la baisse son plan PMU 2020 initial. On parlait d’un retour filière au niveau du milliard d’euros ; on serait en dessous de 875 M€…

Dans les éléments de correction, il y a effectivement une prise en compte des tendances d’activité les plus récentes, même si le début de l’année 2016 est plutôt satisfaisant. Et il y a aussi la prise en compte d’un déploiement plus progressif de la rénovation des points de vente du PMU. L’effet bénéfique attendu de cette rénovation est donc un peu décalé par rapport au plan PMU 2020 initial.

Dans ce contexte concurrentiel, la prévision d’évolution des enjeux du PMU a été réactualisée. On parle, d’ici 2020, d’un milliard d’enjeux supplémentaire, avec un redémarrage plus fort à partir de 2018 seulement. Le résultat net du PMU ne se redressera de manière significative pour nous qu’à partir de 2019.

Si, en 2017, le PMU réussit à dépasser les 10 milliards de chiffre d’affaires et à reverser 810 M€ aux sociétés-mères, quelle sera la situation pour France Galop ?

Si on poursuit sur cette lancée, cela veut concrètement dire un déficit d’exploitation annuel de 30 M€, ce qui n’est évidemment pas tenable sur le long terme.

Quelles sont les solutions pour éviter un déficit durable de 30 M€ par an ? France Galop travaille-t-il déjà sur des scénarios ?

Oui il y a différents axes. C’est d’abord celui du développement et du redéveloppement du chiffre d’affaires du PMU. Nous sommes à la fois coactionnaires et partenaires du PMU, donc directement intéressés au redémarrage des enjeux hippiques en France.

Donc agir sur le nombre de partants ?

Effectivement : agir sur le nombre de partants. Mais cela ne veut pas dire bouleverser les équilibres du programme et renoncer aux objectifs qu’il poursuit. Il existe une dimension de sélection extrêmement importante, qu’il faut cultiver. Nous avons besoin d’avoir un beau programme de courses de Groupe, qui attire les meilleurs chevaux européens, une vitrine, car c’est aussi cela le moteur de nos courses et l’amélioration de la race. Mais aujourd’hui, dans un programme national qui s’est énormément densifié, il faut être suffisamment ouvert d’esprit et avoir la capacité à se remettre tous en question pour offrir un calendrier de courses qui nous redonne les chances de susciter l’intérêt des parieurs, et donc des enjeux hippiques et le meilleur retour pour la filière. On n’a plus le droit de gâcher des chances d’offrir un bon support au PMU quand on connaît la concurrence à laquelle il doit faire face. Le défi est d’écrire un programme faisant coexister des opportunités compétitives pour toutes les catégories de chevaux, et attirant également un nombre de partants satisfaisant pour les parieurs.

Vous êtes-vous donné un calendrier pour "regarder librement" le programme ? On connaît la difficulté de l’exercice…

J’ai envie de dire que ce sera une affaire de bon sens, et un appel à la responsabilité de tous ceux qui se sont, à un moment donné, impliqués dans la conception d’un calendrier et d’une offre de courses pour les parieurs. Il n’y a pas lieu d’attendre fin 2017 pour avoir du bon sens. Donc il faut regarder les choses telles qu’elles sont et dès qu’on est capable d’améliorer un programme, il ne faut pas s’en priver pour de mauvaises raisons.

Aujourd’hui, le programme est globalement publié en deux parties : premier semestre et second semestre. Ce rythme de parution pourrait-il évoluer ?

C’est un sujet sur lequel les équipes de France Galop ont déjà réfléchi. On peut imaginer des parutions plus fréquentes, sur des durées plus courtes, par exemple trimestrielles, pour nous permettre d’être plus proactifs.

Nous avons parlé du PMU tout à l’heure. Il est concerné par un des autres axes d’action : le marketing commun des courses. Où en est-on à ce sujet ?

Un gros travail a été entrepris depuis un an autour de la création d’une marque commune et d’outils qui permettent de regagner le cœur du public. Ce sujet va vraiment de pair avec la problématique de diffusion des courses en dehors d’Equidia, sur laquelle il y aura des annonces au milieu de la semaine prochaine. Tout ce que l’on peut dire aujourd’hui, sur ce qui a été présenté comme projet pour 2016 et après, c’est qu’on a un très bel outil entre les mains pour réussir à réconcilier le grand public avec les courses, à travers ce que les courses ont de mieux à offrir, sportivement parlant. Nous allons avoir les moyens de leur parler des courses avec nos meilleurs compétiteurs et inscrire cette démarche dans la durée, au lieu de simplement faire du one shot.

Lorsque l’on évoque une hausse des recettes de France Galop, le nouveau Longchamp semble très central. Quel est son potentiel et comment l’optimiser ?

Le nouveau Longchamp, ce sont évidemment un nouvel hippodrome et de nouvelles tribunes mais c’est beaucoup plus que cela. C’est sans doute une nouvelle manière de gérer nos sites, qui doivent être des lieux les plus accueillants possible et offrant le plus de services possible à notre public et à nos professionnels les jours de course. Mais cela doit aussi être un outil pour développer de nouvelles ressources, aussi bien les jours de courses qu’en dehors. Nous allons posséder, dans Paris même, un outil assez formidable afin de développer d’autres activités. Aujourd’hui, c’est important de dire, dès qu’on le peut, que ces hippodromes doivent générer d’autres recettes que celles des jours de courses. Actuellement, 90 % de nos recettes proviennent du pari hippique. C’est un modèle un peu unique au monde – si l’on excepte le Japon et Hongkong qui sont deux cas particuliers – mais il nous a rendus dépendants de la productivité du marché des jeux. D’autres pays ont appris à moins l’être, ils ont été obligés d’être plus dynamiques et orientés business dans la gestion de leurs hippodromes et dans ce qu’ils peuvent offrir à des partenaires. Avec le nouveau Longchamp, nous n’aurons plus l’excuse de dire que nos sites ne sont plus adaptés. C’est une vraie opportunité de pouvoir développer un nouveau savoir-faire.

Pour finir sur les pistes de correction de la trajectoire financière, il faut aussi parler d’économies. Les retraites spéciales et le P.M.H. ont été réformés, le PMU est en cours de réduction de ses charges… Quid de France Galop ?

Le Comité stratégique avait pris l’engagement de réaliser 50 M€ d’économies, dans l’ensemble de l’Institution. Cette dernière est au rendez-vous de cet objectif et cela a été salué par la Tutelle. Mais on voit bien que la projection financière exposée nous engage à ne pas nous contenter des économies déjà réalisées. Nous devons en faire d’autres si nous voulons préserver ce qui nous tient le plus à cœur : les allocations. Là encore, il faut aborder toutes les pistes sans tabous et sans a priori. Pour France Galop, ce sera un enjeu de dégager, à horizon rapproché, un plan d’économies au service de la relance de notre activité. Il n’y aura pas de pérennité des allocations sans relance… mais cette relance a besoin de marges de manœuvre !

Le making of

Mardi, 13 heures. Nous avons rendez-vous pour déjeuner avec Olivier Delloye et avec Édouard de Rothschild au siège de France Galop, à Boulogne. Au menu : sandwiches et coca. Light ou zéro. Un "classique" de la part du nouveau président, qui préfère un rapide jambon-beurre à un long déjeuner à la française. Comme journalistes, nous avions l’habitude d’interroger Olivier Delloye les soirs de vente Arqana, en compagnie d’Éric Hoyeau. Le lieu, la société et le président ont changé mais pas Olivier. Tant mieux. S’il conserve le style qui lui a réussi chez Arqana, il aura d’autant plus de chances de faire évoluer la société-mère.

Avant de lancer l’interview, nous échangeons sur le contexte politique et économique. Le nouveau président et son directeur général viennent d’en terminer avec l’état des lieux et avec l’analyse de cet état des lieux. C’est tout l’objet de l’interview que nous publions : même si le PMU progresse, il manquera toujours peu ou prou 30 M€ dans les caisses de France Galop à la fin de chaque année… à moins de baisser les charges et d’augmenter les recettes. La double réforme s’annonce donc vitale !

Maintenant qu’ils ont toutes les informations en main, Édouard de Rothschild et Olivier Delloye vont devoir imaginer des actions pragmatiques et constructives, et les soumettre aux élus. Notre interlocuteur en parle d’ailleurs, évoquant quelques pistes. Donc, à l’issue de ce processus qui se conclura autour de l’été, nous devrions en savoir plus sur la stratégie du galop français pour les années à venir.

Arqana, Génération Galop, France Galop…

Jour de Galop. – A titre plus personnel, vous avez quitté Arqana pour France Galop. Ce n’est ni la même taille d’organisation, ni la même position, ni la même culture. Comment passe-t-on de l’un à l’autre ?

Olivier Delloye. – Mon premier moteur chez Arqana c’était, à l’endroit où j’étais, de faire en sorte que notre élevage, nos chevaux français, au travers des ventes et du marché, rayonnent le plus possible en France et à l’étranger. C’est le même moteur que j’ai ici, à France Galop. Effectivement, le contexte est différent puisque c’est une association et non pas une société commerciale. Mais c’est vraiment ça qui m’anime pour les années à venir : me demander comment on peut relancer l’intérêt du grand public et des propriétaires, aussi bien en France qu’à l’étranger. Et trouver les moyens d’assurer la pérennité de nos courses, pour faire en sorte qu’elles continuent à rayonner et à se renforcer.

Est-ce que cela vous énerve d’entendre ou de lire que vous êtes l’homme du marché ? L’homme de Génération Galop ? L’homme d’une vision finalement assez élitiste de la chose hippique ?

Il ne faut pas non plus avoir peur de tendre vers l’excellence. Mais cela ne veut pas dire servir des intérêts catégoriels. L’excellence, c’est celle de notre modèle qui est capable de financer d’une manière parfaitement saine la filière, à travers un marché des paris hippiques bien géré et dynamique et de faire en sorte que tout le monde s’y retrouve selon ses moyens et sa capacité à investir. Je pense avoir toujours su reconnaître les vertus de ce modèle français. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas le questionner quand il est challengé : nous sommes entourés de pays qui se modernisent, progressent, avancent… La France doit rester dans le peloton de tête.