Marcel chaouat et ses chaouateries

Autres informations / 01.04.2016

Marcel chaouat et ses chaouateries

Marcel Chaouat et ses chaouateries

Propriétaire, gérant d’une écurie de groupe, organisateur de soirées et désormais élu au conseil d’administration de France Galop : Marcel Chaouat est un visage bien connu du monde des courses. Mais que sait-on vraiment ce personnage atypique ? Pour Jour de Galop, il a accepté de se dévoiler.

Jour de Galop. – Vous vous êtes présenté aux élections de France Galop dans la liste du Renouveau du Galop, avec Daniel Augereau. Vous, l’extraverti qui n’hésite pas à prendre le micro et à monter sur les tables ; lui, plus dans la retenue, PDG d’une grande entreprise. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Marcel Chaouat. – Des amis communs nous ont présentés. Nous nous sommes tout de suite bien entendus. Daniel Augereau était un peu mitigé à l’idée de prendre la tête d’une liste commune aux élections de France Galop. Je pense que notre bonne entente nous a donné envie d’y aller mutuellement. J’ai même sans doute aidé à le convaincre.

Certains ont pu être étonnés que Daniel Augereau ne se présente pas à la présidence…

Daniel Augereau voulait avant tout apporter sa compétence, mais n’avait pas forcément envie de la présidence. Parmi les candidats en lice, Édouard de Rothschild était à l’écoute de nos idées. Nous avons fait le choix de l’alliance. Il a créé le poste de vice-président délégué à la modernisation et au développement pour lui.

À présent que vous siégez au conseil d’administration, que peut-on attendre ?

Il est encore un peu tôt pour parler d’actions concrètes. Olivier Delloye vient de prendre ses fonctions, un nouveau D.R.H. est aussi sur le point d’arriver. Notre priorité va être de moderniser France Galop. On ne peut pas se permettre de perdre 30 millions d’euros par an ! Rendez-vous compte : cela représente 100.000 euros par jour ! C’est impossible. Il faut prendre conscience de cela et rééquilibrer les comptes si l’on veut que notre passion dure encore longtemps.

Vous venez d’être nommé administrateur délégué de l’hippodrome de Deauville. Pourquoi Deauville et quelles sont vos idées pour l’hippodrome ?

J’ai toujours aimé Deauville. J’y possède une maison, et depuis quinze ans, j’y suis du premier jour du meeting jusqu’au dernier. Il y a des choses à améliorer. J’ai rencontré Olivier Louit, le directeur du site, qui m’a épaté par sa connaissance des dossiers, son envie de bien faire, son esprit constructif. J’ai aussi eu un rendez-vous avec Philippe Augier, qui m’a accueilli les bras grand ouverts, avec un esprit tout aussi constructif et une volonté de collaboration. Dans un premier temps, j’ai des idées pour améliorer la fréquentation de l’hippodrome et j’attends la validation de la direction générale et de la présidence de France Galop pour les mettre en place dès cet été. Je voudrais aussi développer le sponsoring, notamment local, lors des réunions de semaine.

Dans l’esprit des gens, Marcel Chaouat, c’est aussi le Galopathlon et ces belles soirées deauvillaises…

Le Galopathlon, c’est un challenge que j’ai imaginé pour que les gens des courses prennent du bon temps ensemble. On s’affrontait lors de multiples épreuves sportives ou autres, puis on se réunissait au casino de Deauville pour une soirée de gala où je remettais les prix. Il y avait même des voitures à gagner ! Quand le concept s’est essoufflé, j’ai évolué en proposant une soirée caritative, toujours à Deauville.

Comment avez-vous découvert les courses ?

Je suis arrivé en France en 1961, en provenance de Tunisie. À peine une année plus tard, à treize ou quatorze ans, j’ai découvert les hippodromes parisiens ! Je n’avais pas un sou, mais je jouais aux courses jusqu’à mon dernier centime. Je prenais le bus pour aller aux courses et, par précaution, j’achetais mon billet de retour à l’avance, pour être sûr d’avoir de quoi rentrer chez moi… Mon but n’était pas de gagner de l’argent. Si je touchais un cheval à 1,10 franc la place, j’étais content ! J’ai toujours été un passionné, et il était vital pour moi d’aller aux courses. Le dimanche, j’allais à Longchamp, je voyais ces messieurs bien habillés, avec leurs belles femmes, aux balances. Je me disais : “Un jour, je serai là moi aussi !”

Ce jour-là, quand est-il arrivé ?

J’ai dû attendre un peu ! J’ai commencé à travailler. À l’époque, j’habitais rue de Turenne, dans le Marais, avec mes parents. Du lundi au vendredi, j’étais coursier à "mobylette" chez le tailleur pour hommes qui employait ma mère. Le week-end, j’aidais ma mère aux Puces de Saint-Ouen. Et tout l’argent que je gagnais, je le lui donnais. Nous n’avions pas un sou. Pour payer les extras, je travaillais aux Halles deux nuits par semaine. Je transportais les marchandises sur mon diable… Cet argent-là, je le gardais pour moi. Je connais la valeur de l’argent. J’y fais très attention, car je sais à quel point il est dur de le gagner… Je continuais à jouer aux courses le matin et je descendais au bistrot dans la journée pour consulter les arrivées et les rapports, qui arrivaient à l’époque par dépêche AFP sur le télex du bar. Puis j’ai fini par avoir les moyens pour investir dans un cheval…

Par quel biais avez-vous acheté votre premier cheval ?

J’étais à Vincennes avec des amis. Ils m’ont présenté un entraîneur. J’ai acheté un trotteur à réclamer et je le lui ai confié. Le cheval n’a rien fait lors de ses quatre premières courses pour moi. J’ai lâché l’affaire, et le cheval s’est mis à faire l’arrivée, pour le même entraîneur, mais sous d’autres couleurs que les miennes. Je me suis dit que le trot n’était pas fait pour moi… Le virus m’a rattrapé plus tard, lors d’un week-end que je passais avec mon frère et nos épouses à Deauville. Les femmes sont allées faire du shopping et nous sommes allés aux ventes. Pris dans l’ambiance, nous avons levé la main pour le dernier numéro de la vente, un yearling qui s’appelait Truedal. Je ne connaissais personne. J’ai croisé François Boutin et je lui ai demandé s’il acceptait d’entraîner mon cheval. Il ne me connaissait pas, m’a dit qu’il n’avait plus de boxes disponibles et m’a conseillé de m’adresser à un de ses confrères… Finalement, le cheval est parti chez Élie Lellouche. Il était un peu juste pour la région parisienne, alors il l’a envoyé chez Frédéric Rossi, sans trop de succès non plus. Je me suis dit : “J’arrête, ça suffit.

Et pourtant, vous avez continué…

Quelque temps après, en effet, j’ai acheté à réclamer Alips, qui appartenait à François Dufaut. Huit jours plus tard, la pouliche court pour moi à Maisons-Laffitte. Elle gagne. Je me souviens avoir regardé la course à côté d’Alain de Royer Dupré. Il me demande : “Vous la défendez ?” Je lui réponds par la négative. “C’est dommage, elle va plus vite que les autres…” Alips a eu la belle carrière que l’on sait, et elle a d’ailleurs fini sa carrière sous l’entraînement d’Alain de Royer Dupré. J’ai eu d’autres chevaux, d’abord chez Jean-Paul Delaporte, puis chez Cédric Boutin. Dès que je gagnais, j’en achetais un autre. Je suis monté jusqu’à cinquante chevaux ! J’avais une quinzaine de partants par semaine…

À cette époque, vous faites la connaissance d’un jeune apprenti de Cédric Boutin. Vous nous racontez ?

J’allais voir mes chevaux deux ou trois fois par semaine chez Cédric, et je voyais ce môme portant deux seaux d’eau plus lourds que lui ! Il me faisait de la peine. J’en fais la remarque à Cédric qui me répond : “Oui, mais si on veut en faire un homme, on n’a pas le choix…” Le gamin se faisait aussi engueuler quand il descendait de cheval. J’essayais de m’interposer. C’était Christophe Soumillon. Il avait dans le regard cette rage de vaincre qu’il a toujours. Ma casaque a été l’une des premières qu’il ait portées. Nous sommes restés amis. Christophe a gardé son caractère de gagnant, mais il a aussi le cœur sur la main. Quand j’ai organisé des dîners caritatifs, il a toujours été le premier à lever la main. J’aime beaucoup Christophe, et j’aime aussi beaucoup sa femme, Sophie Thalmann.

Vous parliez de votre casaque… Vous en avez changé à plusieurs reprises. Pour quelles raisons ?

J’ai commencé avec une casaque rouge, pois bleus, toque rouge. Un peu plus tard, un autre propriétaire a choisi quasiment la même, mais avec une toque rouge pois bleus. J’ai changé alors pour des couleurs roses, manches et toque violettes. Rebelote, quelqu’un choisit ensuite rose, manches et toque mauves. Alors, j’ai changé une nouvelle fois, pour une casaque rose, toque violette, et j’ai aussi pris rose toque mauve pour mon fils, histoire d’être sûr de ne pas avoir la même déconvenue trois fois de suite !

Aujourd’hui, on ne voit quasiment plus cette casaque. Pourquoi avez-vous réduit la voilure ?

La réussite aidant, Patrick Fellous s’est rapproché de moi pour que l’on associe sur des chevaux. J’achetais les chevaux, il n’en prenait souvent que 25 % et les chevaux portaient toujours sa casaque. Nous sommes montés jusqu’à une quarantaine de chevaux. Un jour, j’ai voulu qu’un cheval coure sous mes couleurs. Il n’était pas d’accord, alors j’ai fait vendre la totalité. J’ai repris quelques chevaux, mais les coûts d’entraînement ont monté, alors que les allocations n’ont pas suivi. Je suis un gestionnaire avant tout. Mon obsession, c’est équilibrer les budgets. Je ne pouvais plus équilibrer le budget chevaux, alors j’ai arrêté, ou quasiment…

C’est là que vous décidez de créer une écurie de groupe ?

J’ai en effet créé en 2014 l’écurie Passion Racing Club avec Frédéric Dezzutto, avec qui j’étais déjà associé dans mes affaires. Frédéric et moi-même avons pris chacun dix parts, et nous sommes parvenus à vendre soixante-quatre autres parts au prix de 5.000 euros. Aurélien Visidéo, qui a créé le site internet de l’écurie, et Ludovic Lauletta, qui s’occupe de tenir informés les actionnaires de la vie de l’écurie, nous ont rejoints. Depuis sa création, nous avons gagné plus d’un million d’euros d’allocations, pour un capital initial de 320.000 euros ! Actuellement, nous sommes quatrième du classement des propriétaires en haies, septième en steeple et cinquantième en plat… Et en obstacle, nous avons depuis le début de l’année un taux de réussite dans l’argent de 80 %. Pas mal, non ?

Quel est l’esprit de l’écurie ?

Je pense que, finalement, l’écurie ressemble à son créateur. Je suis un bon vivant, j’aime la convivialité, m’amuser avec mes copains, et vivre les courses comme une passion. L’écurie, c’est cela. Un club de passionnés qui aiment se retrouver pour soutenir leurs chevaux, et le tout sans perdre d’argent ! Nos actionnaires regroupent à la fois des professionnels, puisque certains entraîneurs de l’écurie ou des prestataires comme les gérants de haras ou pré-entraîneurs ont pris des parts, de petits propriétaires qui n’avaient pas beaucoup de moyens pour se faire plaisir tout seuls, des amis qui m’ont suivi dans l’aventure, et des novices complets. Depuis, deux ont pris leurs couleurs.

Vous travaillez avec beaucoup d’entraîneurs. Pour quelles raisons ?

D’une part, nous avons des porteurs de parts qui viennent de toutes les régions de France. D’autre part, il était important de bien répartir nos effectifs, en fonction des moyens des chevaux, des aptitudes… Tous les entraîneurs font un travail formidable : David Windrif à Chantilly, qui est également le conseiller technique de l’écurie, Yann Barberot à Deauville, Guillaume Macaire et François Nicolle à Royan.

La société ne devait durer que trois ans. Vous venez de fêter vos deux années d’existence. Pensez-vous continuer encore longtemps ?

Lors de notre troisième assemblée générale, l’an prochain, je poserai la question à mes associés. Si une majorité est pour la poursuite de l’aventure, nous continuerons, sinon nous arrêterons ! Nous allons d’ailleurs faire une augmentation de capital prochainement pour permettre à d’autres personnes d’entrer dans le club.