Antoine de talhouët-roy : « les hommes passent, la terre reste. »

Autres informations / 28.05.2016

Antoine de talhouët-roy : « les hommes passent, la terre reste. »

LES 150 ANS DU HARAS DES SABLONNETS

Antoine de Talhouët-Roy : « Les hommes passent, la terre reste. »

Antoine de Talhouët-Roy représente la cinquième génération à la tête du haras des Sablonnets. Entre passion et raison, il évoque son travail d’éleveur et sa volonté de transmettre ce patrimoine et sa culture aux générations à venir.

Transmettre une histoire, un patrimoine et des valeurs. « Cette fête fut avant tout l’occasion de célébrer ma famille et le travail de mes ancêtres. Je voulais leur rendre hommage. En préparant cet événement, j’ai appris beaucoup de choses sur l’histoire du haras et celle de ma famille. Ce fut également l’occasion de partager cette mémoire avec mes trois enfants. Au-delà du haras, j’ai essayé de leur transmettre mon attachement au monde rural et à la vie à la campagne. Si un jour mes enfants veulent se poser, entre deux voyages, ils pourront s’y ressourcer. La vie parisienne a ses avantages, mais elle est difficile. J’aime beaucoup la campagne et la nature, et je préfère aller ponctuellement à Paris. La nature, c’est le luxe du temps. Peut-être assisterons-nous un jour à un exode urbain ? Les ruraux ont des valeurs, dont ils n’ont bien sûr pas l’exclusivité, mais qu’ils savent cultiver, comme le goût du travail, le sens du partage et de la solidarité. »

L’avenir du haras. « Quand on aime une personne, la plus belle chose que l’on peut lui offrir, c’est la liberté. La sixième génération est peut-être en marche. Je ne sais pas. J’ai avant tout envie que mes enfants fassent ce qui leur plaît. Simplement, je leur ai demandé de préserver notre terre et de ne pas la vendre, quitte à la louer. Peut-être que l’un d’entre eux, ou plusieurs, voudront reprendre le haras ? Pour l’instant, rien n’est établi, mais je souhaite leur transmettre une structure dans le meilleur état et la plus performante possible. En 1990, lorsque j’ai repris le haras, il était en difficulté. Nous avons beaucoup travaillé pour le rénover, tout en respectant la terre et la nature. »

Ce fut également l’occasion de partager cette mémoire avec mes trois enfants. Au-delà du haras, j’ai essayé de leur transmettre mon attachement au monde rural et à la vie à la campagne.

D’importantes évolutions. « Lors de mon arrivée à la tête du haras, il a fallu revoir un certain nombre de choses, comme les prix de pension. De même, je voyais que certaines souches n’attiraient plus les acheteurs lors des ventes aux enchères. J’ai donc renouvelé une partie de la jumenterie, tout en conservant la souche centenaire de notre famille, celle de Maredsous (Homme de Loi). Cette dernière nous a donné Red Dubawi (Dubawi), lauréat de Gr1, qui est revenu sur ses terres de naissance pour y faire la monte. C’était important de conserver cette souche. En parallèle, j’ai acheté plusieurs bonnes juments et elles ont été à l’origine de belles histoires. Heavenly Song (Machiavellian) nous a donné Spirito del Vento (Indian Lodge), double lauréat du Prix Daniel Wildenstein (Gr2), avant d’être exportée au Japon. Depuis vingt ans, je travaille avec Laurent Benoit. C’est lui qui m’avait conseillé d’utiliser Dubawi au début de sa carrière, alors qu’il était encore accessible. Chaque année, j’envoie entre trois et cinq juments à l’étranger, parfois pour des questions de courants de sang et parfois pour des raisons commerciales. C’est ainsi qu’a été conçu Spiritjim (Galileo), lauréat du Grand Prix de Chantilly (Gr2). »

Une province décomplexée. « La position de l’Ouest, en terme d’entraînement et d’élevage, s’est améliorée. La tendance est à la décentralisation, en plat comme en obstacle. Il y a bien sur des raisons économiques, mais aussi le fait que des professionnels ont su créer en région les conditions pour attirer des investisseurs. La province s’est vraiment décomplexée grâce à des gens audacieux qui ont su se hisser au niveau des Cantiliens. Les épreuves de Groupe ne sont plus l’exclusivité des Parisiens. En ce qui concerne l’élevage, je pense que l’Ouest s’améliore. Si je regarde autour de notre haras, il y a de très bons éleveurs, qui ont produit au meilleur niveau, comme la famille Devin, la famille de Tarragon, Gaëtan Gilles ou Monsieur de Chevigny. Ces personnes ont produit des lauréats de Gr1 sans avoir des juments acquises à prix d’or. Je crois beaucoup au terroir. Les hommes passent, la terre reste. »

Il y aura encore des personnes en difficulté dans les temps à venir. Mais la passion et l’action politique sont une source d’espoir.

L’avenir de la filière. « On croise beaucoup de gens ayant une vision très sombre de l’avenir des courses. C’est un milieu qui a beaucoup changé et qui s’est démocratisé. Mais nous sommes entrés dans une guerre économique et les courses ont été frappées plus tard que d’autres secteurs. Le dénominateur commun entre les différents acteurs du monde hippique est la passion. Cette dernière permet d’obtenir des résultats parfois insoupçonnés. Cela nous élève. Saint Augustin disait : « Il vaut mieux se perdre dans la passion que de perdre sa passion. » Perdre la passion, c’est perdre son moteur. Mais dans le même temps, il faut mettre un peu de raison dans sa passion et être en phase avec ses propres moyens. Il est certain que nous ne sommes pas au bout de nos difficultés. Il y aura encore des personnes en difficulté dans les temps à venir. Mais la passion et l’action politique sont une source d’espoir. Le nouveau président de France Galop occupe le terrain. Il est très présent et il a la capacité de prendre les bonnes décisions pour pérenniser notre activité. »