La mesure de l’exploit

Autres informations / 25.05.2016

La mesure de l’exploit

La mesure de l’exploit

Dix longueurs ! C’est l’écart entre A Shin Hikari (Deep Impact) et son dauphin, Dariyan (Shamardal), dans le Prix d’Ispahan (Gr1), ce mardi à Chantilly. Le cheval japonais a affolé le compteur des longueurs en survolant le Gr1, cette année disputé sur 1.800m au lieu des traditionnels 1.850m, délocalisation oblige. Remporter un Gr1 avec une telle marge est un exploit rare, qui a déjà été réalisé dans d’autres pays, à d’autres époques, mais aussi récemment… En voici quelques exemples.

Les huit longueurs de Cirrus des Aigles dans le Prix Ganay 2012. À son sommet en 2012, Cirrus des Aigles s’envolait dans le Prix Ganay (Gr1) pour son retour de Meydan. Le hongre de Corinne Barande-Barbe reléguait en effet Giofra (Dansili) à huit longueurs, sur une piste lourde comme il les aimait. Giofra, peu adepte des pistes assouplies, devançait, elle, Reliable Man (Dalakhani) de deux longueurs…

Old Vic, sept longueurs dans le Prix du Jockey Club. En France, on peut aussi citer Old Vic (Sadler’s Wells), qui avait créé la sensation en enlevant le Prix du Jockey Club (Gr1), alors sur 2.400m, par sept longueurs. Il détient encore ce record, faisant mieux qu’Alcantara II (Perth), qui remporta le Prix du Jockey Club en 1911 avec six longueurs d’avance sur son plus proche poursuivant. Six longueurs, c’est aussi l’écart à l’arrivée dans le Prix du Jockey Club d’Holding Court (Hernando), en 2000…

Le Prix de l’Arc de Triomphe a lui aussi été le témoin de grandes envolées… En 1956, le crack Ribot (Tenerani) a remporté l’épreuve par six longueurs. Il sera imité en 1965 par un certain Sea Bird (Dan Cupid), puis en 2001 par Sakhee (Bahri)…

Tableau : quelques-uns des plus grands écarts à l’arrivée dans les Grs1 en France avant A Shin Hikari

C’est Ribot ! Le champion Ribot a remporté le Prix de l’Arc de Triomphe 1956 par six longueurs, mais ce n’est pas là sa plus grande envolée. Le champion de Federico Tesio remportait le Gran Premio del Jockey Club par quinze longueurs en 1955, deux semaines après sa victoire dans le Prix de l’Arc de Triomphe. Il battait le français Norman (Norseman), double tenant du titre…

Secretariat, le champion toutes catégories. Le crack Secretariat (Bold Ruler) détient encore à ce jour le record de longueurs lors d’une victoire. "Big Red" avait en effet atomisé ses adversaires dans les Belmont Stakes (Gr1), en 1973 : il s’était imposé par 31 longueurs ! Il doit y avoir quelque chose dans le sable de Belmont Park, car les Belmont Stakes ont plusieurs fois été le théâtre de grandes envolées. Avant Secretariat, le record de longueurs acquises durant une victoire était détenu par Count Fleet (Reigh Count), lequel avait enlevé la dernière étape de la Triple couronne américaine par 25 longueurs… En 1920, le crack Man O’War (Fair Play) avait lui aussi pulvérisé l’opposition dans les Belmont Stakes, ralliant le poteau détaché de 20 longueurs. En comparaison, le record de longueurs dans le Kentucky Derby est de sept : c’était Mine that Bird (Birdstone), en 2009.

Et les 100 longueurs de Man O’War…

Nous sommes en 1920. Le 3ans Man O’War est engagé dans les Lawrence Realization Stakes, un Gr2. Mais personne ne désire affronter ce cheval réputé invincible. Il lui fallait pourtant bien un adversaire et, finalement, Sarah Jeffords, la nièce des propriétaires de Man O’War, engage Hoodwink. Le cheval a dû se sentir bien seul dans le parcours, tout comme Man O’War qui rallie le poteau détaché de plus de cent longueurs ! Bien que courant seul, le crack en a profité pour s’imposer en un temps record de 2’40’’08, sur les 2.600m de la piste de… Belmont Park ! Le record tient toujours et c’est tout simplement un record du monde sur la distance. Kelso (Your Host) a ensuite égalé ce chrono. Devinez où ? Dans les Lawrence Realization Stakes, à Belmont Park !

Les États-Unis, évidemment. On ne s’étonne finalement pas de retrouver des écarts à l’arrivée monstrueux dans les courses américaines, car la configuration même des épreuves disputées sur le dirt permet ce genre de phénomène : ce sont souvent des courses "à la mort", qui bardent d’emblée, et celui qui tient jusqu’au bout prend vite du champ sur des adversaires qui terminent presque au pas. Que dire par exemple des vingt longueurs de la championne Rachel Alexandra (Medaglia d’Oro) dans les Kentucky Oaks ? Des treize longueurs et demie d’Inside Information (Private Account) dans le Breeders’ Cup Distaff 1995 ? Des dix longueurs de Street Sense (Street Cry) dans le Breeders’ Cup Juvenile 2006 ? Le tableau ci-dessous des écarts à l’arrivée record dans des épreuves du Breeders’ Cup illustre bien ce phénomène :

Et en Europe récemment ? En Europe, il est plus rare d’avoir des écarts à l’arrivée aussi conséquents qu’aux États-Unis, mais cela peut arriver. Voici une liste de quelques-uns des chevaux ayant laissé leurs adversaires dans le lointain dans les Grs1 depuis le début des années 2000…

Tableau sur les chevaux européens.

Rendons hommage aux ajusteurs… Les écarts à l’arrivée sont signes de l’exploit, que ce soit dans leur grandeur… ou dans leur petitesse. Ajuster, venir placer le bout de son nez sur le fil pour s’imposer est aussi le signe des grands. N’allez pas dire le contraire à Zenyatta (Street Cry) ou à Giant’s Causeway (Storm Cat)… Et n’allez pas dire à Pour Moi (Montjeu) ou à Zarkava XX (Zamindar) que leurs victoires respectives dans le Derby d’Epsom et le Qatar Prix Vermeille ne sont pas le signe des très grands…