Le pegasus world cup complet : le pari de franck stronach est réussi

Autres informations / 20.05.2016

Le pegasus world cup complet : le pari de franck stronach est réussi

ACA

Le Pegasus World Cup complet : le pari de Franck Stronach est réussi

Complet ! Voilà l’annonce qui a été faite dans la soirée de jeudi (heure française) lors de la conférence de presse du Pegasus World Cup. Douze propriétaires ont accepté de verser la modique somme d’un million de dollars pour avoir une place au départ de la course, le 28 janvier 2017 à Gulfstream Park. « Nous avions déjà trop de demandes dès ce mardi, a expliqué Jack Wolf, président directeur général du Pegasus World Cup et fondateur de Starlight Racing. Nous avions quatorze demandes pour douze places. Un des demandeurs a fini par s’allier avec un autre, et le dernier s’est retiré. Tout le monde a payé et les entrées sont closes. » Franck Stronach était prêt à acheter trois places pour compléter, si besoin en était, le nombre de partants. Finalement, il n’aura pas eu besoin de cela…

Voici la liste des propriétaires ayant acheté leur ticket. Rappelons que les propriétaires payent le droit d’avoir leur casaque au départ, mais n’engagent pas un cheval déterminé… Même si la liste permet, pour certains d’entre eux, de se faire une idée de quel représentant ils devraient destiner à la course.

1 - California Chrome LLC

2 - J. Paul Reddam

3 - Jerry & Ronald Frankel

4 - Jim McIngvale

5 - Michael Tabor, Derrick Smith & John Magnier

6 - Sol Kumin & James Covello

7 - Starlight Pegasus Partners

8 - Dan Schafer

9 - Rosedown Racing Stables (Jeffrey Weiss)

10 - The Stronach Group

11 - Reeves Thoroughbred Racing

12 - Ruis Racing

 

Quand Franck Stronach assaisonne le principe des Poules à la sauce américaine. L’idée de Franck Stronach va certainement déchaîner les passions, en bien et en mal, mais il faut reconnaître qu’elle est surprenante, révolutionnaire et, quel que soit le sens que l’on souhaite donner à ce mot, géniale. Elle n’est pas complètement nouvelle, puisque le Pegasus World Cup reprend le principe bien connu des Poules : une course financée par l’argent des engagements. Mais il agrémente totalement ce concept à la sauce américaine.

Pour une Poule, l’idée de base est de s’adresser à un grand nombre de personnes, qui versent une petite somme. Le Pegasus World Cup renverse tout cela : il s’adresse à un petit nombre de personnes en échange d’une somme – très – élevée. Et, quelque part, cela ne pouvait avoir lieu qu’aux États-Unis, où l’idéal du self made man est et sera toujours vivante : la réussite sociale est avant tout une fierté qui s’affiche, parfois dans tous ses excès. Et tant pis si cela laisse une grande partie des personnes sur le carreau, dans l’impossibilité d’acheter une place, comme l’a très bien expliqué Franco Raimondi dans notre précédente édition.

 

Vendre, acheter, vendre : la loi du marché. Il était important d’acheter une place au départ de ce Pegasus World Cup dès sa première édition, car tous les propriétaires cités ci-dessus auront donc la priorité lors des engagements des prochaines éditions de la course, pour espérer décrocher le pactole de 7 millions de dollars au gagnant, sans compter le partage des droits télé, des bénéfices des sponsors et des paris engagés sur cette course. Pour ces propriétaires, l’opération s’annonce forcément gagnante car, s’ils n’ont pas de chevaux à aligner dans la course d’ici là, ils pourront toujours revendre leur place au départ… Et l’histoire n’en dévoile pas le prix ! Imaginez donc avoir un cheval qui se révèle dans les prochains mois et remporte le Breeders’ Cup Classic (Gr1) en démolissant l’opposition : combien seriez-vous prêt à payer pour acheter votre place au départ ? Avec sept millions au gagnant, les enchères peuvent vite monter et donner l’espoir d’un accord gagnant-gagnant pour l’acheteur comme pour le vendeur…

 

Quel label pour la course ? Franck Stronach a parfaitement géré son coup. La course est idéalement placée : après la finale américaine des pur-sang qu’est le Breeders’ Cup Classic (Gr1), et avant la – désormais – deuxième course la plus riche du monde qu’est le Dubai World Cup (Gr1). Il sera d’ailleurs intéressant de suivre la réaction de Dubaï après ce succès du Pegasus World Cup : l’allocation du Dubai World Cup va-t-elle être augmentée en signe de riposte ? C’est possible, d’autant plus qu’aucun des grands propriétaires des Émirats Arabes Unis n’a acheté de place au départ de la course du groupe Stronach…

Le Pegasus World Cup peut servir de tremplin pour Dubaï, mais ce n’est certainement pas là son unique ambition. Pour l’instant, le Dubai World Cup a encore un net avantage sur la course du groupe Stronach : elle porte le label Gr1. Rappelons que cette épreuve doit venir en quelque sorte absorber le Donn Handicap (Gr1), une épreuve très importante du calendrier américain, au palmarès duquel on retrouve notamment le crack Cigar (en 1995 et 1996).

Absorber, oui, mais le Pegasus World Cup ne peut pas récupérer ainsi le statut de Gr1 de la course, comme nous l’a expliqué Louis Romanet : « Pour cela, il faut la validation de l’American Graded Stakes Committee. Ils examineront ce cas et détermineront si la course est comparable ou non. C’est une décision qui leur appartient. » Difficile de dire si la course va être comparable mais, à un million de dollars l’engagement, les chevaux de Gr1 devraient bien être au rendez-vous, et ce d’autant plus que la course arrive tout juste avant le début de la saison de monte nord-américaine : il sera toujours temps de la gagner avant de partir au haras. Le plan du groupe Stronach est jusque-là parfait…

 

Le plan de médiatisation déjà sur les rails. Belinda Stronach, présidente et directrice du groupe Stronach, a déclaré : « Nous croyons, au groupe Stronach, que cela va changer le secteur économique. Le Pegasus World Cup est un symbole de l’investissement du groupe pour l’avenir des courses : pour les rendre plus pérennes, plus visibles et pour moderniser le sport afin d’attirer une nouvelle génération de fans. » Les courses américaines, comme les courses françaises, connaissent de nombreuses difficultés. Pour y remédier et redonner de l’attrait, le secteur économique français des courses a lancé le concept d’EpiqE. Aux États-Unis, il y a donc le lancement du Pegasus World Cup. À vous de vous faire une idée sur ce qui aura le plus d’impact au niveau médiatisation, même mondiale.

Bien sûr, le Pegasus World Cup reste une idée fondamentalement américaine, et en France, difficile de savoir quelle aurait été la réaction populaire à cette annonce dans un contexte de crise économique et en plein débat, par exemple, des salaires des grands patrons. On peut lui trouver une forme d’indécence. Le Pegasus World Cup est aussi américain dans sa création, c’est-à-dire qu'il s'agit d'une idée qui illustre la structuration fédérale des États-Unis.

Tim Ritvo, directeur technique des courses du groupe Stronach, a annoncé que les négociations avaient déjà commencé avec les chaînes américaines afin de diffuser la course au niveau national. Le groupe Stronach sait parfaitement ce qu’il fait et, niveau médiatisation, il frappe un grand coup en annonçant que les partants du Pegasus World Cup courant sans Lasix auront droit à une décharge de cinq livres (environ deux kilos deux cent). Dans la lutte constante contre le dopage, nul doute que cette décision unique aux États-Unis fera très grand bruit dans les média sportifs et généralistes. Tout est bien réglé, le show peut commencer…

Nous reviendrons la semaine prochaine sur le Pegasus World Cup, avec les avis de différents professionnels français sur cette épreuve.