De l’insémination artificielle, des hommes et de la santé des chevaux

Autres informations / 03.06.2016

De l’insémination artificielle, des hommes et de la santé des chevaux

TRIBUNE LIBRE

De l’insémination artificielle, des hommes et de la santé des chevaux

Par Pascal Noue

J’ai de la chance ! J’ai débuté ma carrière professionnelle à l’INRA au moment où ce qu’il convenait d’appeler les "techniques modernes de reproduction" étaient en cours de mise au point (échographie, insémination artificielle, congélation de la semence, transfert d’embryon, clonage…). C’était dans les années 1980

Un peu plus de trente années se sont écoulées. Eh bien, vous me croirez si vous voulez, les arguments avancés aujourd’hui contre la mise en œuvre de ces techniques et ceux qui étaient utilisés à l’époque sont, à peu de chose près, les mêmes ! Le tout pimenté, comme à l’époque, d’une bonne dose de mauvaise foi. Ça me rappelle ma jeunesse, je joue !

À travers ces débats "de tous âges", il n’en demeure pas moins que si l’on s’assoit cinq minutes sur un banc avec l’ami Renaud, on peut quand même tomber d’accord sur le fait que "les trotteurs", qui ont autorisé l’insémination artificielle de sperme frais non transporté, ont eu l’intelligence de limiter les carnets de bal à 100 juments, alors que, parallèlement, "les pur-sang" ont autorisé, en 2015, de facto, 24 étalons stationnés en France à saillir plus de 100 juments chacun, avec un record à 219 !

Et si vous me retournez que "les trotteurs", les meilleurs, utilisent aussi le sperme congelé à l’export, je vous répondrai : « Certes, mais "les pur-sang" font la monte décalée dans les deux hémisphères, au péril de leur santé et de leur longévité. » Et toc !

Alors oui, Xavier [Leredde, NDLR], tu as bien raison et nous en avons déjà débattu : les "selle français" ont montré le chemin du n’importe quoi ! Et, au moins, on sait ce qu’il ne faudra jamais faire !

Oui, David [Powell, NDLR], tu as à 100 % raison dans tes arguments : les "pur-sang" ont fait la preuve qu’il n’y a pas eu besoin de l’insémination artificielle pour saturer le marché de gènes, fussent-ils excellents.

J’irai même plus loin en ajoutant que saturer le marché français de produits issus d’une poignée d’étalons français est contre-productif pour notre étalonnage, car il est à craindre que certains éleveurs, cherchant à apporter un peu de rareté ou d’originalité dans un catalogue, retourneront quérir à l’export des courants de sang différents de ceux qui sont disponibles dans l’Hexagone.

Ajoutons que, bien sûr, ce n’est pas comme si on demandait aux étalons très demandés de saillir à n’importe quelle heure du jour et de la nuit pour satisfaire les engagements commerciaux pris en amont.

Que, bien sûr, ce n’est pas comme si la période économique était compliquée et que le personnel qu’il faut mobiliser "pour la monte non-stop" ne coûtait rien et était corvéable à merci.

Que, bien sûr, ce n’est pas comme si on se moquait de la santé des étalons hyper demandés, notre meilleure génétique.

Que, bien sûr, ce n’est pas comme si une dizaine d’étalons avaient été arrêtés ce printemps en raison d’une épidémie de "boutons sur la verge".

Et c’est sans compter sur ceux qui sont morts au champ d’honneur, dans l’exercice de leur fonction, ni ceux qui ont rangé le fusil dans l’étui, dégoûtés !

Autant de mots dans Jour de Galop sur la gestion des étalons très demandés ou sur l’insémination artificielle, sans qu’aucun intervenant ne mentionne celui qui est pourtant le plus important : la fertilité. À croire que les éleveurs font saillir leurs juments pour la beauté du geste !

Peut-être que certains s’amusent, ou s’enorgueillissent, ou se donnent de l’importance à répondre à leurs clients « que l’étalon n’est pas disponible avant quatre jours tellement il est demandé », « que l’étalon est arrêté pour raison sanitaire », « que les prélèvements sont dépassés de deux jours et que, donc, il faut tout refaire et passer la chaleur »… Pas moi, car de par mon parcours professionnel, je sais que nous pouvons faire mieux, autrement, sûrement et facilement. À dire vrai, je suis même très étonné que les éleveurs supportent ça !

Une nouvelle fois, la preuve est faite que ce qui fait le succès et la réussite de toute entreprise, ce sont les hommes qui sont à la barre. Ce sont ces décideurs qui doivent oser fixer les règles du jeu. Et il est manifestement plus facile de faire avaler des couleuvres à un éleveur du bocage qu’à une grosse multinationale propriétaire d’étalons. Ce n’est donc pas une question de technique, mais une question de courage politique. C.Q.F.D.

On peut aussi dire que la bougie, c’est la méthode officielle pour éclairer nos villes parce qu’un imbécile a inventé la chaise électrique !