La décision de marcel boussac qui a changé l’histoire des courses

Autres informations / 07.06.2016

La décision de marcel boussac qui a changé l’histoire des courses

La décision de Marcel Boussac qui a changé l’histoire des courses

Ce week-end, Epsom et Chantilly accueillaient les Derby anglais et français. Les grands vainqueurs de ces épreuves de sélection et du début de la saison classique sont les courants de sang issus des Aga Khan Studs et Urban Sea. Le point commun entre ce grand élevage et cette illustre jument ? Marcel Boussac !

Photo : Marcel Boussac et Pharis

Pharis, victime des pillages nazis. Nous sommes à l’automne 1945. La guerre vient de se terminer. Marcel Boussac est seul dans son bureau. Il s’apprête à prendre une décision qui va changer l’histoire des courses et de l’élevage. Les biens confisqués par les Allemands sont petit à petit restitués aux Français. Pendant le conflit, les pillages des nazis ont touché tout ce qui fait l’excellence française, y compris les chevaux. C’est par centaine qu’ils ont été enlevés et expédiés outre-Rhin.

Parmi les ponctions les plus dures, il y a Pharis (Pharos). C’est pendant l’été 1941 que ce lauréat du Prix du Jockey Club et du Grand Prix de Paris (Grs1) est enlevé. Le cheval a sailli en Allemagne jusqu’en 1945. Alors qu’il vient de récupérer son crack, Marcel Boussac se trouve face à un dilemme : faut-il faire barrage à l’inscription au stud-book des produits issus des années de captivité de l’étalon ? Cette décision est difficile à prendre. Dans un premier temps, le grand éleveur va faire bannir du stud-book les poulains de ce que l’on appelait alors "la liste A". Pour ce faire, il refuse de signer les certificats de saillie. Ce n’est que trois décennies plus tard, cinq ans avant sa mort, que Marcel Boussac autorise la réintégration des familles issues des années allemands de Pharis. Les conséquences de ce revirement de situation ont été considérables.

Photo : Asterblute

D’Asterblute à Urban Sea. Au haras, Pharis fut un étalon exceptionnel, engendrant notamment quatre lauréats du Prix du Jockey Club. L’un des derniers produits de sa période allemande fut Asterblute. Née en 1946, cette dernière fut une pouliche d’exception outre-Rhin, réalisant notamment le triptyque 1.000 Guinées, Oaks, Derby. Elle s’est également classée deuxième des 2.000 Guinées et du St Leger allemands.

Au haras, son influence est immense. De nombreuses branches ont fleuri en Allemagne, puis dans le monde entier. Sa plus célèbre descendante n’est autre qu’Urban Sea (Miswaki). Lauréate d’une édition 1993 du Prix de l’Arc de Triomphe, qui fut alors considérée comme d’un piètre niveau, Urban Sea a ensuite donné du fil à retordre à ses détracteurs. Sa descendance est exceptionnelle. Elle est un véritable chef de race. Les juments produisent infiniment moins que les mâles, ce qui réduit à peu de choses leur possibilité de coloniser les pedigrees du monde entier. Ce qui renforce la performance génétique d’Urban Sea, c’est la vitesse de propagation de ses gènes. La jument de la famille Tsui, élevée au haras d’Etreham comme Almanzor, a commencé à produire en 1996 et elle est morte en 2009. Une fraction de seconde à l’échelle de l’histoire de l’élevage.

Photo : Urban Sea au haras – crédit seathestars.com

Comment dit-on chef de race au féminin ? Urban Sea a produit neuf black types, dont deux lauréats du Derby anglais, Sea the Stars (Cape Cross) et Galileo (Sadler’s Wells). Par l’intermédiaire de sa descendance par la voie des femelles, mais aussi et surtout grâce à ses fils étalons, Urban Sea est très présente dans les pedigrees au meilleur niveau. Alors que la saison classique bat son plein, son influence est puissante. Les trois premiers du Derby d’Epsom portent son sang, comme le lauréat de la Poule d’Essai des Poulains, la deuxième de la Poule d’Essai des Pouliches, les deux premiers des 2.000 Guinées, les trois premiers des 1.000 Guinées et la lauréate des Oaks d’Epsom.

Almanzor, ou la réussite des souches Aga Khan

En décembre 1920 à Newmarket, Marcel Boussac achète Primrose Lane (Llangwm), lauréate du Victoria Cup sur 1.500m et du Cesarewitch sur 3.600m. Cet achat fut l’une des bases de son élevage. Elle était pleine de Black Jester et le produit, Perle Noire, fut une bonne jument de course (deuxième du "Malleret", troisième des Prix de Flore et de Royallieu) avant se reconvertir avec succès au haras. Quatre ans plus tard, Primrose Lane donnait naissance à La Moqueuse (Teddy), lauréate du Prix de la Forêt et deuxième de la Poule d’Essai. Elle est l’aïeule directe d’Almanzor par la voie femelle. La Moqueuse a donné une gagnante du Prix Vermeille, mais aussi et surtout de Pretty Lady (Umidwar).

Photo : Pretty Lady

De Pretty Lady à Darazina. Pretty Lady a engendré l’un des fleurons de l’élevage Boussac : Dynamiter. Ce produit de Pharis, comme Asterblute, a gagné les Champion Stakes à deux reprises ainsi que le Prix d’Ispahan. Pretty Lady a également produit l’étalon Abdos (Arbar). Sa sœur utérine, Dalama (Djebel), était une pouliche d’automne. Cette lauréate de la Coupe de Maisons-Laffitte s’était classée troisième du Prix Vermeille. À défaut d’avoir elle-même bien produit, c’est par l’intermédiaire de ses descendants en deuxième et troisième générations que Dalama s’est ponctuellement distinguée au haras. Mais c’est véritablement à partir de sa petite-fille, Darazina (Labus), que la famille a "redécollé".

Photo : Darjina

La famille intègre les Aga Khan Studs. En 1978, l’Aga Khan rachète l’effectif de Marcel Boussac. Parmi une liste de juments qui feront souche se trouvait Darazina. Lauréate d’une course en quatre sorties, elle fera beaucoup mieux au haras. Dans sa très nombreuse descendance, on trouve les lauréats de Gr1 Daryaba (Night Shift) et Dariyan (Shamardal). Sa fille, Daralinsha, par le lauréat de Derby mais modeste reproducteur Empery (Vaguely Noble), avait gagné le Prix Minerve (Gr3). Elle est à l’origine de Darjina (Zamindar) et de deux gagnants du Prix du Jockey Club, Darsi (Polish Precedent) en 2006 et Almanzor en 2016. Darjina fut la meilleure pouliche de 3ans française en 2007 et la meilleure jument d’âge européenne en 2008. Elle a notamment remporté la Poule d’Essai des Pouliches, le Prix d’Astarté et le Prix du Moulin de Longchamp (Grs1).

Photo : Darkova – crédit Arqana

La genèse d’Almanzor. En décembre 2011, les Aga Khan Studs présentent Darkova (Maria’s Mon) aux ventes d’élevage de l’agence Arqana. La pouliche a 3ans et elle n’a pas couru. Sa mère, lauréate du Prix des Tourelles (L), est une fille de Daralbayda (Doyoun), la deuxième mère de Darjina. Nicolas de Chambure (Canirola Bloodstock) débourse 16.000 euros pour acquérir cette élève de la princesse Zahra Aga Khan. Il nous a expliqué : « Nous cherchions des juments pour soutenir Wootton Bassett, et elle a fait partie de nos achats réalisés dans cet objectif. C’était une belle jument, avec un pedigree qui nous semblait bien convenir au croisement à venir. » C’est ainsi qu’Almanzor fut conçu. Son éleveur précise : « C’était un très beau yearling, et Jean-Claude Rouget l’avait acheté 100.000 euros en août, à Deauville, ce qui était déjà merveilleux pour un poulain issu de la première production de son père. Il a aussi acheté sa propre sœur pour la même équipe, l’année suivante, à la vente v.2. La jument a un yearling mâle de Falco, un foal de Wootton Bassett et elle est pleine de Le Havre. »

Photo : Almanzor devant Zarak dans l’édition 2016 du Prix du Jockey Club

La réussite des courants de sang des Aga Khan Studs. La victoire d’Almanzor dans le Prix du Jockey Club illustre la réussite des souches et courants de sang développés par les Aga Khan Studs. Et ce n’est pas un cas isolé. Zarak XX (Dubawi), deuxième de cette épreuve et Harzand (Sea the Stars), gagnant du Derby d’Epsom 2016, sont issus de ce même élevage. US Army Ranger (Galileo), deuxième à Epsom, a pour père de mère Dalakhani (Darshaan). Son dauphin, Idaho (Galileo) provient d’une famille néozélandaise qui porte le sang de Zamazaan (Exbury), un élève des Aga Khan Studs. Ce lauréat du Prix Jean Prat fut tête de liste des pères en Nouvelle-Zélande à la fin des années 1980. Minding (Galileo), lauréate des Oaks et des "Guinées", est issue d’une deuxième mère par l’Aga Khan Darshaan (Shirley Heights). C’est aussi le cas de Ribchester (Iffraaj), troisième des 2.000 Guinées.