La vraie concurrence du "jockey club", ce sont les st james’s palace stakes -  par pierre laperdrix

Autres informations / 02.06.2016

La vraie concurrence du "jockey club", ce sont les st james’s palace stakes - par pierre laperdrix

La vraie concurrence du "Jockey Club", ce sont les St James’s Palace Stakes

Par Pierre Laperdrix

Sur 2.400m, le "Jockey Club" subissait la loi du Derby… Aujourd’hui, sur 2.100m, il perd ses meilleurs éléments au profit des St James’s Palace Stakes. Comment sortir de ces impasses ?

Photo : The Gurkha, lauréat de la Poule d’Essai, est le grand absent du Prix du Jockey Club

Sur 2.400m, le Prix du Jockey Club (Gr1) était au niveau européen une alternative au Derby d’Epsom (Gr1). Un événement plutôt franco-français, qui attirait de l’étranger surtout des chevaux qui auraient eu du mal, selon leur entourage, à briller à Epsom.

En 2005, en ramenant sur 2.100m le Derby français, France Galop l’a placé comme un nouveau concurrent au Derby. Ainsi, le "Jockey Club" nouvelle version appelle désormais des poulains qui se testeront plus tard, ou jamais, sur 2.400m et qui peuvent essayer plus facilement le passage de 1.600m à 2.100m tout en restant au niveau classique. Avec le peu de recul dont on dispose, on constate que le "Jockey Club" s’est véritablement démarqué du Derby et qu’il n’empêche pas les meilleurs mâles de 3ans de leur génération de briller à Chantilly le premier dimanche de juin.

Avec cette logique, le "Jockey Club" fait régulièrement le plein de partants (presque 18 en moyenne par édition depuis 2005). Mais, aujourd’hui, le "Jockey Club" n’est plus un concurrent direct du Derby d’Epsom. Il est plutôt une alternative et les concurrents anglo-irlandais qui tiennent 2.400m préféreront toujours courir le Derby, comme c’était le cas avant 2005. La vraie concurrence du "Jockey Club" vient maintenant de Royal Ascot et particulièrement des St James’s Palace Stakes (Gr1). Cela s’affirme cette année avec The Gurkha (Galileo), brillant vainqueur de la "Poule" à Deauville et orienté vers les "St James’s". Or cette concurrence devient de plus en plus rude...

Aujourd’hui, le "Jockey Club" n’est plus un concurrent direct du Derby d’Epsom. Il est plutôt une alternative

Le "Jockey Club" et la concurrence des St James’s Palace Stakes. On ne peut que regretter l’absence de The Gurkha dans le Prix du Jockey Club, car il avait largement les moyens de l’emporter suite à sa démonstration deauvillaise du 15 mai.

Sur sa distance intermédiaire, le Prix du Jockey Club est capable de rassembler les principaux protagonistes de la Poule d’Essai des Poulains, mais aussi ceux des 2.000 Guinées. C’est réussi pour les chevaux de la "Poule". Mais, les chevaux des "Guinées" préfèrent toujours aller vers le Derby ou bien les "St James’s" – en passant, ou non, par les 2.000 Guinées pour ce second objectif.

Pour s’en rendre compte, analysons quelle a été la sortie suivante des quatre premiers de la "Poule d’Essai" et des quatre premiers des 2.000 Guinées. Comme objectif proche, ces poulains ont quatre choix possibles : le Prix du Jockey Club, les St James’s Palace Stakes, le Derby d’Epsom et les 2.000 Guinées d’Irlande.

Photo : Galileo Gold, le lauréat des 2.000 Guinées, va courir les St James’s Palace Stakes PRENDRE LA RACING FOTO DE GALILEO GOLD

Tableau : Quelle course ont disputé les quatre premiers de la "Poule" et des 2.000 Guinées depuis 2005 ?

 Que nous montrent ces chiffres ? Que les principaux acteurs de la Poule d’Essai tentent ensuite majoritairement leur chance dans le "Jockey Club". Mais de l’autre côté de la Manche, les principaux protagonistes des 2.000 Guinées préfèrent, soit rester sur 1.600m avec la séquence 2.000 Guinées d’Irlande-St James’s, soit tenter le Derby d’Epsom.

Le "Jockey Club" attire bien les candidatures françaises des milers, mais ceux qui évoluent outre-Manche ne sont pas attirés par le Derby français. Depuis 2005, seulement deux placés des 2.000 Guinées ont couru directement ensuite le "Jockey Club". Et parmi ces deux-là figure French Fifteen (Turtle Bowl), un cheval entraîné en France.

Le Derby restera le Derby... Imaginons que le "Jockey Club" soit resté sur 2.400m. Que ferait l’entourage anglais ou irlandais d’un bon cheval capable de tenir 2.400m ? Il y a 95 % de chance qu’il choisisse le Derby. Car la course d’Epsom reste et restera toujours plus prestigieuse à l’échelle européenne et mondiale que celle de Chantilly.

Même sur 2.400m, le Prix du Jockey Club n’a que rarement attiré un cheval de premier plan venu de l’autre côté de la Manche. Celtic Swing, Sanglamore, voire Old Vic, sont des contre-exemples parfaits. Mais ces trois bons chevaux en trente éditions ne sont que des arbres qui cachent une forêt d’opportunistes de moindre qualité ayant traversé le Channel.

Photo : Royal Ascot, the place to be – Crédit The Jockey Club

L’Angleterre, un must. Le Derby d’Epsom reste mythique, historique, tandis que les "St James’s" de Royal Ascot sont the place to be, un must, une course qui aiguise le désir. Le "Jockey Club" n’est ni l’un ni l’autre. Ce n’est ni le Derby, ni Royal Ascot. Ce n’est pas une question d’allocation, car le Derby et le "Jockey Club" sont équivalents de ce point de vue. C’est une question de prestige, voire de "fun".

Les "St James’s" bénéficient de la grande attractivité du meeting de Royal Ascot. Le "Jockey Club" doit donc trouver son thème pour devenir plus attirant encore au niveau qualitatif. Aujourd’hui, sa distance lui permet de brasser une grande catégorie de chevaux, mais la qualité ne suit pas toujours dans son ensemble.

Inventer la culture des courses en France. Pour continuer à concurrencer le Derby d’Epsom et revenir sur le même plan que les St James’s Palace Stakes, le "Jockey Club" doit trouver (déjà) un second souffle. La clé n’est pas de le ramener sur 2.400m. La solution peut passer par l’amélioration de la culture hippique en France, la création d’un mini-meeting à Chantilly, voire d’inventer un challenge international empruntant la route du "Jockey Club".

Les deux premières pistes sont finalement assez liées et peu compliquées à mettre en place si l’on choisit le bon angle. Aujourd’hui, au galop, le grand public et les parieurs en général connaissent à peu près la date de l’"Arc", celles du Prix de Diane Longines – qui a bénéficié d’une vraie communication depuis le sponsoring de Longines – et du meeting de Deauville en août. Pour le reste, c’est le néant complet. On peut toujours fantasmer sur le public présent à Cheltenham ou à Royal Ascot, mais que fait-on pour parvenir au même niveau ? Nous essayons de copier ce que l’on voit à l’étranger sans s’adapter à notre public. Nous avons tort d’imaginer que les tribunes d’Ascot ou Cheltenham sont remplies de purs sportsmen qui viennent essentiellement pour admirer le spectacle offert par les courses. Pourquoi le public répond-il présent lors de ces meetings ? Parce que les spectateurs savent qu’à ces dates, on retrouve cette addition : courses + convivialité + alcool + jeu. Les grands rendez-vous hippiques britanniques sont parfaitement identifiés par le public comme l’endroit où il faut aller pour se divertir et trouver une bonne ambiance, quel que soit le niveau des chevaux.

Photo : Le Prix de Diane Longines récolte les fruits d’un véritable effort de communication

Assumer le rôle central du pari hippique. L’Angleterre et la France possèdent des modèles totalement différents. En France, la culture hippique s’est construite autour du "Tiercé". Donc du pari mutuel. Or, aujourd’hui, cette culture n’est pas du tout assumée et l’on tente de faire venir des gens aux courses sur un prétexte sportif. Mais parmi le grand public français, qui est aujourd’hui intéressé par le Prix du Jockey Club ? Personne !

Les courses françaises doivent assumer leur culture bâtie autour du pari hippique. C’est l’un des leviers des EpiqE Series avec ses tirelires de 10.000.000 euros lors des grands rendez-vous de ce challenge (notamment pour ce dimanche). C’est un début, mais il faut aller plus loin et faire venir les gens aux courses. Pour cela, l’hippodrome doit se transformer en lieu festif et en casino à ciel ouvert. Ce n’est pas le cas aujourd’hui où l’on propose avant tout des tours de poneys pour les enfants entre les courses...

Il faut assumer les courses telles qu’elles sont perçues dans la culture française et ainsi faire revenir par ce biais le public sur les hippodromes. Cela doit permettre de faire du "Jockey Club" un rendez-vous incontournable, une fête, où l’on parie et où l’on s’amuse tout en voyant des chevaux de très haut niveau. Créer une ambiance est un excellent moyen, certainement le meilleur, pour concurrencer Royal Ascot. Car pourquoi les propriétaires rêvent-ils de gagner à Royal Ascot ? Avant tout parce qu’ils sont acteurs d’une gigantesque pièce de théâtre remplie de spectateurs venus profiter d’un bon moment. En France, en dehors du Prix de Diane Longines, rien ne se rapproche de cela.