Le magazine - aux origines de la cressonnière

Autres informations / 21.06.2016

Le magazine - aux origines de la cressonnière

LE MAGAZINE

AUX ORIGINES DE LA CRESSONNIÈRE (1/3)

Par Adrien Cugnasse, journaliste à JDG

Angleterre, Italie, Irlande… France !

Quelle est la genèse de la pouliche qui a réalisé le doublé "Poule d’Essai-Diane" ? La Cressonnière (Le Havre), invaincue en sept sorties, est entrée ce dimanche dans l’histoire des courses hippiques. À première vue, son pedigree est "à la mode", puisque issue de l’étalon tête de liste des pères de gagnants en France, Le Havre, et d’une mère par Galileo, comme Galileo Gold ou encore Darmouth, pour ne citer que deux exemples parmi les plus récents. Mais si l’on se penche un peu plus sur sa généalogie, on s’aperçoit que La Cressonnière descend de l’une des plus illustres familles de l’histoire de notre sport, celle de Feola. Cette souche, développée par la famille royale anglaise, a pris un essor considérable depuis près d’un siècle à travers le monde.

Photo : La Cressonnière en route vers la victoire dans le Prix de Diane Longines

Une mère décevante en piste. Sylvain Vidal, qui dirige le haras de la Cauvinière où est née La Cressonnière, nous a rappelé qu’il avait acheté sa mère, Absolute Lady (Galileo), pour 40.000 euros, à la vente de février d’Arqana : « Je l’avais achetée spécialement pour Le Havre. La Cressonnière a un propre frère, yearling, qui passera en vente chez Arqana au mois d’août. Elle a ensuite une très belle pouliche par Anodin, et elle est de nouveau pleine de Le Havre. » En course, cette fille de Galileo (Sadler’s Wells) s’est montrée décevante. Ce qui n'est pas forcément très grave car c’est la qualité de son pedigree et de sa souche en particulier qui avaient incité Sylvain Vidal à lever le doigt à Deauville.

Ses débuts au haras le furent également, puisque ses deux premiers produits par Le Havre n’ont pas brillé en compétition… puis vint La Cressonnière, qui justifie évidemment à elle seule l’achat d’Absolute Lady.

Photo : Absolute Lady, la mère de La Cressonnière

En passant par l’Italie… Cette année, en France, l’Italie est à la mode, que ce soit au niveau des jockeys, des entraîneurs ou même des éleveurs. Absolute Lady, la mère de La Cressonnière, a été élevée en France par l’Italien Giacomo Gariboldi (Razza Pallorsi).

C’est Lobmille (Mill Reef), la troisième mère de La Cressonnière, qui a fait entrer cette famille dans l’effectif de l’éleveur. Pour s’en porter acquéreur, il a déboursé 100.000 francs lors de la vente de décembre 1995 à Deauville. Elle était pleine de Fabulous Dancer et le produit à naître, Hurricane Louis, s’est placé au niveau Listed en Italie. Lobmille a ensuite donné Lil’s Jessy (Kris), qui est d’ailleurs encore en vie et est pleine de Gutaifan (Dark Angel). Son produit 2016, un mâle par Cape Cross, doit passer en vente à Newmarket.

Giacomo Gariboldi, qui dirige une entreprise dans le domaine de l’édition possède six poulinières. Une est basée en Irlande et les autres sont en France, au domaine de l’Étang, chez Élise Drouet. Il fut l’un des premiers propriétaires à faire confiance au jeune Aidan O’Brien. L’Irlandais a notamment entraîné pour lui Ribot's Secret (Danehill), deuxième des Princess Margaret Stakes (Gr3).

Lil’s Jessy, la deuxième mère de La Cressonnière, a été saillie par plusieurs très bons étalons basés en Irlande, dont Galileo, pour donner Absolute Lady. Galileo officiait alors à 40.000 euros, un prix dérisoire avec le recul et une très bonne affaire lorsque l’on sait qu’une part importante de cette somme était couverte par une subvention.

http://www.jourdegalop.com/documents/link_pdf/LACRESSONNIERE.pdf

Une famille "royale". Lobmille, la troisième mère de La Cressonnière, est née chez Hesmonds Stud, en 1984. Ce haras, qui a depuis été racheté par Nurlan Bizakov, était alors la propriété de la famille Goulandris, qui a eu jusqu’à soixante juments sur place.

Light O'Battle (Queen's Hussar), la mère de Lobmille, était une propre sœur de la grande poulinière Highclere, en provenance de l’élevage de la reine d’Angleterre. Lauréate d’une course, Light O'Battle a produit Lobbit (Habitat), placé au niveau Listed à 2ans. À ce jour, La Cressonnière est le seul descendant de Light O'Battle à avoir gagné un Gr1.

AUX ORIGINES DE LA CRESSONNIÈRE (2/3)

La souche en or de la famille royale d’Angleterre

La souche de Feola semble être une source intarissable de gagnants depuis le début du XXe siècle. Ses ancêtres de qualité sont nombreux… mais on considère que cette famille a véritablement explosé lorsque Feola a rejoint les effectifs de la famille royale anglaise.

Photo : Feola suitée

Quand Édouard VIII voulait se débarrasser de ses chevaux. En 1934, le roi George V fit l’acquisition d’une yearling, Feola (Friar Marcus), pour 3.000 guinées. Sa mère était une sœur de Foxlaw (Son in Law), lauréat de l’édition 1927 du Gold Cup (Gr1) d’Ascot. Feola fut une 2ans assez décevante, ne parvenant pas à s’imposer en six sorties lors de sa première saison de compétition.

Le roi George V meurt le 20 janvier 1936, alors que Feola entre dans son année de 3ans. Son fils Édouard VIII lui succède sur le trône britannique. L’intérêt pour les courses du jeune souverain est très limité. Feola, comme l’ensemble des activités hippiques de son père, est menacée de quitter la "famille" royale. Mais Feola se révèle une excellente 3ans, deuxième des 1.000 Guinées et troisième des Oaks (la chronique de l’époque lui reproche à peine un léger manque de tenue).

Finalement – coup de théâtre – ce n’est pas Feola qui quitte la Cour mais Édouard VIII, qui abdique à la fin de l’année, pour épouser l’Américaine Wallis Simpson. Les chevaux et le haras de Sandringham restaient toutefois sa propriété et il voulut s’en séparer. Heureusement, son frère George VI, qui avait hérité du trône vacant, racheta l’ensemble pour le conserver dans le giron royal.

Photo : Foxlaw, lauréat du Gold Cup, était le frère de la mère de Feola

D’Auréole à Highclere. Feola fit son entrée au haras à l’âge de 4ans. Sa descendance a apporté beaucoup de satisfaction à la famille royale. L’année de son couronnement, en 1953, Elizabeth II a eu la joie de voir ses couleurs briller grâce à Auréole (Hypérion), un petit-fils de Feola. Il fut l’un des meilleurs 3ans de sa génération et remporta sept courses dans sa carrière, dont le Coronation Cup et les King George VI & Queen Elizabeth Stakes (Grs1). C’est en grande partie grâce à lui que la reine fut Champion Owner en 1954.

C’est la famille de la grande Highclere (Queen’s Hussar), lauréate des 1.000 Guinées et du Prix de Diane (Grs1) en 1974, avant de terminer deuxième de Dahlia (Vaguely Noble) dans les King George and Queen Elizabeth Stakes (Gr1). Le nom de cette pouliche fait référence au château de Highclere, une demeure du conseiller hippique de la reine, Lord Carnarvon, qui est lui-même le père d’Harry Herbert (manager d’Al Shaqab Racing) et de Carolyn, l’épouse de John Warren, l’actuel conseiller de la reine pour les questions hippiques. Les deux beaux-frères, Harry Herbert et John Warren, ont créé en 1992 l’écurie de Groupe Highclere Thoroughbred Racing. Cette entité, qui reprend un nom chargé d’histoire, a notamment brillé grâce à Motivator (Derby d’Epsom), Harbinger (King George VI and Queen Elizabeth Stakes) et d’autres gagnants au plus haut niveau.

Photo : Highclere apre`s sa victoire dans les 1.000 Guine´es en 1974

La première victoire de la couronne britannique dans un classique français. Le succès cantilien de Highclere est resté dans les mémoires. Et pas seulement parce que c’était la première victoire d’un monarque britannique dans une épreuve classique du programme français… La reine et son entourage furent reçus avec les égards dus à leur rang par Valéry Giscard d'Estaing, alors président de la République. Après la victoire, Sa Majesté se précipita pour aller accueillir son cheval. Elle fut alors littéralement assaillie par la foule. Malgré la bienveillance des spectateurs à l’égard des vainqueurs du jour, l’enthousiasme collectif engendra un mouvement de foule, si bien que la garde rapprochée du souverain ne se révéla pas suffisante. Seule l’intervention des gendarmes français permit à la reine de s’extraire de la foule.

Photo - Elizabeth II après la victoire d'Auréole a` Ascot en 1954

La plus mauvaise affaire de l’histoire du pur-sang. Au début des années 1980, les Maktoum achetaient massivement en Angleterre. Une pouliche de 3ans issue de Highclere, Height of Fashion (Bustino), était invaincue et venait de remporter les Princess of Wales’ Stakes. Le cheikh Hamdan fit alors une offre d’achat colossale à la reine. Après avoir consulté son manager Lord Carnarvon, Sa Majesté décida de laisser partir la pouliche. Dans un premier temps, cette vente avait tout d’une très bonne affaire pour la reine : Height of Fashion fut très décevante avec la casaque du cheikh Hamdan. Mais sept ans plus tard, Nashwan (Blushing Groom), le troisième produit de Height of Fashion, gagna de cinq longueurs le Derby d’Epsom. Cette fameuse vente devenait la plus mauvaise affaire de l’histoire du pur-sang et Lord Carnarvon fut abondamment critiqué.

Height of Fashion a produit huit chevaux de Stakes et parmi eux, les étalons Unfuwain (Northern Dancer) et Nayef (Gulch), et trois femelles, toutes par Mr Prospector, dont Sarayir (Mr Prospector), la mère de la lauréate des 1.000 Guinées Ghanaati (Giant’s Causeway).

Aujourd’hui, même les rois et les reines doivent compter. C’est ainsi que l’élevage royal a mis en vente des femelles de la descendance de Feola, dont Light O'Battle (Queen’s Hussar), une propre sœur de Highclere, qui est l’aïeule de La Cressonnière.

Photo  – Nashwan est issu d’une jument vendue par la reine

AUX ORIGINES DE LA CRESSONNIÈRE (3/3)

Une descendance au rayonnement mondial, d’A.P. Indy à Deep Impact

Des États-Unis au Japon, du Chili à la Grande-Bretagne, les descendants de Feola ont envahi la planète hippique.

À la conquête des Amériques. Feola fut saillie dès l’âge de 4ans. L’effectif royal comptant rapidement beaucoup de femelles de cette famille, Knight's Daughter (1941 par Sir Cosmo), une de ses filles, fut présentée à la vente de décembre 1951 de l’agence Tattersalls. C’est à cette occasion qu’Arthur B. Hancock en fit l’acquisition. Importée au États-Unis, elle donna le jour à Round Table (Princequillo), un des meilleurs chevaux de gazon de l’histoire du turf américain. Son influence en tant qu’étalon est mondiale. On le retrouve par exemple chez Sir Tristam (chef de race en Australie et Nouvelle-Zélande), Zabeel, Seattle Slew, Pulpit, A.P. Indy, CaerleonPrescription (Epigram), une petite-fille de Feola, a fondé une véritable dynastie au Chili où elle est à l’origine de très nombreux gagnants de Groupe.

Photo - Round Table

Deep Impact, le joyau de la famille. En explorant les pedigrees à travers le monde, il est assez facile de trouver Feola et Highclere. Son descendant le plus célèbre n’est autre que le chef de race et peut-être meilleur étalon mondial Deep Impact (Sunday Silence). Il est issu de Wind in her Hair (Alzao), lauréate d’un petit Gr1 en Allemagne après avoir ouvert son palmarès à 3ans dans une Listed, devant Wijdan (Mr Prospector), une fille de Height of Fashion. Wind in her Hair, deuxième de Balanchine (Storm Bird) dans les Oaks, n’avait coûté que 15.000 guinées à la Tattersalls Houghton Sale en 1992. Son entraîneur, le regretté John Hills, a ensuite trouvé le seul Gr1 que Wind in her Hair pouvait gagner (l’Aral-Pokal) et Katsumi Yoshida a eu la bonne idée de l’acheter. Depuis les succès de Deep Impact en piste et au haras, les investisseurs japonais ont parcouru le monde pour racheter des descendants de Feola, en particulier le rameau de Highclere. C’est ainsi que de nombreuses branches de la famille se développent à présent au pays du Soleil Levant.

Photo -  Deep Impact est un descendant de Feola

La famille de La Cressonnière depuis 1933

La descendance de Feola a fait souche à travers le monde et un nombre colossal de gagnants de Stakes en sont issus. Nous vous proposons un résumé non exhaustif des lauréats issus de cette souche.

 

  1re mère

ABSOLUTE LADY (2006 par Galileo), mère de :

  • LA CRESSONNIÈRE, Poule d’Essai des Pouliches et Prix de Diane Longines (Grs1)

     

    2e mère

    LIL'S JESSY (1998 par Kris), gagnante des Nell Gwyn Stakes (Gr3), mère de :

  • PARIS WINDS (Galileo), troisième des Blandford Stakes (Gr3)

     

    3e mère

    LOBMILLE (1984 par Mill Reef), mère de :

  • LONE BID (Priolo), troisième du Hollywood Derby (Gr1)
  • HURRICANE LOUIS (Fabulous Dancer), deuxième du Premio Bereguardo (L)
  • LOVE GALORE (Galileo), deuxième des Glasgow Stakes (L)

     

    4e mère

    LIGHT O'BATTLE (1976, par Queen's Hussar), mère de :

  • LOBBIT (Habitat), deuxième des Champion Two Year Old Trophy (L), Ladbroke European Free Handicap (L), Sandy Lane Stakes (L) et Fairey Spring Trophy (L).

     

    5e mère

    HIGHLIGHT (1958 par Borealis), mère de :

  • HIGHCLERE (1971 par Queen's Hussar), 1.000 Guinées et Prix de Diane (Grs1)

     

    Les gagnants de Gr1 issus de HIGHCLERE : WIND IN HER HAIR (Aral-Pokal), DEEP IMPACT (Japan Cup, Takarazuka Kinen), NAYEF (Juddmonte International Stakes, Champion Stakes, Prince of Wales's Stakes), NASHWAN (Derby, Eclipse Stakes, King George VI & Queen Elizabeth Stakes, 2.000 Guinées), GHANAATI (Coronation Stakes), IL FORNAIO (Gran Premio San Isidro), LAHUDOOD (Flower Bowl Invitational Stakes), KINGDOM OF FIFE (Queen Elizabeth Stakes à Randwick en Australie), ASK (Coronation Cup)…

     

  • LIGHT DUTY (1972 par Queen's Hussar), deuxième des Yorkshire Oaks (Gr1)

     

    Les gagnants de Gr1 issus de LIGHT DUTY : FLY TO THE STARS (Lockinge Stakes), FALLEN FOR YOU (Coronation Stakes)…

     

    6e mère

    HYPERICUM (1943 par Hyperium), mère de :

  • PRESCRIPTION (Epigram). À l’origine de nombreux lauréats de Gr1 en Amérique du Sud.

 

7e mère

FEOLA (1933 par Friar Marcus) :

 

Les gagnants de Gr1 et étalons influents issus de FEOLA : PEBBLES (Champion Stakes, Eclipse Stakes, 1.000 Guinées, Breeders' Cup Turf), ROUND TABLE (champion américain et étalon influent), ALWAYS ALOOF (Underwood Stakes), MINARDI (Middle Park Stakes, Phoenix Stakes), PULPIT (étalon influent), TURKISH TROUSERS (Santa Margarita Invitational Handicap), CRAELIUS (Sunset Handicap), BALZAC (Oak Tree Invitational Handicap), BEMISSED (Selima Stakes), JOHN'S CALL (Turf Classic Invitational Stakes, Sword Dancer Invitational Handicap), LASSALLE (Ascot Gold Cup, Prix du Cadran), NONONITO (Prix du Cadran)…