Le magazine -  brexit : le royaume-uni peut-il faire vaciller l’europe des courses ?

Autres informations / 22.06.2016

Le magazine - brexit : le royaume-uni peut-il faire vaciller l’europe des courses ?

LE MAGAZINE

Brexit : le Royaume-Uni peut-il faire vaciller l’Europe des courses ?

Le Royaume-Uni va-t-il quitter l’Union Européenne ? Nous le saurons jeudi 23 juin au soir, avec les résultats du référendum du Brexit. Si le "out" l’emportait sur le "remain", des conséquences au niveau européen seraient inévitables. Mais quel impact pourrait avoir un Brexit sur les courses françaises et européennes ? T.V.A., transports, règles sanitaires, ventes, taux de change… Plusieurs personnalités des courses nous ont donné leur avis.

 

Éric Hoyeau : « L’instabilité est nocive pour le marché en général »

L’une des conséquences principales évoquées pour le Brexit concerne les marchés financiers et la dépréciation de la livre sterling (on évoque du - 15 %). Cela pourrait donc avoir des conséquences sur le marché du pur-sang. Éric Hoyeau, président-directeur général d’Arqana, nous a donné son avis, tout en précisant d’emblée : « Je ne pense pas que le Royaume-Uni va sortir de l’Union Européenne car je ne crois pas aux sondages, mais je fais confiance surtout aux bookmakers et à l’orientation de la Bourse. Ces derniers indiquent plutôt une tendance au "remain". Globalement, l’instabilité est plutôt nocive pour les marchés, quels qu’ils soient et y compris celui du cheval de course. Si le Brexit a lieu, le marché qui reposait sur la confiance serait ébranlé. Mais je ne suis pas économiste. On peut cependant se poser plusieurs questions. »

1 - Les risques sur la circulation des chevaux et des changements sur la régulation sanitaire et les transports. « Je ne crois pas qu’il y aurait des conséquences concernant la circulation des chevaux. Sur les questions sanitaires et les règles de transport, il existe des accords tripartites entre la France, l’Angleterre et l’Irlande et je ne pense pas qu’ils soient remis en cause. »

2 - En terme de T.V.A. « Il y aura certainement une incidence car, aujourd’hui, la T.V.A. repose sur des règles de livraison intracommunautaires, auquel cas il est vraisemblable qu’il y ait des modifications. Je ne crois pas qu’il y ait de changement sur le taux de T.V.A., mais plutôt sur la manière de la gérer. Mais ce ne serait pas forcément différent des pays non européens avec lesquels nous travaillons. »

3 - Le change. « Ce qui semble le plus évident, c’est l’implication que pourrait avoir un Brexit sur l’appréciation ou la dépréciation de la monnaie britannique. Nous vivions déjà dans une variabilité du taux de change concernant la livre sterling par rapport à l’euro. Les compagnies de ventes européennes ont des vendeurs anglais et des acheteurs anglais. Nous sommes en concurrence frontale avec les agences de ventes anglaises, et les vendeurs et acheteurs raisonnent aussi selon le taux de change. Quand la livre sterling est forte, il y a donc une réticence à vendre en France. Cela concerne l’offre. Pour la demande : la force actuelle de la livre sterling donne un grand pouvoir d’achat à une clientèle importante.

Nous avons déjà connu les fluctuations des taux de change : nous avons eu la livre sterling à 1,50 euro ou à 1,10 euro, et nous avons vécu avec. Mais cela créerait évidemment une lame de fond. Si la livre sterling et l’euro étaient à égalité, cela réduirait logiquement la capacité d’achat des personnes raisonnant en livres. »

4 - Un phénomène difficile à anticiper. « L’instabilité n’est jamais souhaitable en économie. S’il devait y avoir une secousse qui altère la confiance des marchés financiers et que ces derniers vacillent, il y aurait des incidences. Si la livre sterling est dévaluée, il y aura un réajustement des prix. Mais il est difficile de mesurer dans l’immédiat les conséquences que cela pourrait avoir. Globalement, un Brexit ne serait pas une bonne nouvelle. C’est un phénomène avec des conséquences que l’on ne peut pas anticiper. Les compagnies de ventes irlandaises y sont encore beaucoup plus sensibles et s’interrogent plus fortement qu’en France car elles dépendent plus du Royaume-Uni que nous. »

Brendan Holland et un possible effet Brexit sur les breeze up.

Brendan Holland (Grove Stud), qui a présenté le top price de la dernière breeze up d'Arqana, s’est exprimé dans un entretien au Racing Post qui regroupait plusieurs personnalités impliquées dans les breeze up. Sur le marché de ces ventes en 2016, il a déclaré : « En Angleterre tout particulièrement, le milieu du marché était plus faible qu’attendu. Cela a peut-être quelque chose à voir avec l’incertitude créée autour du Brexit, mais j’ai trouvé que le haut du marché à la Craven breeze up était faible également. Vous avez 120 des meilleurs 2ans montés avec les meilleurs pedigrees et aucun n’atteint le prix d’un gagnant de maiden. C’était encore plus faible à Doncaster alors que nous nous attendions à ce que le marché soit fort. Il y avait cependant plus de compétition à Arqana et Goresbridge. »

Hubert Honoré  « Une cohésion forte qui devrait éviter de grands changements »

Membre élu du Comité du Syndicat des éleveurs de chevaux de sang en France et régulièrement présent à Bruxelles avec la Fédération européenne des associations d’éleveurs de pur-sang anglais (Eftba), Hubert Honoré nous a expliqué ne pas attendre de grands changements – autres que financiers – si le Brexit venait à se produire : « L’association des syndicats des éleveurs européens devrait permettre d’éviter qu’il y ait de grands changements. Cela ne changera pas la cohésion qui existe entre les éleveurs au niveau européen. Nous avons réussi à créer un groupe réunissant plusieurs pays européens, les plus forts étant la France, l’Angleterre et l’Irlande. Il y a toujours eu une bonne entente entre nous pour défendre les sujets communs. Nous avons récemment fait avancer les choses en ce qui concerne le transport des juments pleines, ou encore au niveau du règlement zootechnique. »

1 - La T.V.A. : « Le Brexit pourrait affecter la T.V.A. par rapport à son autoliquidation. Lorsqu’un éleveur prend ou met un cheval en pension, il y a la possibilité d’autoliquider la T.V.A. Je pense qu’il pourrait y avoir une influence de ce côté-là. La T.V.A. pourrait aussi affecter les éleveurs au niveau des prix de saillies. »

2 - La perception parlementaire. « Les éleveurs européens parlent d’une seule voix auprès des parlementaires européens et continueront de le faire. Cette unité est importante. Le fait que la Grande-Bretagne décide de faire bande à part pourrait donc être gênant. Plusieurs gouvernements européens ont déjà annoncé qu’ils ne feraient pas de cadeau à l’Angleterre si celle-ci décidait de quitter l’Union. La perception parlementaire de notre unité ne doit pas changer. »

3 - Les accords ne devraient pas être remis en cause. « Que ce soit sur les règles sanitaires ou les transports, les différents accords tripartites signés ne devraient pas être remis en cause par un Brexit. »

4 - La Politique agricole commune (Pac). « Une sortie du Royaume-Uni de la Pac ne devrait pas avoir de conséquences importantes pour la France. Le pays donne beaucoup pour la Pac. Je ne crois pas que cela changerait beaucoup de choses pour les professionnels français. Cela aurait probablement plus d’impact sur l’Angleterre elle-même. »

 

 

 Brian Kavanagh : « Un Brexit aurait un impact significatif sur la filière des courses irlandaises »

L’inquiétude est plus marquée en Irlande qu’en France, comme l’a expliqué Brian Kavanagh, président de Horse Racing Ireland, dans un article de The Irish Field : « Il n’y a aucun doute qu’un Brexit aurait un impact significatif sur la filière des courses irlandaises, étant donné les liens très proches existant entre les courses et l’élevage des deux pays. L’impact principal serait certainement la variation du taux de change entre l’euro et la livre sterling C’est un point central pour tous les échanges entre la Grande-Bretagne et l’Irlande : allocations, droits média, ventes d’élevage, etc. La libre circulation des animaux entre l’Irlande, la Grande-Bretagne et la France, dans le cadre d’un accord tripartite entre les ministères de l’Agriculture respectifs, est vitale pour les courses hippiques. Il est donc impératif que cela ne soit pas impacté par un Brexit, même s’il est difficile d’être affirmatif à ce sujet. » Shane O’Dwyer, président de The Irish Thoroughbred Breeders’ Association, a de son côté exprimé des craintes quand à une éventuelle hausse des taxes par le Royaume-Uni sur les chevaux importés d’Irlande.

 

Louis Romanet : « Des conséquences surtout pour les marchés financiers »

Président de la Fédération internationale des autorités hippiques, Louis Romanet a répondu à nos différentes questions concernant les inquiétudes soulevées par un éventuel Brexit.

1 - Accords sanitaires et circulation des chevaux. « Il existe des accords tripartites entre le Royaume-Uni, l’Irlande et la France. Ils concernant la circulation des chevaux et les questions sanitaires. L’Angleterre aurait tout à perdre à abandonner ces accords. Actuellement, nous sommes en train de négocier des accords sanitaires entre la Corée du Sud et la France, qui s’appliqueraient aussi à l’Angleterre. La libre circulation des chevaux et les contacts entre les différents services vétérinaires sont nécessaires. »

2 - L’European Pattern Committee. « Les courses de Groupe sont gérées au sein de l’European Pattern Committee, qui n’a rien à voir avec l’Union Européenne. Il s’agit d’un accord entre les différentes maisons mères : B.H.A., Horse Racing Ireland, France Galop, Jockey Clubs allemands et italiens. Le fonctionnement de cette structure n’est pas lié au marché commun européen. »

3 - Les règles sur le dopage. « Royaume-Uni, France, Irlande… Nous avons tous la même philosophie concernant le dopage et cela ne devrait pas évoluer. Cette année, la Fédération internationale des autorités hippiques va organiser sa 50e conférence internationale. La Grande-Bretagne était présente dès le début et ne détruirait pas cinquante ans de travail sur l’harmonisation des courses en Europe. À vrai dire, il y a encore un domaine où il n’y a pas la même philosophie : les règles de rétrogradation. Nous avons vu, lors du meeting de Royal Ascot, des chevaux qui ont été maintenus par les commissaires, alors qu'en France ils auraient été rétrogradés.

Nous avons eu une inquiétude récemment, qui était d’ailleurs liée à l’Union Européenne. Il était question de standardiser les procédures concernant les règlements zootechniques autour du pur-sang, ce qui aurait conduit à l’insémination artificielle ou au clonage. Tout le monde est monté au créneau contre cela, dont la Grande-Bretagne. Les députés européens ont écouté attentivement l’Europe des courses et la réforme n’est pas passée. »

4 - Les conséquences plutôt sur les marchés financiers. « Je crois surtout que les incidences seraient financières, la parité des monnaies devrait subir quelques vagues importantes qui auront des répercussions sur les marchés financiers. En dehors de ces remous financiers, qui existent depuis toujours, il ne devrait pas y avoir de conséquences. Et il n’y a déjà pas vraiment d’harmonisation fiscale en Europe, même si nous sommes malgré tout tenus par des accords avec Bruxelles. Si le gouvernement anglais adopte le Brexit, il devra faire face à des échéances financières importantes. Mais je ne les vois pas prendre de mesures protectionnistes : l’Angleterre reste un pays avec une philosophie libérale. La seule incidence serait sur l’achat de chevaux et, aujourd’hui, les plus grands acheteurs ne dépendent pas de la livre sterling : ils sont du Qatar, de Dubaï, de l’Asie… Je ne crois pas non plus que cela aurait des conséquences sur le marché de l’obstacle : les acheteurs ont été plus rares durant une période et ils sont revenus acheter en masse ces dernières années. »

Et si l’euro souffrait plus que la livre sterling ?

David Powell achète de nombreux chevaux d’obstacle pour les exporter en Angleterre et, pour lui, un Brexit ne devrait pas affecter ces échanges. Même s’il précise ne pas être économiste, David Powell souligne que l’euro risquerait peut-être davantage une dévaluation que la livre en cas de Brexit, car le Royaume-Uni pourrait entraîner un effet domino avec des demandes de referendum dans différents pays, à commencer par le Danemark (qui n’a pas l’euro non plus).

Aucune conséquence du côté du PMU

Le Brexit ne devrait avoir aucune conséquence au niveau des paris hippiques ou des accords de droit télévisuels des courses britanniques, nous a dit le PMU.