Le sport par le temps - il est urgent de faire entrer les courses dans la catégorie des sports modernes

Autres informations / 04.07.2016

Le sport par le temps - il est urgent de faire entrer les courses dans la catégorie des sports modernes

LE SPORT PAR LE TEMPS

 Il est urgent de faire entrer les courses dans la catégorie des sports modernes

Alors que la Coupe d’Europe de football bat son plein, les spectateurs peuvent mesurer l’importance prise par la technologie et les données dans le spectacle du sport moderne. Il y a quelques semaines, l’Irlande a envoyé un signal fort au monde hippique. C’est un pays qui va de l’avant et a su innover pour évoluer de nombreuses fois dans l’histoire. À partir de janvier 2017, tous les hippodromes irlandais seront équipés d’un système de tracking. Il ne s’agit pas d’une révolution mondiale puisque cette technologie est largement développée et utilisée en Amérique, en Australie et en Asie. En adoptant le tracking, l’Irlande, elle aussi, a  pris conscience de l'importance de cette technologie, qui peut être un véritable catalyseur de changement pour la filière hippique, et cela pour plusieurs raisons.

Par Bruno Barbereau, éditorialiste à Jour de Galop et animateur de Horse Racing Chrono

https://twitter.com/HorseRacingChro

Mieux comprendre les courses. Le premier argument qui joue en faveur de l’utilisation du tracking, c’est qu’il permet une lecture très précise du déroulement de la course. Grâce à de nombreux moyens numériques, celle-ci peut s’avérer plus ludique. Le rythme et la vitesse sont les composants essentiels d’une course et ces deux éléments sont extrêmement liés. L’impression visuelle ne permet pas – contrairement aux données –d’apprécier de manière certaine si une course s’est déroulée à un rythme soutenu ou si elle s’est jouée sur une simple accélération… Les possibilités offertes par la technologie sont nombreuses : temps partiels, longueur des foulées, distances parcourues, incrustations sur les écrans…

La mise à disposition du public des données, leur compréhension et ce qu’elles signifient révolutionnera le secteur économique du pari hippique en envoyant définitivement aux oubliettes les sabliers de nos grands-pères. Elles donneront l’occasion de capter une nouvelle clientèle et de nouveaux acteurs. La technologie a révolutionné tous les secteurs économiques, elle peut aussi relancer celui du monde hippique.

La technologie est au cœur de tous les sports modernes. Le monde sportif a déjà subi une révolution avec l’arrivée des données. C’est ce que le fan moderne veut. La diffusion des données dans le sport s’est largement propagée ces dernières années. De nombreux sports proposent aujourd’hui une quantité de données aussi bien sur le jeu que sur ses acteurs. On le voit actuellement avec l’édition 2016 de la Coupe d’Europe de football. Cette approche a permis d’attirer de nouveaux passionnés grâce à une approche différente.  Apporter quelque chose de similaire dans les courses hippiques permettrait sûrement à long terme d’attirer un nouveau public friand de moyens de communication et de technologie de pointe dans un sport complexe et difficile à déchiffrer pour un novice.

Une aide précieuse pour l’entraînement et la détection. Le fait que certaines grandes écuries utilisent déjà leurs propres temps partiels en dit long sur leur utilité. Les temps partiels réalisés par un cheval dès ses débuts permettent de détecter ses aptitudes et sa qualité. L’impression visuelle ne suffit pas, seules les données chronométriques permettent, ou non, de valider de réelles qualités et aptitudes. Actuellement, en Europe, seulement quelques personnes possèdent des données concernant les temps partiels. Il est temps qu’elles soient mises à la disposition de tous. Les temps partiels ne sont pas seulement une aide pour les parieurs, mais aussi un outil précieux pour les propriétaires, les entraîneurs et les éleveurs. Le propriétaire peut acheter un cheval qu’il a repéré. L’entraîneur peut mieux évaluer la qualité et l’aptitude de ses chevaux et prendre les meilleures options pour ses protégés. L’éleveur peut améliorer son orientation en comprenant mieux le comportement en course des reproducteurs et les qualités qu’ils transmettent.

Les données appellent plus d’exigence. Il y a une certaine réticence pour de nombreux acteurs du monde hippique face à l’implantation d’un système de tracking. Mais il serait stupide d’opposer les partisans aux opposants car tout le monde sortira gagnant de l’évolution de ce sport. Les données demandent de la précision. Les temps bruts et partiels ne sont exploitables que si l’on connaît l’état exact du terrain ainsi que la distance réellement parcourue. Le système de tracking permettra de certifier la distance réelle des parcours. À l’heure actuelle, le positionnement de la lice indique qu’il y a une variation de la distance. Mais on ne sait pas exactement de combien. Cette nouvelle technologie permettra d’indiquer la distance réelle d’un parcours. Il sera par exemple possible de déterminer que tel positionnement de la lice fait varier le parcours de 1.600 à 1.655m, ou que tel cheval ayant "voyagé" en troisième épaisseur a finalement parcouru "x" mètres de plus.

La nécessité d’un indice pour les surfaces synthétiques. France Galop a enfin décidé de publier un indice du pénétromètre. Cela permet de savoir exactement quel est l’état du terrain sur la piste en turf. À présent, il est l’heure de publier un indice permettant de connaître la vitesse exacte des surfaces synthétiques, celles-ci variant en fonction de la préparation et de la température de la piste. Il y a déjà des mesures prises dans ce sens. Elles doivent être transmises au public et aux professionnels. Les données demandent plus d’exigence mais offrent des possibilités infinies.

Aujourd’hui l’Irlande, demain la France ? Il est aussi largement temps pour la France hippique d’entrer dans l’ère moderne. Il est nécessaire que les discussions, appels d’offre et essais interminables débouchent enfin, après de nombreuses années perdues. À long terme, c’est une question d’attractivité. Il faut ne pas rater le train de la modernité si l’on ne veut pas voir les courses partir définitivement ailleurs en Europe.