L’éditorial de mayeul caire - le jour où les français retrouveront le chemin des hippodromes…

Autres informations / 06.07.2016

L’éditorial de mayeul caire - le jour où les français retrouveront le chemin des hippodromes…

L’ÉDITORIAL DE MAYEUL CAIRE

Le jour où les Français retrouveront le chemin des hippodromes…

Moins d’enjeux PMU, moins de propriétaires, moins de chevaux, moins de partants. Depuis l’ouverture du marché des jeux en ligne en 2010, tous nos indicateurs sont dans le rouge. Mais l’ouverture n’est pas coupable ; elle a simplement révélé une vérité latente depuis plusieurs années : les Français ne vont plus aux courses.

Les courses peuvent-elles être sauvées ? Oui, en faisant (re)venir le public sur les hippodromes. Et comment ? En actionnant au maximum le levier du pari, au lieu de s’égarer dans une logique de sport-spectacle inaudible et stérile.

PARTIE 1 : PAS DE FATALITÉ À LA CRISE

À l’épreuve de mathématiques du Brevet des collèges, le sujet aurait pu utilement renouveler les traditionnels "robinets qui coulent et baignoires qui se vident" : « Entre 2010 et 2015, les paris sportifs ont progressé de 2 milliards d’euros ; sur la même période, les paris hippiques ont baissé d’un milliard. Sachant que les paris sportifs partaient de 1,5 milliard en 2010 et que les paris hippiques pesaient 9,5 milliards la même année, en quelle année les paris sportifs dépasseront-ils les paris hippiques ? » La réponse est : pas longtemps après 2020… voire dès 2018 car la croissance des paris sportifs est exponentielle.

La réalité a la peau dure ; les chiffres sont de cruels témoins. Le seul petit débat que l’on peut s’autoriser est : l’ouverture du marché des jeux en ligne aurait-elle pu être une opportunité si l’Institution des courses (PMU, Trot, Galop) l’avait gérée différemment ? Mais quel intérêt, au fond, de rêver à ce qui aurait pu être ; on ne vit pas de regrets.

On sait maintenant que l’ouverture du marché des jeux n’a jamais été une opportunité. Loin de cela, elle est même en train de tuer le pari hippique en France. Oh ce n’était pas bien difficile, pas plus difficile que de pousser un impotent dans l’escalier. En 2010, les courses et les paris hippiques étaient déjà malades, mais le monopole masquait nos carences. Il a suffi de modifier le cadre réglementaire pour que la vérité éclate toute nue, comme dans le conte d’Andersen. Il suffit qu’un enfant dise que l’empereur est nu pour que tout un peuple ouvre les yeux sur la nudité impériale. Il nous arrive aujourd’hui ce qui est arrivé à Rome en 410 : Rome n’était plus Rome depuis longtemps quand Alaric décida d’aller y faire un tour et la ville – qui n’était même plus la capitale de l’Empire – s’effondra sans combat, en un souffle, comme choit un château de cartes.

Fußball über alles. En attendant de reparler du pari hippique, constatons que le football a trouvé dans l’ouverture de 2010 l’occasion d’affirmer sa suprématie dans un nouveau domaine : le jeu d’argent. Le football est d’abord devenu le premier des sports en termes de pratique ; puis le plus riche ; puis le premier spectacle télévisuel ; puis le numéro 1 des événements sportifs (et j’en passe : salaire des joueurs, montants des transferts, merchandising, etc.). C’est donc tout logiquement qu’il sera bientôt le plus important jeu d’argent en France, devant les loteries, les cartes à gratter, les courses, les casinos, le poker,  etc.

On parlait d’ouverture à la concurrence… Quelle concurrence ? Le football n’a de concurrent dans aucun des domaines où il est présent. L’ouverture a accouché d’un nouveau monopole qui ne dit pas son nom : le monopole footballistique.

Faut-il pour autant commencer à tresser la corde avec laquelle nous pendre ? Certes non car si la face est sombre, le côté pile nous laisse quelques espoirs. Pourquoi ? Parce que le jeu d’argent est – dans sa globalité – en pleine expansion dans notre pays. Il existe une vraie dynamique, et les Français jouent plus qu’ils ne l’ont jamais fait. Le tout est d’en profiter au lieu de regarder passer le train. Nous avons pour cela un atout, c’est que l’organisateur du sport (LeTrot et France Galop) et l’opérateur de paris majoritaire (PMU) forment une entité commune. Si vous pensez que ce n’est pas une force, imaginez seulement si la Française des jeux et la Ligue de football professionnel fusionnaient demain. Les personnes qui dirigent ces sociétés seraient assez inventives pour que leur association démultiplie la puissance du pari sur le football. Il ne nous resterait alors plus qu’à nous enfuir, certains de nous faire écraser par ce terrifiant rouleau compresseur !

Voilà qui nous donne le premier élément d’un possible plan de sauvetage des courses : décloisonner l’Institution et travailler ensemble plus que jamais. Et même plus : travailler exclusivement ensemble. Le marketing commun des courses est un premier pas, mais trop limité. Ce dont nous aurions besoin, c’est d’un marketing unique des courses, voire d’une entreprise unique. Un gouvernement unique est plus efficace qu’une direction collégiale : on le voit tous les jours avec l’Union européenne, qui meurt de ses compromis et de décisions liées à la défense d’intérêts catégoriels. Seul l’intérêt supérieur de l’Europe devrait prévaloir mais c’est rarement le cas, puisque chaque nation siège avant tout pour défendre sa position.

Creuser notre propre sillon plutôt que copier les autres. La deuxième chose, si on veut inverser la catastrophique tendance actuelle, c’est qu’il faut faire preuve de créativité. Et faire preuve de créativité, ce n’est ni copier le football, ni adapter ce qui existe déjà. Vous me trouvez trop critique ? Pourtant : on veut aujourd’hui lancer des nouveaux jeux inspirés des paris sportifs (comme les duels entre jockeys) et multiplier les tirelires (comme sur les épreuves des EpiqE Series). Dans les deux cas, on va encore un peu plus disperser les masses, ce qui pénalisera la clientèle de turfistes fidèles. Si on invente un "jeu simple" entre jockeys, on ne fera que déshabiller le "jeu simple" classique. Exactement comme la tirelire quotidienne déshabille le rapport "ordre" et le rapport "désordre" du Quinté Plus.

Alors que la logique, aujourd’hui, serait plutôt de concentrer les masses en réduisant le nombre de paris, de supprimer des rapports de consolation qui ne font qu’appauvrir les rapports principaux et de limiter au maximum les tirelires qui font la joie d’un tout petit nombre et désespèrent la majorité des joueurs.

Faire preuve de créativité, c’est creuser notre propre sillon, en nous appuyant sur nos forces.

Ne plus jamais parler des courses sans parler de pari. Il ne devrait plus y avoir aucune communication sur les courses sans parler du pari hippique. C’est ce qui nous a tués depuis des années. Depuis ces jours funestes où des directeurs du marketing et de la communication venus d’autres univers que les courses et qui détestaient le pari hippique sans le connaître ont décidé que les sociétés de courses ne devaient jamais parler de jeu et que le PMU ne devait jamais parler de cheval… Quelle erreur ! Le résultat est dramatique : ce sont les tribunes vides de 2016. Tribunes qui n’étaient pas vides du temps où André Pousse affirmait, au nom du PMU, qu’on joue comme on aime, pendant que des chevaux galopaient sur la plage en arrière-plan. À l’époque, le taux de pénétration des courses dans la population française devait se situer autour de 20 % (si ce n’est plus) ; il est aujourd’hui à 8 %...

Je ne veux pas préjuger de l’avenir des EpiqE Series, mais je suis convaincu que le tout-sport et le tout-spectacle sont des impasses. Car tous les autres sports et tous les autres spectacles nous ont toujours dépassés en termes sportifs et spectaculaires. Si nous avons surnagé, c’est uniquement parce que, chez nous, les deux s’attelaient au pari. Et ce ne sont pas les tirelires ni les concours entre parieurs qui rendront les EpiqE Series populaires, pour les raisons déjà exposées plus haut.

Les courses n’ont jamais été un sport dans l’esprit du grand public, au sens de pure compétition sportive détachée du jeu d’argent. Les courses n’ont jamais été un sport, sauf pour une poignée de passionnés. Du temps de leur gloire dans la société civile (1857 – ouverture de Longchamp – et après ; puis 1954 – création du Tiercé – et après), les courses étaient à la mode parce qu’elles permettaient de jouer de l’argent sans mauvaise conscience.

Le sport, c’est un fantasme. Un fantasme d’autant plus dangereux qu’il est le plus vivace chez les leaders d’opinion des courses, chez ceux qui ont entre leurs mains l’avenir des courses : membres de clubs huppés qui croient que les courses ont été un sport, ce qu’elles n’ont jamais été sans un pari à la clé ; professionnels des courses qui aimeraient être reconnus comme sportifs ; presse hippique qui voudrait avoir le même statut que L’Équipe ; salariés de l’Institution qui voudraient conduire les courses à la même réussite que le football, etc. Dans tous ces cas, dont nous ne nous excluons pas, la tentation est louable mais c’est un leurre. Si nous voulons sauver notre peau, nous devons reconnaître que le pari est l’ancre de notre chaîne de valeurs, et que le sport et le spectacle ne sont que des maillons qui viennent s’y arrimer.

Suite et fin dans notre prochaine édition.